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té est, et ne peut être que de l’exagération. Je veux faire allusion à cette partie du récit du sergent Wilson
. où il raconte qu'un jour, il y a de cela cinq ou six ans,
il a vu l’accusé faire balancer une chaloupe dans le but de la faire chavirer. Il y avait dans la chaloupe d’autres jeunes garçons, qui ont eu peur et qui se sont mis à crier. Mon savant adversaire s'adresse au sergent Wilson et lui dit : ‘“ Etait-ce la première fois que vous “ étiez témoin d’une pareille chose ? Lorsque. j'étais ‘ jeune garçon, ajoute-t-il, j'ai vécu sur le bord d’une “ rivière et j'ai vu bien des fois des jeunes gens ‘“ s'amuser à faire balancer des chaloupes sans que “ personne cependant n'eût l’idée de les dénoncer. ‘ comme étant des fous.”
Mon savant ami peut avoir parfaitement raison et le sergent Wilson ne pas avoir tort. Tout dépend des circonstances et de la manière dont les choses se passent. La rivière Soir qui coule à Waterford, (la preuve l’a établi) est une rivière dangereuse à cause de ses courants rapides ; ses eaux sont très profondes, puisque les vapeurs océaniques qui tirent jusqu'à vingt-cinq pieds d’eau viennent y mouiller, et le sergent nous dit que c'était près du quai où venaient accoster ces vaisseaux que se trouvait la chaloupe en question. Tel étant le cas, et connaissant comme vous le connaissez maintenant le caractère et les dispositions de l'accusé, n'auriez-vous pas éprouvé quelque alarme, messieurs les jurés, si vous aviez vu un de vos enfants dans cette chaloupe que Shortis cherchait à faire chavirer au risque de noyer ses compagnons et de se noyer lui-même ? Le sergent Wilson a trouvé que ce que le jeune Shortia
a ait dans cette occasion était une chos: dangereuse et il n’y a pas de doute qu'il avait raison. Où se trouve l'exagération dans ce récit? Et puis est-ce là le seul fait sur lequel le sergent Wilson s'est basé pour dire que l'accusé était fou ? Eh! Mon Dieu ! il le connaiïssait, ce jeune homme, depuis dix ans. Le sergent Wilson est le même témoin qui nous raconte qu'un beau jour, il a vu Shortis lancer son vélocipède à toute vitesse pour aller se jeter au bout du quai et tomber de quatorze pieds de hauteur dans vingt-cinq pieds d'eau, et cela simplement parce qu'un passant lui avait dit : ‘# Mon bon ami, remerciez le ciel, sans moi vous descen- “ diez le pont flottant et vous alliez rouler tout droit “à la rivière.” Si cet acte de Shortis n’est pas l'acte d’un fou, pour l'amour du ciel, dites-moi ce que c'est. Si dans cette circonstance Shortis n’a pas donné la preuve qu’il était aliéné, rendons justice à ceux qu on tient emprisonnés dans ces lieux de détention qu'on appelle des asiles ; ouvrons-en les portes et laissons-les sortir tous, car on n'en trouvera pas un seul parmi eux qui ait commis un acte de plus évidente insanité que celui-là.
C’est ce fait ajouté à celui de la tentative de faire chavirer une chaloupe où se trouvaient des enfants et joint à une foule d’autres qui a fait dire au sergent Wilson que l'accusé était un fou.
Mon savant adversaire a trouvé également ridicule et exagéré le témoignage de Mr Brett. Jetons un
coup d'œil sur la déposition de ce témoin. “ Un jour,
“ dit-il, j'étais à bord d’un train qui revenait de Cork. “ Rendu à la jonction du chemin de fer, j'entrai en “ compagnie d'un nommé Downey dans la salle des
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rafraîchissement: de la gare. Le jeune Shortis y entru immédiatement après nous. Il étuit dans une grande excitation. Je l'invitai à prendre quelques rafraichissements avec nous, mais il refusa. Il s'éloigna jusqu'à l'autre hout de la salle et demanda un verre de lait. I] marchait de long en large, d’un air très excité. Nous retournâmes, Mr Downey et moi, dans le wagon d’où nous étions descendus, et nous primes le même compartiment que nous avions occupé avant de descendre à la salle des rafraichissements. À peine y étions-nous installés, que le jeune Shortis vint frapper à la porte de notre com- “ partiment demandant à y entrer. Tout d’abord je “ refusai de lui ouvrir la porte; mais comme il con- “ tinuait à frapper, je me rendis à son désir et je le “ Jaissai entrer.—“ Vous avez bien fait, dit Shortis “ de m'ouvrir cette porte, car si vous aviez persisté à “ ne pas vouloir l'ouvrir, je l'aurais enfoncée.” “ Je suis convaincu, ajoute le témoin, que dans cette “ circonstance Shortis n'était pas responsable de ce “ qu'il faisait.” | Dans le cours du contre-examen auquel &e témoin a été soumis, le savant avocat exprime sa surprise de ce que Mr Brett, qui est un banquier et l’un des citoyens les plus marquants de Waterford, ait déclaré que l'accusé dans cette circonstance paraissait n’avoir aucun contrôle sur lui-même. “ Trouvez-vous extraor- “ dinaire lui demande-t-il que Shortis, au lieu d' “ cepter votre offre de boire avec vous des liqueu “ enivrantes, ait jugé à propos de s'éloigner un peu et “ de se contenter d’un verre de lait ?—"“* Non, répond “le témoin ”’—"“ N’avait-il pas le droit, continue l'a-
“ vocat, d'occuper un siège dans le corapartiment du ‘“ wagon que vous occupiez vous-même avec votre “ ami ?—“ Assurément répond le témoin.”
Aussi n'est-ce pas simplement à cause de ces deux circonstances que Mr Brett a trouvé que ce jeune homme avait agi comme un insensé. Ce qui a frappé Mr Brett, ce sont les manières de Shortis ; c’est l’état d’exaltation extraordinaire dans lequel il était ; c’est la rudesse inexcusable avec laquelle il répond à son acte de politesse ; c'est la fureur dans laquelle il est, lorsqu’il vient frapper à la porte du compartiment occupé par lui; c'est sa menace d’'enfoncer cette porte, Shortis était très bien connu de Mr Brett. Ce dernier savait qu'il était le fils d'un gentilhorume, et il ne pouvait s'expliquer l’état d'excitation et de fureur étrange dans lequel il le voyait, qu’en l'attribuant à la folie. “ Je l'avais remarqué auparavant, dit le témoin ; ses “ manières d'agir étaient souvent des plus extraor- -“ dinaires. Par moments il paraissait raisonner assez “ correctement, et dans d’autres il était très excité ; ”
et pour illustrer ce qu'il vient d'affirmer, le témoin raconte alors comment le jeune Shortis s’est conduit dans la circonstance que je viens de rapporter.
Si Shortis avait été ivre, sa conduite aurait pu être attribuée à son état d'ivresse, mais nous savons qu'il ne faisait pas usage de boissons enivrantes et que dans l’occasion dont nous parlons il s’est contenté de boire un verre de lait. Ce n’était donc pas l'alcool qui
‘l'avait rendu fou. Il s’est comporté comme un fou cependant : c’est donc qu’en réalité, dans ce moment- ‘là, il était privé de sa raison.
” J'avoue cependant que je ne me sentirais pas jus-
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