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parents l'invitèrent à venir prendre le diner chez “ nous avec quelques amis de notre famille. On lui dit qu'après le diner quelques autres personnes “ viendraient se joindre au restr üe la réunion pour “ passer la veillée. Tout le monde était en habit de “ soirée. Shortis arrive à l'heure indiquée en souliers de peau de chevreuil et avec une corde enroulée ‘“ autour de la ceinture de son pantalon. Tous ceux qui “ étaient là le prirent pour un fou.
“ Lorsqu'il m'arrivait de sortir avec lui, dit encore “ le témoin, si nous rencontrions des gens déceinment “ vêtus, des Messeurs et des Dames, il se retournait “ de leur côté et crachait sur eux. Il sonnait aux “ portes et lorsque les gens venaient ouvrir, il leur “ demandait un verre d'eau. A la fin, j'avertis mon “ père que je ne voulais plus sortir avec lui.
“ Lors de la circonstance du dîner, malgré que ce “fût au mois de juin, et qu'il fit très chaud, il. se “ présenta à la mwison de mon père portant un par- “ dessus d'hiver dont le collet était bordé de fourrures. “Il avait relevé le collet de son pardessus,
Messieurs les jurés, la société réunie chez Mr Bury au mois de juin 1894, a pris le jeune Shortis pour un fou ; vous avouez que ces personnes n'étaient pas loin de la vérité.
“ Un jour, dit encore le témoin, il me proposa de “ passer des diamants en contrebande aux Etats-Unis ‘en les mettant dans le caoutchouc d’un bicycle. “ Une autre fois, il me proposa d'aller à la chasse au ‘ Buffalo. Il disait toutes sortes d’insanités de cette “ espèce. Il parlait comme l'aurait fait un enfant.
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Madame Lewis nous a raconté comment ses manières étranges l'avaient fait remarquer de tout le monde pendant son séjour à l'hôtel Cadillac. C'est là où il a été demeurer tout d'abord à son arrivée à Montréal. “ À table, dit-elle, il se faisait servir des “ tartes aux confitures, de la crême à la glace avant “ la soupe, ou bien il entremélait le tout ensemble, “ Un jour, il apporta dans la salle À dîner, à l'heure “ du repas, un panier de poires qu'il plaça sous la table “et se mit à manger, les deux pieds sur son panier.
“ Une autre fois, c'était au salon de l'hôtel où plu- “ sieurs dames s'étaient réunies, il insistait pour faire “ chanter l’une d'entre elles qui ‘’obstinait à refuser. “ Voyant qu'il ne pouvait réussir à la persuader, il la “ saisit par lu taille et In porta jusqu'au piano. Cette ‘“ dame parut offensée de ce procédé par trop violent “et tout à fait extraordinaire, mais Je lui dis : “ Veuil- “ lez ne pas tenir compte de ce que vient de faire ce “ jeune homme, c'est un fou.”
Aux questions de l'avocat du ministère public elle ajoute que les manières de l'accusé ne lui avaient laissé aucun doute sur son insanité.
“J'ai souvent parlé de l'accusé devant plusieurs “ personnes dit-elle, et j'ai toujours dit qu'il était fou. “# Il s’habilluit d'une façon grotesque et se comportait “ de manière à convaincre tout le monde qu'il n'était “ pas sain d'esprit. Un jour je l'ai vu s'amuser à jeter “ des pelures de pistaches à la face des passants dans “ la rue. Aucun homn.e en possession de son bon sens
‘“ ne se serait somporté comme ce jeune homme le : faisait, ”
George Roe, gérant de l'hôtel Cadillac, corrobore en ous points le tén, ignage de madame Lewis. ‘ Ses manières extraordinaires, dit-il, en parlant de l’accusé, faisaient de lui le point de mire de toutes les “ personnes qui fréquentaient l'hôtel et surtout de ceux qui le rencontraient à table. Les servantes, témoins de cés excentricités, refusaient de l’approcher : ells avaient peur de lui. Tout le monde le pre- “ nait pour un lunatique. On venait souvent me dire : ‘ “Quel est ce fou que vous avez là ?” Il passait La plus grande purtie de ses nuits éveillé dans sa chambre , Il est demeuré pendant trois ou quatre semaines à l'hôtel. Il en est parti, pour aller, disait-il, faire une conférence à Belleville.
“ Q. Quelle opinion vous êtes-vous formée sur son “ compte ?
“R. Je l'ai pris pour un enfant qui avait grandi avant son âge.
“Jamais de ma vie je n'ai vu personne agir comme lui et avoir des manières aussi étranges. Il était la ‘“ risée de tous les hôtes de l'hôtel.
William Cunningham, expéditeur de bestiaux cunnait l'accusé depuis son arrivée au Canada. “ J'ai tou- ‘“ jours considéré ce jeune homme comme ayant un | “ cerveau mal équilibré, dit le témoin. Il étuit une | “ source d'emburras pour tout le monde. Il n'avait “ certainement pas son esprit à lui. [lest venu me “ voir un grand nombre de fois pour me demarder de ‘ l'emploi, et dans chacune de ces occasions, il se met- “ tait à parler de chasse, de pêche, de fusils et de “ toutes sortes de choses ; si je l’avais laissé faire, il
“ aurait parlé de ces choses-là toute la journée. Il me “ présenta denx lettres de recommandation, venant “ d'un grand cominerçant de bestiaux de Liverpool, un “ Mr Nelson. Dans une de ces lettres, Mr Nelson me “ priait de lui faire des avances d'argent au fur et à “ mesure qu'il en avait besoin, jusqu'au montant de ‘“ cent cinquante dollars. Je lui ai versé cette somme “ d'argent en différents temps.
Henri Malabar le ardien de nuit de l'hôtel ‘ Queen ” nous a donné un témoignage important. Malabar est âgé de 47 ans; il est né en Angleterre où il a vécu jusqu'à il y a environ trois ans, époque à laquelle il à émigré au Canada Pendant dix ou douze années de sa vie, 1l a été employé à surveiller des aliénés et à leur donner les soins qu'exige leur état. C'est dire que les manières d'agir et les excentricités des lunatiques sont devenues pour lui choses familières. Il a vu Shortis fréquemment le soir à l'hôtel Queen où il est employé, Avec l'expérience qu’il possède il n’a pas été longtemps à s'apercevoir que ce jeune homme était un aliéné. 11 lui a vu faire une foule d’actes insensés. Une fois il
l'a vu dans la chambre de toilette se laver les pieds
sans enlever ses chaussettes ; puis, cette opération terminée il l'a vu enlever ses chaussettes et remettre ses souliers sans reprendre ses chaussettes qu'il laissa derrière lui dans la chambre.
Dans cette chambre il y a trois bassins contig as, afin que trois personnes puissent se laver en même temps, Shortis se servait des trois à la fois ; ils transvidait l’eau d’un bassin dans l’autre. En faisant sa toiiette il chantait toute sorte de chansons absurdes
qu'il improvisait sur le champ.
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Une fois Malabar le trouva installé à une heure et demie du matin dans le salon de réception pour les dames, qu'il avait illuminé en allumant tous les becs de gaz et en ouvrant toutes les lumières électriques du salon. Il était seul dans un coin de la chambre s'amusant à lire. Lorsque Malabar voulut éteindre quelques-unes de ces lumières, Shortis s’élança de sa chaise pour aller lui fuire un mauvais parti. Malabar dut le maîtriser et le maintenir par terre par les poignets, comme on tient les fous dans les asiles, jusqu'à ce que son accès de fureur fût passé et qu'il se fût calmé. Il menaça de tuer Malabar. L'expression dont il se servit fut : “ l’11 do for you” “Je vais vous régler votre affaire” Il sautait par dessus les chaises à pieds joints et montait et descendait les escaliers quatre à quatré. Une fois, en descendant de cette manière, il fit une chute et roula jusqu’au milieu de la rotonde de l'hôtel. Il se releva en riant et se dirigea en sautillant comme un fou du côté de la salle à diner.
Tout le monde dans l'hôtel l’appelait “le fou”. Un jour, vers huit heures du soir, (c'était au mois de juin de l’année dernière,) il alla s'asseoir sur le trottoir en face de l'hôtel emportant son revolver avec lui ; là il commença à démonter son revolver pour le nettoyer. Une personne lui ayant fait quelque observation, il se mit à rire et s'étendit de tout son long sur le trottoir.
Une autre fois, il braqua son revolver en plein dans la figure de l’un des hôtes de l'hôtel.
. Par moments il était paisible et très convenable, puis tout à coup il partait à faire des gambades et toutes sortes d’insanités. “Il agissait, dit Malabar,
“ absolument comme J'ai vu agir nombre de luna- “ tiques. Il y avait des jours où il paraissait être “ bien et d’autres où il était très mal.
“ Q. Le considériez vous comme étant dangereux ?
“ R. Oui, après l'incident du salon de réception “ pour les dames, je me suis aperçu qu'il était dan- “ gereux. Avant cette circonstance, il ne m'avait “ jamais inspiré aucune crainte. Je l'avais toujours “ considéré jusqu'alors comme une espèce d'imbécile “ Les servantes de l'hôtel se plaignaiïent souvent qu'il “ se mettait au guet, et au moment où elles passaient ‘ près de lui, il s’élançait sur elles pour les embrasser.
“Je me rappelle avoir vu madame Shortis la “ mère, dans l'hôtel à peu près dans le même temps.
Vous vous rappelez sans doute, messieurs, que l'été dernier, madame Shortis est venue au Canada pour voir son fils et qu'elle à passé quelque temps à Montréal, à l'hôtel Queen.
Le savant avocat du ministère public demande au témoin :
“ Q. Sont-ce là les faits sur lesquels vous vous ap- “ puyez pour dire que ce jeune homme est un fou et “ un lunatique ?
“R. Oui, et je l'ai jugé de plus prr ses manières
“ d'agir, lesquelles étaient absolument celles d’un luna- “ tique.
“ Q. Quelqu'un a-t-il porté plainte contre Shortis “au sujet de la manière dont il se comportait la nuit ? “R. Oui, un grand nombre de fois, et moi-même j'ai “ été obligé de faire mention de ces plaintes au gérant ‘ qui, à cette date, était Mr Matthews.
“ Q. Avez vous fait rapport au gérant de la lutte
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