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‘“ gent. S'il eût appartenu à lu police je n'aurais pes “ voulu l'avoir à mes côtés.
“ L'affaire de l’ânon est arrivée il y a cinq ou six “ ans. Il était âgé alors d'environ quatorze ans. L’af- “ faire du bateau a eu lieu vers la même époque.
“ Ce garçon n'aurait jamais dû étre laissé en li- “ berté.
“ Q. Croyez-vous que s’il déchargeait une arme à “ feu sur quelqu'un, on devrait le tenir indemne de “ toute responsabilité ?
“R. Non, mais je le crois aliéné, et pour le dési- “gner ainsi je m'appuie sur la connaissance per- “ sonnelle que j'ai de lui et sur sa manière d'agir “en général.
Le témoin raconte qu'il a été informé dans le temps, du fait que Shortis avait effrayé les passagers d’un wagon de chemin de fer en y produisant des explosions avec de la poudre. Il a également entendu parler du fait qu'il avait déchargé un pistolet sur des enfants; mais il ajoute qu'il n’a jamais pu obtenir la preuve positive de ces faits; personne ne voulait faire de plainte. “ Les gens, dit le témoin, par respect pour “ son père, s'abstenaient de nous fournir les informa- “ tions et la preuve nécessaires.
À propos de l'affaire du bicycle, le témoin raconte que Shortis était à cheval sur son bicycle sur le quai où plusieurs personnes ñe trouvaient dans ce moment.
“ L'une d'elles, dit-il, lui fit l'observation, que, sans “ son assistance, il serait tombé à l’eau. ‘ Oui, eh bien,
He, “ dit Shortis, je vais sauter dans la rivière avec mon | “ vélocipède” C'est moi qui l’ai empêché de se jeter à « l'eau. Si on l’eût excité de nouveuu, il s'y serait iné- “ vitablement jeté.
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“Q. Vous êtes anxieux de sauver ce jeune “ homme ?
“R. Non, il m'est complètement étranger. Je dé- “ sire seulement faire mon devoir et voilà tout. Je “ n'ai pas parlé à son père quatre fois dans ma vie”
On demande à ce témoin s’il n’existe pas des sympathies en faveur de la famille de l’accusé à Waterford. ‘“ Oui, dit-il, et il n’y a en cela rien que de bien “ naturel.”
Que dites-vous, messieurs, de ce jeune homme qui lance son vélocipède à toute vitesse pour aller faire une chute de quatorze pieds au bout d’un quai et un plongeon dans vingt-cinq pieds d’eau. Si ce n'est pas là l'acte d'un fou, je serais heureux d'entendre mes adversaires nous dire comment ils le qualifient.
Après le sergent Wilson vient John Keely, âgé de 40 ans, constable dans la Police Royale d'Irlande depuis un grand nombre d'années. Il a connu Shortis pendant environ neuf ans.
“ Depuis cinq ans, dit-il, mon poste a été princi- “ palement sur le quai, j'y rencontrais Shortis très “ fréquemment.
“ J'ai toujours été frappé de l'idée que ce jeune ‘ homme n'avait pas son bon sens ou du moins qu'il y “ avait chez lui quelque chose de travers. Je l'ai vu “ jusqu'à très peu de temps avant son départ pour “ l'Amérique.
“ Un jour que j'étais sur le quai, il s'approcha de “ moi par derrière et chercha à me pousser dans la “ rivière. Je lui dis : “ Pourquoi me faites-vous cela ? ”
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“ Il me répondit :‘“ Ca ne vous fera pas de mal de “ faire un plongeon dans la rivière par un jour de “ chaleur comme aujourd’hui” Après cette boutade, il “ s'éloigna en riant aux éclats. Je n'en fis pas grand “cas, parce que je savais depuis longtemps qu'il “n'avait pas toute son intelligence.
On disait de lui de tout côté qu'il n'était pas res- “ ponsuble de ses actes. Lorsqu'on l'aperçevait on en- “ tendait les gens s’écrier : Voilà Shortis le fou qui “vient.” :
“ Il était souvent sur le quai à cheval, chevauchant “ d’une manière étrange le long de la rivière.
“ Les constables et les autorités cachaient ses ‘ actions, à cause de son père et de sa mère,
“ Le père et la mère jouissaient du respect de tous ‘à Waterford, et la mère aimait cet enfant passion- “ nément,. Il est à ma connaissance que dans ur cer- “ tain cas, le jeune Shortis aurait été poursuivi devant “ les tribunaux, sans l'intervention de sa mère auprès “ de l'inspecteur du Comté. Si je me rappelle bien, “ c'était parcequ'il portait des armes à feu ; le jeune “ Shortis avait une passion extraordinaire pour les
‘“ armes à feu.
Questionné par l'avocat du ministère public, le témoin continue comme suit :
“ Si je n'avais pas saisi à temps la barre du garde- “ corps je serais certainement tombé à l’eau.
“Outre mes fonctions de membre de la Police “ Royale, j'exerce aussi celles d'agent de sûreté, et pour “ cette raison, je ne porte pas d’uniforme,
“ Je n'ai pas fait de plainte contre Shortis et je n’ai
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‘“ pas voulu dénoncer la chose à son père, parceque je “ savais qu'il aurait été battu.
“ Cet incident a eu lieu il y a environ deux ans. Le “ père de l'accusé était très sévère pour lui ; sa mère # au contraire était d'une extrême indulgence.
“ Q. N'était-il pas considéré comme un enfant gâté ?
“KR. Oui, du moins je l’ai entendu dire.
“# Q. La sympathie qu'on a pour la famille n'iraït “ pas, je suppose, jusqu'à induire les personnes qui “ viennent rendre témoignage ici à dire des choses “ fausses sous serment ?
“ R. Assurément non.
“ Lorsque la nouvelle du crime nous est parvenue, “ bien peu de sympathies ont été manifestées en fa- “ veur de l'accusé. On disait qu'il n'y avait là rien “# d'étonnant, et que s’il fût demeuré à Waterford, il “ aurait probablement commis quelque méfait du ‘“ même genre.” ;
Edward Lane, est un autre membre de la Police Royale d'Irlande.
“ Je connais le jeune Shortis, dit-il, depuis sept ou “ huit ans. |
“ Un jour, il y a de cela cinq ou six ans, j'étais sur “ le quai près de la chaîne qui sert de garde-corps le “ long de la rivière, lorsque Shortis me saisissant sou- “ dainement par derrière, me souleva de terre et fit “ tout ce qu'il put pour me jeter dans la rivière. J'ai “ réussi à me sauver en me cramponnant à la chaîne- “ À cet endroit il y a douze pieds de la surface du “ quai au lit de la rivière. Je me suis retourné furieux “ et je l'ai frappé en lui disant : “ Z! faut que tu sois
ou un gueux ou un fou pour agir ainsi ; si ce n'était “ du respect que j'ai pour ton père, je te traduirans “ devant les tribunaux.
“Il était conru partout sous le nom de “ Shortis La “ téle craquée.”
Dans le contre-interrogatoire que lui fait subir l'avocat du ministère public, le témoin répond en ces termes :
“ Je suis agent de sûreté, et à cause de mon emploi “ comme tel, je ne porte pas d'uniforines. Mon devoir ‘est d’avoir l'œil sur les voyageurs qui viennent des ‘“ Etats-Unis et sur les personnes qui partent d'Ir- “ lande.
“ Mr Shortis, le père, és un homme des plus res-
pectables ; je n'ai jamais entendu dire qu'il se soit en aucun temps comporté d'une muniere étrange.
“ Son fils connaissait les membres de la police. Il “ était en bons termes avec moi et avec le constable
Keely. Je ne pense pas qu'il ait commis cet assaut “ sur moi pour rire. Dans tous les cas, il n’a pas eu “ l'occasion de rire, car je l’ai frappé et je lui ai dit ‘ que si ce n’était à cause du respect que j'avais pour “ son père, je le ferais arrêter ; je lui ai dit qu'il était ‘“ ou un gueux ou un fou.
“ Q. Tenant compte du fait que vous aviez jusque ‘“ 1à été en bons termes avec Shortis, pensez-vous qu’il . “ voulait réellement vous jeter dans la rivière ? s “ R. Je pense que oui; je crois fermement que si je ‘“ ne m'étais pas accroché à la chaîne, il m'aurait jeté à ‘“ l’eau. Je suis convaincu que c'était là son intention.
“ Ceci est arrivé il y a deux ans. Je n'ai rien dit de “ cette affaire à son père.
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William Cavanagh est âgé de quarante et un ans. Il n’est plus membre de la Police Royale d'Irlande, mais il en a fait partie pendant dix-sept ans.
Durant cinq ans il a été stationné à Waterford ou il a eu de fréquentes occasions de voir l'accusé.
“ Lorsque je l'ai vu pour la première fois, dit ce “ témoin, j'ai été frappé par son apparence et j'ai de- “ mandé qui il était. Il avait habituellement un cos- “ tume différent de celui des autres jeunes gens. Il “ portait constamment un habit de chasseur avec une “ ceinture cu cuir autour des reins. C’est surtout son “ costume qui me l'a fait remarquer.
“ Je l’ai vu une fois, descendre de cheval en face de la résidence de son père, escalader un mur de six ou sept pieds de hauteur afin de pérétrer dans un champ où il y avait des corbeaux et autres oiseaux, puis repasser le inur, monter debout sur la selle de son cheval, et lancer sa bête au galop. Il frappait son cheval à grands coups avec une branche d'arbre. Je “ l'ai poursuivi plus d’un quart de mille pour l’arrê- “ ter, mais il s'éloignait si rapidement que je l'ai “ perdu de vue. Comment il a pu se tenir debout sur “ sa selle, c’est chose que je ne puis m'expliquer.
“ Je lui ai parlé souvent ; j'ai trouvé que jamais à “ me pouvait parler avec suite sur aucun sujet ; il ‘ divaguait constamment. Je l'ai vu aller à cheval “ dans les rues de Waterford, coinme l'aurait fait un
ce
“ écervelé ou un fou. Je l'ai vu sauter de dessus un
mur de deux ou trois pieds de hauteur et faire la * culbute en tombant sur la tête, comme le ferait un baigneur qui s’élance dans la rivière. Je lui ai vu “ faire la même chose de l’autre côté de la rivière sur un mur qui longe la grève.