‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 18 sur 162 · VII. — LIMITE ET CARACTÈRE DES COMPLICITES · texte numérisé non relu

VII. — LIMITE ET CARACTÈRE DES COMPLICITES

Devant tous les révisionnistes de la veille, comme ceux du lendemain, se pose le problème suivant :

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— Si Dreyfus avait été légalement et justement condamné, pourquoi Henry, du Paty de Clam, Gonse, BoisdefTre, etc., auraient-ils COQvert Ësterbazy en se solidarisant avec lui jusqu'au crime?

Pourquoi tous ces efTorts contre UreyFus en faveur d'un misérable qui suinte Tinfamie par tous les pores ?

Pourquoi les cinq ministres de la guerre se sont-ils précipités au secours d'Esterhazy et s' acharnent-ils contre Picquarl?

Alors beaucoup de personnes oublient aussi complètement que les généraux et que les officiers^ engagés dans cette affaire» la règle de méthode formulée ainsi par Auguste Comte :

construire toujours l'hypothèse la plus simple avec l'ensemble des renseignements obtenus.

Elles retournent contre eux les procédés de ces généraux et de ces officiers. Ils ont abusé du mot : « secrets ». L'imagination des lecteurs de romans-feuilletons se met à la recherche des secrets que cache leur obstination. Esterhazy, Henry ne leur suffisent pas. Us vont plus haut; ils généralisent les complicités de l'espionnage, et ils y englobent le chef de l'État-Major, le général de Boisdeffre.

Nous devons nous garder d'imiter ces procédés.

L'hypothèse la plus simple, c'est que Mercier, poussé comme je l'ai prouvé (voir Dreyfus et Esterhaztj p. 3) et comme il l'avoue naïve-

PHKFACK XXI

ment, par la peur de la Libre-Parole, de Vlntransigeanty du Petit Journalj de VEclair et par l'espoir de jouer au Boulanger, s'est acharné à faire condamner Dreyfus ; et Boisdeffre, Gonse, tout leur entourage ont été complices de Tillégalité de la communication des pièces secrètes.

Us avaient cru que leur acte resterait enseveli dans le mystère de la condamnation de Deyfus.

Puis ils se sont aperçus que si la condamnation de Dreyfus avait été illégale et injuste, il y avait des hommes qui en demanderaient la revision. Alors ils ont appris que Tart. 166 du Code pénal qualifiait de forfaiture a tout crime commis par un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions », que ce crime entraînait la dégradation civique qui comporte cinq ans de prison (art. 34 et 35 du Code pénal); ils* ont vu avec épouvante l'écroulement de leur carrière; et pour couvrir leur crime de 1894, généraux et officiers de TÉtat-Major se sont fait les complices du véritable espion Esterhazy; ils se sont rendus et se rendent encore solidaires du faux Henry ; ils ont fabriqué le faux contre Picquart ; ils produisent une fausse traduction de la dépêche de Panizzardi du 2 novembre 1894, faite en mai 1898, par du Paty de Clam et Henry avec le concours plus ou moins actif du général Gonse.

Ils ont sacrifié la sécurité nationale à leur sécurité personnelle.

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