‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 76 sur 162 · XI. — Manœuvres contre Picquart · texte numérisé non relu

XI. — Manœuvres contre Picquart

Vers la fin du mois d'octobre, le général Gonse entra un matin Irusquement dans le bureau de Picquart et il lui reprit le dossier secret Dreyius, et ne voulut pas faire le récolement des pièces, sous prétexte qu'il était très pressé (v. cliap. III, § 4).

Pour justifier la reprise du dossier par le général Gonse, le 30 octobre, l'agent de police Guénée avaît signé un rapport l'accusant d'avoir commis des indiscrétions à l'égard de Leblois. ilenry put avoir le dossier, fabriquer son faux et le général Gonse eut un prétexte pour ne pas le communiquer à Picquart.

Picquart n'a eu connaissance du rapport Guénée qu'au mois de novembre f 898, il n'y avait jamais été fait allusion devant le Conseil de guerre, le Conseil d'enquête et le procès Zola, pas plus que du second rapport de Guénée du 21 novembre 1896, dans lequel le vieil ami est devenu « un vieil ami qui demeure près d'ici », et Guénée annonce qu'après une enquête, il a acquis la certitude que c'est Leblois.

Picquart a raison quand il ajoute :

J'établis un lien entre ces rapports de Guénée et la déposition mensongère d'Henry, qui prétend m'avoir vu assis avec Leblois, ayant près de nous la pièce : « Ce canaille de D... » ; j'y rattache la question qui m'a été posée télégraphiquement en Tunisie, lorsqu'on m'a demandé si je ne m'étais pas laissé voler par une femme la photographie d'un document secret ; j'y rattache enfin Tépisode du document libérateur, qui a joué un rôle dans le commencement de l'affaire Esterhazy.

Tout ceci se tient : une machination est le complément et le développement de l'autre.

La publication du fac-similé du bordereau, le 10 novembre 1896, dans le Matin, porte un terrible coup au général de Boisdeffre.

Le général avait la figure toute décomposée et me dit ces mots dont j'ai le souvenir presque textuel :

« Eh bien, ce sont de fameuses crapules, votre Weil et votre Esterhazy ; ce serait le moment de les prendre la main dans le sac. »

Le général ne voulut pas me donner d'autre explication ; mais je n'ai pu m'empôcher, plus tard, de penser qu'il devait y avoir eu quelque acte de chantage de 1^ part d'Esterhazy,'sur quelque personne Mu monde militaire qu'il approchait.

Esterhazy, qui était à la campagne, revint à Paris.

Le 15 novembre 1896, quatre jours avant l'interpellation Castelin, le général Billot montra à Picquart une lettre que M. Weil avait reçue la veille et qu'il était allé porter à M. de Montbello.

Cette lettre disait en substance :

Vous et votre ami Esterhazy, vous allez être dénoncés à la tribune de la Chambre comme complices de Dreyfus.

Le ministre me dit que l'indiscrétion ne pouvait provenir que d'uùe des personnes présentes ou d'un de mes officiers, et il m'annonça qu'il avait une mission très importante à me faire remplir dans l'Est.

Evidemment, cette lettre provenait d'un de ceux qui ont plus tard prévenu Esterhazy dès que le colonel Bertin les eut informés des intentions de Sclieurer- Kestner. Le 14 novembre, on envoie Picquart en mission. Cette perspicacité de Billot, qui consiste à garder Henry et à expédier Picquart au loin, est admirable.

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