‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 78 sur 162 · XIV. — ' Les machinations d'Henry et consorts · texte numérisé non relu

XIV. — ' Les machinations d'Henry et consorts

Picquart obtient en mars 1897 une permission régulière de huit jours et revient à Paris. Il Aoulut voir le général Millet, directeur de l'Infanterie ; celui-ci ne le reçut pas. Je laisse la parole à Picquart :

Avant de rentrer en Tunisie, je confiai pour la première fois à un vieil ami — lieutenant-colonel comme moi et qui m'était absolument dévoué — que j'avais les plus grandes craintes à mon sujet, qu'on avait du se tromper en 1894, dans le procès Dreyfus et que, à mon avis, le vrai coupable était un nommé Esterhazy.

Comme je ne le vis que quelques minutes, je n'eus pas le temps de lui en dire davantage.

Cet officier était employé au ministère de la guerre alors.

Je lui dis également que, s'il m'arrivait malheur, il fallait rechercher du côté de du Paty et peut-être de Henry.

Je rentrai immédiatement en Tunisie et je tiens à remarquer qu'à ce voyage je ne vis pas Leblois.

On lui réexpédiait des lettres. Un jour Picquart écrivit à Henry :

Que l'on dise une bonne fois aux agents que je n'occupe plus mes fonctions ou que j'ai été relevé de mes fonctions. Je n'ai pas à en rougir. Ce dont je rougis, c'est des mensonges et des mystères auxquels ma situation vraie donne lieu depuis six mois.

On connait la lettre injurieuse que répondit Henry et que Lauth récita au procès Zola, Cette lettre de Henry, datée du 31 mai 1897, ne fut

mise à la poste que le 3 ou 4 juin, et Tinstruction Fabre a établi que, soumise au général Gonse et au général de Boisdeffre, ils l'avaient approuvée ; et, chose admirable, au Conseil d'enquête, on a reproché à Picquart de ne pas avoir réclamé auprès d'eux ! Quel souci ont donc de la discipline ces généraux qui admettent qu'un ancien subordonné, un inférieur en grade, écrive des lettres d'injures et de menaces à un de ses supérieurs ! Cette lettre reprochait à Picquart d'avoir persécuté Esterhazy, en lui reprochant d'avoir fait ouvrir sa correspondance, alors que les auteurs de cette lettre ouvraient, au moment même, et détournaient la correspondance de Picquart.

Dans toute cette affaire, les gens de l'Etat-Major ont toujours accusé leurs victimes de leurs propres actes.

Cette lettre contenait tous les griefs qui devaient non seulement faire mettre plus tard Picquart aux arrêts, le faire mettre en réforme, mais encore donner prétexte aux chefs d'accusation en vertu desquels il est eu prison depuis le 13 juillet.

Celte fois Picquart partit pour Paris afin de mettre en lieu sûr les lettres du général Gonse, son seul élément de défense, qui prouvait notamment que l'enquête Esterhazy avait eu lieu à la connaissance et avec l'assentiment de ses chefs.

Picquart ajoute :

Arrivé à Paris, je vis le général Nismes, sous les ordres duquel j'avais servi.

Je lui racontai mon cas, en lui parlant de Terreur judiciaire commise au sujet de Dreyfus, mais je me refusai à lui faire 'connaître le nom de l'officier que je prétendais être le vrai coupable.

Je lui racontai aussi que j'avais dit au général Gonse que

je n'emporterais pas ce secret dans la tombe. Le général

î^ismes m'engagea à faire le mort, et je ne pus le convaincre

des dangers que je courais.

J'essayai, mais vainement, de voir le général Jamont.

Je résolus alors de remettre mes papiers entre les main de M. Leblois, mon ami, et le seul avocat que je connusse

Toutefois, je ne consentis pas à lui donner des explica tions sur tous les paragraphes de la lettre d'Henry.

Je désirais sauvegarder mes intérêts, et je désirais ei même temps ne pas trahir des secrets militaires ; et c'es X)our cette raison que je me bornai à lui donner des expli cations sur le paragraphe 1". Pour le paragraphe 2, je lu dis qu'on m'accusait à tort d'avoir voulu suborner deux offi ciers au sujet d'une pièce relative à Esterhazy, ou qui in criminait Esterhazy. Mais je n'entrai pas dans d'autres dé tails au sujet du paragraphe 3.

Je donnai à Leblois un mandat général de défense, san lui tracer une ligne de conduite plutôt qu'une autre, et ei le laissant libre d'agir quand il le jugerait nécessaire.

Dans les quelques conversations que nous eûmes ensembl< à ce sujet, Leblois n'a pas pu douter un instant que moi intention était que son action ne pouvait s'exercer qu'auprè! du gouvernement.

Le 20 octobre 1897, Picquart se préparait à prendre son congé annuel ; le général Gonse s'était informé, sont un prétexte, des intentions de Picquart auprès d'un d( ses amis. Alors arriva l'ordre d'envoyer Picquart à k frontière tripolitaine. Le général Leclerc trouva l'ordre étrange, fit venir Picquart à Tunis, lui demanda des explications et lui dit d'attendre. Cet ordre était parti le 27 octobre de Paris : la lettre menaçante d* Esterhazy au ministre de la guerre est datée du 25 octobre ; ce? dates sont éloquentes.

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