VIII. — La note sur Madagascar
La note de Madagascar n'a pas mieux inspiré le général Rogetque le général de Pellieux. Tous deux admettent qu'elle doit être delà seconde quinzaine d'août 1894, mais ils ne s'entendent pas sur elle.
Le commandant Esterhazy, à Rouen, était dans l'impossibilité de savoir qu'une expédition à laquelle prendrait part une fraction de l'armée était en préparation (Déposition de Pellieux, Procès Zola, tome II, page, 12).
Or, le Gaulois du 14 juillet 1894 disait qu'il savait de source sûre qu'on étudiait en haut heu l'organisation d'une expédition ^ Madagascar. Il parlait même de l'envoi de 10 à 12,000 hommes.
Le général Duché sne dit, dans son rapport, que la question de l'expédition avait été mise à l'étude dans les ministères de la guerre et de la marine plus d'un an avant la préparation de l'organisation, e'esl-à-dire dès le commencement de
Le commandant Hartmann ajoute que la France militaire avait commencé le 15 août 1894 une série d'articles sur la même question.
178 ANALYSE DE l'eXQUÈTE
Il est à noter que ces numéros de la France militaire sont précisément ceux qui s'occupent également du projet de manuel de tir et des modifications aux formations de manœuvres de l'artillerie.
Vraiment cette coïncidence est curieuse : est-ce que, par hasard, Esterhazy à court de renseignements complétait sa copie par des emprunts aux journaux spéciaux % Il en était bien capable.
Au surplus, il serait aisé de retrouver, en août 1894, de nombreuses traces des préoccupations de l'opinion publique, préoccupations qu'enregistraient les journaux, au sujet de l'expédition de Madagascar. On s'attendait à une rupture avec les Hovas, l'on savait que si la guerre éclatait, la marine ne pourrait à elle seule former le corps expéditionnaire.
Rue Saint-Dominique, les privilégiés se mettaient en mouvement afin de prendre part à la campagne qu'ils prévoyaient. Une note sur Madagascar était à la portée du savoir de tout officier ; et il n'y avait pas besoin de faire i)artie de l'Etat-Major général pour être au courant des projets du gouvernement. MM. de Pellieux et Roget ont dit le contraire, mais ils ont fait preuve dans leurs dépositions de tant d'ignorance, de tant de présomption ; leurs raisonnements sont si vides de sens, si passionnés qu'il faut toujours se tenir en garde contre leurs témoignages.
Note sur Madagascar. Qu'est-ce que cette note ? Estelle géographique ? militaire ? Que vaut-elle ? A ce propos le lieutenant colonel Picquart cite un article dn Yacht du 22 septembre 1894 sur l'expédition de Madagascar, (c contenant sommairement, mais très exactement lesgrandes lignes de l'expédition ». Une enquête officielle été faite à ce sujet, et l'auteur, E. Weyl, dans une lettre^s^ au ministre de la marine, du 19 novembre 1896, tm^
expliqué à Taide de quels documents il avait fait son article, parmi lesquels il citait un article daté de 1883 d'Archibald Forbes, le fameux reporter militaire du Daily News et le livre de M"' Zélie Colville, Round the hlack maïCs Garden, L'amiral Besnard, dans une lettre du 7 décembre 1896, déclare que « Fenquête de 1894 a fait ressortir que M. Weyl ne peut pas être considéré comme s'étant servi de pièces officielles pour la publication de son article du Yacht ».
C'est une preuve qu'il n'y a pas besoin d'être un officier de TE tat-Maj or «pour donner des renseignements précis A, et nous ne connaissons pas la valeur de ceux qui se trouvaient d^ns la note du bordereau.
Donc bilan du bordereau : quatre étiquettes intitulées notes, ce que valaient ces notes nous Vignorons, un seul document et c'est un manuel d'artillerie, imprimé, distribué et que tout officier pouvait se procurer.