‹ Affaire ShortisChapitre 4 sur 8 · AUDIENCE DU 29 OCTOBRE · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU 29 OCTOBRE

Qu il plaise à la Cour,

Messieurs les Jurés,

Le deux mars dernier, le pays tout entier était jeté dans la consternation et frappé de stupeur à la nouvelle de l'affreuse tragédie dont la petite ville de Valleyfield venait d'être le théâtre.

Un jeune homme, arrivé d'Irlande depuis quelques mois seulement, avait, disait-on, tenté de s'emparer d'une somme de quatorze mille dollars, déposée dans la voûte de sûreté de la filature de coton située à la tête du canal de Beauharnois, et pour parvenir à commettre ce vol, il avait tué à coups de revolver John Loye et Maxime Lebœuf, deux des employés de l'établissement, et blessé dangereusement un troisième. On désignait comme l'auteur de cet attentat VALEN- TINE SHORTIS. C'est le jeune homme qui est actuellement devant vous et que vous êtes appelés à

luger

Tous les détails de cette sanglante affaire vous sont maintenant connus. Ils vous ont été racontés par John Lowe, le caissier de la manufacture, par Arthur Lebœuf, le frère de l'une des victimes, et par Hugh A. Wilson, ce brave garçon qui, grâce à son courage et à une protection toute providentielle, a pu échapper à la mort, et sauver, en donnant l'alarme, ses camarades renfermés dans la voûte de sûreté.

Je n'ai donc rien à vous apprendre sur les circonstances de la mort de John Loye que Valentine Shortis est accusé d'avoir tué, ni sur celle du gai-dien, Maxime Lebœuf, qui a perdu la vie dans la même occasion. Au reste, la défense ne conteste pas ces faits.

La seule question qui vous est soumise est celle de savoir si, dans la nuit du premier au deux mars dernier, date de la terrible tragédie, l'accusé était sain d'esprit, ou s'il était privé de sa raison, au point d'échapper à la responsabilité de ses actes.

Voilà ce que vous êtes appelés à décider. Vous êtes nos juges, messieurs, pouvons-nous compter sur votre parfaite impartialité ? Oui, j'en suis sûr ; votre intelligence et votre honorabilité sont nos meilleurs garants. Pourtant, avant d'aller plus loin, laissez-moi vous dire toute ma pensée et décharger mon âme d'un poids qui l'oppresse.

Le quatre mars dernier, lors de l'enquête préliminaire tenue à Valleyfield, un millier de personnes se sont ruées sur l'accusé pour le déchirer en lambeaux, et ce malheureux jeune homme n'a du son salut qu'à l'attitude décidée et énergique des constables chargés de le protéger contre la fureur populaire.

Durant la nuit qui a suivi, dans le but de le sous-

tniii'e à une deuxième attaque plus redoutable et mieux organisée que la première, il a fallu le transférer secrètement à la prison de Beauharnois.

Au mois de juin dernier, lorsqu'une requête pour obtenir un " changement de venue," (je me sers de l'expression légale), a été déposée devant l'Honorable Juge Bélanger, soixante personnes ont déclaré, que d'après ce qu'elles connaissaient du sentiment populaire ouvertement exprimé, il serait impossible de trou\'er dans ce district douze hommes impartiaux disposés à rendre justice au prisonnier et à le juger sans parti pris et sans prévention.

Toutes ces circonstances vous sont connues, Messieurs. Mais il y a plus : Vous avez vous-mêmes été témoins du fait que cinquante-neuf de vos collègues jurés sont venus déclarer, sous serment, ([u'ils é]:)rouvaient contre l'accusé un sentiment d'animosité tel que rien, pas même les preuves les plus convaincantes, ne pourraient changer leur détermination bien arrêtée de l'envoyer à l'échafaud.

Grand Dieu ! serait-il possible que la paisible population de ce district serait devenue aussi insensible à tous sentiments de justice et d'humanité !

Messieurs, en dépit de tout cela, j'ai confiance en vous. Oui, j'ai confiance en vous, et malgré qu'aujourd'hui mêm(} on continue de répéter que jamais Valentine Shx)rtis ne sera acquitté par un jury de Beauharnois : malgré qu'on pousse l'audace jusqu'à vous calomnier en disant (|ue tel et tel des jurés assermentés pour cette cause sont montés sur le banc de la justice avec la détermination arrêtée et exprimée d'avance de pendre l'accusé, malgré qu'on ose affirmer ouvertement

qu'il s'en trouve parmi vous qui ont volontairement menti à la société, menti à Dieu, menti à leur conscience, en mettant la main sur les Saints Evangiles pour aflfirmer qu'ils allaient juger Valentine Shortis sans passion et sans préjugés, lorsqu'en réalité ils avaient d'avance décidé de l'envoyer à l'échafaud, malgré tout cela, messieurs, j'ai confiance en vous. J'ai confiance dans l'honorabilité de mes concitoyens, dans leur sens de justice, dans leur respect pour la religion du serment ; et en dépit de tout ce qu'on a pu faire et de tout ce qu'on a pu dire, j'ose afïimer à mon tour, que pas un seul des jurés qui m'entendent ne serait capable d'un pareil parjure, ni d'une si infamante lâcheté. ,

Ah ; Messieurs, après les scènes émouvantes dont vous avez été les témoins ; en présence de ce pèi'e accablé sous le poids de la douleur, de cette mère dont le cœur se brise, qui tous deux viennent vous réclamer leur seul enfant, est-ce bien du côté de la haine et de la vengeance que doit pencher la balance de la justice ? N'est-ce pas plutôt du côté de la pitié et de la commisération ? Mais que mes adversaires ne s'alarment pas : ce n'est pas par des appels aux sentiments tendres du cœur que j'entends obtenir l'acquittement de celui dont je vais entreprendre la défense. Personne ne m'a chargé d'une pareille mission. Ce que je demande c'est la justice, cette justice aveugle et implacable lorsqu'il le faut, mais qui doit tout entendre avant de former ses jugements et de prononcer ses arrêts.

Cette justice, Messieurs, j'ai le droit de l'attendre de vous. Vous êtes les juges aujourd'hui, qui sait si demain vous ne serez pas jugés à votre tour ? N'avonsnous pas, durant l'instruction de cette cause, reçu de

]a Providence le plus solennel des avertissements ? Vous avez tous vu ce saint Prélat * que son zèle apostolique plus encore que sa vieille amitié pour cette malheureuse famille, avait conduit jusque dans ce prétoire. — En apprenant l'immense douleur dans laquelle ce père et cette mère désolés étaient plongés, il était accouru de loin pour verser dans leur cœur un peu de ce baume de consolation, dont plus que tout autre, le prêtre possède le secret. Qui de vous, en le voyant si plein de vigueur et de santé, se serait imaginé que quatre jours après sa visite en cette enceinte, il serait étendu sans vie dans une chambre mortuaire ? Qui aurait jamais songé, lorsque nous l'avons vu prendre place sur le banc du juge, à l'invitation du président du Tribunal, que cet honneur serait le dernier qu'il recevrait ici-bas, et que huit jours plus tai'd, il serait dans sa tombe, dormant de ce sommeil dont on ne se réveille jamais.

Quel avertissement pour nous tous. Messieurs. Qu'est-ce donc (jue la vie ? Quelques années passées sous le glaive toujours menaçant de cette implacable Souveraine, la Mort. — Puis, plus rien. — Je me trompe, il y a le verdict prononcé pai* le Grand Juge. — Profitons de cette terrible leçon. Prenons-en chacun notre part, nous qui sommes chargés de défendre l'accusé, en faisant notre devoir d'avocats, et vous qui êtes nos juges en cette cause, en prononçant un jugement dont vous pourrez rendre compte sans appréhension et sans frayeur devant le Juge Suprême. Vous êtes appelés à vous prononcer sur la vie ou sur la mort de l'un de vos semblables ; écoutez sa défense sans faveur

* Monsi^nor ( t'Iirieu, délégué apostolique, était venu de Haltlmoie, Marylaud.

et sans passion, et jugez-le avec vos consciences, comme si votre jugement devait être le dernier acte de votre vie. Votre indulgente attention et votre bienveillance sur lesquelles je compte me rendront plus facile la tâche importante qui m'incombe, et moins onéreuse la redoutable responsabilité qui pèse sur mes épaules.

Quel est donc ce jeune homme qui est aujourd'hui à la barre des accusés ?

Le ministère public, par la bouche de ses avocats, vous dit : c'est un voleur, un assassin et un meurtrier.

Nous qui sommes chargés de sa défense, nous vous disons : c'est un fou, un irresponsable.

Messieurs, lorsque les détails de l'affreuse tragédie vous ont été racontés ; lorsqu'on vous a dit que l'auteur du triple assassinat commis à Valleyfield était un jeune homme de vingt ans à peine, l'unique héritier d'une fortune de plus de cent mille dollars, lorsqu'on vous a informés du fait que ceux qu'il avait attaqués dans son aveugle fureur étaient ses amis les plus intimes, n'avez-vous pas été frappés par la pensée que ce massacre devait être l'acte d'un maniaque, d'un fou ? 3

Mr Gault affirme que dans le cablegramme envoyé par lui à la mère de l'accusé, en Irlande, pour lui faire connaître l'attreux malheur qui allait la frapper, ses premiers mots ont été ; '" Madame, votre fils doit être fou. "

L'un de vos confrères jurés est venu dire au tribunal, (et vous l'avez tous entendu) ; " Je suis incompé- " tent à siéger comme juré en cette cause, parce que " mon opinion est formée sur le compte de l'accusé ;

j'ai toujours pensé que les actes qui lui sont repro- " chés ne pouvaient être que ceux d'un fou, et rien de " ce qu'on dira ici ne pourra changer ma conviction " intime que ce jeune homme est privé de sa raison. " Je le répète : N'avez-vous pas, vous aussi, été frappés par la même idée ? Pourquoi aurait-il tué ses meilleurs amis ? Pour voler, dites-vous ? Mais, songez y donc ; il est l'unique héritier d'une immense fortune !

Vous me direz : ce jeune homme paraissait bien élevé ; il causait avec un certain degré d'intelligence ; il avait les manières d'une personne de bonne compagnie.— Oui, sans doute, il pouvait posséder toutes ces qualités, et cependant, être un lunatique.

Je le sais. Messieurs, pour le vulgaire, pour celui qui n'a jamais mis les pieds dans une asile d'aliénés, le fou, c'est le maniaque complètement privé de sa raison qu'il faut conduire pieds et poings liés dans une maison de santé ; c'est l'épileptique en fureur qui se ronge les bras et se coupe la langue avec ses dents, ou bien encore, c'est le pauvre idiot inofFensif, à la tête difforme, aux membres tordus ou rachétiques et grêles que l'on rencontre quelquefois dans nos campagnes, entouré ou poursuivi par un groupe d'enfants qui s'amusent à le taquiner. — Oui, assurément, tous ces gens-là sont des fous, mais vous tomberiez dans une erreur grossière, si vous alliez vous imaginer que ce sont là les seuls êtres qui soient privés de leur raison.

Ecoutez ce que dit Tardieu,ce docteur reconnus par le monde entier pour l'un des maitres dans la science médicale et l'un de ceux qui ont le plus approfondi l'étude de la folie et des maladies mentales : —

" Rien n'est plus opposé à la réalité que l'idée (jue

" l'on se fait d'un fou. Il existe un type de convention, " une sorte de fou de théâtre, si l'on me permet l'ex- " pression, qui n'a rien de la vérité, qui du moins ne " se rencontre que très-rarement, et qui cependant " reste invinciblement gravé dans les esprits. Ceitv " erreur n'est pas seulement celle du vulgaire ; on la " retrouve jusque dans les classes les plus éclairées. " Pour le public, et trop souvent pour ceux qui, soit " dans le sein d'un conseil de famille, dans un jury, " sur le siège d'un tribunal même, ont à décider du '' sort d'un aliéné, il faut pour caractériser la folie une . " incohérence absolue des idées et du langage, une " impersonnalité du malade, enfin l'abolition de toutes " les facultés qui se rattachent à la volonté et à la con- *' sience, comme la perception, l'attention, le jugement " et la mémoire. Ce préjugé qui dénote simplement la " plus complète ignorance de la folie, n'en est pas moins " un embarras pour l'expertise médico-légale qui doit " avant tout s'en afi'ranchir résolument. Il y a très " peu d'aliénés qui, lorsqu'on leur demande leur nom, " ne le disent pas ; ils pouiront quelquefois dans lei " formes aiguës du délire maniaque se tromper su " leur personnalité : mais dans le plus grand nombr " des cas, l'aliéné énoncera pertinemment son no " son âge, son sexe, sa qualité. Tous les fous ne si " ^présentent 'pas avec V incohérence cV idées et de lan " gage qui ne caractérisent que quelques-uns d'entr' '• eux. Il n existe pas un type unique de la folie ; i\ " ny a pas un fou, mais des fous, et les espèces son " niidtiples et variées. "

Dans une autre partie de son livre sur la folie, 1 même docteur va jusqu'à prétendre que généralemen

les médecins eux-mêmes ne sojit guère mieux renseignés que le vulgaire sur les traits caractéristiques do a folie.

" Le premier précepte à formuler, dit-il, en ce qui " concerne l'expert appelé à se prononcer sur l'état " de la raison ou de la folie, c'est qu'il soit capable de

* porter ce jugement, c'est qu'il ait une expérience ' personnelle suffisante et qu'il sache à des signes cer- " tains reconnaître la folie. — Malheureusement l'édu-

* cation des médecins présente en général sur ce point

* la plus fâcheuse lacune. . . La généralité des médecins " ignore la folie ; c'est pourquoi il faut avant tout que ' ceux-là se récusent et n'acceptent pas la tâche diffi- " cile et l'énorme responsabilité d'une expertise sur les ' questions de folie, qui n'ont ni l'habitude d'observer " des fous, ni l'expérience des diverses formes et des " différents degrés de la folie, qui en un mot ne sau- " raient s'acquitter de leur mission en toute sécurité " de science et de conscience. "

Messieurs, tous les savants qui ont fait des maladies mentales l'étude de leur vie sont d'accord que la folie est une maladie du cerveau, que dans certains cas, comme au reste il arrive pour d'autres maladies, les signes extérieurs, les symptômes, sont apparents et faciles à constater, mais que dans un grand nombre i'autres cas, il faut recourir à la science, aux médecins spécialistes pour bien s'assurer de l'existence de la lésion dont souffre le cerveau du malade.

" Les recherches de ce genre, dit Marc, dans son Traité sur la Folie,' sont particulièrement dévo- ' lues au médecin, (l'auteur parle ici du médecin ex- ' pert), parce que les lésions de l'entendement humain

" rentrent dans le cadre des maladies qui ajffligent " notre espèce, et quil doit les avoir étudiées pour " bien connaître les formes sous lesquelles elles se " présentent, ainsi que 'pour apprécier les causes qui " peuvent les avoir influencées ou niéme fait naître."

La loi, Messieurs les Jurés, vous a constitués les juges pour déterminer la question de savoir si l'accusé était responsable des actes qu'il a commis dans la nuit du premier au deux mars dernier. Est-ce à dire que vous pourrez juger d'après les idées populaires que vous avez pu, comme bien d'autres, vous former sur ce qu'on appelle généralement un l'on ? Non, assurément : Ce serait le comble de l'absurdité, et l'instruction de ce procès deviendrait une moquerie. Quej vous soyez de braves et honnêtes cultivateurs, tout le] monde l'admettra ; que vous sachiez lire et écrire, j( veux le croire ; que vous ayez même eu les avantages d'une bonne instruction aux écoles de votre paroisse ou dans un collège classique, c'est possible ; mais tout cela ne pourrait faire de vous des juges compétents, pour déterminer si un homme souffre ou non d'une maladie qui ne laisse que peu ou pas de traces au dehors, et encore moins s'il s'agit de déterminer les caractères et le degré de la maladie.

Lorsque vous vous sentez sérieusement malades, ce ne sont pas des cultivateurs comme vous que vous allez consulter et à qui vous allez demander la guérison que vous espérez obtenir ; c'est au médecin, c'est à l'homme de science que vous vous adressez. Exiger de vous que vous deveniez tout à coup, pour les fins de cette cause, des hommes de science, des spécialistes,

serait assurément tomber dans l'absurdité ; aussi n'est-ce pas là ce que la loi attend de vous.

Quelles sont donc la nature et l'étendue de vos fonctions ? Allez-vous, à vous seuls, entreprendre toute la responsabilité du procès ? Allez-vous vous boucher les oreilles, vous fermer les yeux et dire que l'accusé est sain d'esprit lorsque la science vous affirme que c'est un fou ? Non, messieui's. Sans doute, vous aurez à décider si, dans la nuit du premier au deux mars dernier, l'accusé était ou non sain d'esprit, mais votre devoir est de décider cette question d'après les données, les indications et les déductions de la science. C'est pour cette raison que la loi permet que dans les causes de cette nature, des experts, des médecins spécialistes, soient appelés pour vous donner leurs conclusions sur l'état mental de celui dont on fait le procès et pour éclairer vos consciences à la lumière des connaissances que leurs études et une longue expérience leur ont permis d'acquérir.

Avant de discuter la preuve qui établira l'état mental de l'accusé, parlons un peu de la folie :

Existe-t-il des fous qui, en apparence, parlent, raisonnent et agissent comme des personnes en possession de leurs facultés mentales ? " Oui," nous ont répondu les quatre experts entendus de la part de la défense ;" il s'en trouve dans tous les asiles." Vous allez me dire : " Voilà qui est bien étrange, assurément." Ne vous en étonnez pas. Messieurs : ce que les experts ont affirmé est un fait rapporté par tous les savants qui ont fait des éludes sur cette question. Laissez-moi vous citer les paroles de l'un d'entre eux :

" Une variété très reinarqaahle de l'état def< 'maniaques, dit un auteur dont je ferai connaître le nom dans un instant, consiste dans la continuation de la cohérence des idées, combinée avec des écarts manifestes de la raison. Les hospices des aliénés ne sont jamais sans offrir quelque exemple d'une manie marquée par des actes d'extravagance ou même de fureur covihinés avec une sorte de jugement conservé dans toute Non intégrité, si on en juge par les propos. L'aliéné fait les réponses les plus justes et les 'plus précises aux questions des curieux ; on n'aperçoit aucune incohérence dans ses idées ; il fait des lectures, il écrit des lettres, comme si sovy entendement était parfaitement sain .... et trouve toujours quelque raison plausible pour justifier ses écarts et ses emportements. Cette sorte de manie est si peu rare qu'on lui donne le nom vulgaire de folie raisonnante. Quelques-uns même sont susceptibles de fixer leur attention au milieu de leurs divagations chimériques au point qu'ils peuvent écrire à leurs parents ou aux autorités constitutées, des lettres pleines de sens et de raison. J'engageai, un jour, l'un d'entre eux, d'un esprit très cultivé, à m'écrire pour le lendemain, et cette lettre écrite au moment où il tenait les propos les plus absurdes, fut pleine de sens et de raison. On sait enfin qu'une des variétés de la manie qu'on appelle dans les hospices, folie raisonnante, est marquée surtout par la cohérence la plus extrême^ dans les idées et la justesse du jugement ; l'aliéni peut alors lire, écrire et réfléchir, com.me s'il jouis*, sait d'une raison saine, et cependant il est sou-

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