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Mais ce que l’avenir aura peine à comprendre, Ce que vous-même encore à peine vous croire;, Ces monstres furieux, de carnage altéres, Excités par la voix de prélres sanguinaires, Invoquaient le seigneur en égorgeant leurs frères, Et, le bras tout souillé du sang des innocents, Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens.
& Ft voilà comment ce poëte impie iravestit l’histoire d'un bout à l’autre dans sa Henriade, Rohrbacher, Vol 12 p. 776.
Quand à l'accusation du meutre de Henri III et Henri VI, portée contre les Jésuites, toutes personnes connaissant l’histoire, la trouveront tellement ridicule, qu'il n’est pas nécessaire d'y répondre.
Si des prétendus abus de l'autorité religieuse nous passons maintenant à l'examen des excès commis par l'autorité civile, toutes les fais qu’elle a voulu exercer sa suprémalie en matière religieuse, quel lugubre tableau se présente à nos regards ! que de persécutions! que de meurtres ! que de guerres civiles ! que de, massacres ce funeste principe n'a-t-il pas produit ! Combien de büchers n'a-til pas allumé ! Combien d’excutions sanglantes n’at-il pas commandé !
Le juge : On a vu en Canada des exemples de ces abus de l'autorité civile ; ainsi, en 1838 on a pendu onze ou douze individus, ces exécutions ne prouvaient pas que, le gouvernement avail raison.
M. Trudel : Cependant, messieurs de la poursuite ont fait un éloge bien pompeux et bien éloquent de la libéralité du Gouvernement anglais. Je ne les en blämerai certainement pas, car rul plus que nous n'aimons à reconnaitre la libéralitc du Gouvernement Britannique. Mais la poursuite aurait dû, pendant qu’elle en était à critiquer les actes de Pautorité catholique, lorsqu'elle cherchait même dans les Statuts de l'Angleterre des a:mes contre cette autorité, nous dire un mot des abus que ce pouvoir protestant a commis dans des centaines d'occasions, notamment, lorsque pendant plus de trois siècles, il opprimait la conscience des catholiques anglais et écrasait l'Irlande catholique sous le poids des plus odieuses persécutions.
Que l’on porte ses regards sur tous les pays où le pouvoir civil s’est arrogé la suprématie sur l'autorité ecclésiastique, et l’on remarquera de suite que du moment que cette prédominence s'établit, des actes de la plus atroce tyrannie ont de suite signalé son règne,
Le juge :—Cela ne prouve-t-il pas que l’on doit tenir tous les pouvoirs religieux ou civils en bride : les tribunaux, les Juges, etc. ? C'est le seul moyen de tenir chacun à sa place,
M. Trudel:—Pour arriver à ce résultat, il faut nécessairement reconnaitre une autorité souveraine et supérieure à tout pouvoir civil. Aussi, si l’on étudie l'histoire avec un esprit dégagé de tout préjugé, on y verra que l’intervention des Papes dans les affaires des l'Etats a toujours eu pour but de protéger le faible contre le fort, les peuples opprimés contre a tyrannie des rois. Je pourrais citer un nombre infini de cas ou le pouvoir civil a commi
des abus airoces, lorsqu'il a voulu dominer le pouvoir religieux. C’est surtout en Angleterre, en Russie, en Suède, en Danemarck, en Prusse et dans quelques autres pays de l’Allemegne, que le principe préconise par la demande a été proclamé. Qu'on y étudie ce que cette suprématie des gouvernements civils a produit, au point de vue de la liberté des consciences. On a voulu ressuciter les vieux Statuts poudreux de Henri VIT et de Elizabeth, pour y trouver la mesure des libertés religieuses auxquelles nous avons droit.
Qu'on examine donc un peu quels attentâts inouïs contre ia conscience, contre la liberté, contre la vie des citoyens ces Statuts ont légalisé ! Qu'on prenne l'exemple de Thomas Morus, de l'Evêque de Rochester et de plus de 50 religieux mis à mort, assassinés lâchement pour ne pas avoir voulu accomplir un acte rehgieux que rérudiait leur conscience, Que l’on prenne l'exemple du despote rasse faisant fusiller ‘ tout un peuple à genoux ” et trainant en Sibérie, chargés de chaines, des millions de martyrs coupables du seul crime d’un inviolable attachement à la foi de leurs pères. Dans les divers pays de l’Europe, plus de quatre-vingt mille victimes ont été condamnées à mort par les tribunaux de l'Inquisition protestante, sans compter des millions de victimes que les princes héritiques ont fait massacrer dans des guerres fratricides pour asseoir leur suprématie religieuse.
Et au milieu de ces sanglantes funérailles, dit l’historien déjà cité de l'Allemagne soulevée par sa doctrine et son exemple, que faisait Luther ? Le moine apostat célébrait ses noces sacrilèges avec une nonne apostate, Il écrivait aux nobles :
‘“ Allons, mes princes, aux armes ! Frappez!
Aux armes! Percez! Les temps sont venus, temps merveilleux, où, avec du sang, un prince peut gagner aussi facilement le ciel que nous “utres avec des prières. Frappez, percez, tuez,
; en face ou par derrière, car il n’est rien de plus
diabolique qu’un séditieux ; c’est un chien enragé qui vous mord si vous ne l’abattez. Il ne s'agit plus de dormir, d’être patient ou miséricordieux ; le temps du glaive et de la colère n'est pas le temps de la grâce. Si vous succombez vous êtes martyrs devant Dieu, parce que vous marchez dans son verbe ; mais votre ennemi, le paysan révolté, s’il succombe, n'aura en partage que l'enfer éternel, parce qu’il porte le glaive contre l’ordre du Seigneur ; c’est un enfant de satan !”
T. ? Wittemberg. fol. 84, B.
Rorhbacher, Hist. Universelle de l'Eglise Cath. Vol. 12 p 156,
Je pourrais citer, au soutien de notre thèse, les trois siècles de persécutions qui signalèrent la naissance du Christianisme et firent plus «le cinq millions de martyrs, car c'était en vertu du principe de la prédominence du pouvoir civil sur l’autorité de l'Eglise que les empereurs payens allumaient le feu de la persécution. Ainsi, si nous joignons à ces cinq millions de martyrs, les siècles de persécutions russes, les actes de barbarrie du Néron du Nord, le règne de l'Inquisition protestante d’Allemayne, le long martyr de l'Irlande, les imfamies du Règne de Henri VIILet Elizabeth, les excès de la Révolution Française
sans teuir compte des actcsisolés de tyrannie religieuse commis par tant de Souverains dan: tous les siècles et tous les pays, on pourra juger jusqu’à quel point le principe de la suprématie civile sur l'autorité religieuse a été fécond à produire la liberté des consciences.
Le juge.—-Cela a toujours été : et voilà pourquoi il importe de tenir chacun à sa place.
Mais, grâce à Dieu, en Angleterreil y a une autorité sup rieure aux gouvernants et qui garentit contre de telles imfamies. C’est l'independance complète des juges garentie par la constitution.
Mr, lrudel.—Ces abus ont été commis rême sous un/système politique qui semblait donner la plus solide { arentie du contraire : je veux dire: sous le gouvernement constitu.ionne] anglais. Pense-t-on que ce gouvernement n'aurait pas eu besoin d'être contrôlé dans sa conduite tyranaique envers l'Irlande ? Si l’autorite de iEpiscopat anglais n'eut pas été ravalée par se, soumission à l’autorite civile en matière religieuse ; si elle eut conservé sa su-
rémate elle aurait pu exercer ce contrôle.
e dernier mot, la suprême garantie de la li- Lerté du citoyrn ne résident | as dans le système constitutionnel. Ils on leur siège plus ha.
Le juge.—Où peut cu aller plus haut chercher ces libertés que dans la constitution Anglaise ? En Anglelerre, quanii on est opprimé injustement on prend la carabine,
Mr. Trudel.—Gela n'est pas toujours facile.
C'est surt. ut dans de semblables circonstances que le rôle de l'autorité r#celésiastique devient indispensable. Elle seule peut delier du serment de fidélité au pouvoir établi.
Le juge.—Le Christ lui-même s'est soumis aux plus grandes injustices, et a ordonné aux ministres Ge l’église de se soumettre au gouvernement. St. Pierre lui-mème ne cessait de le répéter à ses diciples.
M. Trudel.—On a cité la parole du Christ; Rendez à Cæsar ce qui appartient à Cæsar.
Mais on s’est bien donné garde de citer ces autres paroles du sauveur: Vous serai lrainds en haine de mot devant les puissances de la terre ; ne craignez point ceur qui peuvent tuer le corps, mais qu n'ont aucun pouvoir sur l'âme. Et ces paroles de St. Paul: /7 vaul mieux obéir à Divu plutot qu'aur hommes.
Je maintiens que s'il est un pouvoir qui puisse tenir la bride haure aux pass'ons des hommes, c'est le pouvoir de l'Eglise qui vient de Dieu, et non celui qui n'a pas comme le pouvoir di l'Eglise, la garentie de l'Iniaillibilité,
Le Juge :—Depuis la révolution de 1658, en Angleterre, les peuples cpprimés ont acquis le droit de recourir aux armes pour renverser leurs tyrans. Le principe de la Révolution date de cette époque.
M. Trudil—En Angleterre, le pouvoir des Evêques d'alors était tellement faible qu'ils ne pouvaient plus régenter les rois
Je puis donc conclure que pour un abus que l'on peut reprocher à l'autorité religieuse, on on peut reprocher des milliers à l'antorité civile exerçant la suprematie religieuse et des abus incomparablement plus graves,
Il est donc bien illogique de vouloir justifer l'appel comme d'abus en s'appuyant sur les prétendus abus de l'autorité etléalaatique. Il ne faut pes oublier que si quelquevis des
autorités inférieures ecclésiastiques ont commis quelques abus dans le Gouvernement ecciésiastique, le remède s'est toujours trouvé à côté du mal, dans l'appel à l'autorité cupérieure infaillible. Au lieu que pour les abus énormes commis par le pouvoir civil, un te! remèdes n'existait que dans l'appel à un tribunal supérieu: essentiellement faillible. Il ne faut donc pas examiner cette question en raisonnant d'après les inconvenients. Le seul mode logique est d’élayer toutes ces questons d'abus et d'examiner quels sont les Droits et l'autorité respectifs du pouvoir religieux et du pouvoir civil.
En d’autres termes, l'autorité ecclésiastique est-elle, en matière religieuse, suprême et indépendante du pouvoir civil ? Nos adversaires nous ont impitoyablement qualifiés d’esprits rétrogades. parceque nous revendiquons, pour ie pouvoir religieux, uue autorité supérieure à celle du Pouvoir civil. Eh bien ! je le demande à tout homme que les préjuges n'aveuglent pas, lequel des deux principes professés et soutenus par les parties en cette cause, est le plus compatible avec la dignité de la raison humaine ? Est-ce celui rui ravale la conscience humaine jusqu'au point de la soumettre à un homme, à un roi vicieux, à un tyran qui fait ployer l’inteliigence sous la botts d’un soldat heureux ; ou bien si c’est le principe qui, reconnaissant que Dieu est avec son Egiise, parle par la bouche de son pontife suprême, et ne soumet Ja raison et la cons:
cience humaines qu’à l'autorité de Dieu lui-méême ? Ou, ce qui est la même chose, à celle de son Eglise qui a reçu de Dieu la garentie de linfaillibilite ? Certes, nous ne venons pas ici poser an esprit forts, mais nous n’hésitons pas à affirmer que notre principe seul maintient les droits de la conscience et soutient la dign'té de la raison humaine, que la demande veut ravaler en les soumettant à l'arbitraire du pouvoir civil.
J'ai posé comme première proposition ue PEglise est une société d'institution a&ivine, revètus de droits formels et constants que
| lui a conférés son divin fondateur ; et que cette
sncicté est parfaite et pleinement libre, 20 Que ces droits sont £ 1périeurs à ceux de tont pouvoir humain; et que dans l'exercice de ces droits, l'Eglise est absolument indépendante de tout contrôle du pouvoir civil.
Le juge.—Dois-je comprendre, Mr, Trudel, que vous soutenez qu'un évêque personnellement est infuillible ?
Mr, Trudel.—Certainement non, Ma prétention es celle-ci : Si un évêque rend une décision que l'on croit être erronée, il y a un iribunal ecclésiastique supérieur celui de cet évêque auquel on doit s adresser pour faire
réformer sa décision.
Je préten1s qua le Divin fondateur du Christianisme, en fondant son Eglise, à dù fonder une société parfaitement constituée et revôêtne de pouvoirs et de prérogatives proportionnés à la mission qu'il lui assignrit,
Quand à sa forme extérieure, à son organisation, à son fonctionnement, à sa durée constante depuis 16 si les, c'est un fait qui se continue sous nos yeux, Nous constatons donc nous même le fait de l'existence de l'Eglise comme société parfaitement organisée, Je puis irférer en outre de sa fondation divine, de l’u-
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niversalité et de la supériorité de ses fins, que Dieu a dû lui conférer un pouvoir supérieur à tout entre, et une vrganisation aussi supérieure à toute autre organisation. Je réfère sur ce sujet à la savante exposition de Maupied, Vol. 1 Juris Canonici. P. 167 à 178.
L'Eglise, dit le célèbre Evèque de Langres, dans sa constitution intime, est exclusivement l'œuvre de Dieu, sans aucune participation de l’action humaine. La naissance de cette Eglise, qui est le monde pirituel, fut une vraie et pure création comme celle da monde visible. La même Toute-Puissance qui a dis-
osé les cieux, qui a fondé la terre, qui a soufflé a vie au cœur de l’homme, est celle qui, seule a conçu et réalisé le magnifique projet de la sainte Eglise catholique. Dans l'acte suprême par lequel fut construit cet édifice divin, les apôtres et St. Pierre lui-meme entrérent, non pas comme agents ni comme auxiliaires, mais si nous osons le dire, comme des matériaux dont l'architecte dipose à son gré. Le fils de Dieu ne leur a pas dit : Vous bâtirez l'Eglise avec moi; mais il a dit à l’un d'eux : Tu es Pierre et sur cette pierre, moi seul, je bâtirai mor Eglise. Les apôtres furent choisis par ane prédilection toute gratuite pour en être les ccionres. St, Pierre en fut établi le fondement principal ; mais aucun d'eux n’en fut, en aucune manière, ni l'architecte ni le coristructeur. (C’est donc Dieu lui-même, c'est Dieu seul qui, en fondant son Eglise, lui donna cette sulidité merveilleuse, cette force miraculeusement indestructible dont on sent les effets partout, dont on ne voit la caïïse immédiate nulle part : de mème qu'en créant ies mondes, il les plaça sur cet èquil.bre insaisissable qui les maintient dans le vide de l’espace, avec une assurance et une précision parfaites, malgré la masse énorme de leur volume et l’effrayante rapidité de leur course,
Examen sur la libersé de l'Eglise par Mgr.
Parisis, p. 226,
Cette doctrine est la seule strictement cnnforme aux donnves de la raison. Elle s'accorde en même temps avec lesenseignements de la révélation. Je me demande maintenant ce que c'est qu'une société parfaitement organisée.
‘“ La société, ” dit le Dictiunnaire Encylopédique de Dupiney de Vorepierre, ‘ comprend ‘“ deux termes correlatifs et inséparables, ca- “voir: L'ensemble des individus qui vivent ‘réunis en un seul corps, et un pouvoir orga- ‘€ nisée qui représente les inléréls généraux de ‘la collectivité, el qui, comane tel, a pour mis- ‘ sion essentielle de veiller à sa conservation, ‘et d'assurer sa marche vers le but qui lui est ‘assigné. ” C'est la meilleure définition que j'aie trouvé d'une société parfaitement organisée : Il est donc essenhel à une societé quelle ait un pouvoir organisé eui veille à sa constrvalion et, ce qui est encore plus important, assure sa marche vers le but qui Lui est assigné. Or, Dieu qui est la souveraine sagesse et la puissance infinie à dû donner à son Eglise ce pouvoir qui assure sa marche vers le but qu'il lui assignail, HN l'a dune dotée d'une organisation non-seulement régulière, mais aussi en rapport avec le but quelle doit atteindre et proportionnée à l'étendue de la mission qu'elle devait accomplir dans le monde, “ Le Fils de Dieu,” dit l'abbé Pelletier, ‘ est