ETES
le ministère publie à Waterford, je v :ux parler de mon savant confrère monsieur Macmas...,
Si j'en juge par ses questions et plus encore par le réquisitoire qu'il a prononcé au début de cette cause, ls sovant avocat semble n'avoir vu dans toute cette preuve que des actes d’espièglerie grossis outre mesure pour les faire servir au soutien du plaidoyer d'insanité sur lequel s'appuie la défense de l'accusé. D'après lui tout cela ne serait que de l'exagération et rien de plus.
“ Eh! quoi! dit-il au constable Collins,” (c'est le témoin qui a vu Shortis chevauchant la face tournée vers ia queue de son cheval,) “ vous vous étonnez de “ cette espièglerie ? Vous n'avez donc pas vécu à la “ campagne ? Ne vous est-il jamais arrivé de voir des “ jeunes gens se placer ainsi sur leurs chevaux et “ galoper dans cette posture par pure fantaisie ? Ne “ savez-vous pas qu'en France et en Russie, on exerce “ certains régiments de cavalerie à se mettre en selle “ de cette manière, an de mieux combattre l'ennemi “ lorsque la cavalerie est placée sur les derrières de “ l'armée pour protéger sa retraite ?”
Messieurs, la réponse est facile: Si jamais il arrive qu'à Waterford on exerce des régiments de cavalerie à faire volte-face sur leurs chevaux, la chose pourra peut-être paraître nouvelle, mais la population, soyez en sûrs, ne se méprendra pas sur le sens de cette tactique, et personne ne sera tenté de prendre ces militaires pour des aliénés. De même, si le constable Collins étant à la campagne eût aperçu un jeune homme en vacance prenant librement ses ébats sur la ferme de son père, et chevauchant en tournant le dos
à la tête de son cheval, il aurait pu trouver la chose drôle, mais il n'aurait certainement pas conclu que ce jeune homme devait avoir perdu la raison. Aussi n’estce pas là ce qu'il a vu. Ce qu'il vous rapporte et ce qui lui a paru être l'acte d’un fou, c’est le fait que Shortis qu'il savait être le fils d’un citoyen des plus riches et des plus en vue de Waterford, s’est amusé à chevaucher ventre à terre dans les rues principales de la ville, le dos tourné à la tête de son cheval au grand ébahissement de tout le monde.—Voilà ce qui « frappé son esprit.
Je suis père de famille, messieurs, et je ne suis plus jeune, cependant je n’ai ras perdu le souvenir des amusements de ma jeunesse, et tenant compte de ce que J'ai vu et de ce que j'ai fait moi-même lorsque J'étais jeune, je suis disposé à être indulgent pour les Jeunes gens d'aujourd'hui; cependant, si on venait me dire que mon fils âgé de dix-huit ans, a été vu chevauchant ventre à terre dans la rue St. Jacques à Montréal, la tête tournée du côté de la queue de son cheval, criant et gesticulant comme un forcené, j'avoue que j'en éprouverais une douleur profonde et que je serais sérieusement alarmé sur la sanité d'esprit de mon enfant. |
Et remarquez bien que ce n’est làqu’un incident isolé.
Quel reproche pouvez-vous faire au constable Collins qui indique ce fait comme l’un des actes de folie attribué à Shortis, lorsque le même témoin vient nous dire que deux ou trois fois par semaine, pendant plusieurs années, il l’a vu à l'Hôtel de Ville, et que longtemps avant cet incident, il avait constaté que la conversation de ce jeune homme était celle d’un imbé-
e +. - 7e L ps re HR EL Fr RS dE ed Ke meer es
TREND nee nr nn RENE Go rer
page msg
Dour RP PMR MP CS0ES
GR Mo re ms Es a md nr
ne ga an, pet nm ta 6 age
Fee
cile ; que dès avant cctte circonstance, il avait été obligé de le chasser du théâtre, parce que les acteurs avaient peur de lui, et que dans une occasion, il l'avait vu faire feu avec un revolver sur les décors du théâtre ? Qu'y a-t-il alors de si étrange que ce même témoin ait jugé ce jeune homme comme l'avait déjà jugé toute la ville de Waterford et qu'il l'ait pris pour un fou ?
Souvent un acte isolé suffit pour permettre de juger de la sanité d'esprit d’une personne. Cependant, le spectateur qui voit cet acte peut hésiter et douter encore ; mais si à ce fait il peut ajouter une longue série de circonstances dont chacune, sans être conclusive en elle-même porte la même empreinte, le même cachet d’insanité, alvrs sa conviction devient entière, et cet observateur se dira: Evidemment, cet homme est fou.
Où trouvez-vous l’exagération en tout cela ?
Le savant avocat, toujours sous le coup de la même impression, s'étonne également du récit fait par l’exconstable Cavanagh. Ce témoin nous dit qu’un jour il a vu Shortis lancer son cheval à toute vitesse pendant qu'il se tenait debout sur la selle. Le savant avocat lui demande: “ Mais n’avez-vous pas vu des “ écuyers faire le même tour de force dans les cirques ?” Messieurs à la date de cet incident, l'accusé n'était âgé que d'environ seize ans. Tout le monde sait que les écuyers des cirques parviennent à exécuter ces tours dangereux après des années de pratique sur des chevaux entraînés spécialement pour cet exercice.
Shortis n'avait jamais été formé à pareille école, et le
témoin le savait, Ce jour-là, ce jeune homme se ris-
quait dans une aventure nouvelle dont le résultat pouvait être de se casser le cou; et voilà pourquoi l'ex-constable Cavanagh a couru après lui pour l’arrêter. C'était un fou qui, étant incapable d'apprécier la nature de son acte, jouait sa vie sans paraître s'en douter. Quelle exagération trouvez-vous dans ce récit de Cavanagh ? Et puis est-ce là tout ce que le témoin nous a dit du jeune Shortis ? Que pensez-vous de l'exercice auquel ii se livrait en s’élançant du somawet d’un mur de dix pieds de hauteur, pour se laisser tomber la tête la première sur le sol, et recommencer le même jeu l'instant après ? C'est plus que mon savant adversaire n’a jamais vu faire, j'en suis sûr, même dans les cirques. Il se peut que dans cet exercice Shortis ait eu des devanciers ou des rivaux, mais ça ne peut être que dans les asiles d’aliénés seulement, je défie mon savant ami de lui en trouver ailleurs. Ce que dit Cavanagh est en substance ceci :“ Lors- “ que je l’ai vu lancer son cheval au grand galop pen- “ dant qu'il se tenait debout sur la selle de sa monture, “ au risque de se briser les os, ou même de se faire “ tuer, j'ai pris ce fait pour une preuve de folie ; mais “ il ajoute : je connaissais déjà ce jeune homme pour “ un fou bien avant cette date. Ses manières étranges, “son costume disparate avaient déjà attiré mon re- “ gard et fixé mon attention. J'avais déjà constaté “ que son langage était incohérent, sans suite et qu'il “ divaguait constamment.” Encore une fois, où se trouve l’exagération ? Une autre circonstance paraît avoir également scandalisé mon savant adversaire. Ici sa conviction est entière ; il lui est impossible de douter ; le fait rappor-