‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 85 sur 162 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

I. La dame voilée et le document libérateur. — II. Llnfamie du général de Pellleux. — III. Lo Père du Lac.

On se rappelle le rôle qu'Esterhazy attribuait à une « dame voilée » qui, k l'aide d'un document que lui aurait livré Picquart ou qu'elle lui aurait dérobé, serait venue à son secours.

Le général de Boisdeffre a prouvé une fois de plus son aptitude au mensonge en disant :

Nous avons cherché vainement quelle pouvait être la dame voilée, et comment la pièce aurait pu sortir du ministère.

Nous avions d'aliord supposé que c'était par suite d'une négligence du colonel Picquart, à qui elle aurait pu être dérobée.

Plus tard, quand les insinuations ont paru mettre en cause le colonel du Paty, je l'ai fait interroger par le général Gonse, et il a certifié, non seulement verbalement, mais par écrit, qu'il n'avait jamais eu cette pièce entre les mains, que le colonel Sandherr la lui avait montrée une fois en 1894 et l'avait remise ensuite sous enveloppe.

Ainsi le général de Boisdeffi;e a cherche vainement qui était « la dame voilée », et il connaissait les agissements de duPaty de Clam. Ils ont accusé la négligence du colonel Picquart ; ils ont laissé se produire cette accusation dans le rapport Ravary.

Enfin ils ont pensé à du Paty Jeur agent, et du Patya certifié qu'il n'avait jamais eu a cette pièce ». Quelle pièce? Ils connaissent donc «le document libérateur »? Quel est donc ce document libérateur, dont le général Torcy, chef de cabinet du ministre de la guerre, a accusé réception ? S'il y a une enquête supplémentaire, le général Torcy et le général Billot voudront i)eut-ùtre bien nous dire pourquoi, au lieu de procéder à l'arrestation de la personne hon qualifiée qui en était le détenteur, ils Mont adressé un bel accusé de réception.

IL — L'infamie du général de Pellieux

Maintenant voici le général de Pellieux et le P. du Lac qui apparaissent. On chuchotait depuis longtemps des récits sur le rôle odieux que le général de Pellieux avaitjouéà l'égard de M"*' M..., dont la séparation de corps vient d'être prononcée. On avait peine à le croire. On avait tort. Le général de Pellieux a achevé de se déshonorer dans cette affaire. Si des officiers tolèrent encore la présence de ce général parmi eux, s'ils ne le mettent pas en quarantaine, c'est une preuve que le sens du mot honneur n'existe plus x)our eux. Nous aimons à croire que lorsque M. de Freycinet a fait signer le décret lui permettant de mettre en disponibilité définitive certains généraux, il a pensé que le général de Pellieux était un des premiers que ce décret dut atteindre.

Nous laissons la parole à M. Bcrtulus :

Au cours du premier procès Zola, le commandant Ducassé se présenta à mon cabinet au nom du général de Pellieux, et me dit :

— Nous savons quelle est la « dame voilée » et nous avons donné notre parole d'honneur de ne pas dire son nom ; vous la trouverez rue de la Pompe, dans les numéros élevés.

Ce n'est pas seulement de Pellieux qui agit. Gonse s'en mêle aussi : ■

Quelque temps après, le général Gonse vint me voir et me demanda où j'en étais au sujet de la « dame voilée ». M. Bertulus dit qu'il la connaissait.

Avant cette visite du général Gonse, j'avais reçu spontanément la déposition de la dame, qui était venue à mon cabinet se plaindre des surveillances de police dont eUe était l'objet, et déclarer qu'il lui était facile de démontrer quelle n'était pas la « dame voilrc », car au moment de la remise du document libérateur à Estcrhazy, elle était loin de Paris.

Elle m'exposa qu'elle était la cousine et. l'amie d'enfance du lieutenant-colonel Picquart, qu'elle avait toujours eu pour lui une très profonde affection, mais que son mari, ayant pris oml)rage de cette affection, n'avait plus voulu recevoir chez lui le lieutenant-colonel Picquart, depuis plus d'un an, je crois.

A une époque que je ne puis bien déterminer, mais qu'il sera facile de retrouver par une lettre de cette dame, qui est au dossier, Mme X..., se présenta à nouveau dans mon cabinet et me dit son exaspération de la façon dont le général de Pellieux s'était conduit vis-a- vis d'elle.

Elle me conta que, mécontente de voir que la police, et surtout un monsieur se disant officier au gouvernement de Paris, continuaient à venir interroger sa concierge, elle était allée d'un bond chez le général de Pellieux pour ui demander de faire cesser de pareilles investigations et lui démontrer qu'elle ne pouvait à aucun titre être la « dame voilée. •

I^e général Tauraît reçue froîdeDient et, dés sa sortie, aurait écrit soas pli recommandé, à son mari, une lettre dans laquelle sa visite était dénoncée, sévèrement quallflée, et où ses paroles avaient été travesties.

A la réception de cette lettre, son mari, disait-elle, s'était précipité le soir même chez le général de PelUeux.

Nous connaissions la machination : — accuser Picquart d'avoir dérobé un document, cette dame l'ayant pris et l'ayant ensuite livré à Esterhazy. Seulement, la fable n'a pu tenir. 11 n'en reste que l'odieux de Tinvention à la charge de du Paty de Clam et du général de Pellieux.

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