‹ Affaire Guibord [microforme]Chapitre 5 sur 13 · LERCAIEL RTE ONE PR PP EE RE NT · texte numérisé non relu

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Quelqu'un s'est-ii jamuis avisé de demander l'abolition des tribunaux civils parseque le juge inférieur erre ou abuse quelquefois de son autorité ? Non, parceque l’on connait qu'il y a un remède a l'abus dans l'appel au tribunal supérieur. Que dirait-on, si nous demandions que l'autorité ecclésiastique renversât les jugements des plus hauts tribunaux civils, sous prétexte qu'ils jugent mal ou que le pouvoir civil est tyrannique? On pourrait donc, d'après le principe de la demande, dénier aux tribunaux civils toutes leurs atributions, car l'histoire même de notre temps est pleine des abus énormes commis par les tribunaux civils, et les erreurs des tribunaux religieux n’est rien en comparaison.

Le Juge :—1\ y a une différence qu'il s’agit de constater : c’est que dans la libre Angleterre, on a pendu des juges qui avaient mal jugé.

Il est vrai qu'ils avaient jugé d'une manière épouvantable.

Mr. Trudel :— Dans l'Eglise catholique, je ne pense pas que l’on ait jamais pendu. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que chaque fois qu'un ecclésiastique est jugé coupable par son supérieur, il est sévèrement puni. Les peines de l'Eglise sont d'une naturo différente, de même que la conséquence des erreurs du prètre est différente.

Parmi les prétendus abus sur lesquels nos adversaires ont appuye, ils ont mentionné ceux de l’inquisition. Îls ont aussi aflirmé que la Cour de Romeet d’autres autorités religieuses inférieures avaient commis des abus épouvantables. Voyons ce que valent ces assertions : je citerai d'abord un des plus grands philosophes de notre siècle, Jacques Balmès, dont l'autorité ne sera récusée par personne : Voici se qu'il dit de l'inquisition de Rome:

« C'est une chose vraiment remarquable

que l’on n’ait jamais vu l'inquisition de Rome prononcer l'exécution d'une peine capitale, quoique le siège apostolique ait été occupé, pendant tout ce temps-là, par des papes d'une rigidité et d’une sévérité extrêmes, sur tout ce

ui avait rapport à l'administration civile

n trouve sur tous les points de l'Europe des échafauds dressés pour punir des crimes contre la religion ; partout on est témoin de scènes ui contristent l’âme ; et Rome fait exception à cette règle, Rome qu'on nous a voulu peindre comme un monstre d’intolérance et de cruauté. li est vrai que les Papes n'ont pas prêché, comme les protestants, la tolérance universelle, mais les faits disent la distance qu'il y a des Papes aux protestants. Les Papes, armés d'un tribunal d'intolérance, n’ont pas versé une goutte de sang ; les protestants et les philosophes en ont répandu par torrents. Qu'importe à la victime d'entendre ses bourreaux proclamer la tolérance ? C’est ajouter au supplice le fiel du sarcasme. La conduite de Rome dans l'usage qu'elle a fait de l'inquisition est la meilleure apologie du catholicisme contre ceux qui s'acharnent à le flétrir comme barbare et sanguinaire, ”

Jacques Balmès. Le prolestantime comparé au Catholicime, ch. 36, t. 2, p. 234.

On a parlé de l’'Inquisition d'Espagne ; on a fait un tableau émouvant des excès qu'elle avait: commis. Et il est bien entendu que l'on n'a pas hésité à mettre tout ces excès sur le

compte de l'autorité religieuse, Voyons jus” qu'a quel point ces imputations sont justes.

Je citerai des auteurs protestants, qui, eux, rendront justice e l'Eglise catholique et feront justice des accusations de la poursuite.

Je cite Rohrbacher, Hist. de l'Eglise Vol. 11, p. 411 et suiv. (Editions en 16 Vol. 1864) qui nous rapporte ces précieux témoignages

‘“ De nos jours, d’autres protestants ont fait observer que l’Inquisition d’Espagne n'était qu'une institution royale, et ont justifié l'Eglise Romaine contre les imputations calomnieuses d'un prêtre espagnol, Llorente, traitre à sa patrie, qu'il livra aux Français en 1811, traitre à l'Eglise, qu'il travailla à déchirer par le schisme, traitre à l’Inquisition, dont il était secrétaire et dont il brûla les archives pour la décrier plus à son aise dans une histoire informe, ” ‘“ Nous avons sur l’Inquisition, dit le protestant Ranke, un livre fameux de Llorente; s’il m'arrive de le contredire en quelque chose, c'est que cet auteur, si bien renseigné, écrit dans l'intérèt du parti français d’Espagne, dans l'intérêt du Gouvernement de Joseph Bonaparte. C’est dans cet intérêt qu’il combat les libertés des province basques, quoiqu'il soit bien diflicile de les nier, dans ce même intérêt il voit dans l'Inquisition une usurpation de la puissance ecclésiastique sur le pouvoir de l'Etat. Cependant, si je ne me trompe du tout, ilrésulte des faits qu'il allègue luimême que l’Inquisition est un tribunal royal, qui n’a d’ecclésiastique que les armes dont il est revêtu.”

Le Jug::—Vous conviendrez que quelquefois les armes étaient un peu tranchantes.

Mr. Trudel :—Plus elles l'étaient, plus cela prouve en faveur de notre cause. C'est une preuve de plus que toutes les fois que le Pouvoir Civil veut dominer en matières religieuses, il commet ces abus intolérables. Je continue la citation: ‘“ D’abord, les Inquisiteurs étaient des officiers royaux. Les rois avaient le droit de les instituler et de les destituer ; parmi les divers conseils qui travaillaient à leur cour, les rois avaient aussi un conseil de l'Inquisition. Comme les autres administrations, les cours d’Inquisitions étaient soumises aux inspections royales ; on y voyait souvent comme assesseurs les même hommes qui l’étaient déjà dans le conseil suprême de Castille. Vainement Ximénès fit-il difficulté de recevoir dans le conseil de l'Inquisiton un laïque nommé par Ferdinand.‘ Ne savez-vous pas, dit le roi, que, si ce conseil a une juridiction, c’est du roi qu'il la tient ?”’ En second lieu toutes les confiscations prononcées par ce tribunal tournaient au profit du roi. C'était comme un revenu régulier pour la chambre royale. ”

“ Troisièmement, ce n'est que par là que l'Etat devint complètement absolu; le prince eut sous la main un tribunal auquel ne pouvait se soustraire ni grand, ni archevêque.

C'est ce qui frappait particulièrement les étrangers. ” ‘ L'Inquisition, dit Ségni, a été inventée pour ôter aux riches leurs propriétés, et aux puissants leurs considérations. Ainsi donc, comme ce tribunal repose sur la pleine puissance du roi, son maintien tourne à l’avantage du pouvoir royal. C'est une dépouille de la puissance spirituelle, comme la provision des “vèêchés. D'après son idée première,

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et son but, c'est avant tout une institution politique. L'intérêt du Pape, est d'y mettre des obstecles, et il le fait aussi souvent qu'il peut ; mais l'intérêt du roi est de la maintenir dans un progrès continuel. ”

Henri Léo, juge de l’Inquisition comme Léopol Bauke : ‘ Isabelle, dit-il, par ce wribunal, qui dépendait uniquement d'elle, et qui était dirigé à la fois contre les laïques et les ecclésiastiques, sut courber la noblesse et le clergé de Castille, et, comme les sanverains d'Espagne employèrent dans les eutres provinces des moyens semblables pour miner la puissance de la noblesse et du clergé, il arriva qu’à la fin du moyen-âge, la plus grande partie de la Péninsule allait au-devant de la monarchie absolue.” Apud. Héféls, Ximénès, 2e. Edit. p. 284.

Le système de la demande st de combattre le pouvoir ecclésiastique au profit du pouvoir civil. Eh bien! n'est-il pas vrai que tout ce qu'ils imputent à l’Inquisition d’Espagne est un argument en notre faveur ?

Je dois dire par respect pour la vérité, que cette institution trouvait en partie la justification de ses actes dans la nécessité qui existait pour le gouvernement espagnol de réprimer les trahisons des Maures, car l’Inquisition connaissait surtout des oflenses cc mmises contre le gouvernement. Mais plus est sombre le tableau de ses abus, plus il prouve en notre faveur, D'un côté, vous avez l’Inquisition Romaine où domine la suprématie religieuse ; et pendant de longs siècles, jas une exécution capitale ne vient ensanglanter les pages de son histoire. De l’autre, vous avez l’'Inquiation d'Espagne où domine le pouvoir civil en matières religieuses, c'est-à-dire, votre principe, et vous même, vous faites la peinture eflrayante des effets sanglants qu'il y a produit. Ja question des Inquisitions de Rome et d'Espagne est donc un puissant argument en faveur de notre thèse.

Le juge :—Je ne sache pas, Mr. Trudel, que vous ayiez à défendre l'Evêque d’avoir introduit l’Inquisition en Canada ; il n’est ici question que de l’Index

M. Trudel :—Je ne cherche à justifier aucune mesure inquisitoriale de Sa Grandeur.

On a voulu soulever des préjugés contre l’autorité religieuse en faisant la peinture des abus qu’on l’accuse d’avoir commis, je combats ces préjugés, On veut mettre fin à ces prétendus abus en soumettant l'autorité eccle- Siastique à la censure du pouvoir civil...

Le juge :—Personne n'a accusé l'Evèque d'avoir introduit l’Inquisition d'Espagne en Canada.

M. Trudel : La cour voudra bien remarquer que ce.n’est pas moi qui ai soulevé cette question de l’Inquisition d'Espagne, On a voulu imputer ses excès à l'autorité religieuse : je démontre que ces excès ont été commis par l'autorité civile empictant dans le. domaine religieux. de prouve que, en reconnaissant à l'autorité civile le pouvoir absolu de contrôler les décisions de l'autorité ecclésiustique, on consacre le principe de. tous le: \xcès commis dans ce temps là. Je nc vois pas qu'il soit mal à propos de mettre en regard l'action respective des pouvoirs religieux et civiles en matière,s religieuses, afin de voir lequel des deux doit en délinitive avoir

la suprematié en ces matières. Voyons d'’ailleurs quelles repressions l'autorité ecclésiastiques a apportées aux abus de cette inquisition. Rohrbacher, après avoir constaté les efforts que firent grand nombre de Papes pour empêcher les excès de l’Inquisition d'Espagne, entrautres Sixte IV, Jules II et Léon X, fait les réflexions suivantes,

Rorhbacher. Fist, Un. de l'Eglise Cath, Vol.

‘“ Non moins Souvent ces Fapes, mandèrent en particulier au grands-Iuquisiteurs leur vo lonté formelle que les moins coupables fussent mis en liberté. Le pape exemptait d'autres de la peine de porter le sanbinilo ou le sac de pénitence, faisait aussi enlever de la tombe desdéfunts les marques de leurs punition qu'on y avaitappendues, et sauvait généralement la mémoire des morts. Beaucoup de ces mitigations

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rent pas parceque les rois d’Es} agne intimidèrent souvent par des menaces les juges délégués à la place des Inquisiteurs, ou qu'ils ne permirent point l'exécution des brefs Pontificaux, Plus d’une fois. les Inquisiteurs d'Etat espagnols supprimèrent les indulgences ou grâces pontificales, ou bien ils exécutaient leur sentence si promptement que l’intercession papale arrivait trop tard, ou bien ils refusaient en feit d’obér au Pape. Mais toujours, aussi, élaient-ce les souverains qui cherchaient à eluder l'intervention papale pour la douceur, à empêcher les appellations et à rendre l’Inquisition complètement indépendante de l'Eglise.

« Il n’était pas rare que le pape, ou son nonce, fit rendre compte aux inquisiteurs et les menaçat de l'excommunication quand ils persécutaient opiniâtrement quelqu'un qui avait recours à Rome, et plus d'une fois, l’excommunication fut effectivement prononcée contre eux, par exemple, l'an 1519, par le Pape Léon X contre les Inquisiteurs de Tolède, au grand dépit de Charles-Quient.

De plus, des jugements déjà prononcées et à demi exécutés par l’Inquisition furent cassés par les Papes. Aïnsi, un prédicateur de Charles-Quient, nommé Viruès, suspect de quelques idées luthériennes, devait être incarcéré dans un monastère ; mais en 1538 le Pape Paul III le déclara innocent et capable de toutes les dignités ecclésiactiques. Plus tard, il devint évêque des iles Canaries.

‘ Afin d'écarter les faux témoins des tribunaux de l’Inquisition, Léon X ordonna, le 14 Décembre 151%, de les punir de mort,

Au sujet de la St. Barthélemy, que l’on aeu le courage d'imputer au clergé, le même historien se demande : ‘ La religion et le clergé, ont-ils eu quelque part à cette funeste tragédie ? Un poëte moderne, Chénier, qui vota la mort de Louis XVI, nous représente, dans une tragédie de sa façon, le cardinal de Loraine, bénissant les poignards destinés au massacre de la St. Barthélemy. Or, dans ce temps-làmême, le cardinal de Loraine se trouvait à Rome, où il était allé au. conclave. L'histoire ne parle que d’un seul ecclésiastique mêlé au massacre ; Il se nommait Jean Rouillard, chanoine de Notre-Dame, et fut tué dans son lit comme huguenot,.

St, Victor, t, 3, p. 150 note :

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