XVI. — Anus contre nature. Fistules stercorales
{ 2 h. : 1 non opéré ; 1 mort. 1 opéré ; 0 mort. 0 cas j ^ . j 0 — 3 — 1 —
Chez 3 malades l'anus contre nature ou la fistule stercorale s'était établie cà la suite d'une hernie étranglée, dans laquelle l'intestin sphacélé avait été fixé au dehors (obs. 215 et 218), ou dans laquelle l'inteslin s'était ouvert ' spontanément à la suite d'un abcès stercoral (obs. 217). Chez 1 malade, la hernie fut incisée par erreur de diagnostic pendant l'enfance, et fintestin continua à communiquer avec l'extérieur (obs. 216V Dans 1 cas, la cause de la fistule stercorale avait été une typhlite ou une appendicite perforante, comme le montra fautopsie (obs. 214). Enfin l'ouverture anormale de l'intestin était, chez un autre malade, le résultat d'un anus artificiel, qui avait été établi pour remédier à une obstruction par néoplasme de l'intestin. , ,
J'ai opéré 4 malades. Dans toutes mes opérations, j ai essayé de disséquer ou d'aviver le trajet fistuleux, de libérer les bords de l'intestin sur le pourtour de l'orifice et de suturer les tuniques intestinales. J'ai échoué chez 2 malades ^fun a été perdu de vue (obs. 216), l'autre, une femme obèse, a dû subir une laparotomie suivie d'un abouchement intestinal; elle a succombé (obs. 215). Chez 2 autres malades, l'avivcment et la suture ont été suivis de succès (obs. 217 et 218). Je n'ai appliqué l'enterotôme qu'une fois pour agrandir l'infundibulum (obs. 218).
Obs. 214. — Fistule stercorale. Tuberculose pulmonaire. Mot! de tuberculose sans opéraiior). Autopsie.
H... (Jean), musicien, âgé de 70 ans, entré à la Pitié le 15 octobre 1881, était affecté d'une hernie crurale droite depuis quarante ans. Il n'en souffrait presque pas, et ne portait pas de bandage. La hernie se réduisait très facilement et occasionnait de temps en temps quelques coliques.
488 ARDOMEN.
11 y a cinq ans, le malade fut obligé de gardei'le lit pendant trois semaines. Il dit avoir eu de la fièvre, des troubles gastriques très intenses, sans grandes douleurs dans le ventre, et il affirme n'avoir pas eu de constipation à ce moment. Il se forma, dans la fosse iliaque droite, une collection purulente qui s'ouvrit au pli de l'aine sans donner lieu à un écoulement de matières fécales. La plaie se cicatrisa bientôt, et le malade était parfaitement guéri, lorsqu'il y a un an il vit se produire, dans des circonstances analogues, un nouvel abcès, suivi cette fois d'écoulement de matières stercorales. Une fistule s'établit au pli de l'aine, fistule assez peu gênante pour que le malade put recommencera travailler.
Fig. 30. — Fistule stercorale communiquant avec le csecum et Tappendice
iléo-cœcal.
A son entrée, on constate un état adynamique prononcé et des signes de tuberculose pulmonaire très avancée. Diarrhée. Appétit presque nul.
A la partie supérieure de la cuisse droite, immédialementaudessous du pli de l'aine, on voit un orifice fistuleux très étroit,
auquel fait suite un assez long trajet. Par la pression on fait sourdre les matières stercorales.
Le 18. L'affaiblissement s'accentue de plus en plus. Le malade a la voix éteinte et répond à peine aux questions qu'on lui adresse.
Le 20. Signes de bronchite généralisée. Congestion pulmonaire intense.
Le 21. Phénomènes de suffocation.
Le 3 novembre. Mort.
Auiopsie Y)2ir M. Mérigot de Treigny, interne du service. Les poumons sont emphysémateux. Tuberculose au troisième degré avec de petites cavernes.
Les autres viscères ne présentent rien de remarquable.
L'orifice de la fistule est situé juste au-dessous de l'arcade crurale. Son trajet est rectiligne,long de trois à quatre centimètres. Il donne accès, d'une part, dans le csecum et, d'autre part, dans l'appendice vermiforme, qui sont fixés par des adhérences à l'arcade crurale. Il est bien évident que cette fistule a été le résultat d'une typhlo-appendicite perforante, dont l'abcès s'est ouvert au pli de l'aine (fig. 30).
Obs. 215. — Anus conlrenalure à lasuiie d'une hernie ombilicale élrangléee ; oblitération complète du bout inférieur. Deux tenlalives opératoires. Gangrène de l'intestin ; péritonite . Mort. (Observation par M. Philippe.)
La nommée M... (Marie), marchande devin, âgée de 47 ans, entre à l'hôpital le 11 août 1889, pour un anus contre nature situé danslarégion ombilicale. D'unebonne santé habituelle, elle n'accuse aucune maladie antérieure. Elle a eu quatre couches très faciles. A l'âge de trente ans elle s'aperçut qu'elle avait une petite hernie, grosse comme une noix, indolente, au niveau de l'ombilic. Elle ne peut préciser sous qu'elle, influence était apparue cette tumeur, qu'on ne chercha pas à réduire. Après ses grossesses, la tumeur devint peu à peu plus volumineuse, comme un œuf de dinde à peu près. Durant quinze ans environ, la malade se contenta de maintenir le ventre un peu serré sans porter un bandage.
ABDuMEN.
Il y a un an et demi, elle consulta un médecin : à la suite d'une chute dans un escalier, la hernie était devenue douloureuse et gênante pendant la marche. On lui prescrivit un bandage, qui ne lut porté que très irrégulièrement, la peau étant excoriée à l'ombilic. Deux mois après la consultation précédente, elle fut prise subitement de douleurs violentes au niveau de l'ombilic ; en même temps elle eut des vomissements alimentaires. La hernie, dit-elle, était très enflée. Un médecin ordonna l'application de cataplasmes et d'une pommade. Au bout de trois Jours, la peau se sphacélait et la tumeur s'ouvrait, donnant passage aux matières fécales ; durant ces trois jours, il y avait eu des vomissements de matières jaunâtres, sentant extrêmement mauvais et pas de selles. |
Depuis cette époque, les selles et les gaz sont supprimés, les lavements sont rejetés tels quels, quelquefois avec des matières grisâtres, des lambeaux épithéliaux. Toutes les matières fécales passent par l'ombilic.
11 s'agit d'une femme obèse, avec des parois abdominales très épaisses. (
Au niveau de l'ombilic on aperçoit une dépression profonde, froncée, entourée d'une peau affectée d'érythème. L'index s'engage facilement dans cet entonnoir et arrive dans l'intestin. Les bords de l'orifice sont amincis, indurés. Le doigt évolue librement dans l'intestin, et ne sent pas d'éperon. Les matières rendues par l'ombilic sont dures, de teinte et d'odeur caractéristiques. Elles sont émises longtemps après les repas. Pas de troubles dyspeptiques. Ces symptômes indiquent que l'ouverture porte sur le côlon.
Le 15 octobre. Dilatation de l'orifice avec l'éponge préparée.
Le 17. Anesthésie avec le chloroforme méthylique. Nettoyage de la région avec une solution phéniquée. Incision au niveau de roriûce,de dix centimètres environ. Une éponge, fixée à un fil, bouche l'intestin au-dessous de l'anus contre uature.L'épaisseur des parois et la profondeur de l'orifice causent de grandes difficultés. Les bords de l'anus anormal sont fixés avec des pinces à forcipressure et attirés à l'extérieur. Son orifice est libéré de ses adhérences, dans l'étendue d'un demi-centimètre epviron, et sa partie interne, mucjueuse, est avivée avec 1^
curette de Volkraan. Sept points de suture au catgut ferment les bords de l'orifice. Par dessus, sutures profondes au fil d'argent, sutures superficielles au crin de Florence. Pansement de Lister. Opium. Diète.
Le soir, pas de vomissements; bon état. T. 37°, 4.
Le 18. Pas de matières ni de gaz par l'anus normal ; la malade dit avoir senti des gaz passer par la suture. Quelques nausées dans la journée. Vomissement verdâtre le soir. Lavement rendu avec des lambeaux grisâtres,
T. matin 37°, soir 37°, 4.
Le 19. Pas de selles ; les nausées ont cessé. L'opéré mange un peu. T. matin 37°,6, soir 37°,8. Deux lavements sont rendus sans matières.
Le 20, Rien par l'anus. Le soir T. 39°2, pouls fébrile, grande agitation, frissons, pas de vomissements. Lavement avec sulfate de quinine qu'elle rend. Nuit très mauvaise.
Le 21. T. matin 38"2. On enlève le pansement ; ses pièces sont souillées de matières fécales. Deux points de suture sont enlevés. On place sur la plaie quelques compresses phéniquées et un bandage de corps.
Renouvellement du pansement dans la journée à cause de l'issue des matières.
T. soir 38°. La malade, à partir de ce jour, reprend son alimentation ordinaire. Le bout inférieur de l'intestin ne fonctionnant pas, tout sort par l'anus ombilical.
Le 28. La plaie abdominale est complètement cicatrisée. La dépression de l'orifice ombilical est moins accusée qu'auparavant. M. Polaillon se décide à faire une seconde tentative pour oblitérer cet anus contre nature.
Antiseptie intestinale, avec des cachets de naphtol et de salicylate de bismuth, les jours qui précèdent la seconde opération. Purgatif.
Le 19 novembre, seconde opération avec l'aide du D''Ghaput. Anesthésie chloroformique avec l'appareil de Junker. Lavage et savonnage de la région ombilicale.
Incision losangique autour de l'orifice, de douze à quinze centimètres de long. Dissection de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, il droite de l'ombilic, on to^nbe sur un trajet foji-
gueux, qui est probablement le vestige d'un abcès stercoral de la paroi. Incision et grattage de ce trajet.
Ou ouvre ensuite le péritoine. En protégeant l'intestin avec le doigt, on circonscrit l'orifice flstuleux qu'on cherche à libérer. On sent facilement le bout supérieur qui aboutit à cet orifice, mais on ne trouve pas le bout inférieur. Le bout supérieur est isolé par une dissection pénible du tissu graisseux qui l'entoure. Prés de l'orifice fistuleux, on rencontre le bout inférieur qui est oblitéré. Très diminué de volume, il se termine en pointe à sa partie supérieure. Il s'agit du côlon, comme on l'avait supposé.
Les deux bouts intestinaux étant saisis avec des pinces légèrement courbes, à pression lâche, les tuniques intestinales sont sectionnées au-dessous de ces pinces. Avec une aiguille de Reverdin, on passe dans le mésocôlon un fil de soie, à deux centimètres environ du point d'adossement des bouts intestinaux, et on lie le mésocôlon par un nœud de Tait. Les bouts intestinaux n'étant pas assez mobiles, M. Chaput ne peut faire, comme il l'avait projeté, la suture longitudinale de l'intestin ; il se contente d'adosser lès bouts en canon de fusil, afin d'appliquer plus tard l'entérotôme sur la cloison.
Sutures profondes comprenant le péritoine à la partie inférieure de la plaie. Abrasion de la peau indurée au niveau de l'ombilic. Sutures des parois intestinales, entre elles et avec la paroi abdominale ^ au crin de Florence. Les pinces qui ferment les bouts de l'intestin, sont ôtées.
Le soir, soif intense, calmée par des morceaux de glace. Diète absolue. Beaucoup de gaz sortent par l'ombilic. T. 36°8.
Le 20. Bon état. I^e pansement est enlevé, pas de matières. La muqueuse du bout supérieur est éversée. Bouillon, lait, œuf. La malade soutire beaucoup de la soif. T. mat. 37°. T. soir 37°2.
Le 21. Pansement. Grande éversion de la muqueuse du bout supérieur, très peu do matières. Les sutures ont bon aspect.
Deux lavements nutritifs ; bouillon, lait, jaune d'œuf. T. mat. 37n. T. soir 37"3.
Le 22, Pansement souillé par des matières grisâtres, jaunes,
liquides; OU enlève trois fils profonds. On continue les lavements.
Après le pansement, en remontant la malade sur ses oreillers, elle se plaint tout à coup de sentir craquer quelque chose dans le ventre ; elle pâlit ; sueurs froides.
A une heure de l'après-midi, frissons, vomissements glaireux. Le soir grande agitation. Le pansement est enlevé : quelques scybalesprès de l'orifice sont retirées avec une pince.
T. matin 37°. T. soir 39°.
Le 23. T. 38. Il y a peu de matières. On lave le bout supérieur avec de l'eau tiède et de la glycérine, puis on donne un lavement huilé dans le bout supérieur. Par ces moyens, on peut retirer quelques matières très dures. Leur odeur est extrêmement fétide, c'est l'odeur de sphacèle manifeste. Pansement boriqué. On administre trente grammes d'huile de ricin.
Le soir T. 37°4. Le pansement est renouvelé; à peine quelques matières a l'orifice. Faciès tiré et pâle, nez pincé, sueurs froides, extrémités glacées. Pouls filiforme à 106.
La malade meurt dans la nuit; elle avait eu un vomissement très abondant, jaunâtre et d'odeur fécaloïde.
Autopsie. Les sutures ont parfaitement pris. A louverture de l'abdomen, odeur gangréneuse très nette. On trouve des plaques de sphacèle disséminées sur l'intestin grêle. Le bout inférieur, revenu sur lui-même, présente également du sphacèle près de l'ombilic. L'appendice iléo-ctecal est aussi gangrené, non perforé.
Au niveau de ces plaques de sphacèle, quelques adhérences Icàches. Pas de liquide épanché dans la cavité abdominale.
La plaie pariétale présente des détritus gangréneux. En somme la gangrène, disséminée sur les anses, siège surtout sur celles qui avoisinent l'ombilic.
Le sphacèle paraît avoir eu comme point de départ le bout inférieur, anémié, mal nourri, tiraillé pour sa fixation à la peau. Le sphacèle a rayonné de là, par infection secondaire directe, sur les anses proches de l'ombilic, et la plaie pariétalo s'est trouvée pareillement infectée..
Obs. 216. — H... (Henri), tailleur, âgé de 19 ans, entre à l'Hôtel-Dieu, le 10 avril 1894, pour une fistule stercorale située en dedans de l'épine iliaque antérieure et supérieure, du côté gauche. Il raconte que l'écoulement existe depuis l'âge de deux ans. A cet âge, il avait une hernie inguinale, qu'on aurait incisée, croyant à un abcès. 4
Un stylet, introduit dans la fistule, pénètre profondément dans le bassin. Les matières, qui s'écoulent, ont la couleur et l'odeur des matières stercorales de la fin du gros intestin. Il est probable que la fistule communique avec l'S iliaque. Elle livre passage aune assez grande quantité de matières, et constitue une infirmité très pénible.
Le 30 avril. Pendant la chloroformîsation, je pratique une incision depuis l'épine iliaque jusqu'au milieu de l'arcade crurale, et en me guidant sur le trajet de la fistule, je décolle les tissus de la fosse iliaque et je parviens jusqu'à l'orifice intestinal ; mais ce dernier est âxé si profondément que j'ai beaucoup de peine à le suturer. J
L'opération échoue et la fistule se reproduit. m
Le 6 juillet. Nouvelle tentative opératoire. Je fais encore une longue incision iliaque. Je me propose de libérer l'intestin, et de l'attirer au dehors pour le suturer ou pour le fixer, de manière à ce que je puisse appliquer plus tard l'entérotôme et guérir l'anus contre nature. Mais l'intestin sur lequel j'opère, est peu mobile. Il est, en outre, fixé par des adhérences solides, que j'ai beaucoup de difficulté à libérer en partie. Bref, ]e suis obligé d'abandonner mon plan opératoire ôt de faire encore une suture profonde dans de mauvaises conditions.
La fistule se rétablit, et le malade ne voulut pas se soumettre à une troisième opération.
Le 4 août, exeat.
Obs. 217. — Fistule stercorale par la pression d\m bandoge sur une hernie crurale, Disseclion et curciiage du trajet, Gué^ rison.
P... (Louise), ménagère, âgée de 39 ans, est admise à la Pitié le 9 juillet 1890.
A l'ilge de vingt-deux aus, en faisant un elïort pour soulever un matelas, elle ressentit une douleur vive dans la région inguinale droite. Elle remarqua alors, au niveau du pli de l'aine, à la partie moyenne de ce pli, une tumeur présentant le volume d'un gros marron, empiétant sur la partie supérieure delà cuisse. Cette hernie a été complètement négligée, dans l'espoir qu'elle disparaîtrait toute seule. A trente-cinq ans, elle augmenta de volume. La malade consulta alors un pharmacien qui lui conseilla de prendre un bain pour faire rentrer sa hernie, et de porter ensuite un bandage Mais la hernie ne se réduisit pas, et la malade porta quand même un bandage, bien que ce dernier la fît souffrir.
En octobre 1889, au niveau du point culminant de la tumeur herniaire, la peau s'enflamma, puis s'ulcéra. Il s'écoula d'abord un liquide trouble, peu abondant, et, le lendemain, un liquide jaunâtre, d'odeur très fétide. Depuis cette époque, un suintetement a persisté au niveau du pli de l'aine.
A son entrée, à l'hôpital, on constate, au niveau du pli de l'aine, un peu au-dessus de ce pli, un orifice fistuleux dont les bords sont irrités et rougeàtres. Par cet orifice s'écoule un liquide jaune, d'odeur stercorale. Une sonde cannelée fait reconnaître l'existence d'un trajet intestino-cutané. La malade ne souâre pas de cette fistule. L'état général ne présente rien de pathologique, si ce n'est un enrouement de la voix, dû à une laryngite chronique peut-être d'origine syphilitique. La malade avoue en effet, qu'elle a perdu ses cheveux vers l'âge de vingt-six ans et qu'elle a eu une légère éruption en même temps. Pas de stigmates actuels de nature syphilitique.
Le 21 juillet. Après les soins antiseptiques ordinaires, M. Polaillon dissèque minutieusement le trajet fistuleux, dans l'étendue d'un centimètre et demi à deux centimètres, avive les lèvres de l'orifice muqueux à l'aide d'une curette tranchante, et fait la suture de cet orifice avec de petites aiguilles courbes enfilées de fils de soie fine. Par dessus, suture de la plaie cutanée, avec des crins de Florence, après avoir enlevé tout le tissu cicatriciel. Pansement de Lister.
Le 26. La plaie va bien. On enlève les points de la suture superficielle.
Le 29. 11 s'écoule, au niveau de la suture, quelques gouttei de liquide stercoral.
Cet écoulement continue pendant deux niois, mais l'opération a amené ce résultat que, si l'écoulement persiste, il est beaucoup moins abondant qu'avant l'opération. A certains jours il est insignifiant.
Les 3 et 5 octobre. Cautérisation du trajet fîsluleux avec le chlorure de zinc déliquescent, mais, le suintement devenant plus considérable, M. Polaillou se décide à faire une seconde opération.
Le 21 octobre. Incision des téguments sur une étendue de quatre à cinq centimètres. Ablation, à l'aide des ciseaux, de tout le tissu cicatriciel. Curettage minutieux des parois de la fistule. Suture profonde et superficielle. Pansement de Lister. Réunion par première intention.
Le 9 novembre. Louise P..., quitte l'hôpital complètement guérie.
ObS. 218. — Anus contre nature à la suite d'une hernie crurale étranglée; application de l^entér atome; suture de V orifice; guèrison.
L .. (Joséphine), âgée de 69 ans, ménagère, est apportée à l'Hôtel-Dieu le 7 août 1894, pour une hernie crurale étranglée depuis deux jours. M. Chaput, appelé d'urgence, pratique la kélotomie, et comme l'intestin était gangrené il le fixe au dehors. Il s'établit un anus artificiel, qui laisse passer toutes les matières et présente la disposition type de cette affection. Les deux bouts s'ouvrent à la peau comme les deux canons d'un fusil double, et sont séparés par un éperon saillant.
Jusqu'au mois de septembre, je fais nourrir la malade le plus abondamment possible, je fais combattre l'érythème cutané, et je fais donner, de temps en temps, un lavement pour entretenir les fonctions du bout inférieur.
Le 3 septembre. J'applique l'entérotôme sur l'éperon.
Un infundibulum se forme, mais les matières ne parviennent pas encore à passer du bout supérieur dans le bout inférieur. Elles sont toutes rejetées par l'anus iliaque.
AFFECTIONS ORGANIQUES 4Li7
Le 20 septembre. Nouvelle application de renléi'otôme, très profondément.
La malade est prise de délire d'aliénation mentale, et j'ai remarqué que ce délire a diminué, puis a disparu, à mesure que le cours normal des fèces s'est rétabli. En efiet,aprésla chute de i'entérotôme, une large cavité fait communiquer le bout supérieur avec le bout inférieur de l'intestin. En comprimant l'orifice de l'anus anormal par un pansement et un bandage en spica, les matières fécales passent en partie dans le bout inférieur et sont expulsées naturellement. L'anus anormal se rétrécit et livre de moins en moins passage aux matières.
Le 24 novembre. La malade est endormie par le chloroforme. Sur le pourtour de l'anus anormal, je dissèque la muqueuse de l'intestin, dans l'étendue d'un demi-centimètre, de manière à former une collerette queje refoule en dedans pour adosser la surface saignante de la muqueuse; puis je ferme avec des fils de soie l'ouverture intestinale. Par-dessus, je suture la peau et la couche sous-cutanée avec des crins. Pansement iodoformé.
Réunion par première intention.
Le 22 décembre. Sortie. Guérison.
Résimé.
Malgré la puissance de l'asepsie et de l'antisepsie, la péritonite reste eomme la principale cause de mort dans les lésions traumatiques et dans les affections organiques de Tabdomea.
Sur les 22 lésioiis trauma ligues, i fois la mort a été produite par une inflammation septiquc généralisée au péritoine : à la suite d'une opération, chez 1 blessé (obs. 108) ; à la suite du traumatisme lui même sans intervention chirurgicale, chez 3 blessés (obs. 109, 110 et 111). 2 fois l'intensité et la multiplicité des lésions amenèrent le décès (obs. 112 et 113).
La mortalité a été de 96 pour les 671 affecimis organiques. Cette mortalité considérable a été '30 fois imputable à un élat cachectique, à des maladies intercurrentes ou à des accidents plus ou moins étrangers à ralVection abdominale, et 66 fois imputable à la maladie elle-même. Elle se décompose de la manière suivante (voy. tableau) :
8 décès par cachexie antérieure ou sénilité. La cachexie luberculeuse a causé 2 décès (obs. 120 et 214) ; la cacliexle cancéreuse, 5 décès (obs. Ii5, ii"' 1, 2, 3, 1 et 5); rairaiblisscment sénile, 1 décès (obs. 173).
22 décès par maladie intercurrente ou par accident consécutif. Parmi les maladies intercurrentes mortelles, au nombre de 17, les plus fréquentes ont été les inflammations broncho-pulmonaires flO cas: obs. 138, 139,140, 152 n°2, 154 n" 2, 185 n«^ 1 et 2, 190 n" 1, 193, 197 bis) ; les plus rares, le ramollissement cérébral et l'hémorrhagie cérébrale (3 cas : obs. 159, 186 et 188), l'hépatite suppurée (1 cas : obs. 174), l'indigestion (2 cas : obs. 124 n° 1 et 192), l'érysipèle (1 cas : obs. 158), la rage (1 cas : obs. 187). Les accidents ont été : 2 cas d'hémorrhagie secondaire par la plaie opératoire (obs. 127 et 136), 1 cas d'obstruction intestinale (obs. 121) et 1 cas de perforation intestinale (obs. 125).
23 décès par les progrès de la maladie primitive. Chez 20 malades, l'affection primitive était compliquée d'une péritonite septique existant avant l'intervention chirurgicale et c'est cette péritonite qui a produit la mort (obs. 124 no 2, 154 n° 3, 155, 156 n" 1, 175, 178, 179, 180 n°=' 2 et 4, 181, 184 n'-M, 5 et 7, 189, 190 n°^ 2, 4 et 5, 204 n^^ 1, 2 et 3) ; chez 1 malade le pincement de l'intestin causa la persistance de l'étranglement et la péritonite mortelle (obs. 194). Enfin, dans 1 cas, la mort fut le résultat d'un rétrécissement fibreux du canal hépatique (obs. 137), et dans un autre cas, d'une cholécystite calculeuse suppurée (p. 283).
43 décès eurent lieu à la suite d'opérations diverses, kélotomies, laparotomies, anus artificiels. Ici encore c'est la péritonite septique qui prime toutes les autres causes de mort. 33 malades en sont morts (obs. 122, 123 n"' 3 et 4, 124 n° 3, 126, 146 n° 3, d 47, 150, 152 n°^ 1 et 3, 160, 161, 162, d63, 176 n°* 1 et 2, 177, 180 n^^ 1 et 3, 182, 183, 184, 2, 3, 4, 6, 190 n°^ 3 et 6, 191 n°M, 2 et 3, 205 n- 1 et 2, 216). Les mauvaises conditions malgré lesquelles l'opération s'impose et souvent l'état désespéré des malades expliquent cette mortalité si élevée. La septicémie n'a fait périr que 2 opérés (obs. 124 n» 5 et 141). 4 opérés succom-
bèrent aux déperditions des mp.lières nutritives par un anus artificiel (obs. 146 n" 2, 153 1, 2 et 3). 1 opéré mourut à la suite de la persistance de l'occlusion intestinale (obs. 15i n° 1). Enfin le choc opératoire emporta 3 opérés (obs. 140 n° 1, 156 n» 2 et 206).
MORTS
ons
Guéris ou amélio
Par la lési( primitive
Par accide:
ou maladi intercurren
Par cacliex antérieurf sénilité
Par suitei opératoire
1°. — 22 LÉSIONS TRAUMATIQUES
18 plaies pénétrantes.
3 déchirures muscu-
13 traitées.
5 opérées.
1 3 traitées.
1 corps étranger dr
i 1 opéré.. .
14 péritonites tubercu-
; 4 traitées.
' 10 opérée.'.
1 12 traitées.
9 obstructions des voies biliaires. . .
29 tumeurs bénignes.
33 tumeurs malignes..
18 occlusions intestinales
' 25 opérées.
4 traitées.
5 opérées.
6 traitées.
23 opérées.
22 traitées.
11 opérées.
5 traitées.
13 opérées.
128 traitées.
'217 opérées 1 par cure ^ radicale.
44 réduites par taxis.
136 kélotomies.
2 traitées.
4 opérées.
345 hernies non étran-,
180 hernies étranglées. •
6 aniiH contre naturel ou fistules stcrco-
BASSIN
E. — Bassin (1).
Lésions trautnatiques.