‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 19 sur 83 · DR · texte numérisé non relu

DR

je jeune homme a toujours été e:centrique. Je “ l'ai vu à cheval lancer su bête à ford de train à “ travers les rues de Waterford ; je sais aussi qu'il a ‘um tempérament des plus excitables.

James Cronin, âgé de 60 ans, gardien de barrière, à l'emploi de la Compagnie du chemin de fer de Waterford et Limerick, et aussi de la Compagnie appelée “ Le chemin de fer de l'Irlande centrale ”, dépose comme suit :

“ C’est moi qui ai écrit la lettre exhibit “ C” pro- ‘ duite avec la déposition de M. Dobbyn.

“Il n’y avait pas de train qui passait dans le” “temps que le jeune Shortis est monté sur la voie “ du chemin de fer, mais il y en avait un qui était ‘“ attendu. ;

“Q. Est-il vrai que le cheval du jeune Shortis a ‘“ eu peur ? |

“R. Non ; il a arrêté son cheval sur la voie, et l’a ‘ lancé à toute vitesse dans la direction de la gare. “Je l'ai averti du danger, en lui disant qu'il pourrait “bien se faire tuer. J'ai insisté à plusieurs reprises, “ inaiïs tout a été inutile. Il m'a répondu qu'il ne “ occupait de rien, et au même instant, il a lancé “ son cheval sur la voie.

‘“ Il y a trente-six ans que je suis à mon poste et je ‘ n'ai jamais vu personne faire rien de semblable. ‘ C'était une chose des plus dangereuses.”

Walter Power, Âgé de 44 ans, gardien des marchandises et maître des bagages de la Compagnie de Waterford et Limerick et de la Compagnie de l’Trlande Centrale nous dit :

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“ Je connais très-bien Val. Shortis. (Val. est une “ abréviation de Valentine, le prénom de l'accusé.) Je “ m'en allais à la rencontre du train de deux heures “ qui était attendu, lorsque j'ai rencontré Shortis qui “ couduisait son cheval sur la voie ferrée. Je lui dis “ qu'un train était sur le point d'arriver ; mais il ne “ parut pas s'occuper de mon avertissement.

“* Il s'exposait à se faire tuer, car bien qu’il y ait “ trois voies, souvent ces trois voies sont couvertes “ par autant de trains qui viennent en même temps. “ Je ne puis m'expliquer cette conduite extraordinaire “ de ce jeune homme. Je ne crois pas qu'un homme ‘“ qui est en possession de ses facultés mentales puisse ‘ faire une chose semblable.

“ Le jeune Shortis me dit que son cheval avait été

* effrayé par la clôture et par un train qui passait, mais “ je sais qu'aucun train n'avait passé en ce moment-

on là. »

Messieurs les Jurés, est-il jamais venu à votre connaissance qu'un homme jouissant de toutes ses facultées ait eu la fantaisie d'aller se promener à cheval sur une voie de chemin de fer, au risque d& se faire tuer ?

Passons à d’autres faits ;

Patrick Sullivan, âgé de 50 ans, est commerçant de bestiaux à Waterford. Il connait Val. Shortis depuis son enfance.

“ Ce jeune homme, dit le témoin, avait les manières “ d'un imbécile. Il agissuit comme un véritable fou.

:“Q. Pensez-vous qu'il avait son esprit à lui ?

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“KR. Zl y avait des moments où il étuit mieux que “ dans d'autres.

‘“ Un jour, je n'en allais à une exposition à Kilken- ‘ ny ; J'étais en compagnie de Jack Griffith, d’un “ nommé Bryant, d’un nommé Walsh, et je pense aussi, “ d’un nommé Jim Kehoe, de Corrick.

“ La station de Kilmacow est la première en par- “ tant de Waterford sur la ligne de Kilkenny. “ Le jeune Shortis était dans le même compartiment “ que nous. Jusqu'à Kilmacow il demeuru paisible ; ‘mais en arrivant à Millinavat où se trouve la sta- “ tion suivante, il tira de la poche de son habit un ‘ paquet de papier rempli de poudre ou d'autre ex- | “ plosif, il y mit le feu avec une allumette souffrée et ÿ ‘“ jeta ce paquet en flamme sous l’un des bancs du wa- : “ gon. Je l'avais observé tout le temps. Un instant “ après, une explosion se produisit dans ce paquet. “ Mes compagnons s'efforcèrent d'étouffler la flamme “ en foulant ce paquet en feu sous leurs pieds. Pen- “ dant qu'ils étaient ainsi occupés, Shortis suisit le “ paquet tout en flammes ct vint me le fourrer en de- * dans de mon giler. Je l’arruchai et le fit tomber par “terre. Je regardai par la fenêtre pour m'assurer si “ le gardien du train n’était pas sur le marchepied au “ dehors. Le train allait à toute vitesse dans le mo- “ ment. N'eût été la crainte de froisser son père, je “ serais descendu à Thomas-Town.—-Une fois passé “ Thomas-Town, Shortis sortit de sa poche un autre é qi “ paquet de papier. Il y avait dans notre comparti- | “ went un monsieur qui lisait son journal ; Shortis au ù [L | “ moyen d'une allumette en flamme mit le feu au | “ journal de ce monsieur. I] saisit le journal en feu et

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“ le lança par une ouverture dans le compartiment “ voisin. Une personne armée d’une canne nous le envoya dans notre compartiment.

“ À Bennet's Bridge, passé Thomas-Town, Shortis ramassa tout le papier qu'il put trouver. Je l'ai même vu déchirer des feuilles de son calepin. Il en fit un paquet auquel il mit le feu et il le jeta dans un coin du waggon. Dans un instant le char se remplit d'une épaisse fumée. J'appelai le gardien, mais inutilement. Je descendis à la station suivante pour me débarrasser de lui.

“ Après cet incident je le fuyais comme on fuit la peste ; je traversais la rue pour l’éviter. J'avais peur de lui, il était capable de tout.

de ne lui ai jamais vu de revolver, mais on m'a dit qu'il en portait un constamment et pour cette ‘ raison j'avais peur de lui. Il était sobre dans l’occa- “ sion que j'ai mentionnée.

“ Q. Le jeune Shortis était-il un mauvais sujet ? “R. Il avait des idées de fou ; je ne crois pas qu'il eût son esprit à lui. Par moment il était très gen- ‘til, et dans d'autre temps il était capable de tout. “Q. N'avait-il pas trop de liberté ?

“R. Je ne le crois pas ; son père letenait sous son contrôle tant qu'il le pouvait.

“ Q. Travaillait-il ?

“ R. Je le voyais souvent conduire des bestiaux. ‘ Souvent il nous saluait comme tout le monde ; mais ‘* par moment il était excentrique, et alors il avait ‘une étrange expression dans les yeux, son œil était “ dgaré.

“ Il avait ce regarz particulier dans le waggon, “ lorsqu'il mit le feu aux paquets de papier.

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“ Je l'ai vu pour la dernière fois, deux mois avant ‘son départ. Je n'ai jamais parlé de lui à son père, “ mais j'ai souvent parlé de lui à d'autres personnes.

“ Je l'ai vu à Tramore, un jour de course, je l'ai “ remarqué à une école de tir qu’on avait érigée sur le “ terrain ; au lieu de tirer sur la cible, je l'ai vu se “ mettre en position pour tirer sur la foule. Il y avait “ là un groupe de deux ou trois cents personnes. Le “ propriétaire de l’école intervint et l’empêcha de “ tirer sur la foule au moment où il se préparait à le

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“ faire.

‘“ Trois témoins, Thomas Kearney, Edward Doody et John Kennedy nous racontent un fait qui dénotent chez l'accusé l'absence la plus complète de jugement et de sens moral.

Ecoutez leurs dispositions :

Thomas Kearney est cultivateur à Carrickpherish, près de Waterford, il est âgé de 28 ans.

Il connaît l'accusé depuis son enfance, ainsi que son père. “ Le père, dit le témoin, est le propriétaire d’une “ ferme voisine de ma maison, et matin et soir et quel- “ quefois plus souvent, je voyais l'accusé, son fils, pas- “ ser le long de ma ferme. C’est un jeune homme sans “ cervelle, il était capable de tout. Il fallait le swr- “veiller constamment. En vieillissant il est devenu “pire. Il avait presque toujours un revolver en su ‘possession, et bien des fois il m'a effrayé avec son “revolver.

“ Je l'ai vu galoper dans l'avenue qui longe ma ferme ‘et celle de M. Shortis, son père, ainsi que sur le che-

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“ min public qui mène chez lui, tirant du revolver “ dans toutes les directions. Un jour, j'étais vis-à-vis “ la barrière de l’avenue, lorsque l'accusé se présenta “ à moi et sortit un pistolet de sa poche. Je lui de- “ mandai si ce pistolet était chargé. Pour toute ré- “ ponse il se tourna du côté du chemin, dans la direc- “tion d’un banc de bois sur lequel trois jeunes en- “ fants, trois petites filles étaient assises. “ Z! braqua “son arme dans la dires''on de ces enfunts et fit feu. “ Ume des petites filles poussa un cri et je me préci- “ pitai vers elle. L'accuse me suivit. Je lui demanda “ pourquoi il avait fait une pareille chose. Il me ré- “ pondit qu'il avait cru que c'était ma sœur qui était “Ja. Il semblait s'imaginer que par cette explication ‘il justifierait son acte et ferait disparaître le blâme “ qui s’attachait à ce qu'il venait de faire.

“ Ces enfants étaient à quinze verges de nous. La petite fille portait les marques du coup de feu sur l'un de ses bras.

“ Cette petite fille était l'un des enfants de Ned Doody.

“ J'évirais ce garçon ; j'avais peur de lui et de son revolver. Souvent il s'est amusé à jeter des cartouches dans le feu pour se donner le plaisir de les entendre faire explosion. ZÙ passait partout pour un lunatique et on l'appelait Shortis la téte craquée.

“ Lorsqu'il avait fait quelqu'ineptie, il viait. Il avait une façon curieuse de rire. Il riait avec éclat en se “ frappant dans les mains.

“ J'ai remarqué qu'au lieu de s'amender avec l'âge, “ le jeune Shortis au contraire devenait de plus en “ plus Gangereux. ’

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Aux questions posées pur l'avocat du ministère public, le témoin répond comme suit :

“Je n'ai pas examiné le revolver pour voir sil ‘€ était chargé. J'ai demandé à Shortis si son revolver ‘“ était chargé, et au méme instant il s'est retourné ‘vers les enfants el « fait feu.

“ Je sais cependant qu'il y avait une charge de ‘ plomb dans son pistolet.

“ Je n'ai pas empêché l’action de Shortis parce que “ je n'ai pas eu le temps de le faire.

“ Les enfants de Ned Doody sont : Bridget, Mollie, ‘et Maggie. C'est Mollie qui a été frappée.

“ J'ai dit à Shortis que c'était l'acte d'un fou qu'il “avait fuit la.

“ Le coup de feu « laissé une marque comme “une brûlure ou une ecchymose sur le bras gauche. “ La marque était sur le revers de la main et sur le “ bras gauche.

“ L'enfant était à environ quinze verges de nous ; le “ pistolet était un pistolet ordinaire contenant de la “ poudre et une charge de plomb.

“Je n'ai mentionné ce fait qu'à ma sœur Mary. Je “puis cependant l'avoir dit à ma mère. Ma sœur avait “environ quinze ans à cette date.

‘“ J'ai vu l'accusé lancer son cheval et tirer en même “ temps des coups de revolver, ZE agissuit comme un “ homvme sans jugement et sans cervelle.

Edward Doody âgé de 50 ans, demeure à Knckhouse, duns le comté de Waterford ; c’est un cultivateur, Il possède huit arpents de terre et travaille de temps à autre dans la ville de Waterford.

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“ Je suis, dit-il, le père d’une petite fille du nom de “ Mollie, Un dimanche j'ai été informé que la veille, “ le samedi, vers le soir, Val. Shortis avait tiré sur elle. ‘ J'avais pris un verre de wiskey ce samedi soir et j'ai “ supposé que pour cette raison, on avait eu le soin de “me cacher ce qui s'était passé, de peur que je n'al- “ lasse le tuer. Il est plus que probable que je l'aurais “ tué le samedi soir, si j'eusse été informé de ce fait-là ‘“ immédiatement.

“ Q. Le bras de votre enfant était-il marqué ?

“R. Oui, san bras est devenu noir, à partir du poi- ‘“ gmet jusqu'à l'épaule.

“ C'était une enfant de quatre ans. Dans la journée “ du dimanche, je me suis rendu chez Mr Shortis avec “ma petite fille ; je suis entré par la porte de der- “ rière et j'ai dit à Madame Shortis: “ Voyez ce que “ votre garçon à fait à ma petite fille.” Elle questionna ‘“ Val, mais ce dernier nia qu'il fût l'auteur de ce ‘* méfait.

“ J'ai parlé de cette affaire au pere le lundi suivant ; “ mais j'avais bu et j'étais enivré. Je ne ne souviens “ pas de ce qui s’est passé entre nous. J'ai rencontré “ M. Shortis le père, dans l'avenue au moment où je “ me dirigeais vers ma maison.

“ Plus tard j'ai eu une autre aventure avec lui. “ Je traversais le chemin et le jeune Shortis s'avan- “ çait à cheval ; il s’'approcha de moi par derrière et ‘“ me poussa dans le fossé le long du chemin.

“Je lui dis: ‘Si je mets la main sur une pierre “ mon âne craqué, je te ferai sauter la cervelle,

“ Il était connu partout sous le nom de “ Shortis Le “ craqué.” Je l'ai moi-même appelé aïnsi. Il était la

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“ terreur de tout le monde. S'il passait à cheval dans “ le chemin, on ne savait jamais le moment où il ne “ lui viendrait pas à l'esprit de vous faire tomber et “ de vous passer sur le corps, pour ensuite vous rire ‘au nez.

“ Kearney ne m'a pas parlé de la chose tout d’abord, “ c'est moi qui lui en ai parlé le premier. Il a gardé le ‘“ silence et moi-même j'aurais fait comme lui. Je ne “ voudrais pas pour tout l'or au monde me constituer “ informer ” ou dénonciateur contre qui que ce soit.”

“John Kennedy, sergent dans la Police-Royale “ d'Irlande dit :

“ Je suis âgé de cinquante-deux ans. Je suis membre “ de la Police-Royale d'Irlande depuis trente ans. Je “ connais Val. Shortis depuis son enfance,

‘“ En 1886 j'étais l'officier en charge de la caserne de “ Butlerstown: c’est un village * sisin de Waterford ; « Mr Shortis avait sa maison de campagne près de là.

“ Au mois d'octobre, nous reçûmes à la station un “ rapport spécial nous informant que Val. Shortis “ avait déchargé une arme à feu sur la petite fille d'un “ nommé Edward Doody. Cette information a été notée “ dans le registre tenu à cet effet par la police à But- “ Jerstown. Deux constables furent envoyés à la mai- “ son de campagne de Mr Shortis, et là, Madame Shor- “ tis leur remit un revolver et deux pistolets en leur “ disant qu'elle les leur donnait, parce que Mr Shortis “ n'avait aucun permis pour garder ces armes. En ver- “ tu de la loi en forée en Irlande, il n’est permis à per- “ sonne de garder des armes sans une autorisation spé- « giale. Ces armes furent remises à la police au bu-

“ reau de Waterford. Il m'est impossible de produire «“'jei le registre où se trouve la note dont je viens de “ parler ; ce livre est à Buttlerstown et il me faudrait “ pour l’apporter ici une autorisation de l’inspecteur “ de la police qui demeure à Dublin. Mais je suis cer- “ tain qu’une entrée ayant référence à l'incident du “ coup de feu sur la petite fille de Doody s'y trouve. «“ J'en ai pris un extrait que j'ai actuellement en ma “ possession.

‘“ Q. Veuillez nous donner cet extrait ?

“ R. Le voici.

Cette pièce est produite au dossier comme l’exhibit F. Elle est dans les termes suivants :

“ À dix heures de l’avant-midi, les constables Swift “et Young ont été envoyés à Carrickpherish chez “ monsieur Shortis, pour obtenir les renseignements “ nécessaires concernant l'information qui nous a été “ communiquée à l'effet que samedi dernier, le 3 oc- “tobre 1886 le jeune Shortis aurait déchargé une “ arme à feu sur un des enfants d'Edward Doody et “aurait par là causé une brûlure légère au bras de “ cet enfant. Après information prise, madame Shortis “ leur n déclaré qu'elle avait dans sa maison deux pis- ‘“ tolets à un coup, et un revolver à cinq coups, et que “ son mari n'avait aucun permis pour garder ces armes. “ Madame Shortis a livré ces armes, et les constables ‘“ les ont apportées à Waterford où elles ont été laissées “à la caserne de Lady Lane. J'ai fait de tout cela “ un rapport à l'inspecteur du district.”

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On a cherché, Messieurs les jurés, à vous faire croire que cet acte de l'accusé était l’ucte d’un criminel. Eh Messieurs, à cette date Shortis n’était âgé que de onze ans, et du reste, en aurait-il eu viagt-cinq que votre jugement sur cet acte devrait être le même. On ne s'expose pas volontairement à tuer une enfant de quatre ans, sans motif, et pour le simple plaisir de tuer. Si l’acte raconté par Kearny, par Doody et par le sergent Kennedy est vrai, (et je ne puis concevoir comment vous pourriez douter de la véracité de leur récit), cet acte est incontestablement l'acte d'un lunatique, d’un fou.

Continuons, Messieurs, vous aHez voir que les preuves de ce genre ne nous feront pas défaut.

William Shallow, âgé de 50 ans, travaille à l’usine de sel de EL: Murphy à Waterford. Il connait Valentine Shortis et son père Francis.

“Un jour, dit le témoin, il y a de cela trois ou “ quatre ans, je construisais une haïe entre le terrain “ de Mr Shortis et celui de Mr Murphy. J’aperçus le “ jeune Shortis à cheval sur son pony, qui venait de “ mon côté à bride abattue. Rendu à une distance “ d'environ cent verges de moi, ÿ arréta son cheval et commença à tirer dans la direction de l'endroit où “ j'étais.

“ Les balles venaient ricocher sur un arbre tout ‘ près de moi, :

“Il tira cing ou six coups. Dans ce moment-la, “j'étais dans l'acte de déposer des broussailles au “pied de l'arbre sur lequel les balles sont venues ‘ ricocher.

“J'informai M. Murphy, mon patron, de ce qui “ s'était passé, en lui conseillant de faire arrêter Shor- “tis. M. Murphy me dit : “ Ce n’est pas en prison que “ ce garçon devrait être, mais dans un asile d'alié- “ nés.

‘“ Q. Avez-vous considéré cela comme une affaire “ sérieuse, lui demanda l’Avocat du ministère public ?

‘“ R. Certainement que ça l'était.

“ Q. N'avez-vous pas songé à parler de l'affaire à ‘un magistrat ?

“ R. Oui, mais j'en ai été détourné. On m'a répondu “qu'il valait mieux laisser à d’autres le soin de dépo- “ ser des plaintes devant la justice ; que, du reste, ÿ “me s'écoulerait pus bien du temps uvant que ce “jeune honime soit à l'asile interné comme fou.

“ Q. Le considériez-vous comme un sujet dange= “ reua ?

“R. Out.

“ Lorsque la première balle x frappé sur l'arbre, je “ne m'imaginais pas que c'était sur moi qu'iltirait, “ mais en entendant les balles continuer à siffler près “ de mes oreilles, je me suis sauvé.

“ Q. Jurez-vous que vous avez entendu siffler les ‘“ balles à vos oreilles ?

“R. Oui, j'en ai entendu cinq ou six.”

Richard Malone, âgé de 60 ans, connaît bien Val. Shortis et son père. Il a travaillé pour son père sur sa propriété à Mount Netel, à Carrickpherish pendant deux ans.

* Un jour, poursuit le témoin, le jeune Shortis était “ à quatre ou cinq verges de moi, lorsqu'il décharges

“un revolver dans une botte de foin que je portais “ sur mon dos. J'ai laissé tomber la botte de foin par “ terre. Ii a éclaté de rire en se frappant dans les “ mains. J'ai eu bien peur.

“ J'avais pour compagnon de travail un nommé “ James Foley, qui est parti à cause de lui. Il en “ avait peur. Ce James Foley est parti pour l'Amé- “ rique, et j'ai appris plus tard qu’il étuit mort là.

Messieurs les jurés,

Les actes de cruauté, surtout lorsqu'ils sont commis froidement et sans motif par un enfant ou un adolescent dénotent, de l’aveu de tous les auteurs aliénistes l'absence de sens moral et sont un des symptômes de la folie.

. Ecoutez ce que dit Malone: “ Le jeune Shortis enfon- “ çait des fourches de fer dans la chair des bestiaux. “ Pour empêcher son père de s'apercevoir de ce qu'il “ leur avait fait, j'enduisais les plaies avec du fumier. “ Lui riait de cela et s'éloignait en battant des mains.

“Je le voyais souvent dans le champ avec des “ armes à feu. Nous nous sauvions de lui, nous en “ avions peur.

« Je suis certain qu'il avait quelque chose au cer- “veau. Par moment il était paisible et aimable, et “cinq minutes après 1 commençait ses extrava- ‘ gances.

“ Q. L'avez-vous jamais vu à cheval lancer sa mon- “ ture d’une manière désordonnée ?

“ R. Vous pouvez le dire que je l'ai vu, il a failli “ me renverser moi-même. Lorsqu'il était à cheval sur “ son pony il le conduisait comme un écervelé. ... Il “ était la terreur des enfants de “ Yellow Road.”

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“ Lorsqu'il a tiré sur la botte de foin que je por- “ tais, son pistolet était chargé.

“ Je me rappelle que dans une autre occasion, J'étais “ occupé à charroyer du fumier, lorsque le jeune “ Shortis tira dans la direction où j'étuis. Je me “ jetai immédiatement par terre. En me voyant faire, “ il a éclaté de rire.

“ Un moment il vous parluit d'une manière sensée, “ quelques instants uprès, il devenait furieux.

“ Dans ces moments-ld, les yeux lui sortaient de la “ tete, il vous lançait tout ce qui lui tombait sous la ‘main.

“ Q. Vous a-t-il jamais frappé ?

“ R. Oui, bien des fois j'ai reçu de lui des coups de “ fourches de fer. Après m'avoir frappé, il s’éloi- “ gnait les deux mains dans ses poches.

“ Je l’ui vu renverser délibérément et sans raison “ la nourriture des bestinux et la disperser dans la ‘cour.

“ Je l'ai vu fréquemment blesser les bestiaux et les “ faire saigner. |

“ Q. Avez-vous jamais averti son père ?

“R. Non jamais, j'aurais préféré abandonner mon “emploi plutôt que de le dénoncer à son père. Mon “ compagnon et moi, nous nous sommes souvent dit “ que nous abandonnerions notre position plutôt “ que de le dénoncer à son père.

“ Q. Ne croyez-vous pas que vous auriez dû avertir “ son père du mal qu'il faisait aux bestiaux ?

“KR. Non, bien au contraire. Lorsque nous pensions “ que le père allait venir, nous nous empressions de “ mettre de la fiente de vache sur les blessures.

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“ Ces blessures n'étaient pas de simples piqûres ; ‘“c'étaient des blessures profondes qui perçuient la “ peau, pénétraient dans les chairs et faisaient couler “ le sang.”

Voici un autre acte insensé de cruauté envers un animal. Il nous est raconté par les deux servantes de la maison, Kate Cooney et Mary Maher.

Kate Cooney, âgée de 25 ans, est servante dans la famille Shortis depuis quatre ans.

‘ Un dimanche, dit-elle, le jeune Shortis était allé “à la messe et j'étais demeurée à la maison avec une ‘autre fille du nom de Mary Maher. Comme nous ‘allions préparer la table dans la salle à dîner, “ nous vimes remuer un petit tapis qui avait été ‘ placé sur quelque chose. Nous ne pouvions nous ‘imaginer ce que ça pouvait être. La fille Maher “sarma d'un sabre et moi d'un long bâton et nous “ soulevâmes toutes deux ce que recouvrait ce tapis. ‘“ Un chat s’en échappa et prit la fuite. Nous décou- “ vrimes que le jeune Shortis avait enfermé ce chat “ sous un couvre-plat en argent. Ce couvre-plat était “ lui-même recouvert par une large écaille de tortue “ sur laquelle il avais jeté un petit tapis. Il avait mis “ à côté du chat une bouteille de chloroforme dont il “ avait enlevé le bouchon. Sans notre secours, le chat “aurait été asphyxié sur place par le chloroforme. “ Le chat est mort deux jours après.

“J'ai souvent vu ce jeune homme suus l'influence “ d’une violente colère. Une fois je l'ai vu verser de “ la térébenthine dans un vase et y mettre le feu au “ risque d’incendier la maison.

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‘ Ma compagne et moi nous ne tenions aucun “ compte de ce qu'il faisait. Nous ne le considérions ‘“ pas comme ayant sa tête à lui. Il agissait bien plus “ comme un enfant que comme un jeune homme.”

Questionnée par l'avocat du ministère public, la fille Cooney continue en ces termes :

“Je n'ai rien mentionné dans le temps ni à mon-

sieur ni à madame Shortis.

“ Lorsque le chat est mort, on m'a demandé si je “ savais ce qui l'avait fait mourir; j'ai répondu que “ pour ma part, je n'en savais rien. Nous ne voulions “ pas, ma compagne et moi, laisser savoir à M. Shor- “ tis ce qui était arrivé.

“Je n'ai pas vu Shortis mettre le chat sous le “ couvre-plat, mais je sais que c’est lui qui l'y avait “ mis, car à son retour de la messe, il nous demanda “ ce qu'était devenu le chat qu'il avait mis sous le ‘“ couvre-plat dans la salle à diner.”

Mary Maher est cuisinière chez M. Shortis depuis plus de trois ans. Voici sa déposition :

“ Le jeune Shortis, dit-elle, a voulu, un jour, me “ jeter en bas de l'escalier qui conduit à l'étage supé- “rieur de la maison, parce que je refusais d'aller “lui chercher du bois pour allumer du feu dans “ sa chambre : Madame Shortis m'avait recommandé “ de ne pas allumer de feu dans sa chambre ; elle “avait peur qu'il ne miît le feu à la maison.

“Je n'ai pas crié parce que je ne voulais pas ‘’ laisser savoir à ses parents ce qui se passait. Ma

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