‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 148 sur 162 · IV. — Zurlinden · texte numérisé non relu

IV. — Zurlinden

Le général Zurlinden a fait venir exprès de Marseille le capitaine Tavernier dont les attaches de famille, comme le propre caractère, garantissent la haine furieuse contre la liberté de conscience, la société laïque et la République, afin de diriger l'instruction contre Picquart.

Le général Zurlinden a joué, pendant ses quinze jours de ministère, une comédie qui lui a fait perdre toute autorité. Le ministère de la guerre n'est point venu le trouver ; c'est lui qui l'a cherché. Il déclarait alors qu'il était convaincu, après les aveux d'Henry, de la nécessité de la revision : mais il déjeuna à l'Elysée. Que se passat-il entre Félix Faure, qui trouvait tout naturel qu'Esterhazy pût lui adresser des lettres comme celles qu'il lui avait adressées, et le général Zurlinden ? Est-ce uniquement sous l'influence du général Roget qu'il changea d'opinion ? N'avait-il point joué une comédie à l'égard de M. Brisson et de ses collègues civils ? Quand on voit la précaution qu'il prend de conserver vacante pour lui la place de gouverneur de Paris et la lettre insolente qu'il écrit le 16 septembre au président du conseil en donnant sa démission, on a le droit de le penser. Elle aurait dû l'envoyer au Mont-Valérien. M. Brisson n'osa pas. Le général Zurlinden continua à poser pour le général espagnol. Le 18, il faisait paraître une note comminatoire enjoignant au ministère de le réintégrer au gouvernement général de Paris. Le ministère avait la faiblesse impardonnable d'obéir : et le 20 septembre, Chanoine et lui s'entendaient pour faire réclamer Picquart par la justice militaire et intenter contre lui les

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monstrueuses poursuites qui continuent de déshonorer la France et son armée.

Il s'est disqualifié en écrivant sa lettre en faveur du Uhlan, après le Conseil d'enquête, et je défie le plus effronté des nationalistes d'oser la lire à la tribune de la Chambre des députés.

11 est vrai que le jour des obsèques de Félix Faure, le général Zurlinden a refusé de marcher avec Déroulèdé, Cavaignac, Pellieux et Roget. Déroulèdé pouvait mieux attendre de ce général qui l'avait reçu tous les jours, au mois de septembre et d'octobre. Si le général Zurlinden a reculé, c'est qu'il a pensé aux responsabihtés du lendemain, et que la manière dont s'était faite la transmission des pouvoirs du Président lui avait montré que la Constitution républicaine était un mécanisme solide. II a eu peur de se trouver pris dans l'engrenage.

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