‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 98 sur 162 · VI. — Les troupes de couver titre · texte numérisé non relu

VI. — Les troupes de couver titre

Arrivant à la note sur les troupes de couverture, le général Roget l'attribue à un officier d'Etat -Major

parce que ce n'était qu'au ministère qu'on pouvait connaître les modifications apportées par le Nouveau plan.

Comment voulez -vous, avait dit M. de Pellieux au procès Zola, qu'un officier d'infanterie en garnison h Rouen ait pu savoir quelque chose sur les troupes de couverture?

Et M. Roget tient un langage identique. Soit ! Mais Esterhazy ne restait pas volontiers à Rouen ; il était •toujours sur les routes et sa curiosité ne Tattirait-elle pas du côté de Châlons de temps à autre? Or, le général Roget nous a dit que les officiers de l'Etat- Major général manquaient parfois de discrétion, qu'il y avait certain café aux abords de l'Ecole militaire, où ils causaient de questions intéressant l'armée. Je lui en signalerai un autre, pas très éloigné du ministère de la guerre. Aux mess, dans certains cercles, les officiers de toutes armes ne parlent-ils pas fréquemment des affaires du métier ? C'est d'ailleurs très naturel.

Le commandant Hartmann estime qu'il est assez facile d'avoir des renseignements sur les troupes de couverture. Il cite un article de mai 1894 du Spectateur militaire intitulé : le sixième ccxrps et les troupes de couverture, où l'auteur donne les renseignements les. plus détaillés.

Une autre source d'informations, ajoute -t-il, ce sentie- -^ conversations avec les officiers des régions frontières, efl^ à ce point de vue, le cliamp de Chàlons est l'endroit où Fchpeut le mieux se renseigner sur la destination des troupf - stationnées dans la sixième région.

Et Esterhazy, on le sait, ne redoutait pas de =^« déplacer, môme à ses frnis, pour aller aux éool

à feu. Cependant on n*ignore i)oint qu'il était assez besogneux ! Sur ce point M. Roget ne nous contredira pas.

VIL — Les fortnalions de Vartillerie,

Le général Roget a déclaré que la note sur une modifîcation aux formations de Fartillerie concernait le passage des pontonniers de TartîHerie au génie et la création de nouveaux régiments d'artillerie. Et, docilement, Cavaignac répète qu'il s'agit du versement du corps des pontonniers dans l'jirtillerie en vertu d'une loi du mois de mars 1894. Si le bordereau est du mois d'août, il n'y a rien de bien neuf, ni de bien intéressant, ni de bien mystérieux dans (;ette affaire : et il n'y a pas besoin d'être artilleur pour dire qu'on envoie une note prise ou copiée quelque part sur ce sujet.

Pour prouver que c'est Dreyfus (jui est Tauleur du bordereau, M. Cavaignac dit :

Et les camarades de Dreyfus croient se souvenir qu'il en a parlé un jour, en sortant du bureau du colonel Lefort.

Je n'ai pas le nom du témoin présent à la mémoire.

Le cpmmandant Hartmann ne partage pas cette opinion; dès le 2 août 1894, c'est-à-dire antérieurement à la date fixée par le bureau de statistique pour l'envoi du bordereau, la question des pontonniers n'avait plus d'intérêt : tout était réglé, les instructions avaient été publiées.

Mais, à cette même époque, l'artillerie étudiait un nouveau règlement sur les manœuvres des batteries attelées et M. Hartmann croit que ce sont ces nouvelles formations qui sont visées par le bordereau.

En 1894, quelques brigades d'artillerie, dont la 3" brigade (Versailles), ont été chargées d'expérimenter un projet de règlement sur les manœuvres des batteries attelées.

Ce règlement comportait précisément des modifications importantes aux formations des manœuvres de l'artillerie. Quelques-unes d'entre elles constituaient des nouveautés qui changeaient totalement les habitudes de l'artillerie.

Ce projet de règlement a été appliqué par les deux régiments de la 3« brigade, d'abord à Versailles, et ensuite au camp de Chàlons, pendant les écoles à feu, et durant les manœuvres de masses.

Après avoir dit que le 14 août 1894, la France militaire s'en occupait, 1» commandant Hartmann continue :

Or, on sait que les officiers supérieurs du S® corps, parmi lesquels Esterhazy, ont assisté aux écoles à feu de la 3" brigade du 6 au 9 août. Ils ont donc vu manœuvrer les batteries d'après les méthodes du projet de règlement, et ils ont entendu les appréciations des officiers d'artillerie qui s'intéressaient très vivement à cette innovation.

Cette explication ramène à des proportions raisonnables la note du bordereau, qui ne parle, en somme, que d'une modification dans la formation de l'artîllerie et dans laquelle, par suite, il est bien difficile de voir la révélation de toute une transformation de l'artillerie.

Au procès Zola {Deuxième volume, page 12), le général de Pellieux s'était écrié :

— Comment voulez-vous que le commandant Esterhazy' ait su qu'il y avait des modifications proposées aux formations de Fartillerie ? Où voulez- vous qu'il ait apprris cela? Il n'y a pas d'artillerie en garnison à Rouen. Je ne comprends pas-

Tout est simple maintenant ; les nouvelles formations

— ce mot est très usuel en artillerie : formations de manœuvres, de marche ou de combat — ont été expérimentées au camp de Ghâlons, à l'époque où s'y trouvait Esterhazy. Il ne lui était pas difficile, pas plus qu'à un officier quelconque, d'avoir quelque renseignement, à ce sujet. On cause volontiers dans les mess, dans les cafés militaires et plus encore au camp de Ghâlons ; et Esterhazy était curieux.

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