‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 94 sur 162 · LE VOCABULAIRE DU BORDEREAU · texte numérisé non relu

LE VOCABULAIRE DU BORDEREAU

Le général Roget dit :

Le bordereau désigne un officier de TEtat-Major de l'armée, un officier de l'artillerie et probablement i^i stagiaire.

« Officier de TEtat-Major, » dit-il.

Il désigne un officier de TEtat-Major encore par la note sur les formations de ^artillerie, par le mot même de formations, qui, pris dans cette acception, n'est employé qu'à l'Etat-Major, même par le mot note, qui est le langage courant qu'on y parle.

On peut conclure de ce passage que le général Roget attache une grande importance au vocabulaire du bordereau pour en déterminer Fauteur. Nous en prenoiis acte.

Plus loin, parlant du deuxième paragraphe du bordereau, il dit :

^ote sur les troupes de couverture^ quelques modifications stvont apportées par le nouveau plan.

Je crois devoir appeler Faltention aussi sur l'expression ""nouveau plan.

Le paragraphe relatif au Manuel de tir provoque les réflexions «uivantes : Un profane n'était pas forcé de savoir que les di-

vers manuels qui se sont succédé ont porté, les uns le titre de « manuel », les autres le titre de « projet de manuel », sans que Ton ait jamais su à quoi rimait cette distinction ; il devait nécessairement supposer que ce « projet » était un document encore à l'étude, et par conséquent rare et confidentiel, alors qu'il était parfaitement réglementaire.

Le bordereau contient encore ces mots : Projet de maiiuel de tir de V artillerie de campagne.

Or, le titre exact est : Projet de manuel de tir d'artillerie de campagne.

Le titre du manuel signifie qu'il s'agit d'un « manuel de tir d'artillerie >> ; et de quel tir d'artillerie ? De tir d'artillerie de campagne. De même il existe des manuels de tir d* artillerie ùq siège, ou de tir à lamer.

Autrement dit, les mots « de campagne » s'appliquent non au personnel qui exécute le tir, mais au matériel employé, à la méthode suivie ; et un artilleur aurait même dit en abrégeant, « manuel de tir de campagne, » ou même « manuel de campagne. »

Donc, ee doeument a été composé |iar un oftteier étranger à l'artillerie. Voilà, au point de vue du vocabulaire, invoqué par le général Roget, la conclusion qui sera ratifiée par tous les artilleurs.

Et M. Cavaignac, le général Gonse, en ont donné euxmêmes une preuve involontaire.

La première pjirase que cite M. Ga^aiguac du bordereau est celle-ci : « l'ne note sur le frein hydraulique du 120 et la manière dont se comporte cette pièce. »

Or, M. Cavaignac répète cette phrase-là deux fois. Le général Gonse qui, au sortir de TEtat-Major, avait été versé dans l'artillerie, parlant aussi de ce passage du bordereau répète deux fois à la Cour d'assises également ces mots : la manière dont cette pièce se comporte.

Mais ce ne sont pas ces mots qui se trouvent sur le

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bordereau. Le bordereau dit : (( La manière dont s'esi conduite cette pièce. »

Dès que parut le bordereau, cette expression souleva la stupéfaction de tous les artilleurs. Elle est en dehors de leur vocabulaire. Un sous-officier d'artillerie n'en ferait pas usage.

Et M. Cavaignac, et le général Gonse prouvent, par leur propre exemple, F impropriété de ce terme, car ils emploient eux-mêmes le terme technique. Tandis que le bordereau disait : « s'est conduite », ils disent : « s* est comportée ». Us se servent du mot dont se serait servi Dreyfus; et ils démontrent machinalement, par action réflexe, que le bordereau ne peut avoir pour auteur un officier d'artillerie, puisqu'ils répudient par leur propre exemple le terme dont s'est servi Esterhazy, officier d'infanterie, non artilleur, et ignorant en matière d'arlillerie, comme le dit plus loin Cavaignac.

Quand du Paty de Clam fit sa fameuse dictée à Dreyfus, l'un ou l'autre modifia incoiiscieinineyit l'expression et Dreyfus écrivit : eomuienl s'est coni|>orlée €*eile pièce.

M. Cavaignac et le général Gonse ont été des étourdis. Comment M. Cavaignac ne s'est-il point aperçu de la fausse reproduction qu'il faisait de la phrase du bordereau relative au frein de 120 ? Comment aussi ne s'est-il pas aperçu que le mot hydraulique était impropre, puisque dans l'artillerie ce frein est connu sous le nom (le hydro-pneumatique ; et qu'il y a là encore la preuve que le bordereau est d'un homme ignorant le vocabulaire de l'artillerie ?

Frein hydraulique, au lieu de frein hydropneumatique ; dont s'est conduite, au lieu de s'est comportée : deux termes itnpropres en deux lignes, qui prouvent

<|iic l'auteur n'a pas le vocabulaire de l'artillerie. Esterliazy parle artillerie comme un terrien parle marine. La réponse d'un artilleur, de M. Gabriel Moch, ancien capitaine d'artillerie, est la réfutation de toutes les affirmations de Cavaignac faites sur les indications <lu général Roget.

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