AUDIENCE DU 28 OCTOBRE
Qu'il plaise à la Cour, Messieurs les Jurés,
Le deux mars dernier, le pays tout entier était jeté dans la consternation et frappé de stupeur à la nouelle de l’affreuse tragédie dont la petite ville de Valleyfield venait d'être le théâtre.
Un jeune homme, arrivé d'Irlande depuis quelques mois seulement, avait, disait-on, tenté de s'emparer d’une somme de quatorze mille dollars, déposée dans la voûte de sûreté de la filature de coton située à la tête du canal de Beauharnois, et pour parvenir à com-
mettre ce vol, il avait tué à coups de revolver John
Loye ct Maxime Lebœuf, deux des employés de l'établissement, et blessé dangereusement un troisième. On désignait comme l’auteur de cét attentat VALEN-
TINE SHORTIS. C'est le jeune homme qui est
: actuellement devant vous et que vous êtes appelés à
juger.
ue Ds
Tous les détails de cette sanglante affaire vous sont maintenant connus. Ils vous ont été racontés par John Lowe, le caissier de la manufacture, par Arthur Lebœuf, le frère de l’une des victimes, et par Hugh A. Wilson, ce brave garçon qui, grâce à son. courage et à une protection toute providentielle, a pu échapper à la mort, et sauver, en donnant l'alarme, ses camarades renfermés dans la voûte de sûreté,
Je n'ai donc rien à vous apnrendre sur les circonstances de la mort de John Loye que Valentine Shortis est accusé d’avoir tué, ni sur celle du gardien, Maxime Lebœuf, qui a perdu la vie dans la même occasion. Au reste, la défense ne conteste pas ces faits.
La seule question qui vous est soumise est celle de savoir si, dans la nuit du premier au deux mars dernier, date de la terrible tragédie, l’accusé était sain d'esprit, ou s’il était privé de sa raison, au point d'échapper à la responsabilité de ses actes.
Voilà ce que vous êtes appelés à décider. Vous êtes nos juges, messieurs, pouvons-nous compter sur votre. parfaite impartialité ? Oui, j'en suis sûr ; votre intelligence et votre honorabilité sont nos meilleurs garants. Pourtant, avant d'aller plus loin, laissez-moi vous dire toute ma pensée et décharger mon âme d'un poids qui l'oppresse.
Le quatre mars dernier, lors de l'enquête préliminaire tenue à Valleyfield, un millier de personnes se : sont ruées sur l'accusé pour le déchirer en lambeaux, et ce malheureux jeune homme n’a du son salut qu'à l'attitude décidée et énergique des constables chargés de le protéger contre la fureur populaire.
Durant la nuit qui a suivi, dans le but de le sous-