IX. — Grihelin
Gribelin est ce grand i)ersounage qui tient les clés du coffre -fort et qui connaît par conséquent beaucoup de secrets, il porte le titre d'archiviste que le président Delegorgue eut le tort impardonnable de confondre avec la fonction de lampiste.
Seulement, il est d'une générosité excessive quand il a prêté son vocabulaire à Picquart, en lui faisant dire :
« 11 réclame toujours de la lumière. Je vais leur en faine une, de lumière. » (Parlant de la correspondance échangée entre Dreyfus et sa famille.)
« Une, de lumière! » Non. Ce n'est pas du Picquart, c'est du lampiste Gribelin !
Au milieu d'octobre, « Henry lui fait demander l'adresse de la compagne d'Esterhazy. » Puis il le charge de porter une lettre à Esterhazy. « Cette mission de planton » n'agréait pas à Gribelin. Du Paty et Henry « lui représentèrent que personne ne saurait qui il était. »
Le commandant Henry « lui donna l'ordre de mettre des lunettes », pour se déguiser. Il va à sept heures du matin chez le concierge et lui remet 5 francs pour monter la lettre. « Je savais ce que contenait le billet », dit Gribelin pour expliquer sans doute l'importance du fourboire.
Puis il remet ses lunettes et va à l'entrevue de Montsouris ; mais, pour couvrir la mémoire d'Henry, il dit qu'il y était seul avec du Paty :
Nous questionnâmes Esterhazy, sur divers points de sa vie privée ; nous lui demandâmes s'il était allé aux manœuvres ; en un mot, on le mit en garde contre les attaques dont il allait être l'objet, mais sans rien lui dire qui pût être pris en mauvaise part par qui que ce soit.
On établissait tout simplement une collusion. Gribelin ne s'imagine pas que « cela peut être pris en mauvaise part ». Et il ajoute :
Esterhazy ne nous a certainement pas pris pour des officiers, puisque au moment où nous le quittions, et où je lui conseillais de se tenir tranquille et de ne se livrer à aucune démarche, qui pourrait être mal interprétée, il nous dit : « Mais vous en êtes donc ? » (Je crois qu'il voulait faire allusion à la police.)
Quand Gribehn eut donné cette preuve de perspicacité, un conseiller lui demanda s'il ne trouvait point quelque chose d'anormal dans ce rendez-vous avec fausse barbe et lunettes bleues.
Gribelin répondit noblement.
Le service des renseignements a des exigences particulières... Ce que j'éû fait dans cette circonstance, je l'ai fait pour mon pays et je suis prêt à recommencer.
314 ANALYSE DE L*EXOLÈTE
Si Gribelin est de bonne foi, il prouve que le difficile n'est pas de faire son devoir, c'est de le connaître.
Mais il B^ft pas expliqué pourquoi, si du Paty de Clam, Henry et lui conféraient leur démarche comme correcte, ils ont pris ces précautions. Esterhazy était chef de bataillon, chevalier de la Légion d'honneur. Pourquoi donc ces déguisements, quand ft s'agissait d'aller causer avec lui ?