XVI. — Dic Paty dénoncé par Cuignet
Cuignet alors intervient et montre la genèse des télégrammes de du Paty. Il révèle un fait privé qui concerne « la dame voilée. »
Pour n'en citer qu'un exemple, du Paty a connaissance de
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deux télégrammes compromettants adressés à Picquart en Tunisie, vers le 5 ou le 6 novembre 1897 ; il en a connaissance parce que les minutes ont été communiquées à la guerre par le ministère de l'Intérieur.
L'un de ces télégrammes porte :
// faut qu'il lui renvoie immédiatement les lettres de Berthe.
Le deuxième télégramme est ainsi conçu :
Ecrivez désormais avenue de la Grande-Armée.
Et en effet le bureau des renseignements a fait immédiatement saisir les lettres venant de Sousse ou^ de Tunisie, et, parmi ces lettres, on en trouve deux adressées poste restante, émanant de Picquart, rédigées en style convenu, prouvant néanmoins l'existence d'une entente secrète entre les destinataires de la lettre.
Cette lettre arrive trois jours après l'expédition du télégramme :
Adressez désormais vos lettres avenue de la Grande- Armée.
Du Paty savait évidemment les motifs de ces télégrammes (v. livre I, ch. Vil, p. 142). Voici ce que fait le misérable d'après le capitaine Cuignet.
Ayant donc connaissance des deux télégrammes et de la lettre compromettante pour Picquart, du Paty imagina immédiatement de corser l'affaire et d'augmenter les charges qui pourraient être relevées contre Picquart à l'occasion de ces correspondances .
C'est alors que sont déposés les deux télégrammes au sojet desquels Plequart s'est inscrit en fanx, et «vee raison à mon avis.
Ces télégrammes émanent certainement de du Paty. Ils n'émanent pas des amis de Picquart qui n'auraient pas été assez naïfs pour télégraphier en clair des télégrammes de cette nature, alors surtout qu'ils avaient, avec lui, un moyen de correspondre en style convenu.
Les télégrammes n'émanent donc vraisemblablement que d'un ennemi de Picquart, et quel serait cet ennemi, s'inon du Paty ?
ïl faut, en effet, que cet ennemi connaisse le petit
bleu, qu'il soit au courant de ce qui s'est fait au service des renseignements : du Paty répond à ces conditions.
En outre, d'après le témoignage de la télégraphiste qui a reçu le télégramme signé Speranza, Texpéditeur était un homme grand, légèrement voûté, portant une grande barbe noire. On a cru voir, dans ce signalement, le sieur Spuf frain ; mais je crois que ce dernier a établi, à l'instruction Bertulus, un alibi d'une façon indiscutable.
D'autre part, nous savons qu'au cours de certaines entrevues avec Esterhazy, du Paty s'affublait d'une longue barbe noire, pour dissimuler sa personnalité.
Or, du Paty, aflublé de sa barbe noire, correspond absolument au signalement donné par la télégraphiste pour l'expéditeur du télé^amme Speranza.