‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 79 sur 162 · XV. — Les Faux télégrammes · texte numérisé non relu

XV. — Les Faux télégrammes

Du Paty de Clam prépare son histoire de la « Dain.< voilée. » Au commencement de novembre, le généra Leclerc reçut un télégramme chiffré ainsi conçu :

« Le gouvernement a reçu des lettres Tinformant que le lieutenant-colonel Picquart s'est laissé voler par une femme la photographie d'un document secret de la plus haute importance et compromettant pour un attaché militaire étranger. Prière d'interroger cet officier supérieur. »

Picquart répondit qu'il était impossible qu'il eût pu se laisser voler un document par une femme.

Picquart continue :

Je rentrai alors à Sousse, et je dois remarquer que, dans une période qu'il faut compter duJ7 au 20 novembre à peu près, je n'ai plus reçu, en fait de correspondances, sauf peut-être une ou deux lettres insignifiantes, je n'ai plus reçu, dis-je, que des imprimés, une lettre d'Esterhazy et une lettre qui était un faux.

Sa correspondance était confisquée. Deux lettres de son beau-frère trop bien closes ne lui parvinrent pas.

Alors le 10 novembre, il reçoit une lettre d'Esterhazy , datée du 7, qui lui reproche les faits reproduits dans les articles Dixi de la Libre Parole :

Le télégramme signé Blanche qui dit qu'on a des preuves que Georges (c'est-à-dire Picquart) a fabriqué le ]pelit bleu.

Le lendemain 11, Picquart reçut le télégramme signé Speranzà qui disait : « Arrêtez le demi-dieu, tout est découvert, affaire très grave. »

La lettre d'Esterhazy et le télégramme Speranzà présentaient cette particularilé commune que, sur l'adresse des deux documents, le nom de Picquart était écrit sans C, que dans l'un il y avait comme désignation de lieu « Tunis », dans l'autre « Tunisie » ; tandis que dans le télégramme Blanche l'adresse était parfaitement correcte ^insi que la désignation de la garnison (Sousse).

Picquart dit :

128 ANALYSE DE l'eXQUÊTE

J'établis immédiatement une corrélation entre la lettre d'Esterhazy et le télégramme Speranza, et j'établis aussi, dans mon esprit, un lien entre ces deux pièces et le télégramme Blanche, puisque je savais parfaitement que je n'avais en aucune façon fabriqué le bleu qui m'avait fait découvrir Esterhazy.

Un télégramme du ministre de la guerre expédié à Tunis, accuse Picquart d'avoir fait des révélations à des personnes étrangères à Tarmée ou d'avoir communiqué des documents à des personnes étrangères à l'armée, au sujet de faits relatifs à son service.

Sa correspondance continue d'être supprimée. Le 16 ou le 19 novembre, il reçut une lettre, un faux, portant une adresse identique à celle du télégramme Speranza ^ et semblable aussi à celle de la lettre Esterhazy ; cette lettre était ainsi conçue :

« A craindre. Toute l'œuvre découverte. Retirez-vous doucement. Ecrivez-moi. »

Cette lettre était écrite à la plume, mais en caractères d'imprimerie.

L'adresse seule était en caractères cursif s».

11 remarqua que le timbre de la poste était celui de la place de la Bourse, le même que celui de la lettre Esterhazy.

La date de la lettre est du 10 novembre.

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