‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 50 sur 83 · PO ENT · texte numérisé non relu

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Lewis et son frère George Roe de l'hôtel Cadillac chez qui l'accusé est allé demeurer en arrivanc d'Irlande avant d'avoir sa chambre chez Mulcahey ; Wm. Cuningham qui était le dépositaire d’une somme de cent cinquante dollars pour lui et qui devait l’aider à se trouver un emploi à Montréal; Henry Malabar, le gardien de nuit de l'hôtel Queen où Shortis allait fréquemment le soir et où il a même logé durant quelques semaines dans le cours de l'été de 1894, comme l'hôte de sa mère qui était venue d'Irlande pour passer quelques jours avec lui à Montréal ; Joseph Robert Mackay, le commis de Caverhill, Learmont & Cie qui venait fréquemment à l'hôtel Queen et qui s’est rencontré là avec Shortis; Mademoiselle Anderson et Jack Anderson qui l'ont connu intimement pendant tout le temps de son séjour à Valleyfield.

Tous ces témoins nous ont raconté des faits spécifiques, des incidents spéciaux et clairement définis.

Le ministère public a-t-il démontré qu’un seul des faits de folie attribués à Shortis n’était pas vrai? Non, pas un seul. On a bien tenté un peu de contredire Malabar et Mackay par Matthews, l’ancien gérant de l'hôtel Queen, par Crierie l’ancien commis au contrôle et par Barnes, le garçon en charge de la chambre de toilette, mais vous savez quel succès le ministère public a obtenu dans cette tentative. Loin de contredire les. dépositions de Malabar et de Mackay, ces trois témoins au contraire les ont corroborées ; et au lieu de détruire leur crédibilité, ils ont tous trois rendu un solennel hommage à leur honorabilité et à leur bonne foi.

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Pour rencontrer cette masse imposante de témoignages, le ministère public a tenté de prouver quoi ? Eh! Messieurs, une chose admise par nos quatre experts et même par tous les experts du monde, à savoir que ce jeune homme qui est un imbécile et un maniaque homicide pouvait parler, causer, posséder certaines connaissances, et faire preuve dans certains cas de quelque habileté. Tout cela prouverait-il que l'accusé n’est pas un imbécile moral et intellectuel, qu'il n'a pas hérité de ses ancêtres de ces prédispositions à la folie qui se transmettent si fréquemment, et qu'il n’est pas un maniaque homicide ? Non. Pas le moins du monde. Je vous ai déjà cité les déclarations des savants les plus distingués sur ce point, je vous ai même donné des exemples frappants. Je pourrais multiplier les citations et les exemples, je me contenterai d'ajouter deux ou trois citations encore.

Trelat dans son traité sur la “ Folie Lucide ” dit: “ Chez les imbéciles quelques facultés peuvent étre “ développées, très développées même, malgré la nulli- ‘“ té complète d’autres facultés plus essentielles. ”

“ Leur extérieur, dit Tardieu, est souvent peu dif- “ férent de celui des autres hommes sains. Ils se dis- “ tinguent même parfois par une certaine coquetterie “ puérile. Mais les progrès de l'intelligence ne suivent “ pas ceux du developpement physique. L’instruction “ s’est arrêtée aux notions les plus élémentaires, et ils “ demeurent incapables de toute occupation suivie, de “tout travail régulier.... Leur entêtement et leur “ obstination habituels qui semblent en contradiction “ avec cette faiblesse et cette docilité (que l'on re- “ marque chez eux) n'ont d’égal que l’inconsistance

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tions qui viendront à notre appui.

« de leurs desseins, la mobilité de leurs impressions et “ de leurs désirs. Ils changent d'idée avec une facilité “ extraordinaire, mais s'attachent avec opiniâtreté à “ celle qui prévaut dans un moment donné, si dérai- “ sonnable qu’elle puisse être. De là des instincts “ dangereux que l'imbécile n'u pas loujours La possi- “ bilité de réfréner. J'ai vu plus d'une fois des jeunes “ gens de cette espèce se livrer aux plus violents em- “ porltements envers leurs parents, envers leur mère “et Les menacer de coups.”

Marc nous fournit encore l’exemple suivant :

‘“ Un homme qui n’est plus jeune et auquel, à cause “ de son imbécillité on a été obligé de donner un cura- “ teur, parvint à donner la solution prompte du pro- “ blème suivant qu'un garçon de douze ans qui était “ présent, fut incapable de résoudre. Sur une table se “ trouve un tas de pommes, quelqu'un en ajoute cin- “ quante et en ôte ensuite trente, il se trouve que le “tas est devenu trois fois plus fort qu'il ne l'était “ d'abord ; combien existait-il en premier lieu de ‘“ pommes sur la table ?

Le fait que Shortis, aurait pu faire certains travaux intellectuels, comme copier des entrées dans des livres, écrire des lettres, ne prouverait pas qu’il n'était pas un imbécille et un fou.

Examinons cette preuve Messieurs, et vous allez voir qu’au lieu d’être nuisible et préjudiciable à la défense nous y trouverons de puissantes corrobora-

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Afin de ne pas embrouiller lu discussion, je laisserai de côté pour le moment, comme je l'ai déjà fait en commentunt la déposition de mademoiselle Anderson et celle de son frère, tous les faits particuliers qui se rapportent à la tragédie du mois de mars dernier, et je ne m'attacherai qu'à ce qui touche à l'imbécillité et à la folie de l'accusé.

Le premier témoin entendu en contre-preuve a été Mr. Andrew $. Robertson. Ce monsieur demeure à Montréal. L'année dernière il était le secrétaire-trésorier de la Compagnie connue sous le nom de “ The Globe Woolen Mills Company,” à Montréal. Vers la tin de juin ou au commencement de juillet de l’année dernière, l'accusé se présenta à son bureau accompagné de sa mère pour obtenir de l'emploi dans le bureau de la manufacture dont le témoin était le secrétaire. Il était porteur d’une lettre signée du nom de Mr. ja F. pe le président de la Compagnie.

“ Q. Quelle était la teneur de cette lettre ?

“ R. Cette lettre me priait de donner à l'accusé un “ emploi dans le bureau, afin de lui fournir l’occasion “ d'acquérir quelques connaissances des affaires mer- “ cantiles, en attendant qu'il pût trouver quelque part “ un emploi permanent.

“ J'avais quelques documents à faire copier et je “ décidai de l’empioyer à faire ce travail. Il a été em- “ ployé par ci sans rémunération pendant environ “ trois semaines à copier des recettes. Il a également “ copié le bordereau des gages des employés de la “ manufacture.

“ Q. L'accusé ditos-vous, a passé trois semaines “ dans votre bureau ? Ha “ R. Oui, trois semaines moins deux jours.

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Voilà certes un travail bien facile à fuire, n'est-ce pas ? Voyons comment l'accusé s’est acquitté de cette tâche si aisée.

“ Q. A:-t-il fait son travail correctement ?

“R. Oui, cependant il a fait des erreurs cléricales.

“ Q. Avez-vous été satisfuit de ses services ? ' “KR. Je pourrais difficilement répondre à cette question.

Mon savant ami, Mr. Greenshields, l’interroge à son tour et lui demande :

“ Q. L'avez-vous jamais entendu se plaindre qu'il souffrait du mal de téte ?

“R. Oui, une fois, et cette fois Ù a été obligé de “ s'absenter pendant une demi journée. Dans les “ dix-huit jours de travail qu’il a passés avec moi, dit ‘Je témoin, tout ce qu'il a pu faire, ça été de copier ‘en moyenne deux pages par jour.

“Q. N'est-il pas vrai que dans sa copie du borde- “ reau du salaire des ouvriers, il a commis beaucoup { “ d'erreurs ?

“ R. Je ne pourrais pas dire combien il y avait f. ‘ d'erreuis, maïs je sais qu'il y en avait beaucoup; “ c'était surtout dans les additions que se trouvaient “ les erreurs.

“Q. Etait-il différent des autres jeunes gens de son

“âge? os | “R. Il m'a paru agir comme un enfant.” | Voilà un témoin qui, vous le voyez, est loin de prou- 4 |

ver que l'accusé est un génie. o |

On lui donne à faire le travail d’un enfant d'école, copier des écritures et additionner ensemble quelques chiffres, le total du travail d'un ouvrier pour une semaine à tant par jour ; dans dix-huit jours de temps il a copié. une quarantaine de pages et sa copie, de même que ses additions étaient cousues d'erreurs.

C’est le commencement de la preuve par laquelle le ministère public entend vous démontrer que Shortis est un jeune homme intelligent.

Vous prendrez note, Messieurs, de la déclaration du témoin que Shortis s'est plaint qu'il souffrait du mal de tête pendant qu'il était à son emploi, et que même il en a souffert au point d’être forcé de quitter son travail et de perdre une demi journée.

Mr. Richard R. Stephenson a été le témoin examiné par le ministère public après Mr. Robertson.

Mr. Stephenson ayant été informé que Mr. Simpson le gérant de la Filature de Coton à Valleyfield, avait besoin d’un clere, se fit l'intermédiaire entre l'accusé et Mr. Simpson pour leur ménager une rencontre. Il nous dit qu'il avait agi ainsi sur les représentations de Mr. Robertson, qui probablement en avait déjà assez de Shortis, après son séjour de trois semaines dans ses bureaux. Il ne connaît absolument rien sur le compte de l'accusé auquel il n’a jamais parlé, excepté pour lui dire “ bonjour.” |

Je passe à un autre témoin, Mr. Wilfrid Langlois, Ce témoin est le fils de Mr. Césaire Langlois, le propriétaire de l'hôtel Windsor à Valleyfield. Il déclare que le prisonnier est allé se loger à l'hôtel Windsor

dès son arrivée à Valleyfeld, le 28 Juillet 1894, et qu'il y est demeuré jusqu'au premier Mars, date de la tragédie. Il vient nons dire que l'accusé se comportait comme tout le monde lorsqu'il était à table dans la salle à diner. Il admet cependant que lui-même il ne se tenait pas toujours dans la salle à diner, et que, de fait il y allait seulement que pour aider au service, lorsqu'il y avait beaucoup de monde à table.

“Q. Avez-vous eu plusieurs conversations avec lui ?

“ Pour dire conversations, non. Je n'ai jamais tenu “ de conversations avec lui ; nous avons parlé ensemble “ de ce qui se rapportait à notre affaire.

‘“ Nous avons parlé d'armes à feu quelquefois, Il “ était très amateur d'armes à feu. À part cela, il “ me disait “ bonjour, beau temps,” et c'est tout,

“ Q. Avez-vous remarqué une différence entre sa conversation et celle des autres jeunes gens de la “# localité ?

“R. Je n'ai pas remarqué beaucoup de difiérence, mais j’ai bien peu conversé avec lui.

“Q. Lui avez vous vu faire quelque chose d'inconvenant dans la rue quelquefois ?

“R. D'inconvenant ?....Non.”

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Questionné par moi, le témoin répond comme suit :

“ Q. Vous avez dit qu'il avait des armes à feu dans sa chambre ?

“R. Il avait un fusil.

# Q. Comment, Monsieur, navez-vous pas dit que “ l'accusé avait des armes à feu dans sa chambre ?

“ R. J'ui vu des curtouches et j'ai vu des revolvers

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