‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 37 sur 162 · XII. — Un peu (Tlnconduite · texte numérisé non relu

XII. — Un peu (Tlnconduite

Si un auteur dramatique, un romancier avait imaginé une scène telle que celle qui s'est jouée devant le conseil d'enquête, le lecteur le plus crédule aurait crié à l'invraisemblance. Il aurait reproché à l'auteur de pousser à la charge. Si cet auteur dramatique ou ce roman-

cier avait ajouté qu^à Vunanimité le conseil d'enquête avait décidé que commanditer une maison de passe, qu'être coutumier d'escroqueries ne constituaient pas une faute contre l'honneur ; qu'écrire trois lettres comminatoires au Président de la République en le menaçant de l'intervention d'un souverain étranger ne constituait pas une faute grave contre la discipline, il n'y a pas un civil qui n'eût crié : — C'est impossible !

Cependant cela est : et le général Zurlinden, gouverneur militaire de Paris, écrivait au ministre de la guerre :

Le résultat est négatif pour deux questions et affirmatif

— mais seulement à la majorité de trois voix contre deux

— pour la question de Tinconduite habituelle.

En se rapportant aux usages de l'armée, il y aurait donc lieu "d'user d'indulgence à l'égard du commandant Esterhazy ; ou de se contenter d'une punition disciplinaire, la non-activité par retrait d'emploi.

Dans le cas où vous voudriez néanmoins prononcer la réforme de cet officier supérieur, je me permets d'émettre l'avis que le rapport accompagnant le décret de réforme devrait spécifier loyalement que la réforme est prononcée pour inconduite habituelle, le conseil d'enqué^te ayant repoussé les questions de fautes contre la discipline ou contre Thonneur.

Général Zurlii^den.

XIÏI. — Les rapports d'Esterhazy et de Schica rzkoppen

On sait que le télégraphe transmet à Paris, dans des tubes pneumatiques, des cartes télégrammes fermées qu'on appelle habituellement : « un petit bleu. »

En avril 1896, le même agent, qui avait remis le bor dereau au ministère de la guerre, remet à M. le com mandant Picquart, alors chef de bureau des renseignements, une carte-télégramme, un « petit bleu » déchiré en beaucoup de morceaux. M. Picquart le confie au commandant Lauth pour le restaurer. Par lui-même, ce petit papier n'avait pas de valeur. En voici le texte :

« J'attends a vaut tout une explication plus détaillée que celle que vous m'avez donnée, l'autre jour, sur la question en suspens. En conséquence, je vous prie de me la donner par écrit, pour pouvoir juger si je puis continuer mes relations avec la maison R... ou non.

« M. le commandant ësterhâzy,

« 27, rue de la Bienfaisance, Paris. »

Ce petit papier, s'il eût été saisi à la poste ou chez le commandant Esterhazy, aurait pu être insignifiant : ce qui constituait sa valeur, c'est qu'il avait la même origine que le bordereau. Ce n'était pas une preuve : c'était un indice qui poussa le commandant Picquart à faire une enquête.

Un agent déclara qu' « un officier supérieur, âgé d'environ cinquante ans, fournissait à une puissance étrangère tels ou tels documents ». « Or, ces documents, dit le colonel Picquart, étaient précisément ceux dont m'avait parlé le camarade à qui je m'étais adressé, lorsque j'avais découvert la carte-télégramme. » Le colonel Picquart demanda au colonel du régiment où servait Esterhazy de lui fournir des exemplaires de son écriture Comparés avec le bordereau et mis sous les yeux de M. Bertillon, celui-ci dit aussitôt au colonel Picquart : « C'est l'écriture du bordereau. »

La découverte du « petit bleu » a été jugée si grave

par tous les officiers acharnés à sauver Esterliazy, les colonels Henry, du Paty de Clam, le général de Pellieux, le commandant Ravary, que, pour en atténuer la portée, ils ont accusé le colonel Picquart de faux. Cependant, cette dépêche n'a rien d'extraordinaire puisque, dans sa lettre au ministre de la guerre du 25 octobre 1897 Esterliazy dit :

Mes rapports peu fréquents, mais très ouverts avec le colonel de Schwarzkoppen, qui a connu mes parents à Karlsbad.

Entre parenthèses, le colonel de Schwarzkoppen a raconté qu'il n'était jamais allé à Karlsbad.

J'avais si peu à me cacher que j'ai été à l'ambassade à plusieurs reprises en uniforme î

Il ajoutait : « pour rendre service à mon colonel. » On a négligé d'interroger le colonel pour s'informer

de la nature de ces services.

La lettre adressée au premier président de la Cour

de cassation, le 13 janvier 1899, contient le passage

suivant :

fai en avec iin agent étranfjer pendant dix-huit mois cnriron, de 4 89 A à l89o, à la demande du colonel Sandherr, du service des renseignements, que j'avais connu en Tunisie, dea rapports que fauraia précisés devant vous, si j'avais été relevé du secret professionnel.

Voilà l'aveu des rapports d'Estcrhazy avec Sch\\'arzkoppen ; Picquart avait-il donc besoin de falsifier « le petit bleu » qui est une simple constatation de ces rapports ?

Le pi'csîdent de la Cour de cassation lui rappelle -cette lettre. Il se borne h r6i)oiidre :

Que la Cour me croie ou ne me croie pas, die est la mtutresse.

J'espérais cependant que mes cliefs auraient une autre attitude; mais ils sont i)lus faits pour être capitaines marchands de galiote, sur les canaux de la Hollande, qneirapitaines de gens de guerre, et quand vient la tempête, ils jettent les petits pour sauver les gros. C'est leur affaire.

Je ne veux encore rien dire.

11 invoque TàutoVité d'Henry à Tappui de sa thèse; mais Henry est mort et serait-il vivant qu'il manquerait d'autorité.

Esterliazy a répondu qu'il continuerait à se taire, et il s'est lancé en récriminations de divers genres contre le ' commandant Wcil, contre M. Bertulus, contre Jules Roche, contre le colonel Curé.

Le commandant Ester hazy. — Je n'ai rien à ajouter.

11 n'a rien à ajouter, parbleu I parce que sa tkèse est absurde. 11 ne peut essayer de donner le change qu'en restant dans un vague ténébreux.

XI Y. — Digne (TE scohar.

Quant au bordereau, si sa réponse ne lui a pas élé soufflée par le P. Du Lac, celui-ci a dû y applaudir avec tous les disciples d'Escobar.

Le président, — Que pouvez-vous nous dire en ce qui concerne le l)ordereau ?

Le commanditnt Esteiitazy. — Le premier Conseil de guerre Ta attribué à Dreyfus ; le ileiixièiiie Conseil ne ne l'a pas attrlbné ; on a déelaré qu'il n'était pas 4e moi.

Le président, — Cependant, vous avez vous-même, dans certains documents qui ont été saisis chez M"^ Pays, paru reconnaître que récriture du t)ordereau avait été calquée par Dreyfus sur votre écriture ?

Que "Voulez- vous dire par là 1

Le commandant Esterhaztf. — Lta question eu boHhîrewEt est one 4e eeHes qui ont été jugées par le Conseil 4e guerre 4e f Hf^H ; j'estime ne pas avoir k rép^nére à eetto question.

n ne nie pas être l'auteur dû bordereau : il s'en réfère i la choie JQgée.

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