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la petite fille de Doody : le pistolet de Shortis était-il chargé ?
Vous n'avez pas oublié cet incident qui vous a été raconté par Kcarney, l’un des voisins de Mr Shortis le père, à Carrickpherish. Voici comment il raconte l'histoire de ce coup de feu. “.Un jour j'étais vis-à-vis “ la barrière de l'avenue, lorsque l'accusé se présenta “ à noi et sortit un pistolet de sa poche; je lui de- “ mandai si ce pistolet était chargé ; pour toute réponse, “ il se tourna du côté du chemin dans lu direction d’un “ banc de bois où trois jeunes enfants, trois petites “ filles, étaient assises. Il braqua son arme dans la “ direction de ces enfants et fit feu. Une des petites “ filles poussa un cri et je me précipitai vers elle. “ L'accusé me suivit. Je lui demandai pourquoi il avait “ fait une pareille chose, ii me répondit qu'il croyait ‘“ que c'était ma sœur qui était 1à.... Ces enfants “ étaient de l’autre coté du chemin, à quinze verges de ‘“ nous.
“ Le coup de feu «a laissé une marque, c'était “ comme une brûlure ou une ecchymose sur le brus “ gauche. La marque était sur le revers de la main “et sur le bras gauche.”
Durant le contre-interrogatoire que lui a fait subir mon savant ani, il lui demande :
“ Q. Jurez-vous que cette arme n'était pas un de “ ces petits pistolets, un de ces petits jouets dont on “ se sert pour tirer sur les chats et les rats ?
“R. Non, c'était un pistolet ordinaire, «vec de la “ poudre et du plomb dedans.
(It was a cheap ordinary pistol, there was powder and shot in it).
Est-ce assez clair ?
Mais il y a plus ; raisonnons un peu : À quinze verges de distance, un pistolet chargé à poudre simplement n'aurait pas blessé cette enfant Toute personne qui a un tant soit peu d'expérience dans l'usage des armes à feu sait qu'une balle qui ruse la peau sans l’entamer produit sur l’épiderme une impression semblable à celle que ferait à un coup de bâton. Ce choc est dû à la pression de l'air comprimé entre la balle et la peau. Dans le cas de cette enfant, la charge de plomb à fait balle, (je me sers de l'expression eu usage parmi les chasseurs), c'est là ce qui a produit la rougeur d’abord et l'ecchymose ensuite sur la main et l’avant-bras de la petite fille blessée.
Doody, le père de cette enfant nous dit :
“ Le bras de ma petite fil'e est devenu noir. Elle “ portait des marques comme des piqûres d'insectes,
“Q. Croyez-vous qu'elle a été frappée par une “ balle ou par des plombs ?
“R. Elle n'a pas été frappée par une balle, car une ‘“* balle lui aurait fracturé le bras.
“Q. La blessure avait-eile l'apparence d’avoir été ‘“ faite avec une arme à feu chargée avec du plomb ?
“KR. Oxi, shsolument.”
Ilert évident que les piqûres que Doody a vues avaient été produites par des plombs détachés du reste de lu charge et qui ont frappé le bras de l'enfant.
Il est vrai que le sergent Kennedy à qui la chose fut rapportée dans le temps, a fait prendre note de cet incident dans le livre tenu à cet effet à la station de Butlerstown et que l'entrée dans ce livre ne fait mention que d'une brûlure légère produite par le
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“ n 1: coup de feu sur le bras de la petite fille de Doody ; À mais rappelez-vous que les deux constables chargés 4
de s’enquérir des faits n’ont jamais vu la blessure ; ils 4
ne se sont pas même rendus jusque chez Doody. C'est |
chez Mr Shortis qu'ils sont allés, et c'est de la bouche 1]
de madame Shortis, la mère de l'accusé, qu'ils ont
recueilli leurs informations. Naturellement, madame | Shortis n'a pas voulu charger son fils d’une tentative de meurtre. Sous l'inspiration de son récit, le coup de feu porté délibérément sur la petite fille de Doody s'est réduit à un simple accident, et la blessure au bras de l'enfant est devenue une brûlure légère, Les constables ont fait leur rapport en conséquence au sergent Kennedy et ce dernier l’a fait consigner dans le livre de la station.
Cette entrée dans le livre de la station a été reproduite à l'enquête, afin de corroborer les témoignages de Kearney et de Doody sur la vérité du fait raconté par eux et pour prouver que l'incident avait réellement eu lieu ; mais cette entrée faite par le sergent Kennedy d'après les explications de madame Shortis ne peut détruire les témoignages de Kearney et de Doody quant à ce qui concerne la gravité de la blessure reçue par la petite fille, car tous deux ont vu la blessure, tandis que le sergent Kennedy et ses deux ! hommes se sont contentés de lu version évidemment intéressée de madame Shortis.
Il est donc bien établi que Shortis a tiré sur ces
petites filles avec une arme chargée de plomb et qu'il
a blessé une d’entre elles, celle qui était au milieu, sur
le banc de bois.
Si cette version est exacte, dit mon savant adver-
saire l’acte de Shortis est l'acte d'un criminel. Je réponds non, c'est llacte d'un fou, et c’est la preuve évidente que ce jeune homme était sous l'empire de cette monomanie homicide qui chez lui s'est manifestée si fréquemment plus tard.
Il avait à cette date onze ans à peine. La petite fille de Doody en avait quatre. Pourquoi aurait-il voulu la tuer ? Les criminels ne commettent pas leurs crimes sans motifs, et lorsqu'il s'agit d'ôter la vie à son semblable, le motif doit être des plus puissants. Tous les motifs qui font agir les criminels, a dit un moraliste, se réduisent à six : Ce sera l'amour ou la jalousie qui en découle, la haine ou lu vengeance fille de la huine, la cupidité ou le désir de s’approprier le bien d'autrui et enfin la nécessité de faire disparaître un témoin du crime déjà commis. Où trouver aucun de ces motifs dans l'acte de Shortis âgé de onze ans, qui décharge un pistolet sur une petite fille de quatre ans. Ce n’est ni l'amour ni Îa jalousie. Serait-ce la haine ou la vengeance ? Non, pas davantage. Serait-ce alors l'appas du gain ? Mentionner une telle proposition, c'est en faire toucher du doigt toute l’absurdité. Alors, s’il n'avait aucun motif, qu'estce donc qui a dirigé le pistolet de ce jeune homme sur cette innocente victime ? C'est la folie, vous dis-je ; cherchez tant que vous voudrez, vous ne découvrirez pas autre chose.—Mais peut-être n’avait-il pas l'intention de tuer ni même de blesser cette enfant. — C'est possible ; mais ne sentez-vous pas, Messieurs, que le fait, le simple fait de braquer une arme à feu chargée dans la direction de ce groupe d'enfants et de faire feu à tout hasard, constituait en soi un acte des plus dangereux dont seul un fou était capable ?
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Songez-y donc, décharger une arme à feu sur des Jeunes enfants, sur une petite fille de quatre ans. Ah ! le criminel même le plus endurci, poussé par les passions les plus violentes et les plus incontrôlubles, l'amour, la haine, la cupidité, le besoin, la faim même, hésite, sa main tremble avant de frapper délibérément et de porter le coup qui doit donner la mort serait-ce à son pire ennemi. .Îl n'aura pas le courage de tuer un enfant ! La nature se révolte à la pensée d’un pareil forfait et la main du criminel, fût-il cent fois meurtrier, refusera malgré lui d’obéir ; cependant vous voulez que ce jeune homme de onze ans élevé sous l'aile maternelle, catouré de tous les bons exemples que la morale et la religion peuvent prodiguer, ait commencé sa carrière de criminel et tenté son coup d’essai par le meurtre d’un enfant! Non, non, Messieurs, la chose n'est pas possible. Ce jeune garçon a déchargé son arme sur la petite fille de Doody parce qu'il ne savait pas ce qu’il faisait, parce qu'il était dans un accès de délire, parce qu'il était fou, vous ne pouvez arriver à une autre conclusion.
Prenons maintenant les autres circonstances dont j'ai fait plus haut l'énumération :
Son pistolet était-il chargé lorqu'il à tiré sur Shallow ?
Ecoutez ce que dit ce témoin : ‘“ J'étais occupé à ‘“ construire une haie entre le terrain de monsiour “ Shortis le père et celui de Mr Murphy, pour qui je “ travaillais. J’aperçus le jeune Shortis à cheval sur “ son pony qui s’avançait de mon côté à bride abattue. “ Rendu à une distance d'environ cent verges de moi, “il arrêta son cheval et commença à tirer dans ln
“ direction de l'endroit où j'étais. Il tira cinq ou six ‘coups. Dans ce moment-là j'étais dans l'acte de “ déposer des broussailles au pied d’un arbre.
“ Q. Avez-vous entendu siffler les balles près de “ vous ?
“R. Oui, les balles ont frappé l'arkre auprès du- “ quel j'étais et Je me suis hâté de m'éloigner.
(Yes, they struck the tree near me, and T left then).
“ J'étais tout près de cet arbre.
Le savant avocat représentant le ministère public lui demande :
# Q. Quelle espèce d'arbre était-ce que les balles “ ont frappé. était-ce un érable ou un frêne ?
“ C'était un frêne. :
“ Q. Est-ce que les balles ont enlevé des morceaux “ de l'écorce de l'arbre ?
“KR. Sans doute qu'elles en ont enlevé des mor- ‘‘ ceaux.
“ Q. Etait-ce dans plus d’un endroit ?
“KR, Il a été enlevé un morceau d'écorce de la lar- “ largeur de ma main, ou à peu près, je ne l'ai pas ‘ resure,
Le témoin ajoute : “ J'ai informé mon patron de “ce qui s'était passé et j'ai voulu faire arrêter le “ jeune Shortis, mais mon patron, Mr Murphy, m'en “ a détourné, en disa de laisser à d’autres le soim “ de déposer des pluntes contre ce jeune homme “ devant la justice, que du reste, il ne s’écoulerait “pas bien du temps avant qu'il ne soit interné à “ l'asile des fous.”
Ce récit ne laisse guère de doute sur le fait que
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l'arme de Shortis était chargée et qu'il a tiré sur ce pauvre homme sans aucun motif. Dans cette circonstance, comme dans le cas de la petite fille Doody l'acte de Shortis ne peut s'expliquer que par la folie.
Son pistolet était-il chargé lorsqu'il a tiré sur lu botte de foin que portait Malone ?
Ce témoin aous a dit qu'il a ressenti le cho: produit par la charge et qu'il a laissé tomber sa boute de foin.
Mon savant ami a fait subir an iong contre-interrogatoire à Malone qui nous a racvnté cet incident. Entre autres choses, il lui demande :
“ Q. Vous n'avez pas été frapré par la balle qu'il a “ tirée sur la botte de foin que vous aviez sui le dos ?
“(No bullet struck you when he fired at the “ bundle of hay) ?
“ R. Non, je pense que c'était du plomb qu'il avait “ dans son fusil.
“ (No, but I think there was shot in the gun).
Là encore, la preuve de ce fait ne laisse aucun doute.
Le pistolet de Shortis était-il chargé lorsqu'il à tiré sur Moore dans la Cour du Palais de Justice à Waterford ?
Vous vous rappelez le récit que Moore nous a fuit : Il était occupé à entraîner son chien. Il avait caché so; couteau sous un arbre, afin de le lui faire chercher ; Shortis se trouvant à passer près du chien lui donna un coup de canne. Moore, justement indigné, le traita
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