IV. — Uignorance (PEsterhazy d'après le généi^al
Roget,
En dépit des notes élogieuses que l'on a lues au conseil de guerre qui a acquitté Esterhazy, le général Roget le présente comme étant d'une remarquable ignorance. Si M. Grenier exagère sa science, le général Roget exagère son ignorance dans le but de prouver qu'il était incapable d'écrire le bordereau.
11 parle d'une « lettre de lui adressée, en juillet 1893, au capitaine Le Rond et dans laquelle il dit une véritable hérésie sur le tir des obus allongés de 90. »
- J'ajoute, dit le général Roget, que le commandaut Esterhazy, major aa 74% en garnison à Rouen en 1894, y voyait presque tous les jours, au cercle militaire, le capitaine Bûone, qui commande actuellement une batterie à Versailles ; que jamais Esterhazy ne lui a posé de questions sur rartillcrie.
Le général Roget ne s'est pas dit qu'il était devenu moins discret en 1895 qu'il ne l'était en 1894, puisqu'il écrivait au capitaine Le Rond pour lui demander des renseignements tandis qu'il n'en avait jamais demandé an capitaine Boone. Etrange !
Esterhazy, aussi, major du 74" régiment, n'aurait jamais en la moindre idée relativement aux troupes de couverture et il aurait ignoré complètement que « quelques modifications seraient apportées dans le nouveau plan ». Pour taire cette démonstration, le général Roget raconte des histoires de conflits de bureau, où ,ni Dreyfus ni Esterhazy n'ont rien à voir : mais cela tient de la place et permet de dire aux badauds : — Quelle formidable déposition ! Elle est écrasante.
8 ANALYSE DE l'eNQI^ÊTE
Oui, par le poids du rien.
Quant à la « modification aux formations de Fartillerie », le général Roget déclare qu'Es terhazy l'ignorait. Mais au molnent où le général Roget parlait, il ne savait pas qu'Esterhazy avait assisté sur sa demande et à ses frais, au mois d'août 1894^ aux manœuvres du camp de Châlons où ces nouvelles form/itions avaient été essayées !
V* — Le rapport du colonel Kerdrain et le conseil
d'enquête,
Esterhazy finit par être traduit devant un conseil d'enquête les 24 et 27 août 1898.
Le rapporteur, le colonel Kerdrain, évidemment, n'était point un ennemi du commandant Esterhazy. 11 se montre sévère à l'égard de M™" de Boulancy parce que certaines des lettres que lui avait adressées le Uhlan ont été publiées. Il croit à l'expertise de cet illustre trio Varinard, Gouart et Beliiomme, qui déclaraient que la lettre du Ulilan était une imitation courante et à main levée de l'écriture du commandant Esterhazy ; cependant, il se montre un peu sévère à l'égard d'une autre lettre de même style et reconnue exacte par le commandant. Il parle enfin de trois lettres écrites par le commandant Esterhazy les 29, 31 octobre et 5 novembre 1897 au Président de la République. Il n'en donne pas le texte, mais il ajoute : « Jamais cet officier n'aurait dû avoir la pensée de pareilles menaces au premier magistrat de France. »
On cueille cette autre phrase :
« Tout dernièrement encore, au cours d'une entrevue que lui avait accordée M. le général commandant le département
(le la Seine (de Pellieux), il manifesta son intention de peser snr Fesprit de ses chefs par des procédés inavouables. »
Il s'agit de son entrevue du 3 juillet 1898 à la suite de laquelle il essaya d'assommer Picquart d'un coup de gourdin. Le général de Pellieux lui avait sans doute reproché son inaction. Satisfait de lui, le général de Pellieux, dans sa déposition, a opposé une dénégation à Tallégation du colonel Kerdrain.
Enfin, le colonel Kerdrain est bien obligé d'entrer dans quelques détails sur les relations du commandant avec M"" Pays : la substitution du nom de celle-ci sur les rôles des contributions en décembre 1897 ; les affaires de proxénétisme d'Esterhazy, commanditaire pour 5,000 fr. d'une maison de rendez-vous ; nous apprenons que « sa correspondance lui était adressée au Jockey-Club » .
Si estompés qu'ils aient été dans le procès-verbal, les interrogatoires du commandant^ de du Paty de Clam, du général de Pellieux confirment les récits qu'Esterhazy avait faits dans le Laily Chronicle, qu*il a confirmés dans sa déposition, et prouvent la collusion commise par les généraux de Boideffre, Gonse, le général de Pellieux et la complicité de du Paty de Clam.