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étaient réellement d’innocents jeux d'enfants, comme ils l’ont prétendu, ou bien les actes d’un imbécile ou d’un fou; et si les faits graves qui, tout à coup, ont révélé à leurs yeux la main d’un criminel n'étaient pas plutôt les amusements d’un maniaque et d’un irresponsable, | Mon intention étant de commenter plus tard cette preuve dans son ensemble, j'éviterai autant que possible d’en interrompre la lecture pour l’apprécier dans ses détails en me permettant de longs commentaires au fur et à mesare qu'elle se déroulera devant vous.
Prenons d’abord le témoignage de Monsieur Robert
Dobbyn.
Robert Dobbyn est âgé de 70 ans, il demeure à
Ballanapil, près de Waterford ; c'est un ancien avocat. Il a exercé sa profession comme avocat à Waterford, pendant plus de trente ans. Il connaît l’accusé depuis huit ou neuf ans ; il l’a vu fréquemment lorsqu'il était jeune. Ce témoin nous raconte deux incidents très caractéristiques. Je lui laisse la parole :—
“ Un jour dit-il j'étais à Whitfield où Monsieur “ Shortis le père, avait loué un champ pour le pâtu- “ rage de ses bestiaux. J'étais accompagné de Monsieur “ Joseph Strangam maintenant décédé. Ce Monsieur “était magistrat pour le comté de Kilkenny et dé- “ puté lieutenant de la ville de Waterford. |
“ Nous marchions dans la direction de Waterford, “ lorsque j'aperçus une épaisse fumée à quelque dis- “tance. Je crus qu'une des grandes plantations bor- ‘ dant le chemin était en feu. Je me dirigeai de ce “ côté, et en arrivant, j'aperçus le jeune Shortis. Dès # qu'il me vit, il saisit une branche d'arbre garnie de
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de feuilles avec laquelle il se mit à éteindre le feu “ au risque de se faire brûler vif. Il me dit: “ Si je “ n'avais pas réussi à éteindre le feu, j'aurais accusé “ une autre personne de l'avoir mis ; mais ajouta-t-il, ‘“ comme j'ai réussi à l’éteindre, je vous ferai l'aveu que “ c'est moi qui l'ai mis.”
“Je lui demundai ce qu’il voulait faire en mettant “ le feu, il me dit : “ Je n’en suis rien.” Puis, comme i “toute cette affaire n'eût été qu'une bagatelle, il ‘ ajouta : “ Voulez-vous monter dans ma voiture avec “ moi, je vais vous conduire à Waterford.” Je m'aper- “ çus alors que tout près du théâtre de l'incendie, il y * avait un cheval attelé à une voiture qui aurait iné- , Yitablement été brûlés, si le feu n'eût pas été éteint, , car le vent donnuit de ce côté-là.
Voici maintenant le second incid ut. C’est le même témoin qui parle : à .. “Je suis le Vice-Président du chemin de fer appelé
““ Le chemin de fer de Waterford et de l'Irlande : “ centrale.”
“ Au commencement du mois de septembre 1892, deux rapports furent envoyés au bureau de la “ direction de ce chemin de fer au sujet de Shortis.
Voici le premier : (Il venait de monsieur Walter “ Power, collecteur des billets et garde-magasin de la “ Compagnie), “ Station de Waterford, ler septembre 1892.
“ À Mr N. D. Nott, “ Monsieur, “ Hier, vers deux heures moins dix, j'ai rencontré » Monsieur Shortis le jeune commerçant de bestiaux
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“ qui se promenait à cheval dans une des cours de la * Compagnie. Je lui ordonnai de sortir du terrain de “ la Compagnie, à Murphy’s Bank. Il me dit que son “ cheval avait été effrayé par un train qui passait, et “qu'en dépit de ses efforts, il avait été conduit HR “ malgré lui sur la voie du chemin de fer.
“ Votre serviteur (Signé) W. Power.
Le second rapport est dans les termes suivants : ù “ Newrath, 2 septembre 1892.
‘“ À Monsieur C. $S. Galway, “ Monsieur,
“ Je dois vous faire rapport que mercredi le trente “ un août, vers deux heures, un jeune homme à cheval “ est monté sur la voie. J'étais alors occupé à faire “ traverser le chemin à la hâte, à un troupeau de “ bestiaux. Après être parvenu sur la voie, ce jeune “ homme dirigea son cheval du côté de la gare. Je a | “ l'avertis à plusieurs reprises de ne pas persister à “ demeurer sur la voie, et je le prévins du danger ‘ “ qu'il y avait pour lui de se promener à cet endroit, “exposé comme il l'était à cause des trains qui “ étaient attendus. Je lui dis que s’il persistait à ‘“ voyager sur ces deux voies, il serait certainement ; k “ poursuivi devant les tribunaux. Toutes mes remon ; 6 “ trances furent vaines. Il donna de l’éperon à son Lun “cheval qu'il lança sur le chemin de fer comme I “« l'aurait fait un maniaque.
| Votre obéissant serviteur, * (UE (Signé) JaMEs CRoNIN, | “ Garde-barrière.”
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Monsieur Dobbyn continue : “ J'ai dit au bureau “ de la direction que d'après moi, ce jeune hornme était “ privé de ses facultés mentales, que je connaissais “ bien son père qui était une des fortes pratiques “ de la Compagnie, et que j'arrangzr ‘+ l'affaire avec “ Jui. L'acte du jeune Shortis était un acte à la fois ‘“ dangereux et criminel. J'ai prévenu le père par “ lettre, je crois ; maïs je n’ai jamais eu l'intention “ d'exercer aucune poursuite contre lui pour la “ simple raison que je ne croyais pas que son fus fit “vesponsable de ses actes. C’élait l'opinion que “ depuis longtemps je m'étuis formée sur son compte.
“ Q. C'était là un acte insensé, je suppose ? lui de- “ mande l'avocat du ministère public.
“KR. Oui.
“ Q. C'était l'acte d'un écervelé ?
“KR. Oui.
“ Q. Un acte imprudent ?
“ R. Oui assurément.
“ Le gardien de la barrière à lu traverse est obligé “ de la fermer à l’approche des trains.”
Faisant de nouveau allusion à l'incendie allumé par le jeune Shortis, le témoin ajoute : “ Je n'ai pas ‘“ cru que cet incendie avait été allumé par malice : ‘mais J'ai vu là un indice que ce jeune homme “m'était pus sain d'esprit.
“ Q. Vous dites que vous ne le croyez pas respon- ‘“ sable de ses actes ?
“ R. Oui, et je l'ai dit à son père qui, en entendant ‘mes paroles, a paru très alarmé. Il me pria de lui ‘‘ écrire une lettre le menaçant de le poursuivre “ devant les tribunaux, afin qu'il pût la montrer à “ son fils.
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