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table phénomène. J'ai une longue expérience ; j'ose- ‘“rais dire que dix mille enfants au moins ont passé “sous ma direction et je n'en ai jamais vu d'aussi étrange que celui-là.
“ Q. Avez-vous jamais remarqué qu'il fût enclin au larcin ?
# Q. Non, jamais ; il était au dessus de toute idée de ‘ce genre.
“ Q. Avez-vous donné à entendre à ses parents qu'il “serait désirable, eu égard à la condition de son “esprit, de le placer dans quelque institution ?
“KR. Non, malgré que j'aie eu de fréquentes entre- “ vues avec sa mère à son sujet, je n'ai jamais osé aller ‘“ aussi loin que cela, j'aurais craint de blesser sa susceptibilité. | “Q. Avez-vous jamais remarqué que cet enfant ‘ était sous l'empire de quelque mauvaise habitude ? “R. Non, pas du tout. |
Voilà quelle a été, en sub:tauce, la déposition du Révérend Frère Dunn, prise à Waterford devant la commission, Le Révérend Frère a été interrogé de nouveau ici devant le tribunal et il nous a donné quelques détails additionnels auxquels il est utile de référer.
“ Les aptitudes de l'accusé étaient, dit-il, des plus ‘“ médiocres. Quelquefois il avait des lueurs d’intelli- “ gence, mais ces lueurs d'intelligence n'étaient pas de ‘“ longue durée. A de certains intervalles pendant des ‘périodes variant de deux à trais jours, il se plaignait “ de maux de tête, Sa figure alors était pâle, il deve- ‘“ nait très excitable et ii était impossible de l'amener “à concentrer son esprit sur aucun snjet. Son intelli-
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. e æ L 1 { “ gence était comme nne feuille de papier blanc sur “ Jaquelle rien ne se voit,
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“ Tout ce qu'ii ‘tait humainement possible de faire “ pour lui donner une bonne éducation a été fait. Il ‘“ avait même un précepteur particulier qui allait à la “ maison de son père lui donner des leçons, le soir. J’ai eu de nombreuses entrevues avec sa mère à son “ sujet. Ses manières, sa démarche, ses brusqueries, ‘ son tempérament, tout était extraordinaire chez lui, et de nature à ne faire naître qu'une bien pauvre “ idée de son esprit. Ilavait à peine l'intelligence d’un enfant qui aurait eu de six à sept ans.
“ Il venait régulièrement à l’école.
“ Je suis que sa mère dévouait toute sa vie à son ‘“ éducaticn.
“ Ses parents sont des gens qui sont riches et ont toujours mené une vie exemplaire. Ils jouissent du respect de tout le monde.
.“ Sa mémoire était très mauvaise.
“ Ce jeune homme a toujours été un véritable problème pour moi et pour ses autres professeurs. Nous avons essayé de lui enseigner la table de multiplica- “ tion, mais sans succès, et en quittant ma classe, au “ bout de douze mois, il n'était pas plus instruit qu'à ‘“ son arrivée.
“ Il a quitté notre école pour aller au collège des ‘“ Jésuites à Clongoes.
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Ecoutons maintenant ce que nous dit de son ancien élève, Monsieur Cunningham, le précepteur particulier, .
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“ Q. Vous êtes professeur adjoint dans l'école des Frères ?
“ R. Oui.
#“Q. Vous connaissez Valentine Shortis depuis “ longtemps ?
“R. Oui, je le connuis depuis très longtemps ; il a “été mon élève; je lui ai donné des leçons privées “ chez lui.
“ Q. Qu'elles étaient ses manières d'agir ?
“ R. Ses actions étaient étranges, toutes différentes ‘ de celles des autres jeunes gens que j'ai connus.
“ Q. Eprouviez-vous quelques difficultés à lui en- “ seigner ce qu’il avait à apprendre ?
“KR. Il y a certaines choses qu'il m'a été absolument ‘ impossible de lui enseigner.
‘“ Q. Quelles étaient ces choses ?
“ R. Les choses ordinaires et plus particulièrement ‘les mathématiques. Il avait une répugnance extra- “ ordinaire pour les mathématiques. Il aimait l'étude “ du français et de la chimie.
‘ J'ai été son précepteur pendant neuf ou onze ans.
“ Q. En quoi différait-il des autres enfunts ?
“ R. Il était excentrique ; il était constamment à “ faire toutes sortes de niches telles qu’en ferait un “enfant ou un imbécile. Il était impossible de fixer “ son attention sur aucun sujet.Il était constamment “agité. Je n'ai jamais pu lui enseigner le français “ par le moyen des livres. Si je prenuis un sujet, la “ conjugaison des verbes par exemple, après une ex- “ plication claire et lucide par moi, il sautait sur un “autre sujet. Je n'ai pas remarqué qu'il se soit amen- “ dé avec l'âge; ses manières d'agir sont demeurées “les mêmes,
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“ Q.. L'avez- vous jamais vu tirer du pistolet ? “ R. Oui. Une fois je suis entré chez lui vers sept “ heures et demie pour l'informer que ce soir-là je ‘ devais aller au théâtre. Monsieur et Madame Shortis : “ venaient de partir pour s’y rendre, eux aussi. Il me “ conduisit dans uae chambre située en arrière du “ salon. Dans cette chambre je trouvai sur une table .“ plusieurs armes à feu qu'il me fit examiner. Pendant “ que j'étais occupé à regarder ces armes, il sortit de “ l'appartement et revenant quelques instant après, “il s'avança derrière moi sans bruit, et déchargea “ un revolver au-dessus de mon épaule. La balle alla ‘“ frapper la persienne d’une croisée en face de moi.
“ S'il m'était arrivé de détourner la tête dans ce
“ moment-là j'aurais été frappé.”
L'Avocat du ministère public pose au témoin la question suivante:
“ Q. Pouvait-il distinguer entre le bien et le mal ?
“R. Pas toujours.
Plus loin le témoin dit: “ Dans un moment de co- “ lère, je n’ai pas d’hésitation à affirmer qu'il ne se “ serait fait aucun scrupule de faire feu sur moi.
Après l'examen de ces trois témoignages si clairs et si précis, je serais tenté de vous démontrer que ce jeune homme possède tous les traits caractéristiques de l’imbécillité, pour ne rien dire de la folie, mais je ne veux pas anticiper sur la discussion. J'ai tant d'autres preuves à vous offrir qui sont de nature à porter la conviction dans vos esprits que j'entends ne tirer aucune déduction avant que toutes ces preuves soient devant vos yeux ou présentes à votre souvenir.
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