‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 46 sur 83 · FE · texte numérisé non relu

FE

“ que vous aviez eue avec Shortis dans le salon de ‘ réception des dames ?

“R. Je ne le crois pas. Je lui ai rapporté que “ Shortis avait allumé les becs de gaz, et ouvert les “ lumières électriques, mais je ne me rappelle pas si “ oui ou non je lui ai parlé de la lutte que j'avais eue “avec lui. J'ai dit au gérant cependant qu'il avait “ proféré des menaces contre moi.

“ Je n'ai jamais vu ce jeune homme prendre aucune “ boisson enivrante, et je ne me suis jamais aperçu “qu'il fût en aucun temps sous l'effet de ces bois- «“ sons.

Le témoignage de Malabar est corroboré dans presque tous ses détails par celui de Joseph Robert Mackay, le commis à cette date à l'emploi de la maison Caverhill, Learmount & Cie.

“Je suis âgé de trente ans, dit le témoin. Depuis huit jours je suis à l'emploi de la Compagnie connue sous le nom de “Rock Island Whip Company ” comme commis voyageur. Avant de prendre cet ‘“ emploi j'étais dans la maison de Caverhill, Lear- “ mount & Cie marchands de quincailleries. J'ai été ‘“ commis dans cette maison pendant dix ou douze “ ans. Mon emploi m'obligeait d’aller:souvent à l'hotel “ Queen. Un jour je me trouvais dans la chambre de “ toilette, et Shortis entra après moi ; je ne le connais- ‘“ sais pas à cette date. Il ota ses chaussures, fit cou- “ ler l’eau dans un des bassins, où d'habitude on se lave “le visage ou les mains et il y plongea ses pieds sans “ ôter ses chaüssettes. Je lui fis observer :“ Voilà une “ manière nouvelle de se laver les mains.” Il me dit

Vous m'insultez.” Il sortit ses pieds de l’eau, ôta ses chaussettes qu'il jeta par terre et remit ses souliers sans s'occuper de ses chaussettes ; puis sortant un revolver de sa poche il le braqua sur moi. Je lui saisis le bras et il se mit à rire bruyamment,. Je lui enlevai son revolver, mais je m’'aperçus qu'il n’était pas chargé. Voyant qu'il ne pouvait me faire aucun mal avec son revolver je pris le parti de le lui remettre.

“ Q. De quelle façon riait-il ?

“R. Il riait presqu'aux larmes. (he was screaming.) “ Ceci se passait vers huit heures du soir.

“ Q. L'avez-vous remarqué plus card dans la soirée et pouvez-vous nous dire s’il était sobre ou en état d'ivresse dans ce moment là ?

“R. Je crois qu'il était sous l'influence d’un accès de folie. Il s’amusait à gambader dans l'appartement où il était.

“ Le même soir, je lai vu en face de l'hôtel sur la rue St. Jacques au moment ou je partais pour m'en aller à ma résidence située sur la rue St Antoine. Il avait son revolver à la main et il est venu le braquer sur moi encore une fois. Je l’ai empoigné cette fcis encore et je lui ai enlevé son revolver. J’en détachai le cylindre que je mis dans ma poche. Durant la lutte entre nous deux il se jeta par terre et se mit à hurler en se roulant et se débattant sur le trottoir. Je m'’arerçus alors que le revolver que je venais de lui enlever n'était pas le même que celui qu'il avait braqué sur moi dans la chambre de toilette. Je lui remis son arme, moins le cylindre que je mis dans ma poche. J'ai montré ce cylindre à Malabar le gardien

2 rm mc me

nr ADP pan D tro 1

“ de nuit de l'hôtel, mais je ne l'ai remis à Shortis “ que le lendemain soir, lorsque je le rencontrai dans “ Ja rotonde de l'hôtel.

“ Après cette da*e j’eus occasion de le revoir plu- ‘ sieurs fois dans l’hôtel, et chaque fois j'ai été frappé de ses manières d'agir.

“Q. L'avez-vous jamais vu ailleurs qu'à l'hôtel Queen avec un revolver ?

“R, Oui, je l'ai vu au square Dominion. Il était couché sur un banc et m'a paru endormi. Il avait un révolver près de sa tête. J'ai passé outre sans m'oCcuper de lui.

LS

an

LA

En entendant ces deux témoins, nos adversaires ont paru vivement alarmés, et certes ce n’était pas sans raison, car si le récit qu’ils nous font est vrais, l’insanité de l’accusé doit paraître évidente aux yeux de

tout le monde. Aussi dans l'espoir de les contredire se :

sont-ils hâtés de faire venir Mr Ernest Matthews le gérant en charge de l’hôtel Queen, l’année dernière, Mr Crierie le gérant actuel, mais qui à cette date n’était

que commis sous les ordres de Mr Matthews, et enfin

James Barnes domestique à qui était confié la surveillance dans la salle de toilette,

A-t-on réussi dans cette tentative de détruire les avancés de Mackay et de Mulabar ? Vous allez pouvoir en juger tout à l'heure. Commençons par la déposition de Mr. Ernest Matthews :

“ Q. Quelles étaient les heures durant lesquelles “ vous étiez dans l'hôtel ?

“ R. Quelquefois j'étais à l’hôtel depuis six henres “ du matin jusqu’à une ou deux heures le lendemain

matin. Durant le jour je sortais et je rentrais lors-

que je le jugeais à propos.

“ Q. Vous teniez-vous à l'hôtel tous les jours jus-

qu'à une heure ou deux heures du matin ?

“R. Non je n'avais pas d'heures régulières. Je

sortais, je rentrais lorsque ça me convenait.

# Q. Malabar vous a-t-il jamais dit que le prison-

nier avait demeuré jusqu'à une heure du matin

dans le salon de réception pour les dames et qu'il y

avait allumé toutes les luraières ?

“R. Non.

# Q. Malabar vous a-t-il jamais dit que le prisonnier

l'avait menacé ?

“R. Non.

“Q. Le prisonnier a-t-il jamais chanté des chansons

absurdes devant vous, à l'hôtel ?

“R. Non. ., ù

“ Q. L'avez-vous jamais vu monter ou descendre “ quatre à quatre les marches des escaliers ?

“R. Non.

#Q. Malabar n'était-il pas tenu de vous faire rap- “ port de ce qui pouvait se passer d'extraordinaire “ dans l'hôtel ?

“R. Oui, il était tenu de me faire un rapport par ‘ écrit tous les matins.” |

Jusque là tout va à merveille pour la poursuite : le témoin n'avait qu'à dire “ non” à chacune des questions posées par l'avocat du ministère public.

Consultons maintenant les réponses de ce témoin aux questions qui lui ont été posées par mon savant

re rois Ga ra ce rent A a et 2 TN LE

qe nr 2

RE 2 Le pme En 2 prie

Din

ami Mr Greenshields de la part de la défense :

Q. Malabar a été pendant une période de temps “ considérable sous vos ordres pendant que v ous étiez “ gérant de l'hôtel Queen ?

“KR. Oui.

“ Q. Vous l'avez toujours connu pour un homme “ honnête et un homme de confiance ?

# Q. Qu'avez-vous fait des rapports par écrit que “ Malabar vous donnait tous les matins ?

“ R. Je les ai détruits.

“ Q. Alors c'est de mémoire seulement que vous “ parlez. Prétendez-vous dire que la mémoire chargée “ de tous les mille et un détails qu’exige la direction “ d’un hôtel comme le Queen, vous pouvez encore “ vous rappeler tous les petits incidents que pouvaient “ contenir ces rapports journaliers ?

“ R. Je crois que oui.

“ Q. Vous avez quitté l'hôtel Queen au mois de “ janvier dernier, n'est-ce pas ? Pouvez-vous nous dire “ ce quacontenait le dernier rapport qui vous a été “ fait avant votre départ ?

“R.' Non.

“ Q. Pouvez-vous nous dire ce que contenait un seul “ n'importe lequel, des rapports que vous avez reçus “ durant les deux dernières semaines qui ont précédé “ votre départ ?

“R. Non je ne le puis pas.

“ Q. Si Malabar jurait qu'il a mentionné dans un “ de ces rapports l'incident du salon de réception por “ les dames, vous le croiriez n'est-ce pas ?

“R. Oui, je le croirais.

“ Q. Malabar pouvait-il se trouver à l’hôtel à huit “ heures du soir ?

“ R. Oui, et même à sept heurcs et demie.

“ Q. Si Malabar venait nous dire devant ce tribu- “ nal qu’il a vu Shortis dans la chambre à toilette se “ laver les pieds sans enlever ses chaussettes ou ses “ bas, le croiriez-vous ?

“R. Certainement que je le croirais s'il parlait “ sous serment.

“ Q. Où vous teniez-vous le soir ?

“R, Dans lu rotonde de l’hôtel au rez-de-chaussée.

“ Q. Avez-vous jamais causé avec le prisonnier « lorsque vous l'avez vu à l'hôtel ?

“KR, Non, jamais ; je lui disais “bonjour,” et c’est “tout.

“« Q. L’avez-vous jamais vu entrer dans la salle à “ diner ?

“KR. Je ne n'en souviens pas.

“ Q. Vous n'avez jamais en aucun temps fixé votre “ attention sur lui ?

“R. Non, j'ai pu le voir comme je voyais les autres “ personnes qui fréquentaient l'hôtel, sans faire at- “ tention à lui ?

Cette série de questions et de réponses nous fournit un résumé complet du témoignage de Mr Matthews. Où se trouvent les contradictions ?

Shortis a pu faire tous les actes de folie rapportés par Malabur et par Mackay sans que Mr Matthews n’en ait eu connaissance. Malabar a pu également lui faire le rapport par écrit auquel il a fait allusion, sans que Mr Matthews ait pris la peine de le lire ou sans

CA OR FRE 2 or MP RE a gr

qu'il ait tenu aucun compte de ce que Malabar lui mentionnait. Au milieu des tracas et des soucis que doit faire naître l'administration d'un hôtel aussi considérable et aussi achalandé que le Queen, ces détails ont pu lui échapper.

Mais il y a autre chose dans sa déposition : Il nous dit que Malabar a été pendant longtemps son employé, que c’est un honnête homme et que si en réalité il a fait le récit que vous avez entendu, ce récit doit être vrai, et que lui, Matthews, ne. prendra pas sur lui de le contredire. C’est donc une confirmation du témoignage de Malabar que nous trouvons dans la déposition de Matthews au lieu des contradictions dont on avait semblé tout d’abord vouloir nous menacer.

La déposition de Mr. Crierie est absolument dans le même sens. Mr Crierie était le premier commis au contrôle. Ses occupations le tenaient prisonnier à son poste dans la rotonde. Il à donc eu moïns d'occasions encore que Mr Matthews de remarquer l'accusé. Mr Crierie est devenu le gérant de l’hôtel depuis le départ de Mr Matthews.

Ecoutez quelques-unes de ses réponses :

“ Q. Avez-vous gardé Malabar à. votre service à

“ l'hôtel ?

“ Q. C’est un homme respectable et digne de con- “ fiance, n'est-ce pas ? |

“R. Oui.

“ Q. Si Malabar venait jurer devant le tribunal “qu'il a vu Shortis se laver les pieds dans un des

SERGE ne

Page 1