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‘usage de cette arme le projet qu'il avait conçu.” Et l'on ajoute, “ s'il n'avait pas le dessein de voler “ l'argent avant de venir à la fabrique, l’idée a dû lui “en venir pendant qu'il était là, et dans un cas “ comme dans l’autre, il est égaiement coupable.” Prenons ces deux prétentions l’une après l’autre. Pourquoi l'accusé, s’il avait le dessein de tuer toutes les personnes qui se trouveraient dans le bureau et toutes les autres qui pourraient venir à leur secours, se serait-il contenté de se reposer sur une éventualité aussi problématique et aussi peu certaine que celle de mettre la main sur le revolver de Lowe ? Est-il vraisemblable de croire qu'il se serait contenté de cette éventualité ? Sa chambre était remplie de pistolets et de revolvers à gros calibre, il en aurait bourré toutes ses poches, Il n'aurait pas songé à marchander avec le moyen à prendre pour assurer le succès d'une entreprise où il y allait de sa vie. Je comprends que même avec ses poches remplies de revolvers il aurait pu songer à s'emparer également de celui de Lowe. Il aurait par cette ruse privé ses adversaires d'une arme terrible tout en ajoutant une ressource de plus à ses propres moyens d'attaque ; mais vouloir nous faire croire que Shortis en sortant de sa chambre ce soir-là, arré seulement de son petit revolver, s'est rendu au bureau de la fabrique avec la détermination de commettre un vol, sans autre moyen d'exécuter son projet que l’éventnalité si incertaine et si problématique que peut-être il pourrait s'emparer du revolver du caissier Lowe, c'est vouloir nous faire croire à une absurdité. Non, non, la chose est évidente, Shortis, s’il avait eu un pareil projet, se serait muni des armes dont il
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avait besoin pour mener son projet à bonne fin. Le bon sens le plus ordinaire nous dit que c’est là ce qu'il aurait fait.
Maintenant on nous dit :“ Si l'accusé n'avait pas le projet de voler en sortant de chez lui, ce projet lui est venu à l'esprit lorsqu'il a vu l'argent dans le bureau de la fabrique et surtout lorsqu'après s'être emparé du gros revolver, il à vu ses adversaires “ sans défense.”
Mais alors on abandonne donc la première théorie sur laquelle on a cependant paru tant vouloir insister ; la préméditation de longue main, la visite au bureau de la fabrique quinze jours auparavant, l'observation de Shortis au jeune McVicar faisant remarquer qu'il serait possible à un voleur de s'emparer de cet argent, tout cela disparaît, et nous voici en face d'une préméditation soudaine qui n'a précédé que d'une heure la commission du crime.
Discutons cette nouvelle théorie, Messieurs.
L'accusé entre dans le bureau vers dix heures du soir, Il vien‘ de passer la soirée avec Mlle Anderson. Afin de ne pas donner lieu à la moindre critique sur l'exactitude de mes avancés, je prends le récit des événements tel que je le trouve dans la déposition de Lowe, le principal témoin de la poursuite : “ Lorsqu'il est entré dans le bureau, dit Lowe, il s'est “ approché du comptoir en riant et en badinant avec “ nous. Il a fait le tour du comptoir et il s'est approché “ de la table où j'étais occupé à compter l'argent. Mon “ revolver était là sur cette luble. Shortis me demanda
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“ Ja permission de l’examiner, mais je refusai. Comme ‘il faisait chaud dans l'appartement, il me demanda “ la permission d'ôter son pardessus. Sur ma réponse “ affirmative: il enleva son pardessus qu'il jeta sur le comptoir.
I] nous arrivait souvent de travailler le soir, et “ lorsque Shortis voyait de la lumière dans le bureau, “il venait passer une heure ou deux avec nous. Sa visite ce soir là ne nous a causé aucune surprise. C'était son habitude de venir causer avec nous. Nous avions apporté des fruits pour mn er dans le cours de la soirée, c'était des pommes et des “oranges. Shortis me demanda la permission de “ prendre quelques uns de ces fruits, je lui donnai “ cette permission. Il prit une pomme qu'il com- “ mençu à manger. Dans ce moment il était assis au “ pupitre double qui se trouve au milieu de l’apparte- “ ment. Il occupait le siège de M. Smith, le chef du “bureau. Pendant qu'il mangeait sa pomme, il me “ demanda de nouveau la permission d'examiner mon ‘“ revolver en me disant qu’il allait le nettoyer. Je “ lui répondis qu'avant de le lui donner j'allais enlever “ les cartouches dont il était chargé. C’est ce que je “is. Dès qu'il eut le revolver en sa possession il re- “ prit le siège de M. Smith qu'il venait de laisser et ‘“ commença à le nettoyer. A sa demande Loye alla “ Jui chercher de l'huile et pendant près d’une heure, « il s'occupa à nettoyer et à huiler ce revolver. Pen- “ dant tout ce temps-là il causuit avec nous de toutes “ espèces de choses. Lorsqu'il eut fiui de nettoyer le “ revolver, il me demanda de lui passer les cartouches “ atin de le charger comme il étuit auparavant. Je lui
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“ dis, “ non, je vais le charger moi-même.” Shortis “remit le revolver sur la table, Nous achevions “ notre travail dans le moment et nous étions sur le “ point de partir. Je pris le revolver, je le chargeaï “ de nouveau et j'allai le placer dans un des tiroirs “ qui se trouvent en dessous du comptoir. Shortis “ me dit : “ Je voudrais prendre note du nom de la “ manufacture qui fabrique ces revolvers.” Je lui ré- “ pondis: “ Très bien.” Je pris le revolver et sans le “ Jâcher, je lus le nom de la manufacture. [l écrivit ‘“ çe nom sur un morceau de papier, puis je replaçai le “ revolver dans le tiroir. Un instant après, pendant “ que j'étais occupé à porter de l'argent et quelques “ livres dans la voûte de sûreté, Shortis s'approcha de “ nouveau du comptoir, ouvrit le tiroir et prit le re- “ volver. Je lui dis: ‘“ Laisse donc ce revolver à sa “ place : Il me sera impossible de travailler tant que ‘“ je te verrai faire des enfantillages avec cette arme.” “ Il me répondit : Je veux avoir le numéro du mo- * dèle de ce revolver. Il retourna au siège de M. “ Smith et dégrafa le ressort pour plier le revolver “ en deux. ‘Il fallait le plier ainsi pour voir le nu- “ méro du revolver: [l remit le canon en place, puis “ se tournant du côté de Wilson il braqua l'arme sur lui “et fit feu.”
Messieurs, Shortis connaissait les habitudes de l’établissement, il savait qu'à onze heures, Maxime Lebœuf viendrait s'installer dans le voisinage du bureau et de la voûte de sûreté pour prendre la garde des quatorze mille dollars qui y étaient enfermés. Je vous l'ai déjà dit, il avait toute raison de croire que
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Lebœuf était armé ; le revolver qu'il tenait à la main n'avait que cinq chambres. Il ne pouvait donc tirer que cinq coups. Si l'idée du vol lui est venue en voyant l'argent accumulé sur la table de Lowe, pourquoi aurait-il attendu une heure de temps avant de commencer l'attaque ? Pourquoi attendre jusqu’à onze heures, c'est-à-dire jusqu'à l'heure à laquelle Maxime Lebœuf devait apparaître sur les lieux ? Pourquoi s'exposer à se trouver face à face avec un adversaire de plus et cet adversaire probablement aussi bien armé que lui-même ? S'il était venu avec la détermination de commettre un vol, ou si l’idée de le commettre lui est venue à la vue de l'argent, qui l'aurait empêché au moment où il était près de la table de saisir rapidement le revolver qui é‘ait tout chargé et de faire feu tout autour de lui ? Pourquoi attendre jusqu'au moment de l’arrivée du gardien Maxime Lebœuf? On nous dit: “ Il a attendu jusqu'au moment où ila vu Lowe sur le point de fermer la voûte de sûreté.” Mais c'est précisément ce qu'il n'aurait pas attendu, s’il avait été animé d’une pensée criminelle,
Il avait tout à perdre en attendant si tard. Ses coups de feu pouvaient être entendus par Maxime Lebœuf, qui à cette heure là était sur le point d’arriver d’un moment à l’autre et qui ne devait pas être loin. Supposons que, dans un clin d'œil, il aurait tué Lowe, le jeune Lebœæuf, Wilson et Loye avant que la voûte ne fût fermée, qu'aurait-il fait ensuite? On nous dit : “il se serait renfermé dans la voûte et là il “ aurait pu remplir ses poches tout à loisir.” Oui, s’il avait eu le temps de terminer tous ses préparatifs avant l’arrivée de Maxime Lebœuf. Il lui fallait faire
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disparaître les cadavres, enlever son paletot et sa canne qui étaient sur le comptoir, prendre des cartouches dans le tiroir ou d'habitude le revolver de Lowe était déposé, éteindre les lumières électriques, (il y en avait au moins trois) ; il aurait eu à faire tout cela dans l’espace d’un instant, car Maxime Lebœuf arrivait. Et remarquez-le bien, je raisonne dans la supposition que tout lui a réussi à merveille jusqu'alors. Dans une pareille entreprise, il devait compter avec les contretemps et les déceptions; j'ai supposé qu'il avait foudroyé ‘es quatre adversaires du coup, mais il pouvait for: vien arriver aussi qu'il ne réussirait qu’à les blesser seulement et que l'opération serait plus longue qu'il ne s’y était tout d'abord attendu, et alors Maxime Lebœuf arrivait et le preneit en flagrant délit. Peut-être après avoir déchargé son revolver se serait-il trouvé en face d’un adversaire bien armé qui, il n’y à pas de doute, n'aurait pas hésité à faire feu sur lui. N’avait-il pas toutes les ruisons du monde pour ne pas attendre l'heure de l'arrivée de Maxime Lebœuf et pour commencer l'attaque sans un moment de délai ?
Il n’en fait rien cependant. Voyez-le agir. Cet assassin qui songe à tuer ses amis, il rit et s'amuse avec eux; et l’on voudra me faire croire que ce jeune homme, si maladroit, si imprudent, et en même temps si gai, méditait le meurtre de ces jeunes gens pour voler de l'argent, lorsqu'il aurait pu si facilement s'en procurer par des moyens légitimes ? Non, la chose n'est pas possible.
Messieurs, si Shortis avait eu l’idée de tuer pour voler il se serait assuré l'assistance d’un complice. Si
Shortis s'est rendu dans le bureau de la filature pour tuer afin de s'emparer de la somme de quatorze mille dollars qui s’y trouvait, ilauraï vris ia précaution de se munir des armes nécessaires. Et ne me dites pas que ces armes, il ne les avait pas, sa chambre à l’hôtel en était remplie. Si Shortis à son arrivée eût été tenté à la vue de l'argent et s’il eût décidé de tuer ses quatre amis pour s'emparer de cet argent, il aurait immédiatement saisi le revolver qui etait à sa portée;
‘iln’avait qu’à tendre la main pour le prendre, et il
aurait commencé son œuvre de destruction sans délai au milieu de ces jeunes gens désarmés. Il n'aurait pas attendu jusqu’à onze heures pour se trouver face à face avec le gardien de nuit, lorsqu'il avait toutes les raisons du monde de le croire armé. Il n'aurait pas exposé inutilement sa vie, lorsqu'il lui était si facile d'exécuter son projet sans encourir un danger aussi manifeste. Pendant près d’une heure il a eu ce revolver en sa possession. Il est vrai que les cartouches en avaient été enlevées par Lowe, mais il savait que le même tiroir où l’on déposait ce revolver en était rempli et que ces cartouches s’adaptaient au calibre de cette arme. Personne ne le soupçonnait d'aucun mauvais dessein, il n'avait qu’à s'approcher du tiroir et à prendre les cartouches. Charger le revolver qu’il tenait dans ses mains, n'aurait été que l'affaire d’une couple de secondes, et alors il aurait pu commencer l'exécution de son projet, trois quarts d'heure ou une heure avant l'arrivée du gardien. Il aurait eu le temps de prendre l'argent et de s'enfuir avant que personne n’apparût sur les lieux, Il aurait pu arriver à son hôtel avant onze heures et éviter les soupçons qu'une absence
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plus prolongée n'aurait pas manqué de faire naître contre lui.
Allez-vous dire qu'il x hésité qu’il avait peur ? S'il a hésité à commencer l'attaque alors qu'il était au milieu de ces jeunes gens sans armes, n’aurait-il pas hésité bien davantage à commencer le feu an moment même où il savait que le gardien de nuit allait arriver? S'il a hésité lorsqu'il n'était que faiblement exposé au danger, n'aurait-il pas hésité bien davantage, en songeant qu'il allait se trouver en face d’un homme qui aurait pu le surprendre dans l'acte de massacrer ses camarades ?
Mais il y a plus. Supposons encore une fois qu'il aurait réussi à frapper raide mort chacun de ses anis et qu'il aurait eu le temps de traîner leurs cadavres sous le comptoir pour les cacher ; supposons qu'il aurait enlevé son pardessus, sa canne, son chapeau, pour ne laisser aucune trace de sa présence, qu'il aurait rempli ses poches de cartouèhes pour se défendre contre Maxime Lebœuf en cas d'attaque, qu'il aurait éteint les trois ou quatre lumières électriques qui éclairaient l'appartement et qu'il se serait réfugié dans la voûte pour y bourrer ses poches de billets de banque et de monnaie, comment aurait-il pu continuer l'exécution de son projet sans être découvert ?
Toute cette énorme somme d'argent avait été dise tribuée dans quinze cents petits gobelets de ferblanc ; chaque gobelet portant un numéro correspondant à celui que l’on donne à chacun des employés de la fabrique. Chacun de ces gobelets contenait non-seulement des billets de banque, mais il contenait de la monnaie également. Comment va-t-il s’y prendre
pour s'emparer de cet argent ? Va-t-il allumer la lumière électrique à l’intérieur de la vofie? L'imprudent, il va se trukir. Dans ce bureau qui est maintenant tout noir, le inoïndre jet de lumière va projeter ses rayons par les fissures de la porte. Lowe nous a dit qu’il y avait un espace au bas de la porte qui lui permettait de voir la lumière dans l’appartement après qu'il a été renfermé dans la voûte. Lebœuf ne manquera pas d’apercevoir ce filet de lumière électrique, cette lumière si intense et si vive. Il est spécialement préposé à la garde de cette voûte de sûreté; il ne manquera pas de venir voir la cause de cette lumière projetant de l’intérieur de la voûte.
Va-t-il travailler dans l'obscurité ? Maïs comment vider dans ses poches tous ces petits gobelets sans que le bruit de l'argent se fasse entendre, sans que ces gobelets s’entrechoquent les uns contre les autres, sans que quelques pièces de monnaie ne tombent par terre. Comment étouffer ces bruits que le calme et le silence de la nuit va rendre encore plus sonores et plus éclatants ?
Mais je suppose l'opération aies commént va-t-il sortir de là, sans être entendu ? Comment faire tout ce long détour pour aller passer au bout du comptoir, et ensuite revenir sur ses pas dans le couloir même où Maxime Lebœuf se tient en sentinelle ? Comment échapper à sa surveillance ? Et ne l'oubliez pas, Shortis a toutes les raisons possibles de le croire armé.
Si l’accusé a tué pour voler, il a dû songer à tout cela Il a dû vouloir éviter tous ces dangers. Pour-
quoi donc attendre jusqu’au dernier instant et s’exposer sciemment et volontairement à sacrifier sa vie
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Est-ce là tout ce qu’il avait à prévoir ? Non.
Quand un criminel se lance dans une aventure où il sait que sa vie est en jeu, il doit tout prévenir et ne rien oublier ; la moindre circonstance peut lui devenir fatale et le perdre. Shortis loge dans un des principaux hôtels de la ville, quel moyen va-t-il prendre pour cacher son absence ? S'il lui arrive d'entrer à son hôtel à une heure avancée de la nuit, les soupçons pourront facilement tomber sur lui. Quelle explication va-t-il donner ? Il ira passer la soirée chez Mr MeGinnis : Soit ; mais, chez Mr MeGinnis, on ne lui permettra pas de veiller jusqu'à une ou deux heures du matin, et cependant l'entreprise qu'il projette pourrait bien le forcer de demeurer en dehors de son hôtel jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il lui faudra donc se ménager la preuve d’un alibi. Où va-t-il prendre cette preuve ? Est-ce Mr McGinnis qui va la lui fournir ? Mais un mois auparavant Mr McGinnis l'a dénoncé précisément parce qu’il lui avait proposé de prouver un alibi en sa faveur. Sera ce Mile Anderson ou Jack Anderson ? Mai: quelle probabilité y at-il qu'ils voudront courir un pareil risque, en supposant qu'ils fussent assez dépourvus de sens moral et de respect d'eux-mêmes pour consentir à se parjurer pour lui. Et McGinnis son ennemi juré ne serait-il pas là dans tous les cas pour les contredire ? Comment échapper à ce nouveau danger ?
Ce n’est pas tout encore. Dans le terrible conflit qui va s'engager, il doit s'attendre que ses victimes défendront courageusement leur vie. Il en résultera
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sans doute une lutte corps à corps avec quelques-uns de ceux qu’il s propose de tuer. Le sang de ses victimes dont ses habits seront couverts trahira le secret de son crime ; que va-t-il faire de ses habits ? Reviendra-t-il tout couvert de sang dans son hôtel ? Où va:t-il les laver ? On est en plein hiver et la rivière est bordée de glace. Et puis, est-ce que la vue de son pardessus, de son habit, de son jersey encore tout humides ne fera pas naître les soupçons les plus graves ? Non, jamais il ne réussira à faire disparaître toutes les traces de son crime, et s’il ose le commettre, ses jours sont comptés, et l’échafaud est là qui l’attend.
Est-ce là tout ? Pas encore.
Dans ses calculs, je suppose qu'il s’est persuadé qu'il réussira à masquer son absence et à faire dispa-
raître de dessus ses habits le sang dont ils ont été
inondés. Tout lui a réussi, et le voilà possesseur de plusieurs milliers de dollars. Maïs comment va-t-il disposer de ces billets qui tous portent l'effigie de la Banque de Montréal ? Je ne parle pas de la menue monnaie qui ne devra guère se trouver qu’en petite quantité. Le malheureux ! il lui suffira de présenter un seul de ces billets pour être immédiatement soupçonné.
Et du reste, soupçonné, il devra s'attendre à l'être : On a dit de lui tout récemment qu'il avait voulu tuer Mr Simpson, le gérant de ce même établissement dans le bureau duquel on trouvera quatre des employés étendus sans vie. Pour expliquer la -possession de ces billets, dira-t-il qu'il les a reçus au
moyen d’un mandat sur le bureau des postes et qu'il a eu cet argent de sa mère ? Mais sou mensonge sera découvert immédiatement et là encore derrière les recherches qu'on va faire, il voit se dresser devant lui l'échafaud.
Allez-vous me dire, Messieurs, qu’il a pu songer à tout cela sans frémir ?
“Il a prémédité son crime, dit le ministère public.” Eh bien, s’il a prémédité son crime, et si comme vous dites, il est intelligent, tout ce cortège de dangers et de circonstances accusatrices a dû passer devant ses yeux. Il a dû songer à tous ces hasards qu'il était impuissant à contrôler, à tous ces périls qu'il ne pouvait pas vaincre, à la mort qui pour lui devenait certaine, à l’échafaud'avec ses hontes et ses épouvantes qu'il ne pourrait éviter. S'il a songé à tout cela, et si malgré tout, il a persisté dans son projet ne devons-nous pas conclure que ce jeune homme est absolument privé de sa raison ? N'’est-il pas évident que c’est un fou ?
Eh quoi ! Messieurs, on veut vous faire croire que Shortis est un garçon intelligent ; on affirme que c’est un criminel qui a décidé de tremper ses mains dans le sang de ses amis les plus intimes dans le but de voler la manufacture ; et de quelle manière agit-il, ce criminel intelligent ? Il sait qu’il lui faudra tuer au moins quatre personnes et qu'il va jouer sa vie dans cette aventure hasardée. Il part seul, sans aide, pour aller faire l'acte le plus audacieux, le plus dangereux qu'aucun homme ait peut-être jamais rêvé. Sa chambre est remplie d'armes et de munitions, il n’a qu’à choisir ; il se contente de s’armer de ce petit revolver
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res pesage
que vous avez vu et avec lequel il avait vingt-quatre chances sur vingt-cinq de ne pouvoir réussir à tuer un homme même en tirant sur lui à bout portant Rendu sur les lieux, un hasard inattendu le favorise, et il réussit à mettre la main sur une arme qui, celle-là, est mortelle. Il va sans doute se hâter de commencer l'attaque. Il n'a pas de temps à perdre, car il sait que dans une heure, un homme puissant et bien armé va apparaître sur les lieux, et que cet homme est spéci-
alement chargé de prendre soin du trésor qu'il con-
voite. Il n’en fait rien cependant ; il attend.... Il attend jusqu’à l’heure où il sait que cet adversaire redoutable est sur le point d'arriver.
Voilà les faits de la cause pourtant. Et c'est avec cette preuve qu'on veut vous démontrer que Shortis est non seulement un criminel, mais un criminel intelligent !
Avez-vous jamais, dans tout le cours de votre vie, entendu parler d’un criminel, un seul, qui ait agi d’une manière aussi absurde et aussi insensée ?
Prenons maintenant la version de la défense.
Quel est le jeune homme que vous avez devant vous ? |
C'est un imbécile congénital, nous ont dit les experts, c'est un fou impulsif, et le germe de sa folie lui a été transmis par l’hérédité. Il a hérité du 1êm germe empoisonné qui a été la cause que s0t àdpère, le frère, l'oncle, la tante et l’un des coums de son père sont devenus fous et que plusieurs d’entr
atre tuer ant rise, e-là, ncer que é va pécicon-
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avec Lortis ntel-
e vie, d’une
eux sont morts privés de leur raison dans un asile d’aliénés.
. C'est ce même jeune homme qui, à six ans, ne parlait pas encore et qui, dès le commencement de son adolescence, a manifesté une manie irrésistible pour les armes à feu ; qui, à onze ans, tirait avec un revolver chargé sur un enfant de quatre ans; qui, plus tard, tirait sur Malone, tirait sur Shallow, tirait sur Moore, tirait sur les hublots du vapeur “ Rook ”, tirait sur la cheminée du vapeur “ Milford ”, alors que le pont du vapeur était couvert de monde ; c’est le même jeune homme qui tirait sur les foules et dans la porte d’une
maison habitée. C’est un fou impulsif chez qui l’on
trouve trait pour trait, (je vous l’ai clairement démontré), tous les signes qui caractérisent ce genre de folie.
Le soir du ler mars, il se rend vers sept heures et demie chez Mile Anderson et il demeure en sa compagnie jusque vers dix heures.
En quel état était-il, à son arrivée chez M. McGinnis vers sept heures ? Ecoutez ce que dit Mlle Anderson :
“ He came in very much excited and angry. He “ had been talking or quarrelling with some man in “ the village about some little things.
“ Q. Do you know who he said it was ?
“R. Mr. Parker, store-keeper.
“Q. Did he tell you what it was about ?
“ R. About some little item that had been put in “ the paper about Parker’s store.”
Je traduis :
“ À son arrivée, il était en colère et dans un état de
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“ grande excitation. Ilavait eu quelques difficultés “ ou quelques mots avec un monsieur du village à “ propos d’une affaire insignifiante. .
“Q. Vous a-t-il nommé cette personne ?
“ R. Oui, c'était M. Parker, le marchand.
“ Q. Vous a-t-il dit à quel propos c'était ?
“ R. C’était à propos d’un entrefilet qui avait paru “ dans un journal au sujet de la boutique de M. “ Parker.”
Mile Anderson nous rapporte que cette altercation avait eu lieu entre trois ou quatre heures de l'aprèsmidi et cependant à sept heures, Shortis était encore sous le coup d’une excitation extraordinaire.
Dans le cours de la soirée, il se plaignit de souffrir d’un mal de tête affreux.
L’'excitation nerveuse, le mal de tête....mais ce sont là précisément les signes précurseurs de l'attaque de la maladie chez le fou impulsif. Rappelez-vous donc ce que nous dit le célèbre docteur dont je vous ai cité les paroles il y a un instant :
“ Au moment où l'impulsion va se produire, dit * Legrand du Saulle, le malade est ordinairement en ‘ proie à un sentiment d'angoisse et d’anxiété précor- “ diale extrêmement pénible; il éprouve une céphalal- “ gie intense, ses artères temporales battent avec vio- “ lence.” Ne sont-ce pas là exactement les symptômes que l’on trouve chez l'accusé dans la soirée du ler mars ?
Il se calme peu à peu cependant. Il cause de différentes choses. Il parle de sa mère ; il montre une de
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Ités ses lettres qu'il a reçue dans la journée et qu'il n'a re à pas encore ouverte. Il avoue sa négligence et s’ac- . | cuse d’avoir été pli eurs semaines sans lui écrire.
Mile Anderson lui reproche cette négligence et lui fait promettre d'écrire à sa mère ce soir-là même. Il part en renouvelant à Mile Anderson sa promesse alu qu’en arrivant à son hôtel il écrira à sa mère. | e M. C'est avec la pensée de sa mère qu'il quitte Mlle si 1 Anderson. Ah! s’il eût été dominé par une idée malheureuse, par une funeste tentation, est-ce que le
tion nom, le souvenir de sa mère n'aurait pas été suffisant près- pour bannir et chasser à jamais cette pensée mau- | 1core vaise ? | Pour s’en retourner à son hôtel il uvait à passer affrir devant le bureau de la filature. Il voit les fenêtres | illuminées. Ses amis sont là qui travaillent encore Î is ce “et il entre pour causer avec eux. Etait-ce là une | aque chose. bien extraordinaire ? Mais Lowe lui-même a Î vous été forcé d'avouer que c'était ià une des habitudes de Î vous Shortis de venir passer une heure ou deux avec eux À dans le bureau de la filature lorsqu'on y travaillait le soir, Il nous dit que personne n'u été surpris de le e, dit voir arriver et qu'on n’a fait aucune difficulté de lui t en ouvrir la porte et de l’admettre dans le bureau. récor- Shortis entre ; il ôte son pardessus et cause gaie- | alal- ment avec tout le monde pendant une heure de temps. | | vio- Pourtant, n'est-ce pas là l'assassin qui a prémé:- | Ômes dité la mort de ses amis et qui se présente pour exéu ler cuter son horrible projet? Ah ! il me semble le voir. Par moment sa figure pâlit ; ses regards jettent une diffé- clarté sombre ; sa main tremble ; un affreux désir de ne de cupidité domine tous ses instincts. Sa mère ! il n’y
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pense déjà plus, il ne voit qu'une chose, l'or qu'il convoite. Il oublie tout le reste. Regardez-le, ses traits sont méconnaissables.
N'est-ce pas là le portrait de Shortis le criminel ? Ne reconnaissez-vous pas les traits de Shortis, l’assassin ? Non, il n'y a rien de tel Ce jeune homme n’a pas oublié le souvenir de sa mère ; il songe encore à relire sa dernière lettre et à lui écrire le soir même avant de se livrer au sommeil. Ce jeune homme qui n’est en vérité qu’un enfant (cinquante témoins vous l'ont dit) il est gai, enjoué ; il rit et s'amuse avec ces jeunes gens qui sont ses amis, et sur ce jeune visage pas une trace d'émotion n’est visible, si ce n’est l’épanouissement que produit le plaisir et la gaieté.
Mais, nous dit-on, pourquoi a-t-il tant insisté pour obtenir la possession de ce revolver ?
Eh ! Messieurs, rappelez-vous donc que jouer, s’amuser avec des armes à feu, ça été la manie dominante et irrésistible de toute sa vie.
Deux fois il demande à Towe la permission d’examiner son revolver. Qu'aurait-il eu besoin de lui demander cette permission s’il eût eu l’idée de s'en servir pour tuer ses amis ? Lowe nous dit que peu d’instants après son arrivée, il s'est approché de lu table où était ce revolver ; il n'avait qu'à le prendre et à foudroyer tous ces jeunes gens assis en groupe devant lui.
Cependant après une deuxième demande de lu part de Shortis, Lowe enlève d’abord les balles que contenait son revolver et consent à le lui donner.
Pendant une heure, Shortis, tout en causant et badi-
quil nant avec ses compagnons, s'amuse à huiler et netde toyer ce revolver. Admettons, si l’on veut, que Shortis L n'avait pas dans sa chambre de revolver du calibre inel ; No 32, et qu'il comptait sur la possession de celui de ssl Lowe pour commettre les assassinats qu’il avait prosauté jetés. Assurément si son dessein eût été de tuer, il se be serait muni de balles du calibre No 32 ; il en aurait TT apporté plein ses poches. Et alors, qui l'aurait empêché ans ds de s’en servir du moment qu'il avait cétte arme dans tee les mains ?
sr bbh Messieurs, vous avez vu ce revolver. (C'est une dé à pièce d’un mécanisme vraiment remarquable. Il est | l'épa- composé de deux parties qui se replient l’une sur | l'autre, afin de le charger sans danger. Une fois chargé cependant, il suffit du plus léger mouve- | de bé ment du doigt pour faire partir la détente, et le coup | parti, la gachette revient d'elle-même se remettre en | place, prête pour un second coup. Il n’y a pas de Il noel chien qui frappe la capsule par en dehors comme | domi- dans les revolvers ordinaires ; tout le mécanisme se | trouve à l'intérieur de l'arme et ce mécanisme est des e 7. plus délicats. La vue de ce revolver d'un modèle si 4 D nouveau à dû exciter à un très haut degré la curiosité ke es de Shortis. Aussi ne suis-je nullement étonné
| de la : qu'après l'avoir remis à Lowe, qui replaça immé-
diatement dans les cinq chambres les balles qu'il endre avait tout d'abord enlevées, il ait voulu le revoir bis afin de prendre le nom de la manufacture qui conde ln | fectionne ces revolvers ; et s’il est vrai de dire que : dans ce moment là il était sous l'empire d’une tenta- | vb tion, cette tentation devait être celle de se procurer
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le plus tôt possible un revolver semblable à celui-là.
« Lowe, tenant le revolver dans ses mains, lui donne le nom de la manufacture et Shortis en prend note sur un morceau de papier. Puis il place le revolver dans un tiroir au-dessous du comptoir, du côté de la voûte de sûreté, C'était l'endroit où on le mettait habituellement. Au bout de quelques minutes, Shortis retourne auprès du comptoir, ouvre le tiroir et prend de nouveau le revolver, Il voulait, dit-il
s'assurer du numéro du modèle. Un instant après il braque cette arme sur Hugh A. Wilson; une détonation se fait entendre; Wilson pousse un cri et tombe dans les bras de Lowe qui était à ses côtés.
Messieurs, la défense affirme que jamais Shortis n’a ÿ eu l'intention de tirer sur Wilson et que ce premier { L'| coup de feu est parti par accident.
4 Avez-vous remarqué les paroles de Lowe, lorsqu'il
a vu Shortis prendre son revolver dans le tiroir ?
“* Do leave that revolver alone. We cannot work “ while you are fooling with that revolver.”
“ Laisse donc cette arme à sa place. Il nous sera
“ impossible de travailler {ant que tu feras lé fou
“ avec ce revolver.”
Lowe connaissait les habitudes de Shortis, il savait qu'il aimait à faire des enfantillages et des folies ‘avec les prmes à feu.
Remarquez encore les paroles suivantes de Lowe :
“Q. When you handed Shortis the revolver, you ‘“ took the preraution to remove out the cartridges ? “R. Yes.
lui-là.
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Lowe :
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“ Q. Lorsque vous avez nassé le revolver à Shor ti “ vous avez pris la précaution d'enlever les cartouches ?
“KR. Oui”
Pourquoi Lowe a-t-il pris cette précaution, Mrssieurs ? Etait-ce parce qu'il soupçonnait Shortis de vouloir tuer quelqu'un ?
Non, pas du tout ; écoutez ce qu'il dit :
“ I had done it, becuuse T had the experienc: of mearly shooting a man myself. I was employ: d in a certain place and I had a revolver going to “hoot “ rats and, fooling with it, it accidentally went off and I have always had precautions since.”
«“ Je l’ui fait, parce qu'un jour la chose m'est arrivée à moi-même, j'ai failli tuer un homme. J'étais occupé duns un certain endroit et j'avais pris avec “ moi un revolver pour tuer des rats. Tout à :oup en “ jouant avec mon revolver le coup partit x vr acci- “ dent ; depuis cette date, j'ai toujours pris les pré- “ cautions lorsque j'ai eu à me servir d'un : evolver.”
Eh! Messieurs, si un pareil accident est arrivé à Lowe, pourquoi n'aurait-il pas pu arriver à Shortis également ?
Mais ce n’est pas tout. Le revolver q:.e Shortis avait dans les mains le soir du ler murs, c'est le revolver de Lowe, sans doute le même qui avait déjà fait feu accidentellement et avec lequel Lowe avait failli tuer un homme. Rappelez vous aussi que ce revolver venait d'être nettoyé et huilé. C’est une arme d’un mécanisme des plus délicats et dont la moindre pression fait céder la létente. Ce modèle était évidemment nouveau pour Shortis qui était acccoutumé à des revolvers dont la gachette est
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beaucoup moins sensible. La simple secouste produite par le bras soudainement tendu,une pression involontaire toute légère qu’elle fût sur cette gachette fraîchement huilée a suffi pour faire céder la détente et le coup a parti.
Ne sentez-vous pas, Messieurs, que c’est de cette façon que le premier coup de feu x été porté ?
Vous me direz: Pourquoi Shortis a-t-il braqué son revolver sur Wilson ? Ah ! je le sais, on ne doit jamais braquer une arme à feu sur personne, mais que voulez-vous ? c'était là une de ses manies à lui, un de ses amusements de fou.
“ Bien des fois, nous dit Farrell, il a braqué son “ revolver sur mci. Il riait de ma frayeur; ça pa- “* raissait l’amuser beaucoup.”
James O’Donohue affirme la même chose.
Edouard Thos. Murphy nous dit : “ Un jour, pour ‘“ me débarrasser de ses obsessions, je lui donnai un “ pistolet et des cartouches que j'avais ; Shortis le “ chargea, et un instant après, il le braqua sur un “ jeune commis qui était à ses côtés.”
Vous vous rappelez l'incident rapporté par le témoin Dobbin Bowers : “ Shortis alla chercher sa “ carabine, nous dit-il, et vint prendre place dans le ‘“ chaloupe. Il chargea son arme et commença à la ‘ promener devant moi. Je le priai de cesser ce jeu “ dangereux, mais il continua malgré moi ; ça purais- “ sait l’amuser beaucoup.” :
“ Un soir, dit John Harrison, j'étais devant le “ théâtre, Shortis a braqué son revolver sur moi.”
Maintes et maintes fois, il s'est amusé à effrayer Mile Anderson de la même manière. Vous me direz :
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c'était l’acte d’un fou. Je l’admets, mais c'était sa manière à lui de s'amuser. * Il n’y a donc rien d'étonnant que ce soir-là, il se soit rendu ‘coupable
d’un acte de folie du même genre, et que, pour s'amu- ‘ser de sa frayeur, il ait braqué son pistolet sur l’un
de ses amis dans le bureau de la filature.
Il y a plus, Messieurs, si le dessein de Shortis eût éte de faire un massacre général de tous ces jeunes gens, est-ce bien le jeune Wilson que la prudence la plus ordinaire lui aurait suggéré de choisir le premier? Remarquez la position que Shortis occupait. Il venait de quitter le siége de Mr Smith et se dirigeait du côté du tiroir où il avait pris le revolver. En avant de lui se trouvaient Wilson et Lowe, et plus loin tout près de la porte de la voûte, le jeune Arthur Lebœuf, assis sur une chaise. Où était Loye ? Derrière lui. Voilà celui qu’il aurait dû attaquer le premier, Loye était tout près du bout du comptoir. Pendant que Shortis était occupé à tirer sur ceux qui étaient près de la voûte, il était facile à Loye de sortir du bureau en passant au bout du comptoir, d'atteindre la porte et de se sauver au dehors. Une fois dehors, il aurait couru donner l'alarme dans la chambre des chaudières où il était certain de trouver les trois chauffeurs avec le gardien Napoléon Delisle. Ou bien encore, il aurait pu courir à la maison la plus prochaine. Shortis avait donc tout l'intérêt du
. monde de prévenir une pareille éventualité. C'était
donc Loye qu'il devait attaquer tout d'abord ; la chose est évidente,
Messieurs, quelle a été l'impression produite sur ces quatre jeunes gens par ce premier coup de feu ?