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échapper à l'œil vigilant des agents de sûreté, n’auraitil pas immédiatement fixé tous les soupçons sur lui ? Leur itinéraire aurait été immédiatement découvert: On aurait facilement retracé ces billets qui tous venaient de la même banque. Où se seraient-ils refugriés ? Leur signalement aurait immédiatement été fourni à tous les agents de sûreté du monde entier. L’Angleterre a des traités d’extradition avec toutes les nations du Globe. Comment auraier! ls pu échapper à la main puissante de la justice ?
Et quel besoin Shortis avait-il de commettre des meurtres et de risquer sa vie, s'il désirait épouser Mile Anderson, lorsqu'il lui était si facile de s'épanchei dans le cœur de sa mère, de lui faire connaître sa passion pour cette jeune fille et son désir de la choisir pour son épouse ? Pensez-vous que cette mére si dévouée à son fils serait demeurée sourde à ses prières ? Encore une fois, pourquoi, lorsque tant d'autres moyens étaient à sa portée, pourquoi donc tuer, pourquoi massacrer quatre personnes, pourquoi exposer sa vie, pourquoi jeter un voile de deuil dans quatre ou cinq familles et couvrir la sienne d'ignominie et de honte ?
Non, non, vous n'avez pas prouvé de mobile. Vous avez fait des suppositions, des théories que rien ne peut justifier, mais vous n'avez pas de preuves.
Messieurs, si la supposition que fait le ministère public était exacte, s'il était vrai que Shortis héritier d’une fortune de cent mille dollars à tué pour voler, ses actes dans la nuit du premier au deux mars dernier seraient incontestablement les actes d’un fou, et alors votre devoir serait de disposer de lui comme on
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dispose des fous dans tous les pays civilisés du monde et de l’interner dans un asile pour le reste de ses jours.
Mais, disons pour les fins de l’argumert que Shortis avait prémédité de tuer pour voler.
Il connaissait les habitudes des employés de la filature.
Combien de personnes devait-il s'attendre à rencontrer qui auraient pu lui barrer le passage et lutter avec lui au besoin ? Comptons-les : Lowe, le caissier, Hugh A. Wilson, John Loye, le jeune Arthur Tebœuf, Maxime Lebœuf le gardien de nuit, Napoléon Deiisle l'autre gardien de nuit et les trois chauffeurs qui passaient la nuit à alimenter les chaudières fournissant une partie de la force motrice. On nous dit : ces trois chauffeurs se trouvaient à l'autre bout de cette vaste construction ; ils étaient trop éloignés pour entendre les coups de feu. Je n’en sais rien, mais enfin il n'est pas impossible qu'ils auraient pu entendre. Des coups de feu s'entendent de loin dans le culme de la nuit, surtout lorsque le bruit en est répercuté par les échos comme il devait l'être dans les grandes salles vides de la fabrique. Delisle dans sa ronde était tenu à différentes heures de la nuit de venir faire rapport au gardien Maxime Lebœuf et tous deux devaient se prêter main-forte au besoin. L'un ou l'autre des deux gardiens, à l'aspect du danger, aurait pu aller prévenir ces trois hommes.
Voilà donc l'accusé avec la perspective de se trouver en présence de Lowe, de Wilson, du jeune Arthur Lebœuf, de Maxime Lebœuf son frère, de Delisle, et des trois chauffeurs, en tout neuf personnes.
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Ce n’est pas tout encore : Maxime Lebœuf et Delisle étaient tous deux gardiens de nuit ; tous deux devaient faire sentinelle un peu partout dans l’établissement, mais lorsque les quatorze ou quinze mille dollars | | étaient apportés de Montréal, tous les quinze jours, c'était à eux surtout qu'était confiée la garde de cette grosse somme d'argent. L’accusé connaissait ce fait. Il devait donc présumer que ce soir là, ces deux gardiens seraient armés et bien armés. Avant d’'entreprendre le vol des quatorze mille dollars, il savait donc qu'il s'exposait à lutter contre neuf personnes [A dont deux seraient armées probablement avec des
armes à feu. Voila ce qu'il a dû croire. Je ne
| | parle pas de ce qui s’est révélé plus tard, je parle de ce qu'il devait naturellement supposer, lorsque, dans N sa chambre, il calculait tous les hazards de l’entreprise et les dangers qu'elle offrait.
En songeant à ce groupe puissant d’adversaires qui allaient devenir ses ennemis mortels dès qu'il les attaquerait pour les tuer, sans doute il se sera dit à lui-même : “ La partie ne sera pas égale et la pre- “ mière chose que j'ai à faire c’est de m'assurer “ assistance d’un ou plusieurs complices.” Avez-vous jamais entendu dire qu’un criminel se soit aventuré dans une entreprise aussi hardie et aussi risquée sans avoir au moins un complice ?
Où sont-ils ses complices, Messieurs ? Quelle est la personne qui aurait consenti à devenir le compiice de celui que tout le monde à Valleyfield surnommait
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“le granit fou ” ? Quel est l’autre fou qui aurnit consenti à risquer sa vie dans une aventure aussi insensée ?
Le jeune MeVicar nous a dit qu'il était l'ami intime de Shortis.
Shortis lui a-t-il jamais proposé de l'aider à s'emparer de cet argent ? Non, jamais.
Est-ce Mr McGinnis, l'ennemi de Mr Simpson, qui deviendra son complice ? Mais un mois auparavant, . MecGinnis l'a dénoncé à Mr Simpson comine étant un fou dangereux. Est-ce le jeune Jack Anderson ? mais c’est un enfant de seize ans qui vit sous la surveillance de sa mère et de son beau-père et à qui on ne permettra certainement pas de sortir de la maison de sa mère pendant la nuit,
Nos adversaires, sentant toute la faiblesse de leurs assertions, s’il est vrai que Shortis n’avait pus de complice, nous disent : “ Qui suit s'il n'y avait pas quel- “ que complice que nous ne connaissons pas ?”
Comment, Messieurs du ministère public, vous n'avez pas de preuves et vous affirmez malgré tout ! Vous n'avez pas de preuves et vous voulez que les jurés qui ont fait le serment de juger Shortis d’après la preuve prennent sur eux de violer leur serment en suppléant à cette absence de preuves par des suppositions ?
Non, Shortis n'avait pas de complice et seul il a entrepris de tuer neuf personnes, s’il le fallait, pour arriver jusqu'au trésor dont il convoitait la possession, Voilà la position absurde et insoutenable que le ministère public est forcé de prendre.
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Donc l'accusé n’a pas de complice, et seul il va s’engager dans cette périlleuse aventure dont toutes les chances, tous les hasards sont contre lui.
Vous le savez, messieurs, Shortis n'a jamais été pris au dépourvu lorsqu'il s’est agi pour lui de se procurer des armes. Sa chambre était un véritable arsenal. C’est Mr Poirier, le grand-constable même de Valleyfield, qui nous le dit. On ÿ trouvait des carabines, des revolvers de tous les calibres, des fusils des cartouches. Il y avait des cartouches dans tous les tiroirs. Assurément il va s’armer jusqu'aux dents. Toutes ses poches vont être remplies de revolvers, non pas simplement de ces petits pistolets faits pour amuser les jeunes gens qui aiment à tirer à la cible ; il part pour tuer des hommes et sur le nombre, deux d’entre eux (du moins, il doit le supposer,) doivent être bien armés.
Où sont ses armes, Messieurs ? On a trouvé sur lui en dessous de sa chemise de laine un petit pistolet à quatre co4ps, du calibre No 22 avec lequel il est douteux qu’on pourrait tuer un chat. Ce petit revolver était suspendu à un mouchoir placé en bandoulière sur son épaule. Pour l’atteindre il lui aurait fallu ouvrir son paletot, son habit, son gilet, soulever sa chemise et détacher le nœud du mouchoir qui le retenait suspendu au-dessous de l’aisselle du bras gauche. Et s’en est-il servi de ce petit revolver dans la nuit du ler au 2 mars dernier ? Non. Le docteur Sutherland a bien essayé de nous faire croire qu'il avait dû en faire usage, mais sur quoi appuie-t-il cette assertion ? Simplement sur le fait que plusieurs jours après l'affaire, il a trouvé dans la chambre de Hugh A. Wilson, qui avait été blessé, au pied de son lit, une
en- petite balle qui peut s'adapter à un revolver du calibre No 22. Mais vous avez vu cette bulle, elle est ronde, intacte et ne paraît nullement avoir subi l'alté-
ris ration qu'elle n'aurait pas manqué d'éprouver si elle rer eût passé à travers les chairs d’une personne qui auet rait été blessée.
qui Comment cette balle a pu se trouver dans la rare chambre de Wilson, je n'en sais rien. A-t-elle été Il y | apportée là par les nombreux visiteurs qui sont venus ronté le voir ? ce ne serait pas impossible. Il est prouvé qu'il ont y avait des balles de ce calibre dans un des tiroirs de be la fabrique ; Hugh A. Wilson n’en aurait-il pas, par qui hasard mis dans ses poches avant l'affaire du ler mars ? es La chose est assez probable. Quoi qu'il en soit, il me doit paraît bien évident que cette balle n’a jamais m1 blessé,
ni tué personne.
On nous dit : Shortis était en possession d’une autre arme, lorsqu'on l’a fait prisonnier. On a trouvé sur sa poitrine immédiatement en dessous de son pardessus, un gros ciseau de menuisier placé là verticalement. Ce ciseau est tombé par terre lorsqu'on a déboutonné son pardessus.
Oui, c'est vrai ; mais vous n'avez aucune preuve qu'il ait apporté ce ciseau avec lui. Au contraire tout vous démontre qu'il a dû trouver ce ciseau dans quelqu'une des salles de la fabrique après la tragédie. Il ne l'avait pas lorsqu'il est allé chez Mr McGinnis. Cet instrument était trop gros pour qu: pût le cacher. Il aurait fait saillie partout où il l'aurait placé. Les poches mêmes de son paletot n’auraient pas pu le masquer. En arrivant à la filature à dix heures du soir, il à enlevé son paletot qu'il a jeté sans précau-
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tion sur le comptoir du bureau, à la vue de tout le monde, et là encore ce gros outii n'a été remarqué par personne. Aucun témoin n'est venu dire que ce ciseau lui ait jamais appartenu.
Il est done évident que tout ce qu'il avait sur lui lorsqu'il est entré dans la filature, c’est ce petit revolver à quatre coups du calibre No 22. C'est av cette arme terrible qu'il se présente dans le bureau de la manufacture avec le dessein bien arrêté de tuer quatre personnes et peut-être neuf au besoin, dont deux (du moins il devait le supposer) devaient être bien armées,
N'est-ce pas, Messieurs, que cette théorie du ministère public est absurde et insoutenable ?
Vous me direz : “ Mais pourquoi avait-il cette arme “en sa Lossession ? Qu'avait-il besoin de ce petit re- “ volver ? ” Eh! Messieurs, des revolvers il en ava; constamment dans ses poches. C'était sa manie. Il apportait jusque chez la jeune fille à laquelle il faisait sa cour. On a trouvé un de ses revolvers tout chargé sur le piano même de mademoiselle Anderson.
Si l'accusé n'avait pas de complices, si la seule arme qu'il avait était ce petit revolver, que devient alors la prétention de nos adversaires que depuis longtemps il avait prémédité de voler la manufacture ?
‘“ Remarquez bien, nous dit-on, que deux semaines ‘auparavant, lorsqu'on était à distribuer l'argent de “ la quinzaine précédente, Shortis est entré dans le
‘“ bureau de la filature, sous le prétexte d'aller causer ‘avec ses amis, que sa visite dans cette occasion a dû “avoir pour objet de lui permettre de se familiariser
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avec les habitudes des employés, afin de mieux s'assurer des moyens à prendre pour s'emparer du montant d'argent qui serait apporté de Montréal à l\ quinzaine suivante.” Messieurs, que Shortis se soit permis d'aller causer pendant une heure avec ses amis dans le bureau de la filature, il n'y a là rien qui puisse vous étonner. Le caissier Lowe nous dit qu'il était dans l'habitude de venir souvent causer avec eux le soir lorsqu'il voyait les fenêtres éclairées. Mais admettons si l’on veut que la tentation lui soit venue de s'emparer de l'argent destiné aux salaires de la dernière quinzaine de février, si tel était son objet, si sa prévoyance a a été poussée jusqu'au point d'aller faire une espèce d'inspection des lieux, s'il est vrai qu'il a porté la prudence jusqu’à se familiariser avec les moindres détails, pour l'amour du ciel ! comment vous expliquez-vous que cette même prévoyance, cette même prudence l'ait tout à coup abandonné juste an moment où il va exécuter son dessein, et qu'il se soit rendu sur les lieux de la lutte sans complice et sans armes ? Je dis sans armes, puisqu'il est évident que le petit revolver qu'il avait sur lui ne pouvait lui servir à exécuter son projet.
Toute cette théorie de la poursuite tombe donc à faux.
On va plus loin cependant, nos adversaires nous disent :
‘“ Shortis savait qu’il y avait dans le bureau une “ arme terrible qui pouvait aisément donner la mort, “ le gros revolver du calibre No 32 ; il espérait mettre “la main sur ce revolver et accomplir en faisant