IV. Brûlures
r., ( 40 hommes : 33 guéris; 7 morts. ( 21 femmes : 12 — 9 —
Les vêtements enflammés, surtout lorsque ces vêtements étaient imprégnés de pétrole, ont produit les brûlures les plus nombreuses et les plus graves. En outre, quelques brûlures eurent pour cause le sirop de sucre chaud (7 cas), l'eau bouillante (5 cas), les substances chimiques, telles qu'acide sulfurique, chaux vive, solution dépotasse (6 cas), l'explosion de la poudre (2 cas).
La fréquence des brûlures a été plus grande pendant les deux mois les plus froids, décembre et janvier (19 cas), que pendant les autres mois L'âge mûr et la jeunesse y ont été plus prédisposés.
Les brûlures ont affecté, par ordre de fréquence, la poitrine (18 fois), le dos (13 fois), les fesses (10 fois), l'abdomen (9 fois), le tronc tout entier (10 fois).
Chez 40 malades, indépendamment des brûlures du tronc, d'autres brûlures existaient sur les membres, sur le cou, à la face.
Les brûlures au 1" et au 2' degré ont été de beaucoup les plus nombreuses (27 cas;; les brûlures au 2' et au 3^ degré se sont rencontrées moins souvent (17 cas); les brûlures au 3° et au 4' degré ont été rares (4 cas). Chez 11 malades, la variété de la brûlure n'a pas été exactement déterminée.
Ce n'est pas toujours le degré de la brûlure qui en a fait la gravité ; c'est surtout l'étendue de la surface brûlée-
TRADMATIQUES.
'^iS malades, qui avaient des brûlures peu étendues au 1" et au degré et 1 seule fois au 3° degré, ont pu sortir de 1 ho- Dilal après un traitement de neuf jours en moyenne. Mais, sur 36 malades avec des brûlures qui recouvraient une moitié, les deux tiers ou presque toute la surface du tronc, et quelquefois une partie des membres, il y eut 46 morts, bien que la brûlure atteignit à peine le 2« degré dans certains cas. Les 20 malades qui guérirent restèrent a 1 hôpital
deux: mois et demi.
Les larges et profondes brûlures du tronc ont donc produit une énorme mortalité. Tantôt les brûlés mouraient rapidement, en un ou deux jours, par refroidissement et asphvxie ; leur température était de 36% de 35",5 et même de 35» (obs. il, 1,2,3,4H1). Tantôt ils succombaient au bout de huit à dix jours à la suite de la septicémie et de l'intensité de la réaction fébrile (obs. 12, n''^ 1,2,3,4,5,6). D'autres fois la mort arrivait tardivement, parce que les malades étaient épuisés par l'abondance de la suppuration (obs. 13, 1, 2,3).
Enfin, une affection accidentelle, telle qu'une congestion pulmonaire (obs. 14), une méningo-encéphalite (obs. 15), un tétanos (obs. 16), ont fait périr 3 de mes brûlés.
Dans les premiers jours, les pansements étaient faits avec des compresses imbibées d'une solution boriquée ou d'une solution phéniquée au 50'"% si les surfaces brûlées n'étaient pas très étendues. Mais si la brûlure occupait une grande étendue, il m'a paru préférable d'oindre la peau d'huile phéniquée ou de vaseline boriquée et d'envelopper le tronc avec une couche de ouate fine. L'enveloppement avec la ouate a toujours été d'une très grande utilité, parce qu'il mettait la peau à l'abri des frottements, et parce qu'il conservait la chaleur autour des malades qui avaient de la tendance à se refroidir. Lorsque l'épiderme
(1) .le ne comprends pas dans ces décès le cas d'une jeune fdle de 17 an?, qui fut apportée mouraute le 12 décembre 1888, avec des brûlures sur tout le corps. Elle succomba quelques heures après son admission, sans que j'aie pu la voir.
Aiq.'EÇTIONS GÉNjîUALES.
étail délachô, j'ai (Mnployé avec avantage le prolccLivc di; pansement de Liste r,;iu - dessous duquel un nouvel épidermc se reformait rai)idement. En un mot, il faut rendre les surfaces hriilées asepliques, afin d'éviter la supi)uriilion ou de la limiter autant que possible.
Plus tard, lorsque les eschares se détachaient, iasuppuralion devenait abondante. Les plaies se recouvraient de bourgeons charnus. Il était nécessaire de renouveler les pansements tous les jours ou tous les deux jours et d'employer de préf'h-ence des compresses aseptiques sèches, en gaze iodoformée, en gaze phéniquée ou en gaze boriquce.
Enfin, lorsque les elTorts de la nature ne pouvaient plus rien pour produire la cicatrisalion de vastes plaies bourgeonnantes, j'ai fait ayec succès des greffes épidermiques avec l'épidermc du malade ou avec la peau de gri-nouille.
Le traitement général a aussi une très grande importance. Contre l'athermie, indépendamment de l'enveloppement ouaté, chaleur artificielle, lotions chaudes, inhalations d'oxygène. Contre les douleurs, les préparations opiacées. Contre la diarrhée, les antiseptiques intestinaux associés cà l'opium. Contre l'épuisement de la suppuration prolongée, les toniques, l'alimentation abondante.
Obs. 11. ^ — Quaire fails de brûluras étendues du tronc. Alhermie . Mort.
1° M... (Reine), blanchisseuse, âgée de 65 an?, a ypulu se suicider par le charbon. Le réchaud a mis le feu à ses vêtements, et o:i l'apporte à la Pitié le 29 août IbTU. Tout 1^ dps et la partie supérieure des cuisses sont brûlés au 3" degré. La température est à 35'. Enveloppement avec du coton Opium. Boissons alcoolisées chaudes. I^a température ne se relève que d'un degré environ, et la vie se prolonge jusqu'au 4 septembre.
2° Un journalier de 35 ans, C... (Pierre), tombe, lo 22 oc'obre 1881, dans une cuve remplie d'acide sulfuriqnc. Il en résulte des brûlures très étendues sur le ventre, la poitrin?, le dos et les membres. Le lendemainj f| la yisite, je cointaip qu'il a une teinte cyanosée de la peau, comme une perionno
soumise au froid. La température est de 3()^ P..s de diarrhée. Uriues rares, ne contenant ni sucre ni albumine. Le malade ne se plaint pas et ne paraît pas beaucoup souffnr Dans la journée, il a un peu d'agitation et de délire, et il meurt a dix heures du soir le 23 octobre.
3" Un petit garçon, de 8 ans, est apporté dans le service, le 14 janvier 1885. Il vient d'être brûlé par du pétrole enflammé répandu sur ses vêtements. Tout le tronc, ainsi que le bras droit et la cuisse gauche, portent des brûlures au 2" et au degré. Plusieurs vomissements après l'accident. Vers quatre heures du soir, l'enfant se refroidit et la mort arrive à onze heures du soir.
4° B... (Juliette), domestique, âgée de 17 ans, est brûlée, le
11 dccemjare 1894, par du pétrole enflammé répandu sur ses vêtements.' Elle est transportée à l'HcMcl-Dieu. Le dos, les fesses, les mains et la face portent des brûlures au et an 2^ degré. Les membres inférieurs présentent de larges surfaces^'parcheminées de brûlures au S'' degré. . Elle a plusieiirs vomissements. On l'entoure de coton. Tandis qu'elle se plaint d'avoir trop chaud, sa température ne nnrque que 35o. Le
12 décembre à deux heures de l'aprés-mi i, mort.
Obs.12.— Six faits de bnUures du Ironc. Seplicémic .RéacL en
fébrile intense. Mort.
'[o p... (Léontine), ménagère, âgée de 37 ans, entre à la Pitié,le 10 octobre 1879,avec des brûlures au 2^ et au 3« degré, à la poitrine, à la face 'et aux cuisses. Fièvre intense. Température 40°. Pas de diarrhée. Mort le 19 octobre.
2" V... (Victorine),. âgée de 38 ans, employée dans une fabrique de prodiiits chimiques, a été brûlée à la poitrine, au cou et à la face.Elle entre dans le service, le 25 juillet 1884. Ôti constate que les brûlures sont du 1<"- et du 2« degré. Panr sements phéuiqucs humides. Réaction inflammatoire intense. Fièvre. Langue sèche. Mort le 4 août.
3°C... (.Jean), journalier, âgé de 20 ans, tombe le27 avril 1885 dans un filtre de raffinerie et se fait des brûlures superficielles, mais étendues, sur le dos, la poitrine et les cuisses. Réaction fébrile intense. La température dépasse 40'. Agita-
28 AFFECTIONS GÉNÉRALES
tion. Délire continuel. On constate qu'il n'y a pas de lésion pulmonaire. Mort le 5 mai.
4° F... (Alfred), âgé de 17 ans, employé dans une fabrique de produits chimiques, a eu le dos, les mains, la face, le cuir chevelu et les jambes, brûlés au 2° degré pendant une explosion. Il entre à la Pitié le 17 juillet 1885. Consécutivement, fièvre intense. Diarrhée. Mort le 25 juillet.
5° Une vieille femme de 76 ans. S... (Anna), ménagère, portait au ventre, aux bras et à la face, une brûlui'e, datant de huit jours, lorsqu'elle entra à la Pitié le 10 mars 1886. Elle avait une fièvre intense, que son grand âge aggravait encore. Deux jours après elle succombait à la fièvre et à l'affaiblissement sénile.
6° Le 25 janvier 1892,0... (Séraphine), blanchisseuse, est brûlée par du pétrole enflammé qui est tombé sur ses vêtements. Le tronc et le membre supérieur droit présentent des brûlures au 2' et au 3" degré. A la fesse et à la cuisse gauches, la brûlure est du 4" degré. Pansement à la vaseline boriquée et à la ouate. Grandes douleurs. Soif vive. Fièvre. Température 39°. Le 27 janvier, mort.
Obs. 13. — Trois faits de mort par suppuration prolvngde à la suit2 de brûlures au tronc.
1° Le nommé C... (Arthur), garçon boucher, âgé de 17 ans, est entré dans le service le 15 octobre 1879, pour une brûlure du dos et du bras gauche. Pansements phéniqués. Suppuration abondante. Amaigrissement. Mort au bout de trois mois et demi, le 25 janvier 1880.
2° B... (Hippolyte), blanchisseur, âgé de 24 ans, s'est brûlé au thorax, au dos, aux bras et aux mains avec une solution de potasse. Il entre à la Pitié le 6 février 1882. Pansements phéniqués Suppuration profuse. Diarrhée. Amaigrissement. Teinte asphyxique. Mort le 14 mars.
3" F... (Fleurine), âgée de 32 ans, ouvrière en fourrures, est apportée à I Hôtel-Dieu le 27 décembre 1S92. Elle est tombée sur un poêle, pendant qu'elle était dans un état de demi-asphyxie. Ses vêtements ont pris feu. Toute la ni^pitié gauche du thorax, depuis la clavicule jusqu'aux fausses
TRAUMATIQUES.
Côtes, et tout le bras gauche sont brûlés au 3^ et au 4^ degré. Dans cette vaste région la peau et les tissus sous-jacentssont mortifiés. Peu à peu les eschares s'éliminent empo tant toute la mamelle gauche et mettant a nu les cotes et les espaces intercostaux. On voit la pointe du cœur battre sous une mince couche de tissu. La suppuration très abondan e épuise de plus en plus la malade (fig. 3). Elle s alimente e plus possible, mais la diarrhée survient, et elle meurt le 22 mars 1893.
FiG. 3. - Tracé de la température de Fleurine F..., abaissement de la température après la brûlure. Elévation au moment de la réaction inflammatoire. Oscillation pendant la suppuration.
Obs. 14. — Brûlures du tronc et des membres. Congestion pulmonaire. Mort.
La nommée H... (Virginie), âgée de 45 ans, marchande de porcelaine, est admise le 31 juillet 1881. Ses brûlures ont été produites par du pétrole enflammé répandu surses vêtements. Elles occupent l'abdomen, la poitrine, tout le membre supérieur droit, le membre inférieur du même côté jusqu'au genou, la face et le cuir chevelu. Au tronc les brûlures sont du 2* et du 3° degré. A l'avant-bras la brûlure atteint lô 4« degré. Le premier pansement est tait avec de la ouate simple.
Le 5 août le pansement ouaté est renouvelé. Comme la mauvaise odeur est très pénible, je fais faire sur les plaies et autour de la malade des pulvérisations avec une solution phé-
3t)' AFFECTIONS GfÊNÉfeALES.
niquée au 20\ Les urines deviennent noires. On cesse immédiatement ces pulvérisations, pour recourir aux onctions d'huile phéniquée, qui ne se résorbe pas.
Le 7 août. Dyspnée. Râles sibilants dans les deux poumons.
Le 8 août. Matité à la base. Râles sous-crépitants. Fièvre avec tempér. à 39°, 5. Subdelirium. Pas de diarrhée, plutôt de la constipation. Sulfate de quinine à Tintérieur.
Le 9 août. Etat de plus en plus grave. Frissons, délire. D3'spnée intense. Pneumonie des deux côtés.
Le 10 août. Mort.
Obs. 15. — Brûlures du thorax et du bras. Méningo-encéphalite. Moi' t.
P... (Denis), âgé de 60 ans, sans profession, arrive à la Pitié, le 15 juillet 1889, avec des brûlures au 2- et au 3= degré, siégeant sur la moitié droite du thorax, sur Tépanle et sur le bras. Pansements avec la vaseline boriquée et la ouate jusqu'à rétablissement de la suppuration. Ensuite pansements avec la gaze iodoformée. Les eschares s'éliminent peu à peu, et les plaies bourgeonnantes ont bon aspect. • Le 11 août, Denis P... a de la céphalalgie.
Le 12. La céphalalgie persiste et la température s'élève à 38°, 5 et 39», Les pansements iodoformés «ont remplacés par des pansements boriqués.
Le 15. On constate une paralysie faciale à droite.
Le 16 Contracture des membres droits. Fièvre intense. Congestion des conjonctives. Perte de rintelligence. Les urines sont normales et ne contiennent point d'iode. Nous" avons affaire à une méuingo - encéphalite, dont la cause est probablement une hémorrhagie méningée chez un homme déjà âgé. Une intoxication par l'iodoforme, à laquelle nous avions pensé tout d'abord, ne peut être admise, puisque les urines n'ont jamais contenu d'iode.
Le 20. Mort.
(jj^g. 10. — Brûlures à l'abdomen et aux membres. Tétanos. Mort.
La nommée M... (Louise), journalière, âgée de 37 ans, est
ORGANIQUES
entrée à la Pitié, le 30 janvier 1888. Sas vêtements s'étaient enflammés au contact d'un foyer, et elle avait eu des brulares très étendues au 2' et au 3« degré sur l'abdomen, sur les deux cuisses et sur la main droite. Les pansements fuirent faits arec des compresses imbibées d'une solution de crésol et avec de la ouate.
Le .4 février. Fièvre de suppuration très intense. T. 40°.
Sulfate de quinine.
Le5. T.39%6.
Le 6 et le 7. T. 39».
Le 8. T. 38°, 5. Trismus. Dysphàgie. Chloral à la dose de six grammes dans la journée. Injections sous-cutanées de morphine.
Le 9. ï. entre 370,5 et 38°, 6. Les contractures sont plus prononcées.
Le 10. Attaques convulsives d'un tétanos suraigu. Le 11. Mort pendant une attaque.