‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource] (volume 2)Chapitre 16 sur 92 · Fractures de côtes · texte numérisé non relu

Fractures de côtes

( 245 hommes : 233 traités et guéris ; 12 morts. 275 cas j 3Q ^^^^^^^ : 28 — — 2 —

Les fractures de côtes par cause directe sont la règle ; les fractures par cause indirecte, l'exception. Le plus souvent c'est la paroi de la poitrine qui vient heurter contre un corps dur pendant une chute (83 cas) ; d'autres fois c'est un corps extérieur (33 cas), un coup de pied de cheval (10 cas), un coup de pied d'homme (7 cas), qui a frappe la poitrine. Dans tous ces cas^une ou plusieurs côtes sont cassées par le choc direct. Mais lorsque le thorax est comprimé dans un éboulement^2 cas) ou entre un mur et une voiture, entre le sol et une roue de voiture (13 cas), la courbure des côtes s'exagère et la fracture se produit par cause indirecte. Mes chiffres ne donnent que très imparfaitement la proportion des causes directes aux causes indirectes, parce que, dans un très grand nombre de cas, il m'a été impossible de reconnaître le mécanisme de la tracture.

Parmi les causes prédisposantes,l'âgemùr et la vieillesse sont les plus certaines. En effet :

De 15 à 25 ans j'ai observé

4 fractures de côte.

De 26 à 35 —

De 36 à 45 —

De 46 à 55 —

De 56 cà 65 —

De 66 à 75 — -

Au-dessus de 76 —

Les fractures de côtes ont été un peu plus fréquentes pendant les mois de la saison chaude, d'avril à octobre (148 cas) que pendant les mois de la saison froide, d octobre à avril (127 cas). C'est l'inverse de ce que j'ai observe pour les fractures des membres.

Les côtes gauches ont été plus souvent fracturées que

LÉSIONS TRAUMATIQUES.

celles da côté droit, dans la proportion de 128 fractures à gauche pour 113 à droite.

Il n'y a eu aucune fracture de la première ni de la douzième cote. La deuxième et la troisième côtes ont été bien rarement fracturées (4 fois). Toutes les autres côtes ont présenté à peu près le même nombre de fractures, et, parmi elles, les plus fréquemment atteintes ont été la cinquième et la septième.

175 fois la fracture m'a paru siéger sur une seule côte. 100 fois la fracture était multiple, intéressant deux, trois et même quatre côtes.

Parmi les signes physiques, le plus constant a été la crépitation, que l'on perçoit ordinairement en appuyant les doigts ou la main sur la région douloureuse pendant que le blessé exécute de grands mouvements respiratoires. La mobilité anormale a été plus difficile à constater, et la déformation a été rare.

Mais il y a un autre signe certain de la fracture costale, c'est l'emphysème sous-cutané. En effet, lorsqu'après une contusion de la poitrine sans solution de continuité des téguments, l'air s'infiltre sous la peau, c'est qu'il y a sûrement une fracture de côte, dont l'un des fragments a perforé le poumon. Sur mes blessés, j'ai constaté 19 cas de. crépitation emphysémateuse s'étendant plus ou moins loin du foyer de la fracture. Chez 2 blessés, l'emphysème s'était généralisé à tout le tronc et aux membres; et chez 1 biessé, l'emphysème coïncidait avec un pneumothorax.

Toutes mes fractures de côtes ont été simples, c'est-àdire sans plaie extérieure communiquant avec le foyer de la fracture. Mais plusieurs d'entre elles se sont compliquées de plaie intérieure, piqûre ou déchirure de la plèvre et du poumon. Témoin les 19 cas d'emphysème sous-cutané que je viens de signaler.

L'hémoptysie immédiate, dont j'ai relevé 11 cas, prouve encore que le poumon est assez souvent le siège d'une contusion ou d'une plaie contuse.

Des lésions diverses coexistaient avec les fractures de côtes. Je signalerai : 18 contusions, particulièrement graves,

au thorax, à l'abdomen, à la face, etc. ; 16 fractures au crâne, à la clavicule (4 cas), à l'humérus, au bassin, à la cuisse, à la rotule, à la jambe (2 cas) ; 2 luxations de la clavicule; 1 cas d'hématurie.

Comme complications secondaires, la plus importante et la plus fréquente est la pleuro-pncumonie traumatique (32 cas) ; puis vient la pleurésie sans pneumonie (6 cas). Je n'ai observé qu'un fait de péricardite traumatique, qui a

guéri. .

Enfin, 1 blessé, profondément alcoolique, fut pris d un delirium tremens qui mit sa vie en danger pendant plusieurs

jours. , .

Les innammations pleuro-pulmonaires et pericardiques affectent surtout les blessés qui ont des fractures multiples (27 fois après les fractures mulliples, 12 fois après les fractures uniques).

Le pronostic de la fracture d'une seule côte est extrêmement bénin. Sur 175 fractures uniques, il n'y a eu qu'un décès causé par une pneumonie chez un vieillard de quatrevingt-deux ans (obs. 78). Mais le pronostic devient grave, lorsque la fracture atteint plusieurs côtes et, en gênerai, la gravité s'accroît avec le nombre des côtés brisées. Sur 100 cas de fractures multiples, 13 blessés succombèrent : 10 à la pleuro-pneumonie consécutive, au bout de sept a huit jours en moyenne (obs. 79) ; 2 à l'asphyxie causée par la lésion pulmonaire, au bout de quinze heures et de vingtquatre heures (1) (obs. 80) ; 1 à une méningite rachidienne

(obs. 81). , .

C'est donc à l'inflammation pleurale et pulmonaire qu est due la plus grande mortalité des fractures de côtes, surtout lorsque cette inflammation atteint des vieillards. Les blesses,

(1) J'élimioe de ma statistique 2 blessés morts peu d'heures après leur ad iXri'un paraissait n'avoir que des fractures de côtes à gauche après uorchùte d'un ti-oisième étage pour se suicider. Il ne se réve.lla pas d la "mmotion cérébrale. L'autre avait un écrasement de ^ poitr. par n roue de voiture, un emphysème généralisé, un pneumothorax. Il succomba à rasphyxie avant qu'on ait pu lui donner quelque secours.

LÉSIONS TRAUMATIQDES.

qui en sont morts, avaient dépassé, en moyenne, cinquantedeux ans, et plusieurs d'entre eux étaient prédisposés aux inflammations pulmonaires par des bronchites antérieures.

Cependant la proportion des guérisons des pleurésies et des pleuro- pneumonies traumatiques consécutives aux fractures de côtes, soit uniques soit multiples, est beaucoup plus forte que celle des décès. Sur 38 complications pleuropulmonaires, il y eut en somme 27 guérisons, bien que chez plusieurs blessés les lésions primitives et consécutives fussent extrêmement graves (obs. 82, 1 et 2).

Le traitement consiste simplement à prescrire le repos et à immobiliser les côtes, le mieux possible, en entourant le thorax avec un bandage fait de linge ou de bandelettes de diachylon.

La durée moyenne du séjour des blessés pour la fracture d'une seule côte a été de onze jours, tandis qu'elle a été de dix-sept jours pour les fractures multiples. Ces chiftres n'expriment pas le temps nécessaire à la consolidation, qui se fait attendre plus longtemps, mais seulement la période pendant laquelle les blessés sont assez gênés pour rester à l'hôpital.

Obs. 78. — Fracture d'une seule côte. Pneumonie irauma" tique. Mort.

Le nommé N... (Etienne), cloutier, âgé de 82 ans, entre le 20 octobre 1884. Il a reçu sur le côté gauche de la poitrine un coup de brancard de voiture. A l'examen, je trouve une fracture de la septième côte gauche, vers sa partie moyenne. Bandage de corps modérément serré autour de la poitrine.

Le 22 octobre. Dyspnée. A l'auscultation, signes d'une pneumonie traumatique intercurrente, que le grand âge du blessé rend très grave.

Le 25, à deux heures du matin. Mort.

Obs. 79. — Dix faits de fractures de -plusieurs côtes compliquées d' inflammation pleuro- pulmonaire mortelle.

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