‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 49 sur 83 · PRES · texte numérisé non relu

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“il s'imaginait voir des gens qui le regardaient par “ Les fenêtres de la maison. Il me disait qu'il avait “ peur d'approcher des fenétres, et Ù me fuisait buis. “ ser les rideuux. Ceci est arrivé très fréquemment. ‘ Il s'imaginait entendre parler des gens sur la “ galerie de lu maison. Le premier mars dernier “al a veillé avec mot jusque vers dix heures. Il était ‘“ ussis tranquillement duns le sulon, et tout-à-coup “ ÿ me dit qu'il s'apercevuit que quelqu'un le regar- “ dait par la fenétre et qu'il entendait des personnes “ marcher sur la galerie, et cependant ùÙ n'y avait “ personne.

“ Q. Votre frère Jack était-il dans le salon avec vous “ dans ce moment ?

“R. Lui. Il demanda à mon frère de sortir pour “ voir s’il n'y avait pas quelqu'un dehors. Mon frère “ sortit le premier et Shortis immédiatement après “Jui, mais il n’y avait personne.

‘“# Q. Avez-vous, vous-même, entendu les bruits qu’il “ disait entendre ?

“R. Non.

“ Après être rentré, l'accusé pria mon frère de l’ac- “ compagne jusqu'au hangar pour s'assurer qu’il n’y “ avait personne. Il lui fit allumer un fanal et tous «“ deux se rendirent jusque dans le hangar. L’accusé “ avait peur de l'obscurité. En rentrant pour la seconde “ fois, il fit fermer à clef toutes les portes, même celle “ de la cuisine en arrière. Le méme soir \ s’est plaint “ qu'il souffrait d'un violent mal de téte. Mon jeune “ frère voulut aller lui chercher une lotion pour “qu'il se l'appliquét sur la téte, mais l'accusé lui “ dt que ce serait peine inutile, que souvent il

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“ éprouvait de ces violents maux de tête et qu'alors “rien n'y faisait. Il marchait dans le salon et pu-

.“ raissait souffrir beaucoup.

“ Q. Lorsqu'il vous a dit qu’il entendait les pas de “ gens qui marchaïent au dehors sur la galerie, avez- ‘“ vous cherché à le rassurer ; lui avez-vous dit qu'il “ n’y avait personne ?

“R. Oui, certainement, je lui ai dit qu'il n’y avait ‘ personne.

“Q. Etait-ce le jour ou le soir qu'il s'imaginait “ emtendre les pas ou les voix de gens en dehors ?

“R. C’étuit le soir, jamais le jour.

“ IL avait le tempérament nerveux et très exci- “ table. Il se fächait et entrait en fureur pour un. ‘men.

“ Près de notre maison se trouve une lampe élec- “ trique ; plusieurs fois, l'accusé l’a brisée. Il grimpait “ jusqu’au bout du poteau ou se trouve cette lampe et “ la brisait en mille morceaux. Il riait de cette insa- “ nité, ça semblait l’amuser beaucoup. D'autres fois, il “ se contentait de l’éteindre. J'ai essayé de lui ensei- “ gner à jouer aux cartes, je n'ai jamais pu réussir. Il “ n'avait pas de mémoire ; il oubliait tout, ses caout- “ choues, son paletot ; souvent mon jeune frère était “ obligé d'aller lui porter ces choses à son hôtel.

“ Quelquefois, pendant qu'il m’escortait dans la rue, “ il me quittait tout-à-coup sans raison et sans dire “un mot.”

“ Il se teignait les cheveux et voulait me faire “ teindre les miens. Il essayait quelques fois d'aider “ mon frère à préparer ses leçons le soir, mais sans

“ succès. ”

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Ce témoignage de Mademoiselle Anderson est en tous points corroboré par celui de son frère Jack Anderson.

“ J'ai souvent été à la chasse avec l'accusé, nous dit “ ce dernier. Il ne parlait que de revolvers et de fusils, “et il portait constamment des revolvers dans ses ‘“ poches.

“ Le soir de la tragédie, il passa la veillée dans la “ maison de ma mère depuis sept heures jusqu'à dix “ heures. Il était excité. ZL se plaignait d'avoir mal “à la téle. J'ai voulu aller lui chercher quelque “lotion pour son mal de téte, mais À refusa en me “ disant que ce seruit inutile. Il me dit qu'il éprou- ‘“yait une sensation comme st son cerveau était “ murtelé à l’intérieur du crâne. Dans le cours de

“ la soirée à s'imagina voir quelqu'un le regarder

“par la fenétre, et ù crut entendre des gens mur- “cher sur la galerie en dehors. Il se leva tout à coup “de son siège pour aller voir à la fenétre ; il me pria “ de l'accompagner au dehors pour s'assurer si quel- “qu'un n'était pas là. Il me fit fermer à clef toutes “ les portes de la maison. Ce n’étuit pas la première “ fois qu'il s'imaginait voir quelqu'un et entendre ‘marcher au dehors; c'est arrivé souvent. Il m'a “ demandé de baisser les rideaux.

# Q. L'accusé a-t-il jamais fait d'autres choses qui “ vous ont paru étranges ?

“R. Oui,iltirait du revolver, Je l'ai vu grimper “jusqu’au sommet d'un poteau à la tête duquel se ‘ trouvait une lampe électrique et en briser le globe ‘à coups de poings. Pour la moindre des choses, il

“entrait en fureur et cherchait querelle à tout le'

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“monde. Lorsqu'il était excité À ne savait plus ce “qu'il fuisait Ma sœur et moi nous avons fait tout ‘“ ce que nous avons pu pour lui enseigner à jouer aux “ cartes, mais il n'a jamais pu apprendre.

“ Souvent le soir il essayait de n''aider à préparer “ mes leçons, mais il ne pouvait réussir.

“ Je sais qu'il se teignait les cheveux.

“ Q. Comment le désignait-on dans les rues ?

“KR. On le surnommait Le “ grand fou.”

‘Je l'ai souvent entendu se plaindre et dire qu'il “ souffrait du mal de tête”

Il n’est pas besoin d'être prophète pour vous faire entrevoir d'avance tous les efforts de déclamation auxquels nos adversaires ne manqueront j;as de se livrer sur le compte de ces deux témoins. “ Soyez “ sur vos gardes vous dit-on déjà, n'oubliez pas que “ Jack Anderson était l'ami intime de Shortis et Mile “ Anderson était son amante.” Je sui: prêt à concéder tout ce qu'on voudra, messieurs, tout excepté la

Ne. mauvaise foi et le purjure. Prouvez-moi que ces deux e | témoins ont menti; très bien, j'admettrai qu'il faut e : mettre de côté leur témoignage ; mais prouvez-le moi, | : Ne vou: contentez pas de l’affirmer. Eh ! mon Dieu !

: que trouve-t-on donc de si extraordinaire dans ces i deux dépositions ? Quelle est l'affirmation faite par eux

qui déjà n’a pas été amplement corrohorée d'avance ? Shortis, nous disent-ils était changeant, excentrique,

r e irritable, violent ; il se fâchait pour un rien ; ilentrait : e

en fureur sans motif et sans raison; ses manières étaient étranges ; il brisait la lampe électrique ; il braquait son revolver sur mademoiselle Anderson ; il dé-

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chargeait son revolver à droite et à gauche dans les rues ; mais cinquante témoins sont venus affirmer des faits semblables avant mademoiselle Anderson et avant son frère Jack. Voudrait-on qu’en présence de ces deux personnes il ait tout exprès changé de nature et qu'il soit tout à coup devenu sage, constant, réfléchi et le jeune homme le mieux doué et le plus intelligent du monde ?

Ce ne sont pas les témoins dont les dépositions dans une cause se trouvent en harmonie avec celles de tous les autres qui doivent donner lieu à des soupçons, maïs bien plutôt ceux qui non seulement sont dans une minorité infime, maïs qui sans être suffisamment renseignés prennent leurs sentiments d’animosité contre l’accusé pour les inspirations de la justice et leurs conceptions fantaisistes pour des faits.

Mademoiselle Anderson et son frère ont dit que

Shortis se plaignait fréquemment d’éprouver de vio-

lents maux de tête. Mais sa mère, madame Shortis, le frère Dunn, Mr Cunningham, son précepteur particulier, le jeune Ryan, son compagnon de classe à Clongowes et une demi-douzaine d’autres témoins, vous ont dit précisément la même chose. Cent fois auparavant, ils l’ont entendu se plaindre de maux de ‘tête. Qu'y a-t-il d’'extraordinaire à ce que mademoiselle Anderson et son frère l’aient entendu déclarer qu'il souffrait de cette maladie dont tant de fois auparavant il avait déjà souffert ? | Mademoiselle Anderson et son frère Jack vous ont dit qu'il avait des illusions, des hallucinations ; il s’imaginait voir des personnes qui le regardaient par la fenêtre ; il croyait les entendre marcher au dehors ;

mais, messieurs, rappelez-vous donc ce que le jeune De Landre et les témoins O’Donohue et Thomas Murphy nous ont dit dans leurs dépositions. Il ne se couchait pas le soir sans avoir un fusil chargé à la tête de son lit, parce qu’il craignait que son père ne devint soudainement fou durant ia nuit. Il portait dans ses poches des pistolets et des revolvers chargés parce qu’il appréhendait les attaques d’ennemis imaginaires ; il criignaiït les attaques de gens qui tout à coup se trouvant pris de folie, viendraient l’assaillir dans la rue et même jusque dans’ la maison de son père. Et parmi ces gens-là il désignait les bouviers, les serviteurs de son père. Il se promenait en vélocipède la nuit, dans les rues de Waterford, tenant d’une main la barre de son vélocipède et de l’autre un revolver chargé, prêt à faire feu, comme s’il eût eu la conviction qu’à un moment donné, au détour d’une rue, il allait rencontrer un ennemi mortel prêt à s’élancer sur lui et à lui sauter à la gorge.

Messieurs, son père n'était plus là, les paisibles habitants de Waterford sa ville natale, qui loin d’être ses ennemis, avaient constamment fait preuve à son égard d’une indulgence excessive, étaient à quinze cents lieues de lui ; les ennemis imaginaires de Waterford avaient disparu, mais les illüsions et les hallucinations étaient restées les mêmes. Les fantômes de ses premiers ennemis se sont évanouis, mais son cerveau malade lui en a créé d’autres, et à Valleyfield on le retrouve avec les mêmes frayeurs enfantines, les mêmes chimères de détraqué et les mêmes terreurs imaginaires. En d’autres termes, il est resté avec ces * mêmes illusions, ces mêmes hallucinations, qui, dans

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‘ nil F: l'opinion des experts, sont les signes, les symptômes ni | les plus concluants de la présence de la folie et du 141 délire maniaque.

Avec ces deux témoins se termine là preuve des faits que la défense entendait mettre devant les experts et devant vous pour démontrer l’insanité de l'accusé.

| Nous en sommes arrivés à la contre-preuve faite par le ministère public. Nous allons examiner cette | preuve avec le même soin que nous avons apporté à | l'étude de celle qui vous a été offerte par la défense.

PAR El | Afin de vous permettre d'apprécier la preuve de la | poursuite comme il convient qu'elle le soit, laissezmoi vous faire une observation.

| Cinquante témoins d'Irlande sont venus affirmer | | certains faits qui dénotent la folie chez l'accusé. Pas AT AE une seule personne n'a été amenée de la part du | ministère public pour contredire un seul des témoins | de la défense, ou pour démontrer qu'un seul des faits | rapportés par eux était faux.

= Pour prouver les actes de folie commis par l'asetas au Canada, nous avons fait entendre James Mulcahey et Mary O’Brien son épouse, chez qui l'accusé a logé pendant son séjour à Montréal, après avoir quitté l’hôtel Cadillac; le capitaine Matthews qui lui a loué un cabinet dans sa maison “ The Atlantic Chambers,” et qui lui-même avait son bureau d'affaires près de celui de l'accusé dans la même bâtisse; Edgar Bury qui a été son compagnon de tous les jours et son ami intime pendant son séjour à Montréal ; Madame Veuve

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