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“ À cet endroit, d’un côté, le mur a environ deux “ pieds de huuteur, mais du côté du chemin il en a “huit ou dix. Jel’ai vu s'élancer de ce nur et tomber “ sur le sol, la tête la première.
“ N’eût été la considération que j'avais pour son ‘ père et sa mère qui sont très respectés par tout le ‘“ monde, je l'aurais arrêté, J'ai souvent dit à mes “ camarades qu'on ne devrait pus laisser ce garçon “ en liberté,
Aux reproches que lui fait l'avocat du ministère public de ne pas l'avoir arrêté, il répond comme suit :
“ L'opportunité d'arrêter un homme doit être laissé “ au bons sens de celui qui a le droit de faire cette “ arrestation. Si j'eusse cru que l'intention du jeune “ Shortis était de se suicider, je l'aurais certainement “arrêté, Ma conviction est qu’il ne savait pas ce « qu'il.faisait. S'il eût été un vaurien ou une canaille, “ je l'aurais fait prisonnier, mais je n'ai pas pensé ‘“ qu'il était judicieux d'arrêter un jeune homme de ‘“ bonne famille.
“ Shortis avait seize ou dix-sept ans à cette date. “ Lorsque je l’ai vu sauter tel que je l'ai rapporté plus “haut, je lui ai fait l'observation qu'il agissait comme “ un fou.
“ A Ferry Bank j'ai vu qu'il s'était fait mal en “ sautant, j'ai remarqué qu'il avait une ecchymose sur “ la figure.
“ Je n'ai pas jugé à propos de dénoncer ces faits “à son père.” ;
Je vous laisse à juger Messieurs les jurés,de ce que l'on doit penser d’un jeune homme de dix-sept ans
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qui s'amuse à s'élancer du sommet d'un mur de dix pieds pour tomber sur le sol la tête la première. Quant à moi je serais porté à croire que s'il n'était pas fou auparavant, il a dû le devenir ce jour-là.
Jeremiah Lillis déclare ce qui suit :
“Je suis âgé de quarante cinq ans. Je suis ‘“ membre de la rolice Royale d'Irlande depuis près “ de vingt et un ans. Je connais Valentine Shortis “ depuis très longtemps.
“ Q, Vous l'avez vu se promener à cheval ?
“Q T/avez-vous jamais rien vu faire de singu- “ lier ?
“R. Oui, assurément, je l'ai vu essayer d'entrer à «“ cheval dans la station de police sur la rue St-Pierre. “ Je l'ai vu essayer également de pénétrer à cheval “ dans les maisons de cette rue. Je dus l'avertir “ de ne plus faire de tentatives de ce genre.
“ Q. L'avez-vous jamais vu commettre aucun acte ‘“ de cruauté sur des animaux ?
“ KR. Oui, c'était quelques jours avant son départ “ pour l'Amérique. Il était sur le quai occupé à faire ‘“ monter des bestiaux à bord d’un vapeur océanique: # Il frappait ces animaux sans merci. J’allai droit à “luiet je l’avertis d’avoir à cesser de maltraiter ces “animaux. Zl fixa sur moi des yeux de fou. Il avait “une expression toute particulière, et sous l’in- “ fluence de l'émotion, il se mi: à trembler de tout son
“ corps. Je lui dis que s’il continuait à battre ces .
“ bestiaux, je le ferais prisonnier. 2! me regarda fixé-
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“ ment, et d'un bond :l franchit la barrière, qui dans “ ce moment le sépurait des bestiaux, et recommença “à frapper sur eux avec encore plus de fureur “qu'auparavant. Il était duns un état d'excitation “ telle que j'étais persuadé qu'il allait tomber sans “ connaissance. Son père arriva sur ces entrefaites et “ me pria de ne pas tenir compte de ce que faisait
“ son fils, vu qu'ilidevait le faire partir pour l’Amé-
“ rique dans quelques jours. Sur cette observation de “ son père, je décidai de le laisser tranquille. Au “ reste, je craignais qu'il ne perdît connaissance. Je “ l'avais déjà vu auparavant dans un état tel que “ j'avais été sur le point d'envoyer quérir un mé- “ decin. Dans ces moments-là, ses yeux avaient une “ expression toute particulière. |
“Q. Pouvait-il discourir sensément sur aucun ‘“ sujet ?
“R. Non, il ne le pouvait pas.
John Collins, âgé de 46 ans, est sergent des constables de la ville. Il a sa demeure dans l’Hôtel-de- Ville, vis-à-vis la résidence de Francis Shortis. Il déclare qu'il a connu l’accusé depuis son enfance jusqu'au moment où il est parti pour le Canada.
Outre sa position de sergent de la police, il occupe aussi celle de gérant du Théâtre Royal pour la Corporation.
“ Pendant sept ou huit ans avant son départ, dit “le témoin, j'ai vu le jeune Shortis une couple de “ fois par semaine. Il aimuit à venir converser avec “ moi à l’Hôtel-de-Ville, surtout durant les deux “ années qui ont précédé son départ. Dans sa con-
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“ versation, son langage était toujours décousu et “ sans suite. Ainsi il me demandait quelquefois quelle “ compagnie j'avais engagée, et sans attendre la ré- “ ponse, il commençait à me parler de son bicycle, de “son pony et de son revolver. Les employés du “ théâtre se plaignaient souvent à moi de ce que “ Shortis venait dans les coulisses avec des armes à ‘“ feu dans ses poches.
“ Ayant été informé que sa mère ne voulait pas “qu'il se mêlât aux gens du théâtre, je prévins “ l’homme en charge de la scène de m'avertir sil “ Jui arrivait de venir encore dans les coulisses.
“Un soir qu'une troupe de comédiens devait jouer “ (c'était le samedi de Pâques), on vint m'informer que “ Shortis étuit sur la scène. Je me rendis auprès de “ Jui et je lui enjoignis de s’en aller. Il me demanda
“ pourquoi je lui donnais cet ordre. ‘“Qu'ai-je fait, “me dit-il” ?—" Va-t-en et ne reviens plus ici, lui ré- “ pondis-je.” Il sortit alors un revolver de sa poche “et fit feu à travers les décors du théâtre. Puis, il “ partit, et je ne l'ai jamais revu sur la scène depuis ‘ce jour-là.
“ Q. Pourquoi l'avez vous ainsi chassé de la scène ?
“ R. Parce que les employés se plaignaient de sa “ présence ; ils avaient peur de lui, en le voyant armé “ d’un revolver ; ils craignaient qu'il ne leur fit du mal.
“ Q. Comment cela ?
“ R. J'étais d'opinion qu’il était dangereux de le “ laisser venir. On ne pouvait pas se fier à lui.
“ Quelque temps avant cela, je l'avais vu sortir à “ cheval la face tournée vers la queue du cheva! et se “ rendre ainsi jusqu'à la Mall (c'est la rue principale
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