‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 48 sur 83 · PS CRE TS · texte numérisé non relu

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La rumeur publique la désignait comme ayant été l’amante de l'accusé. Naturellement, nous soupçonnions que tous les yeux seraient tournés vers elle. Comment pourrait-elle conserver ce sang-froiïd, cette présence d'esprit si nécessaire à un témoin. Exposée plus que les autres aux préventions populaires, à la curiosité morbide, je redoutais qu'elle ne se troublât devant tout ce monde, et que, incapable de ] arler, son silence produit par l'embarras, par la confusion de ses idées ou par une timidité bien naturelle chez une jeune fille de son âge, ne fût pris en mauvaise part. Je craignais que dans le secret de vos consciences vous fussiez tentés de dire : “ Elle ne répond pas, elle ne dit rien, donc elle avoue.” N'ayant jamais vu cette jeune fille avant le jour où elle fut appelée à l’audience pour donner son témoignage, j'éprouvais comme une sorte de crainte de la voir apparaître. Je in’étais figuré une jeune étourdie de vingt ans, au costume excentrique, aux manières évaporées, au langage irréfléchi. Quelle ne fut pas ma surprise, messieurs, au moment où le nom de mademoiselle Anderson fut appelé, de voir apparaître une jeune fille vêtue de noir, calme, modeste et d'une dignité parfaite,

Cependant, malgré la confiance que son maintien et ses manières ont dû vous inspirer, soyez bien convaincus d'avance que je n’attacherai pas au témoignage de cette jeune fille plus d'importance qu’il ne faut, Remarquez bien que dans le moment, nous sommes à discuter la preuve des faits qui sont les signes et les symptômes de la folie de l'accusé ; vous ne vous étonnerez donc pas si je m'abstiens de faire allusion aux parties de la déposition de Mademoiselle Ander-

son qui se rapportent à la tragédie du mois de mars dernier.

Mademoiselle Anderson nous dit : “ A la date de la ‘ tragédie, je connaissais l'accusé depuis trois mois et “ demi.

“ Q. Vous êtes-vous aperçu qu’il était dans l'haLi- “ tude de porter des revolvers sur lui ?

‘“ KR. Oui, souvent il en avait plusieurs dans ses “ poches.

“ Q. Est-il à votre connaissance qu'il faisait usage “ de ces armes à feu?

“R. Oui, je l'ai va tirer au hasard dans les rues. “Q. Avez-vous jamais rien remarqué de particulier “ dans ses manières lorsqu'il allait vous faire visite ? “KR. Oui, très souvent j'ai remarqué qu'il avait des “ manières étranges ; j'ai observé cela dès les premiers “ jours que je l'ai connu jusqu'à la date de lu tragédie “ du mois de mars dernier.

“Q. L'avez-vous jamais vu sortir des revolvers de “ ses poches pendant que vous étiez ensemble dans le “ salon de la maison, chez vous ?

“R. Oui, et bien des fois à lui est arrivé de bra- “ quer ses revolvers sur moi.

“Q,. Il faisait cela pour rire; vous compreniez que “ c'était de l’enfuntillage ?

“ R. Oui.

“ Q. Etait-il calme, paisible, lorsqu'il allait vous ‘* faire visite ? Comment agissait-il ?

“ R. Quelquefois il était calme, mais souvent il pa- ‘ raissait agité, il marchait de long en lurge et parlait ‘“ de toutes sortes de choses. ZL s'animait jusqu'à la “ fureur et se comportait comme un fou. Quelquefois

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