‹ Affaire Shortis [microforme]Chapitre 59 sur 83 · APTE · texte numérisé non relu

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lorsqu'il à présenté son mandat à la’ Banque de Montréal au mois de janvier dernier ? J’affirme que non. Je vous entends dire : “N’avons-nous pas son aveu par écrit” Oui vous l'avez, nous allons en parler de cet écrit. Laissons-le de côté pour le moment. Et qu'aviez-vous besoir «. Ini faire signer un aveu, si vous aviez la preuve 4411 avait recu la somme de £3.10.0. Il y a telle chose que de la comptabilité dans la banque de Montréal. Il était facile de faire venir le commis de la Banque qui a donné l'argent, et de lui faire apporter son livre de caisse. On se contente tout d’abord de demander à Shortis : N’avezvous pas reçu £3.10.0 au lieu de £1.0.0.? Shortis répond non, et tout est fini. lorsqu'il s’est présenté au mois de mars dernier avec son mandat de £3.10.0 il était facile de le confronter avec le commis de la banque et de lui prouver, le livre de caisse en mains, qu'il était dans l'erreur ou qu’il mentait. A-t-on rien fait de tel ? Non.

Pensez-vous en bonne foi, si M. Palmer ou M.

Brophy avaient eu en mains la preuve que Shortis avait obtenu plus qu'il n'en avait le droit au mois de janvier, que deux mois plus tard, lorsque le mandat de £3,10, 0 est arrivé, ils n'auraient pas refait leur caisse avec l’argent qu'ils avaient en leur possession ? Croyez-vous qu’au lieu de se prévaloir d'un moyen si simple et si facile, ils auraient maladroitement consenti à payer à Shortis son mandat de £3, 10, 0 en totalité, pour ensuite se donner la peine de faire des rapports spéciaux à Ottawa, faire descendre l’inspecteur général des postes et tenir une espèce de cour d'enquête en sa présence à Montréal ? Ils avaient

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l'argent en mains, ils savaient que cet argent appartenait à l'accusé, oui, ils savaient cela, mais la preuve qu'ils avaient le droi: de garder son argent, cette preuve, ils ne l’avaient pas. Quelle est la conduite de Shortis ? Ilest sûr de son fait, lui : Il leur dit “ Si vous ne me donnez pas mon argent je vais mn'a- “ dresser à un avocat.” Alors on se consulte derrière le comptoir, et on dit à Shortis: “ Voulez-vous nous “ donner une déclaration suiennelle attestant que vous ‘ n'avez reçu que £1. 0. 0 au lieu de £3.10. 0 au mois “ de janvier dernier ? ” Shortis n’hésite pas un seul instant. Brophy et Palmer préparent l'écrit ; on conduit Shortis devant un commissaire de la cour Supérieure, et là il signe sa déclaration. Si ces Messieurs avaient eu la moindre preuve, un mot seulement du caissier ou du gérant de la banque. pensez-vous qu'ils ne l'auraient pas montré ce mot? Ce n'était pas plus difficile d'obtenir ce petit mot que de préparer la déclaration solennelle qu’on a fait signer à Shortis. La banque de Montréal est à côté du bureau des postes, pourquoi me pas lui proposer d'aller à la banque, afin de constater le fait du paiement ? Non, rien de tout cela On accepte sa déclaration solennelle, laquelle, soit dit en passant, Shortis n'était pas tenu de donner, et on lui paie son montant de £3.10 0.

Pensez-vous, si ces Messieurs eussent pu se procurer la preuve que Shortis avait reçu plus qu’il n'avait le droit d’avoir au mois de janvier 1894, que l'officier de la banque n'aurait pas été amené ici pour établir ce fait ? Lorsqu'on voit nos adversaires faire venir des

que Messieurs Kendrick, Boyd et quelques autres, pensez-vous qu'ils auraient négligé de produire devant vous le témoin qui aurait pu prouver que Shortis est un filou et un voleur ? Ils ne l’ont pas fait Messieurs; ils ne l'ont pas fait, parce qu'ils éwmient incapables de le faire, parce que ce témoin n'existe pas, parce que, de fait, et en réalité, Shortis n’a pas retiré plus d'argent que la somme mentionnée dans le corps de son mandat. ;

Mais on dit: “ Nous avons son aveu.” Ah ! oui,

vous pouvez vous en glorifier. Nous allons en parler de cet aveu.

Messieurs, écoutez.

Disons, si vous le voulez, que l'accusé jouit d’une intelligence ordinaire. Ce jeune homme, dans tous les cas, n'était âgé alors que de dix-neuf ans. Il ne possède aucune expérience des affaires. À cette c'ate, il arrivait d'Irlande et ne connaissait que très peu de monde ici. On le fait comparaître devant l'Inspecteur général des postes. Il me semble voir le Grand Inquisiteur qui ordonne les apprêts du supplice. Là, on le menace, on lui dit qu'il a fait une fausse déclaration, qu'on a en main la preuve de sa mauvaise foi, et qu'à moins qu'il ne retire cette déclaration, il doit s'attendre à être arrêté immédiate-

ment. On fait venir un agent de sûreté, afin de le

convaincre que l'officier qui doit l'arrêter est là tout

prêt à le conduire en prison, s'il‘refuse la rétractation

demandée, et s’il s'obstine à ne pas remettre l'argent. Shortis résiste cependant ; il persiste dans sa première déclaration, parce qu'il sait que cette déclaration contient la vérité. C'est alors que l’agent de sûreté

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apparaît pour mieux le convaincre de la réalité du danger dont on le menace. Que fuire ? va-t:il aller en prison et attendre là son procès pendant plusieurs semaines pour la bagatelle de dix-sept dollurs ? Messieurs, pour conserver sa liberté, pour mettre fin à ses ennuis, il cède et signe tout ce que l'on veut: Et le truc est joué.

Existe-t-il dans tout l'Empire Britannique douze hommes qui sur une preuve comme celle-là auraient condamné Shortis si on l'eut accusé d'appropriation illégale ? Non, non, jamais. Je parle de preuve.., mais il n’y en a pas de preuve. La preuve d’un aveu comme celui qu’on invoque aurait immédiatement été rejetée du dossier. L'aveu ne peut valoir comme preuve que lorsqu'il a été donné librement, sans promesses ni menaces, jamais autrement. Ici l’aveu a été arraché à un jeune homme de dix-neuf ans, par un monsieur jouant le rôle de grand Inquisiteur escorté de deux satellites et d’un agent de sûreté qui, lui, remplissait les fonctions de bourreau.

Votre devoir, Messieurs, sera donc de dégager vos esprits de tout ret incident et de l'oublier entièrement, si c'est possible. |

Nous voici aux témoins de Valleyfield.

M. James Wright, constructeur de voies ferrées, est âgé de 60 ane.

Mr Wright réside ordinairement à Montréal, mais ayant à surveiller la construction d’un chemin de fer à Valleyfield, il a demeuré pendant le mois de décembre 1894 et les mois de janvier et de février 1895, à l'hôtel Windsor, à Valleyfield. Il ren-

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contrait l'accusé aux heures des repas dans la salle à dîner. Il ne lui parlait que le moins possible.

1 nous dit : “ I did not care for his company ; I “ thought he was {oo boisterous and tou young for me.” “ Je traduis : “Je ne tenais nullement à me rencon- “ trer avec lui ; je le trouvais trop tapageur et trop “enfant pour moi.” Il n’a eu avec lui qu'une couple de conversations, et la plus longue des deux n'a pas duré plus de dix minutes.

C'est toujours la même tactique. Dans cet hôtel où Shortis a vécu plusieurs mois, on choisit de préférence les personnes qui l'ont le moins connu, pour contredire la preuve fuite par la défense sur la condition de son esprit.

Remarquez bien que ce même Mr Wright qui fuyait Shortis, parce qu'il trouvait ses manières trop jeunes et trop enfantines, nous déclare qu'il aime les jeunes gens, et qu’il préfère leur société à celles des personnes plus âgées. Ne trouvez-vous pas dans cette déposition de Mr Wright la corroboration du témoignage de Mr Cunningham de Montréal qui nous dit que ‘“ Shoîtis avait l'intelligence d’un enfant dans le corps d’un homme fait ?”

John Lowe, David Smith et Hugh Wilson sont trois témoins qui ont joué un rôle dans la tragédie du premier mars, et qui ont été entendus dans l'enquête en chef. Leur hostilité envers l’accusé est trop évidente pour que leur témoignage soit d’une grande valeur, lorsque ce témoignage se réduit à une question d'appréciation et d'opinion sur l’intel-

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ligence de l'accusé. Malgré tout, on remarquera que leurs déclarations sont restreintes par des qualificatifs qui en limitent la portée. Ainsi Lowe dit : “ Shortis always talked reasonably with me.” “ Shor- “ tis m'a toujours parlé avec bon sens à moi.” “ Smith se sert d'expression à peu près semblable : “ He “ was always sensible «s fur as TL was concerned.” “J'ai toujours trouvé qu'il parlait sensément, du “moins chaque fois qu'il « eu affaire à moi.”

Elie Poirier, constable de la ville de Valleyfield, âgé de 46 ans, dit : ‘“ J'ai parlé à l'accusé très souvent ; ‘il m'a toujours parlé poliment et sensément, je ne ‘“ me suis jamais aperçu de rien.”

Aux questions que je lui ai posées en contre-interrogatoire, le témoin répond comme suit :

“Q. N’avez-vous pas déjà mentionné que Shortis marchait toujours seul dans la rue ?

“ R, Oui, Monsieur.

“Q. Avez-vous remarqué quelque chose d’extra- ‘ordinaire dans ses vêtements et dans ses manières ? “KR, Il portait toujours des culottes et des gran:ls bas. Il marchait toujours la tête en l'air. Il pou- “ vait passer sur tout le monde. Cela m'a frappé “ parce qu'il n’y avait personne qui marchait comme “ Jui dans Valleyfield. Je n'ai rien remarqué d’excen- “ trique chez lui, excepté sa manière de marcher, sa “ manière de se tenir et sa manière de s'habiller.

“ Q. Avez-vous remarqué qu'il avait une manie pour les armes à feu ?

“R. Ah loui, j'ai vu des armes à feu duns sa chambre,

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“ ji m'en a montré lui-même ; j'ai vu des pistolets, des “ revolvers, une carabine, un fusil à deux coups et des “ cartouches. Il y avait des cartouches dans tous les “tiroirs. J'ai vu tout cela dans le même occasion.

“ Lorsque je l'ai arrêté pour avoir tiré du pistolet “ dans la rue, il était chez Madame Anderson, et là, j'ai “ trouvé un pistolet chargé sur le piano.”

Jette preuve de ses habitudes, de ses manières excentriques, de sa manie pour les armes à feu, n'est-ce pas là une nouvelle corroboration de celle faite par la défense ? Et cependant c’est le constable même de Valleyfield qui jure tout cela,

Donat Dubue, barbier de Valleyfield, ne prouve absolument rien en faveur de la poursuite. Il a vu l’accusé très souvent, mais il n’a jamais causé avec lui, pour la bonne raison que l'accusé ne parle pas le français et que lui ne parle pas l'anglais.

Dans le contre-interrogatoire qu'il a subi, il déclare que lui aussi, il a remarqué chez l'accusé des manières excentriques. Je cite la fin de sa déposition :

“ Q. Vous avez remarqué qu'il avait des airs ex-

“ centriques et qu'il ne marchait pas comme tout le “ monde ?

“R. Oui.”

M. Arthur Gauthier, âgé de 28 ans, est pharmacien à Valleyfield. Il nous dit que l'accusé allait quelquefois à sa pharmacie, et que sur les derniers temps, c’està-dire à la date de la tragédie du ler mars, il causoit quelquefois pendant quelques instants avec lui.

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