‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 66 sur 162 · IV. — Nouveau camouflet · texte numérisé non relu

IV. — Nouveau camouflet

On sait que le ministère de la guerre n'a pas trouvé que cette démonstration fût suffisante.

Quoique de Boisdeffre, Gonse, Henry, du Paty de Clam ne soient plus à la tête de l'Etat-Major, cependant l'Etat-Major a voulu regimber contre l'accusation formelle portée par M. Paléologue. C'est le général Ghamoin qui s'est chargé de cette mission. J'ai connu le général Chamoin à l'Elysée. Il était intelligent. Que disible

LK FAUX N° 44 iOi

ost-il allé laire dans cette galère et pourquoi s'est-il égaré dans le dossier du faux?

Il paraît que M. Sabatier n'a pas assez du faux ce canaille de Breyfus^ que V Eclair a publié en 1894. Il a tort de le rappeler, car la prescription n'est point acquise. U Eclair est redevenu le journal de l'Etat-Major et il a publié la confrontation Chamoin et Paléologue en la falsifiant selon son habitude.

L'ancien moniteur de du Paty de Clam et de Henry reste fidèle à la cause perdue qu'il a tant aidé à perdre.

Mais le Temps rectifie ce qui s'est passé : et il constate une fois de plus la déroute de l'Etat-Major.

Les officiers du bureau des renseignements qui paraissent avoir hérité de l'esprit d'Henry, de du Paly de Clam et de Lauth, disaient dans Y Eclair :

Les officiers du bureau des renseignements ont cette impression qi/e « la diplomatie communique aux chiffres ses propres vertus, qui sont de ne pas toujours faire dire aux mots ce qu'ils veulent dire. »

Les officiers du bureau des renseignements qui font tenir par V Eclair an pareil langage prouvent la nécessité de la suppression de ce bureau.

En rédigeant cet article^ ils montraient leur manière de procéder.

La dépêche, dit l'article, porte ces mots lisibles, sous les chiffres :

^-Arrêté Dreyfus.., Relations Ambassadeur Allemagne,. Emissaire. »

Voilà, n'est-ce pas, des mots incohérents, qui, ainsi isolés, ne signifient pas grand'chose.

Qu'à cela ne tienne « V Eclair y reconnaît la « sub -

slançe mcnie » de la pièce ii** 44 (du dossier secret) :

« Le capitaine Dreyfus est arrêté Le ministre de la guerre a les preuves de ses relations avec rAlIemagne. Toutes ses précautions sont prises. »

Et V Eclair ajoute gravement :

Les officiers, qui, de mémoire, ont rétabli le texte de cette première traduction — comme mémento — n'ont pas commis un faux ; ils ont établi sur une version incomplète, faite

aux affaires étrangères, un texte dont ils avaient besoin de se rappeler au moment où l'affaire Dreyfus évoquée devant l'opinion publique les y obligea. '

Mais c'est le texte même de la dépêche que TEtat-Major en est arrivé à contester, appuyé par un conseiller à la Cour de cassation, qui, paraît-il, s'appelle M. Legrix.

Le décalque de la dépêche a été conservé aux archives des postes et télégraphes.

Voici le récit du Tem2)s :

Quand ^e décalque fut présenté au général Ghamoin et au capitaine Guignet, ces deux officiers s'en montrèrent d'abord assez troublés. Puis ils se résolurent à dire qu'il ne leur paraissait pas certain que ce fut là l'écriture de M. Panizzardi. Gette réserve amena M. le premier président Mazeau à leur répondre : <( Ah ! non ! nous ne p^nvoii^ poiirtunt pas aceiii^er de faux toutes les i institutions de l'Etat, les unes après les autres, l'administration des postes après le ministère des affaires étrangères ! »

M. le Premier Président lui-même a trouvé que, vraiment, ces messieurs du ministère de la guerre abusaient des habitudes qu'on y avait prises pour tes prêter aux autres administrations. Le général Ghamoin n'a pas

démontré que radministration des postes et télégraphes avait fait un faux.

L'incident fut clos par cet échange de lettes entre M. Paléologue et le général Chamoin :

Paris, le 20 avril.

Mon général,

Une partie de la presse persiste h publier que, lors de notre comparution du 21 avril devant les chambres réunies, vous auriez inopinément découvert, dans le dossier dont j'étais porteur, une pièce importante que j'essayais de dissimuler.

Un mot de vous suffirait à détruire cette légende et à prouver que notre confrontation s'est passée comme nous étions l'un et l'autre certains qu'elle se passerait, c'est-àdire en toute loyauté, confiance et courtoisie.

Agréez, mon général, l'assurance de ma considération la plus distinguée et de mes sentiments dévoués.

PALEOLOGUE.

Paris, 29 avril.

Cher monsieur.

En réponse à votre lettre de ce matin, je ne fais aucune difficulté de reconnaître que je n'ai pas eu à découvrir dans votre dosssier la pièce du sujet de laquelle j'ai cru devoir présenter certaines observations, puisqu'elle figurait au nombre de celles qui avaient déjà été soumises à l'examen de la Cour ; j'ajoute que c'est vous-même qui m'avez remis cette pièce au cours de notre confrontation.

Je suis heureux de constater également que notre confrontation s'est passée, ainsi que vous le dites, en toute loyauté, confiance et courtoisie.

Agréez, cher monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée et de mes sentiments dévoués.

Général Chamoin.

La démonstration de M. Paléologue a établi les faits suivants :

1** Communication à la guerre sous réserve d'un texte provisoire de la dépêche Panizzardi incomplètement déchiffrée ;

9° Coniniani<^tion de la version déflnitive sur laquelle le ministère des alTaires étrangères n'est jamais revenu ;

3° Disparition de ees deux versions des dossiers du ministère de la guerre ;

4° Substitution à ees deux versions d'une troisième version tendant à faire considérer la culpabilité de Dreyfus comme certaine, — substitution opérée le lendemain même du jour où le texte définitif 'avait été rappelé par II. Paléologue luimême au lieutenant-<^lonel Henry, envoyé par le ministère de la guerre.

D'après le général Gonse, Henry avait dit qu'il n'avait pas le texte ; du Paty l'avait reconstitué de mémoire et, à eux trois, ils avaient produit un nouveau faux.

Les officiers mêlés à l'affaire Dreyfus sont comme des poissons dans un tramail. A chaque effort qu'ils font pour se dégager, ils se maillent plus étroitement.

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