‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 14 sur 83 · NE · texte numérisé non relu

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que la puissance de l’hérédité ou de l’atavisme n'est un secret pour personne et qu’il n’est même pas besoin des affirmations de la science pour la faire admettre.

L'enfant ressemble à son père ; il a ses traits, son esprit, ses vertus et ses défauts : c'est l'hérédité. D'autres fois, c'est à son grand père qu'il ressemble : Comme lui, il sera grand, fort, querelleur, batailleur même, lorsque son père à lui qui peut ne pas avoir hérité des qualités de l'auteur de ses jours, sera petit, . faible, et d'un caractère paisible, c'est l’atavisme.

On nous dit : comment le petit-fils a-t-il pu hériter de la folie de son grand-père, lorsque son père à lui a toujours joui de toutes ses facultés ?— “ Comment, dites-vous ?—Je n’en sais rien, c’est le secret de la nature. Mais je dirai à mes contradicteurs : ce fait a été trop fréquemment constaté jour qu’il soit possible de le nier. ”

On croit nous accabler en nous disant : Francis Shortis, le père de l'accusé avait trente cinq ans lors: qu'on a observé chez Thomas Shortis l’aïeul, les pre- .miers symptômes de la folie ; donc Thomas Shortis n’a pas pu transmettre la folie à son fils Francis.

Ce raisonnement serait sans réplique, si la folie se transmettait du père au fils, comme une maladie contagieuse se transmet au toucher. Nos adversaires semblent ignorer que dans le cas qui nous occupe, ce n'est pas la folie elle-même qui se transmet pur l’hérédité ou l’atavisme ; la folie est le résultat d’une maladie, mais elle n'est pas la maladie elle-même ; ce qui se transmet c'est l'organisme défectueux, c'est la prédisposition, qui fait que chez la personne affectée, le cerveau est susceptible d'être attaqué tantôt plus tôt

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tantôt plus tard par la maladie dont il porte le germe et qui un jour ou l’autre finira par troubler sa raison. — Un père a une tendance à l’épilepsie ; l'épilepsie disent les médecins, est une maladie des centres nerveux, qui très fréqueuninent produit la folie. Le tils n'héritera pas de la folie de son père qui, chez lui est le résultat de l’épilepsie, mais il héritera de sa maladie, laquelle après un certain temps produira chez le fils la folie comme elle l'a produite chez le père. Ce père a pu n'éprouver les premières attaques que tard dans sa vie et longtemps après la naissance de l'enfant, mais dès avant la conception de ce dernier il en portait en lui le germe qu'il a communiqué à son rejeton.

Qui pourra nous dire si Francis Shortis âgé de quarante-huit ans ne porte pas actucilement dans ses veines le germe de la inaladie qui x conduit à l'asile et à la tombe, son père, son frère et son oncle ? C’est. ce germe empoisonné qui passe du père à l'enfant et qui, chez l'accusé, au lieu de demeurer à l’état latent, s'est développé dans son enfance et a fait de lui, dès ses plus jeunes années, le maniaque dangereux que la preuve va nous démontrer.

Vous savez maintenant quelle a été l’origine de la maladie, poursuivons et voyons quels ont été ses terribles effets.

Le premier témoin est madame Shortis la mère de l'accusé : Elle nous dit que son fils est né le 14 février 1875, le jour de la St-Valentin. A la date de la tragédie de Valleyfield, il venait donc d'atteindre sa vingtième année.

Peu de temps après sa naissance, il fut attaqué d’une maladie constitutionnelle des plus sérieuses, le

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ramollissement des os, et il était âgé de plus de deux ans lor:qu'il commença à marcher,

A quatre ans il ne parlait pas encore, et ce n’est qu'à l’âge de six ou sept ans qu'il a pu articuler des mots de manière à se faire comprendre.

Comme son père était presque toujours absent de son douicile, c'est elle qui s’est chargée de l'éducation de son enfant.

“# Il avait, dit- elle, l'apparence d'un imbécile même # durant son sommeil.

“ J'ai essayé de lui enseigner à lire, à compter, mais ‘“ sans aucun succès. Je l'ai placé dans une académie tenue par un monsieur O’Brien. Il y passa deux ‘“ années et n'apprit que bien peu de chose. Nous déci- “ dâmes alors, son père et moi, de l'envoyer à l'école “ des Frères dont le Révérend Frère Dunn est le Pré- “fet. Pendant qu'il allait à l’école des Frères, il avait “un précepteur particulier qui venait lui faire la “ classe le soir à la maison. Eu sortant de cette école, “ il est allé au collège à Clongoes. JL se plaignait fré- “ quemment d'éprouver de violents maux de téle.

“ À douze ans, son tempérament changea complètement ; il devint très violent.

“ Sa mémoire était tellement mauvaise que souvent, lorsque son père l’'envoyait chercher quelque objet, il revenait sans apporter ce qu'il lui avait ‘“ demandé : Il avait tout oublié.

“ Pendant tout le temps qu’il a été à Clongoes, “il s'est plaint du mal de tête. Il a eu pendant un “ certain temps un dépôt de matière en arrière de la ‘“ tête, et nous avons été obligés de le faire revenir à “ la maison pour le mettre sous les soins du docteur “# Ford, notre médecin. Après sa guérison, nous avons

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