‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 153 sur 162 · X. — Contraste · texte numérisé non relu

X. — Contraste

Quelle différence entre Picquart et les défenseurs d'Esterhazy ou les accusateurs de Dreyfus. Chez les Mercier, les Boisdeffre, les Gonse, les Roget, les Gavaignac, les Lautli, les Gribelin, les du Paty de Clam, à chaque mot on sent le mensonge, et ils essaient de couvrir leur mauvaise foi par de gros mots, des accusations odieuses, et leur haine est d'autant plus violente qu'ils en sentent l'impuissance. Après avoir cru que les faux, écrits et verbaux, couverts de leurs étoiles, enguirlandés de leurs galons, présentés à la pointe de leurs sabres, auraient un tel prestige que personne n'oserait les discuter, ils sentent, maintenant qu'ils sont étalés au grand jour, que, loin de leur être utiles, ils deviennent contre eux de terribles pièces à conviction.

Chaque fois qu'on s'enfonce dans cette affaire, on trouve de nouveaux actes, de la part de Gonse et des officiers de son entourage, qui dévoilent un degré de^ fourberie méchante au delà de toute prévision.

Le commandant Curé nous donne un exemple de la terreur qu'ils ont fait planer sur leurs officiers. D était camarade de promotion de Picquart. Celui-ci est mis par le petit bleu sur la trace d'Esterhazv qui était avec le

LA RKVJSIOV 315

commandant Curé au 74® de ligne. Picquart lui posa certaines questions.

Mais le commandant Curé a peur tout d'un coup quand il prévoit où ces réponses peuvent conduire ; et il s'écrie naïvement :

— Prends garde y tu as affaire à plus fort que toi !

Interrogé sur la signification de ces mots, le commandant Curé répond :

« Il s'agissait d'un homme que je regardais comme très intelligent ».

Evidemment le commandant Curé n'avait point voulu dire à Picquart : « Esterhazy est plus intelligent que toi». Son conseil d'ami signifiait: Esterhazy est fortement soutenu et appuyé et tu risques à te briser contre la force de cet ancien zouave pontifical.

Page 1