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était si facile d'avoir un peu plus de discrétion et de rester chez lui ?
Mr Thomas W. Boyd est le témoin qui a été entendu après Mr Morrisson.
C’est un jeune homme de trente-cinq ans qui, à Montréal est le propriétaire d’un vaste établissement dans lequel on manufacture et on vend toute sorte d'articles en usage parmi les gens du sport, des fusils de toutes descriptions, des carabines, des pistolets, des revolvers, des sabres, des épées, des masques, des gants de boxe, des chaloupes de rameurs, des vélocipèdes, des bicycles, des patins et une quantité d’autres articles de ce genre. Cette maison a été fondée il y a au-delà de cinquante ans, par Mr Boyd, le père, dont Mr Boyd, le fils, est aujourd’hui l’associé, et sous l'habile direction tant du père que du fils, elle a fini par acquérir une importance considérable. Mr Boyd est l'agent autorisé de presque toutes les grandes manufactures de ce genre de choses tant de l'Angleterre,de la France et de l'Allemagne que des Etats-Unis et du Canada. Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage pour vous persuader que pour faire compétition à une telle maison, 1l faudrait beaucoup de capitaux etun homme parfaitement versé dans ce genre d’affaires. I] serait également superflu d'ajouter qu'il faudrait que le nouveau compétiteur eût le soin de garnir son établissement de toutes les diverses variétés d'articles qui composent une boutique d'objets de sport. Celui qui s'aventurerait d'ouvrir un établissement dans la rue Notre-Dame ou dans la rue St-Jacques, où les plus petites hbontiques se louent au moins un millier de
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piastres par année, simplement pour y vendre à commission, rien autre chose que des fusils, ou rien autre chose que des vélrcipèdes, ne subsisterait pas bien longtemps avant de se voir forcé de fermer ses portes. Maintenant écoutez le récit de Mr Boyd, et lorsque vous l'aurez entendu, vous jugerez si la population de Waterford avait bien tort de désigner l'accusé sous le nom de “ cracked Shortis,” et si celle de Valleyfield n'avait pas raison de l’appeler le “ grand fou.”
‘“ Mon père et moi, dit le témoin, nous sommes de- “puis longtemps les agents de la compagnie connue “ sous le nom de la ‘“ Ridge Bicycle Company ” et de “la maison J. C. Starlet, Ce sont des manufacturicrs de bicycles à Birmingham en Angleterre. Un jour, nous reçûmes une lettre de ces maisons nous infor- ‘mant que Shortis leur avait écrit pour leur demander de le constituer leur agent à Montréa! “ C'était dans l'automne de l’année 1893. Je me rendis ‘ immédiatement à sor bureau sur la rue des Commis- “ saires. Je trouvai son bureau fermé, mais j'appris “ qu'il était à prendre son déjeuner au dernier étage, “en haut, en compagnie de Mr Mulcahey, le gardien ‘ de l'établissement, Il était environ neuf heures et demie de l’avant-midi, dans le moment. L'accusé me conduisit dans son bureau, et là je l’informai que mon père et moi nous étions les agents des deux maisons auxquelles il avait écrit, et que, s’il désirait “ faire des affaires quelconques avec ces deux maisons, “ il aurait à s'adresser à nous et non pas directement à “elles, comme il l'avait fait. Il me répondit qu'il avant “ l'intention d'ouvrir une boutique pour vendre des “ vélocipèdes, qu'il ouvrirait cette boutique soit sur
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“ la rue Notre-Dame, soit sur la rue Saint-Jacques “et qu'il entendait s'adresser directement aux mai- “ 801°s desquelles il espérait obtenir son fonds de com- “ merce. Il x parlé bicycle avec moi pendant quelques “ jastants ; notre entrevue n'a pas duré plus d’une “ dizaine de minutes. ”
C’est là tout ce qui s’est passé lors de cette première rencontre. Il y a eu deux autres entrevues cependant, et je vais y référer de suite.
“ L'accusé, dit Mr Boyd, avait envoyé une lettre à “une compagnie manufacturière des Etats-Unis ap- “ pelée : “ The Ideal Manufacturing Company,” pro- “ bablement pour obtenir d'eux des marchandises à vendre à commission. Cette compagnie se mit en relation avec nous pour avoir quelques renseignements au sujet de Shortis. Je retournai auprès de l'accusé pour savoir ce qu’il voulait, et pour lui dire “ qu'il aurait à s'adresser à nous pour acheter les mar- “ chandises dont il pouvait avoir besoin. Shortis nous “ répondit que pour le moment il n'avait besoin de “ rien.”
C’est l’histoire de la deuxième entrevue.
Voici la troisième : “ Un jour, ajoute le témoin, “ l'accusé est entré dans ma boutique sur la rue “ Notre-Dame et m'a offert en vente des tubes de “ caoutchouc pour les roues des vélocipèdes. Je lui ai “ répondu que je n'en avais pas besoin. Shortis est “ parti et je ne l'ai jamais revu depuis.”
La durée de la première entrevue n'a pas dépassé
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dix minutes, la deuxième et la troisième, une demiminute environ.
Et c’est par des témoignages comme ceux-là qu’on entend démentir les soixante et quinze témoins de la défense. |
Mais revenons à ce que Mr Boyd nous a raconté. Que pensez-vous, Messieurs, de l’idée de Shortis d’ouvrir une boutique sur la rue Saint-Jacques ou sur la rue Notre-Dame pour y vendre à commission rien autre chose que des vélocipèdes ? Ce récit me met en mémoire l’histoire d'un pauvre idiot de Montréal, qui, il y a quelques années allait de bureau en bureau collectant des sous pour ouvrir une boutique de manches de plumes et de crayon d’ardoises. Ce malheureux fou a terminé ses jours à l'asile et certes c'était bien là le lieu qui lui convenait. En supposant que Shortis aurait pu vendre cinq vélocipèdes par jour, (et il est fort douteux qu'il aurait pu en vendre cinq par mois), la commission à laquelle il aurait eu droit n'aurait pas été suffisante pour payer son loyer, sans compter les taxes et les autres frais qu'il aurait eu à encourir. Cétait un projet insensé qui ne pouvait germer que dans le cerveau d'un imbécile ou d’un fou. Et c'est le ministère public qui se charge de faire une pareille preuve. ,
. Comme j'ai l'intention de terminer la discussion de l& preuve fuite par les témoins de Montréal, avunt de commencer l'examen des dépositions donnes par les témnins de Valleyfield, je placerai ici l'incident du bureau des postes de Montréal. Nous disposerons du même coup de trois des témoins produits en contrepreuve par le ministère public. Je veux parler de Mr,
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Thomas Brophy, de Mr. William Thomas Wilson et de Mr. Joseph L. Palmer.
Vous connaissez parfaitement les conditions d’existence que Mr Shortis le père avait voulu créer à son fils au Canada. Son but était de le forcer de travailler et de se faire lui-même une position. Malgré qu'il soit très riche, (il nous a dit qu'il faisait pour au-delà d'un million d’affaires par année, et que sa fortune excédait de beaucoup cent mille dollars), sa détermination bien arrêtée était de ne pas envoyer d'argent à son fils, du moins de ne pas en envoyer en son nom. Mr Gault, le capitaine Mathews et Mr Bury, qui sont tous des gens riches, avaient bién été prévenus en sous-main de lui faire les avances dont il pourrait avoir besoin, mais Mr Shortis, le père, leur avait recommandé de le laisser autant que possible à ses propres ressources. Vous comprenez parfaitement l'objet que ce père avait en vue. Il voulait faire de son fils un travailleur, un homme d’affaires, un citoyen utile à la société. Si au lieu de le forcer de gagner son pain à la sueur de son front, il eût créé des rentes à son fils, l’objet qu’il avait en vue aurait été manqué, et le fils, en enfant prodigue, aurait mangé ses rentes et continué de vivre dans l'oisiveté. Cependant il vous a expliqué qu’il avait donné carte blanche à Madame Shortis qui, lorsqu'elle le jugerait à propos, pourrait envoyer à son fils n'importe quelle somme d'argent qu'elle croirait nécessaire. Madame Shortis convaincue, elle aussi, qu’il valait mieux laisser son fils autant que possible à ses propres ressources, lui envoyait bien quelqu’argent de temps à autre, tantôt plus, tantôt moins ; mais jamais
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beaucoup à la fois. Elle comprenait, comme son mari, que faire des rentes à son fils au Canada, ç'eût été le perdre à tout jamais. De temps à autre, elle lui expédiait des ordres sur le bureau des postes à Montréal, pour de faibles montants d'argent, plutôt pour le pourvoir de “ pocket money” que pour subvenir à ses dépenses. Le plus souvent ces somines d'argent étaient £3. 10. 0 équivalant à $17.05 de notre monnaie.
Au mois de janvier 1894, l'accusé reçut avis qu'un mandat sur le bureau des postes à Montréal lui avait été expédié. Ce mandat cette fois n'était que pour £1. 0. 0.. Mr. Brophy, le commis préposé au dépar :ment des mandats d'argent au bureau des postes, habitué à recevoir pour Shortis des mandats de £3. 10. 0., crut que celui dont Shortis était le porteur, était pour le montant ordinaire, et sous la fausse impression où il était, il imprima au moyen d’un instrument à estamper, sur le mandat de Shortis les chiffres “ £3. 10. 0” et le lui remit, en lui disant d'aller à la Banque de Montréal en toucher le montant. Le commis de la Banque a-t-il payé à Shortis la somme de £3. 10. 0 étampée sur son mandat ou seulement celle de £1. 0. 0. mentionnée dans le. corps de l'écrit, nous n’en savons trop rien. Le commis de la
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dire, et les livres de la Banque qui auraient constaté le fait n’ont pas été produits.
Quelques jours après, Mr Brophy s'étant aperçu de son erreur fit venir Shortis qui affirma n'avoir reçu que la somme de Æ£1.0.0. Mais les choses n'en restèrent pas là Au commencement de Mars de la même année 1894, un autre mandat fut expédié par
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Madame Shortis. Celui-là était pour le montant ordinaire de £3. 10. 0. Shortis se présenta pour en toucher le paiement comme d'habitude, mais on lui déclara qu'on ne lui paierait que £1.0.0 afin de se refaire de la perte qu’on prétendait avoir soufferte par le paiement excessif du mois de janvier précédent. Shortis insista pour avoir tout son montant et menaça de placer l'affaire dans les mains d'un avocat. Là dessus, grand émoi au bureau de poste. On lui paya le montant réclamé, mais on exigea de lui, (chose qu'on n'avait nullement le droit de faire), qu'il donnât une décluration solennelle attestant que lors du paiement de janvier, il n'avait reçu que £1. 0. 0. L’'attestation en question avait été préparée d'avance. Shortis la signa sans hésiter. Cette formalité remplie, Shortis reçut son argent et s'en alla avec la conviction que tous ses ennuis étaient terminés. Il n’en était qu'au commencement, comme vous allez le voir. On fait venir d'Ottawa l'inspecteur général des postes, on assigne ce jeune homme dont l'esprit est si faible, à comparaître devant cet officier supérieur du gouvernement. On lui dit qu'il va être poursuivi devant les tribunaux criminels, s'il persiste dans sa déclaration écrite. Me-
nacé d'un procès devant la cour d’assise, placé dans l'alternative d'aller attendre son procès en prison et
de soutenir une lutte contre toute la puissance du gouvernement canadien, et cela pour l'amour de quelques piastres, Shortis terrifié consent à tout. On lui présente un document tout préparé d'avance corame le premier l'avait été, avec injonction de le
signer immédiatement où d’aller en prison. Ce docu-
ment était une révocation de sa première déclaration,
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