‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 84 sur 162 · XXI. — Leur vengeance · texte numérisé non relu

XXI. — Leur vengeance

Picquart était traduit devant un conseil d'enquête en qualité d'officier de TEtat-Major de l'armée, détaché au 4" tirailleurs.

Il a introduit une instance devant le conseil d'Etat parce que cette qualité n'existe pas : Picquart était lieutenant-colonel au 4® tirailleurs et tout lien entre l'Etat- Major de l'armée et lui était légalement rompu.

C'est là encore une de ces irrégularités commises par l'Etat-Major qui finissent toujours par se retourne^* contre lui : car, légalement, il n'y a pas de doute possible ; et le conseil d'Etat annulera Vavis du Conseil d'enquête, illégalement saisi.

Tout fut irrégulier. On ne donna point d'explications à Picquart, on ne lui communiqua aucune pièce avant sa comparution devant le Conseil d'enquête.

Le colonel désigné était le colonel Bouchez, ami intime du général de Boisdeffre.

Rien de plus navrant que le passage de la déposition du général de Galliffet relatif à Picquart.

Eu 1890, le général de Miribel, le général de Boisdeffre, le général de Saint-Germain, le général Renouard, le général Brault, le général Darras, le général Bailloud, le général Millet, tous « signalaient Picquart, en toutes circonstances, comme un officier destiné h arriver aux plus hauts grades de l'armée ». Même après le Conseil d'enquête, le général Zurlinden faisait dire au général Galliffet « qu'il demanderait au ministre de n'infliger à Picquart qu'une punition disciplinaire, en tenant compte de la prison préventive qu'il avait subie au Mont-Valérien ».

Picquart avait comparu le 12 janvier 1898, devant le

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Conseil d'enquête, qui a siégé pendant deux jours : deux jours après, le ministre, saisi du rapport, était donc en état dé rendre sa décision, qui, d'après les usages, devait intervenir quelques jours plus tard.

Il ne l'a rendue qyp le 25 février ! - Il ne l'a rendue qu'après le procès Zola î Et Picquart a été mis en réforme parce qu'il n'a pas voulu comprendre les paroles de chantage que lui faisait tenir le général Gonse par M. Bertulus. Cavaignac et Zurlinden ne trouvant pas la vengeance suffisante, le général Galliffet peut dire dans sa déposition :

fen suis à me demander si des crimes commis par le colonel Picquart ont été découverts depuis le jour où le gouverneur de Paris m'a fait faire sa communication.

Car si de nouveaux crimes n'ont pas été découverts, je me demande comment il peut se faire que le colonel l*îequart, qqi ne paraissait mériter, il y a moins d'un an, qu'une punition disciplinaire, soit aujourd'hui traduit devant le Conseil de guerre pour les crimes les plus épouvantables.

Picquart, en effet, a commis un crime épouvantable. Il n'a pas voulu comprendre quand Gonse lui a dit : — Vous êtes seul à le savoir : si vous n'en dites rien, personne n'eu saura rien.

XXn. • — Les Prisons de Picquart

Henry se troubla quand Picquart lui posa la question suivante, au sujet de son affirmation qu'il les avait vus, Leblois et lui, assis à son bureau, la pièce « Ce canaille deD... n près d'eux.

Je lui dis :

-— Voyons, Henry, êtes- vous bien sûr que c'est Leblois que vous avez vu assis à mon bureau, en septembre 1896 ?

Ne serait-ce pas plutôt l'un des commissaires spéciaux, M. Mittelhauscr qui est Alsacien ; M. Hennion, qui est blond.

Henry parut hésiter, il dit :

— Ah ! M. Mittelhauscr, avec sa barbe, je ne sais...

A ce moment-là, M. Fabrc interrompit notre colloque ; mais mon avocat était présent, ainsi que deux agents de la Sûreté, et je crois que M. Fabre lui-même se souviendra parfaitement de la scène ; elle ne fut pas inscrite, mais mon avocat, lorsque le greffier eut recommencé à écrire, fit poser à Henry la question suivante :

— Voyons, pensez-vous qu'il soit impossible que vous ayez vu une autre personne que Leblois f

A quoi Henry a répondu :

— Absolument impossible, non ; mais je suis convaincu que c'est Leblois.

Il ne nous fut pas permis d'insister, mais la demande de M" Laborifut consignée, ainsi que la réponse d'Henry.

XXIlï. — La Déposition de Picquart.

Picquart nous apprend que, pendant Tinstruction du capitaine Tavernier qui restait pendant trois semaines sans rinterroger, il n'a été confronté avec aucun témoin. On ne lui a communique le résultat du rapport des experts qu'une quinzaine de jours après son dépôt.

La justice militaire a continué, avec Picquart, d'aggraver ses fautes, déjà si graves dans les procès de Dreyfus et d'Esterliazy.

Elle a voulu frapper Picquart, et Picquart est debout. Oii est Henry ? dans la tombe. Où est Esterliazy ? honni et renié par ses défenseurs d'hier. Où est du Paty de Clam? traité de menteur par Gonse et Roget, désavoue par tous. Où est Lauth? il se terre. Où est Pauffin de Saint-Morel? il voudrait bien se faire oublier. Où est de

Boisdef fre ? déchu de tout commandement en attendant le châtiment définitil. Où est Gonse ? convaincu de la fîibrication du faux Painlevé et de sa participation à toutes les manœuvres de la bande Henry. Où est Mercier? Où est Cavaignac? Où est Roget? celui-ci contemple avec mélancolie sa carrière finie et tous redoutent les sanctions que la justice réclame.

XXrV. — Les sc^ncpules de Picquart

On pourrait dire peut-être que la déposition de Picquart pèche par un excès de scrupule, quand il n'est pas sûr de son souvenir ou certain d'un fait ; quand il ne peut pas formuler nettement une accusation, il le dit. Cela surprend les caudataires de Roget qui, lui, n'hésite jamais à affirmer un mensonge, même quand ce mensonge a été prouvé antérieurement.

Les gens scrupuleux comme Roget et comme Pellieux s'indignent encore contre la perquisition que Picquart avait fait faire chez Esterhazy en son absence : et il n'y a pas eu de perquisition. L'appartement était à louer. Un agent alla le visiter, constata qu'Esterhazy avait brûlé du papier, ramassa deux cartes qui constataient les rapports de Drumont et d'Esterhazy, que Picquart fit reporter dans l'appartement. Voilà cette violation de domicile qui indignait si fort de Pellieux et Ravary. Mais de Pellieux trouvait tout naturel de faire une perquisition chez Picquart, d'y saisir des lettres de Mme X et de les remettre à son mari.

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