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" Le 4 novembre 1825, dit le compilateur des "Causes *' Célèbres," un peu après-midi, une femme de 27 ans " du nom de Henriette Cornier, domestique dans un " hôtel garni de la rue Pépinière, No. 59, à Paris, des- " cendit acheter un morceau de fromage, chez les " époux Belon, fruitiers, habitant une maison conti- " gtie à l'hôtel. Cette femme, entrée depuis quelques " jours au service des époux Fournier, logeurs, était *' déjà venue plusieurs fois acheter ses provisions dans " la boutique des époux Belon.
" Peu communicative et assez triste, cette femme '' qu'on appelait la tille Henriette Cornier, ou tout sim- " plement Henriette, avait cependant été bien accueil- " lie dès les premiers moments par les Belon, car à cha- " cune de ses visites, elle caressait avec une sorte de " passion une charmante petite tille de dix-neuf mois, " dont la gentillesse faisait l'orgueil de son père et de " sa mère. Les Belon âgés tous les deux de trente-quatre " ans avaient deux enfants, un petit garçon encore en " nourrice et la petite Fanny, cette jolie créature " qu'aimait à caresser Henriette. — Mes maîtres sont " sortis, dit en entrant Henriette Cornier, et il faut " que je reste à la maison pour préparer le diner. — " Comme vous dites ça, répondit la femme Belon, on " dirait que vous avez le cœur gros de votre nouvelle " place. Est-ce que vous n'êtes pas bien chez Fournier ? •* — Non, dit Henriette, la femme a des manies, elle " gronde pour rien. Trouvez-moi donc une place de " bonne d'enfants ; au moins, là, je serai plus heureuse, " j'aime tant les enfants !
" La femme Belon tenait en ce moment dans ses " bras la petite Fanny, et Henriette la prit et vse mit
" à la caresser pendant qu'on la sei'vait. Il faisait unt; " admirable journée d'automne et la femme Belon " exprima le désir de profiter d'un si beau temps pour •' aller promener l'enfant. — C'est cela, dit Henriette, " allez vous habiller, madame Belon, et laissez-moi un '' instant la petite Fanny, je suis seule à la maison, je '' l'amuserai. Madame Belon fit quelques difficultés ; il " semblait qu'un secret instinct l'avertît de ne pas lais- " ser emmener sa fille, mais Belon embrassa Fanny et " la mit en riant dans les bras d'Henriette, en recom- " mandant à celle-ci de ne pas la garder longtemps " Henriette le promit et se retira en couvrant de bai- " sers la petite fille, la câlinant avec tendresse et lui " séparant les boucles de cheveux blonds qui tom- " baient sur ses yeux. Rentrée à l'hôtel, Henriette •' Cornier hâta le pas, entra dans la cuisine située au " rez-de-chaussée, y prit un grand couteau à découper ■' et l'emporta d'une main, tandis que l'autre soutenait ■* la petite Fanny qui jouait avec les rubans de son
* bonnet. Henriette montait dans sa chambre au pre- ' mier au-dessus de l'entre-sol. Au pied de l'escalier ' elle rencontra la portière de la maison, la femme ' Druot, qui lui dit en riant : " Est-ce que c'est à vous, ' Mam 'selle Henriette, ce petit chérubin-là ? " Non, ' répondit Henriette en soupirant ; non, je ne suis pas ' assez heureuse pour cela." Et elle monta à pas pres- ' ses, prodiguant à Fanny de nouvelles caresses.
* Arrivée dans sa chambre, elle en ferme soigneuse- ' ment la porte, étendit la petite fille sur le lit en tra- ' vers, l'embrassa une fois encore, la regarda fixement, ' puis lui saisissant la tête, fit tendre le cou à l'enfant ' et le scia avec tant de sûreté et de promptitude,
' que la pauvre petite victime n'eut même pas le •' temps de jeter un cri. Le corps sanglant retomba •' sur le lit, la tête resta dans les mains d'Henriette. '' Un ruisseau de sang avait jailli sur l'assassin et " coulait du tronc décapité dans un vase placé près " du lit. Henriette écouta un instant le bruit des " gouttes qui se succédaient, et regarda ses mains '' rougies. Alors seulement elle eut un vague sentiment " de dégoût et d'eti'roi et elle jeta la petite tête sur le " carreau, puis elle ouvrit machinalement la porte, " regarda du haut de l'escalier, écouta si personne ne " venait, et comme effrayée tout à coup sans raison, " courut s'enfermer dans la chambre de ses maîtres. " Mais bientôt elle en sortit rassurée, rentra dans sa '•' chambi'e et parut refléchir. Elle prit le petit corps " sur le lit, le déposa sur le carreau près de la tête, " puis elle essuya ses mains sans les laver, s'assit et " resta plongée dans unti sorte de rêverie. Tout à " coup elle tressaillit, une voix se faisait entendre au " pied de l'escalier. — " Mam'selle Henriette, descendez- " moi Fanny, je suis prête." — C'était la mère qui '' venait demander son enfant. Henriette Cornier alla " ouvrir la porte, s'avança sur le palier et regarda " dans la cage de l'escalier. La fenune Belon montait. " Je viens chercher Fanny repéta la fruitière. " " 11 est " mort, votre enfant," répondit tran(iuillement Henri- " ette. La femme Belon hâta le pas et s'avança souri- *' ante. La pauvre mère croyait à une plaisanterie. " L'escalier était ol)scur : quand la mère arriva à la ' dernière marche, elle trouva Henriette (jui lui bar- ' rait le passage et qui lui repéta doucement : " Mais " je vous dis qu'il est mort, votre enfant : allez-vous
' en donc." Alarmée, la feninie Belon pousse Henri- * ette et entre vivement dans la chambre. L'horrible ' spectacle frappe les yeux de la pauvre femme. Eper- ' due, elle veut parler, elle veut marcher, voix, jambes, ' tout lui manque et ses yeux hagards ne peuvent se ' détacher de ces pauvres petits restes mutilés. Mais " Henriette a gardé tout son sang froid, " Sauvez- ' vous dit-elle à la mère, vous serviriez de témoin." ' Le malheureuse femme recule instinctivement, gagne ' le pallier et là, rappelée à elle-même, descend en ' courant et en criant. Cependant Belon ne voyant ' nas revenir sa femme et son enfant, était sorti de ' la boutique. Tout à coup une fenêtre s'ouvre au- ' dessus de lui, quelque chose en tombe qui s'en va ' roulant presque sous les roues d'une voiture qui ' passe. Il s'élança et ramassa. . . .horreur! une tête ' blonde ensanglantée. . . .la tête de son enfant ! ! î La •' mère se précipite en ce moment, haletante, terrifiée ; ' elle tombe entre les bras de son mari, et le premier '' objet qu'elle aperçoit c'est encore cette tête. Elle ' s'évanouit en criant : " C'est Henriette, là-haut ! " ' On s'indigne, on s'agite, on devine l'affreuse vérité, " on monte et on trouve Henriette pâle, mais tran- ■' quillement assise sur une chaise, près du lit, à deux " pas du cadavre. Ses mains rouges de sang sont •' posées sur ses genoux, son regard est atone. Le com- '' missaire de police arrive. On interroge la malheu- ' reuse, elle avoue. " Pourquoi avez-vous fait cela dit ■' le commissaire ? " — " C'est une idée qui m'a pris ' comme cela ; c'était ma destinée ", répond Henriette. La cause d'Henriette Cornier fut instruite le 24 juin 1826. Dans le cours de l'interrogatoire que lui
fait subir le président du tribunal, on lui demande : " Ne saviez-vous pas que vous commettiez une action " atroce ? " Elle répond : " Cela s'est passé comme un '•' éclair, malgré moi."
" Des médecins experts, continue l'auteur, furent " appelés et monsieur Esquirol, l'un d'eux, décrivit " cet état encore tnal connu, la monomanie, dans le- " quel une personne jouissant en apparence de toute " ,9a raison, la perd sur un seul point, et devient