‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource] (volume 2)Chapitre 56 sur 92 · RÉGION ANO-UECTA.LE · texte numérisé non relu

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établi et. fonctionnait sans trop gêner la malade, qui avait repris force et embonpoint.

Le 15 février, S... (Joséphine) rentre clans le service parce que la muqueuse du rectum fait hernie à travers l'anus sacré. Ce prolapsus, qui-est considérable, me donne l'idée d'aboucher l'intestin prolabé à l'anus.

Le 23. Pendant le sommeil chloroformique, je dissèque le prolapsus, j'avive la muqueuse du bout anal ainsi que les tissus intermédiaires, et je suture le bout rectal avec le bout anal. J'avive ensuite les bords cutanés delà fente sacrée et je les réunis avec des fîls de crin.

Cette opération ne fut pas suivie de succès. Les sutures échouèrent. iMais l'orifice de l'anus sacré fut rétréci et la muqueuse prolabait beaucoup moins.

Le 15 juin. S... (Joséphine) fut prise de délire mélancolique qui obligea à la transférer dans un asile d'aliénés.

2" D... (Delphine), ménagère, âgée de 52 ans, est entrée à l'Hôtel-Dieu le 4 février 1896.

Aucun antécédent héréditaire.

La maladie a débuté, il y a sept ou huit mois, par des douleurs et de la gêne des selles. Ces phénomènes furent mis sur le compte d hémorrhoïdes. Mais les douleurs, peu sensibles au début, persistèrent en s'accusant de plus en plus. Des selles diarrhéiques, striées de sang, vinrent s'y joindre. Le médecin de la famille, après avoir traité pendant quelque temps les troubles intestinaux, pratiqua le toucher rectal, et dès lors, fixé sur la nature de l'affection, conseilla à la malade de se faire opérer.

La malade a toujours été maigre, et si, depuis quelque temps, l'amaigrissement est plus prononcé, elle ne s'en est pas aperçue. Son appétit est très médiocre. Son teint est légèrement cachectique.

Il s"agit d'un épithéliôma de la partie supérieure du rectum. Par le toucher, on sent une tumeur volumineuse, lobulée, sitnée à une assez grande distance de l'anus et entourant à peu prés complètement le rectum. Elle s'est surtout développée à la partie postérieure, et paraît très adhérente en ce point. En avant, au contraire, elle est moins étendue, moins

AFFECTIONS ORGANIQUES t)UcJ

dure. On peut à peine sentir sa limite supérieure, car elle remonte très haut. Le calibre du rectum est très rétréci. Quelques petits ganglions indurés à la partie externe et supérieure des aines, surtout à droite. Pas de pus dans les selles.

Le 7 février, chloroformisation. Opération de Kraske. On tombe sur une tumeur très volumineuse et s'étendant fort loin. Elle est enlevée très largement avec le bistouri et le thermocautère. Le délabrement est tellement grand que Polaillon ne peut réunir le bout supérieur et le bout inférieur du rectum. Il se décide à créer un anus sacré. Il applique de

Figure 34. — Anus sacré.

nombreuses ligatures sur les artères qui donnent, et laisse plusieurs pinces à demeure sur les vaisseaux qu'on ne peut lier. Des flèches de chlorure de zinc sont enfoncées dans les points qui paraissent suspects d'envahissement cancéreux, et la plaie est bourrée de gaze iodoformée.

Les suites de l'opération sont satisfaisantes. Pas de température à aucun moment.

Le 9, on commence à enlever les pinces.

Les jours suivants, les eschares des parties cautérisées se

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détachent. La plaie se comble peu à peu, mais très lentement. Les matières passent en totalité par l'ouvertufe sacrée, qui se rétrécit progressivement et forme un anus artificiel (fig. 3i).

La muqueuse 4ii rectum tend à prolaber à travers cet anus sacré. La rétraction cicatricielle a rapproché le bout supérieur du rectum de l'anus normal. Il serait possible de tenter encore une opération analogue à celle de la malade précédente. Mais il y a quelques points de récidive, que je cautérise avec des flèches. D'ailleurs, Delphine D... se sentant plus forte, n'ayant plus de douleurs pendant la défécation, veut retourner chez elle.

Le 8 avril elle quitte l'hôpital, très améliorée momentanément au point de vue de la santé générale, mais l'affection rectale commence à récidiver.

Obs. 261. — Trois faits d'ahlaiion de ca'ncer rectal comprenant la cloison vaginale ; guérison avec un cloaque recto-vaginal. — 1° T... (Rosalie), âgée de 57 ans, ménagère, entrée à l'Hôtel-Dieu le 14 décembre 1893, a un carcinome annulaire du rectum, dont le début date de sept mois. Difficultés de la défécation. Grandes douleurs. L'index pénétre avec peine dans le rétrécissement, et atteint les limites supérieures du néoplasme qui envahit la cloison recto-vaginale.

Le 16. Chloroformisation. Incision en arrière, sur la ligne médiane, comprenant l'anus. Résection du coccyx. Dissection du rectum, avec le thermocautère, en arrière et sur les côtés; en avant, ablation de la paroi postérieure du vagin. La tumeur une fois isolée comme un battant de cloche, section du rectum au-dessus d'elle. Tous les points qui paigaent sont saisis avec des pinces laissées à demeure.

Pansement à la gaze iodoformée.

Tous les jours ou tous les deux jours, le pansement est re nouvelé. La plaie est nettoyée avec une irrigation d'eau phéniquée faible, toutes les fois qu'il est nécessaire de la débarrasser des matières fécales.

Le G mars 1894, Rosalie T... quitte l'hôpital dans l'état sui vaut: incontinence des matières qui s'accumulent dans u cloaque formé par le rectum et la cavité vaginale. La cicatri

sation a beaucoup rétréci la plaie opératoire qui se présente sous l'aspect d'un orifice allongé admettant deux doigts. L'orifice vulvaire est séparé de l'orifice anal par un pont de tissu qui représente le périnée. La malade ne souffre plus et a repris bonne mine. Il n'y a aucune induration pouvant indiquer une récidive. Les ganglions inguinaux sont appréciables, mais ne paraissent pas dégénérés.

2° Angéline D..., âgée de 27 ans, cartonnière, s'est aperçue depuis quatre mois qu'elle avait un trouble dans la défécation, des douleurs et des saignements par le rectum.

Le 26 janvier 1894, je constate un carcinome qui a envahi la cloison recto-vaginale.

Le 29. Chloroformisation. Résection du coccyx et du sacrum, d'après le procédé de Kraske. L'ablation de la tumeur nécessite la destruction de la cloison recto-vaginale. Il est impossible de faire aucune suture pour restaurer le grand délabrement opératoire. Des pinces sont laissées à demeure pour l'hémostase.

La cicatrisation se fait par granulation. Le 13 mai. A la sortie de la malade, il existe un grand cloaque comprenant le rectum et le vagin, au fond duquel on voit le col de l'utérus. Le périnée est intact ainsi que la vulve. Les matières fécales sortent involontairement. L'état général est bon. Les ganglions inguinaux ne sont pas dégénérés.

3" Marie M..., âgée de 44 ans, couturière, admise dans le service le 1" février 1894, a aussi un cancer cylindrique du rectum, très étendu, envahissant la cloison recto-vaginale. Rétention des matières.

Le 3. Chloroformisation. Ablation avec le thermocautère de l'anus et de la partie inférieure da rectum, y compris la paroi postérieure du vagin. Pinces à demeure sur les artères. Tamponnement à la gaze iodoformée.

Peu à peu la cicatrisation rétrécit la plaie. Le 12 avril. Le vagin et le rectum forment un cloaque qui s'ouvre au niveau du périnée par une fente transversale, qui figure l'anus. Il y a incontinence des matières. Mais, en somme, le résultat est plus satisfaisant que je n'aurais pu l'espérer. L'opérée a de l'appétit. Elle a engraissé et a

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repris des forces. Il n'y a pas trace de récidive au moment do sa sortie.

Ces trois opérées n'ont pas été revues.

Ors. 262. — Ablation d'un cancer du rectum par l'ancien procède' \ péritonile généralisée] mort. — Ch... (Etieune), âgé de 40 ans, fondeur de caractères, est reçu à la Pitié, le 26 janvier 1882, pour un cancer annulaire de la moitié inférieure du rectum. Le doigt reconnaît des bosselures formant un rétrécissement irrégulier au-dessus de l'anus. En le poussant profondément, le doigt franchit le rétrécissement et arrive dans la partie supérieure du rectum, qui est saine. L'ablation de la tumeur peut se faire complètement. Elle est acceptée par le malade, qui est préparé par des purgations et par des lavements.

Le 4 février. Pendant la chloroformisation, je sectionne le rectum et les téguments, sur la ligue médiane, en avant et en arrière de l'anus, avec la chaîne de l'écraseur linéaire, procédé que j 'ai complètement abandonné depuis lors. J'obtiens ainsi deux lambeaux latéraux, comprenant la moitié droite et la moitié gauche du rectum avec les téguments et les parties molles qui y adhèrent. J'incise la peau en dehors de l'anus du côté droit, puis je dissèque avec le couteau du thermocautère toute la moitié droite de la tumeur, en remontant de bas en haut, jusqu'au-dessus des limites du mal. Une dissection semblable isole la tumeur du côté gauche. Ces deux portions de tumeur ne tiennent plus à la partie supérieure du • rectum que par leur base, qui forme une sorte de pédicule. Je sectionne ces deux pédicules avec l'anse d'un serre-nœud galvanique.

L'opération s'est faite sans écoulement notable de sang. Pansement avec la gaze phéniquée.

Le 5 février. Ballonnement du ventre, vomissements verts. . hoquets. Faciès grippé.

Le 6 février. Les signes d'une péritonite suraiguë se sont de plus en plus prononces. Mort dans la journée.

Obs. 263. — Ablation du rectum par le procédé de lù-axlic ;

péritonite généralisée ; mort. — G... (Charles), âgé de 36 ans, peintre, est admis le janvier 1891. 11 est affecté d'un carcinome annulaire du rectum, formé par une grosse tumeur qui paraît adhérente à la prostate et au bassin. A quatre centimètres au-dessus de l'anu?, commence nn rétrécissement, que l'on peut franchir avec l'extrémité du doigt, lequel pénètre ensuite dans une cavité tapissée de muqueuse saine.

L'opération de Kraske est décidée et pratiquée le 12 février, peudanc la chloroformisation.

Incision sur la ligne médiane, depuis la partie moyenne de la région sacrée jusqu'à l'anus qui est respecté. Résection du coccyx et de la partie inférieure de l'aile gauche du sacrum. Avec beaucoup de difficultés, j'isole la tumeur qui adhère eu arriére aux muscles du bassin et en avant à la prostate. Une portion de la vésicule séminale et du canal défèrent droit, qui était comprise dans la tumeur, est enlevée. Le bout supérieur du rectum est libéré le mieux possible et attiré en bas. Mais il no peut descendre assez pour être suturé au bout inférieur. Je me contente donc d'attirer ce bout supérieur en arrière et de le suturer à l'incision sacrée, de manière à établir un anus contre nature dans cette région. La partie inférieure de la plaie, qui communique avec l'anus normal, est bourrée de gaze iodoformée.

Le 14 février. Premier pansement. T. 37°, 3. ' Le 15. T. 38°, 4. Ballonnement du ventre.

Le 16. T. 36°, 8. Pouls 120. Faciès pâle et grippé. Vomissements bilieux.

Le 18. Mort par péritonite généralisée.

Obs. 264. — EpUhéliôma avec rétrécissement cylindrique durecium; mort nu début de la chloroformisation pour iétablissement d'un aws sacré, par syncope cardiaque. — La nommée (1..., âgée de 43 ans, blanchisseuse, est entrée à la Pitié le 17 janvier 1^90 Elle avait un épithéliôma du rectum envahissant la cloiso:i recto-vaginale. A sept centimètres au-dessus de l'anus, le bout du doigt reconnaissait un rétrécissement cylindrique, qu'il ne pouvait franchir. De temps eu temps, la rétention des matières produisait des accidents

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d'occlusion intestinale. L'état général était mauvais avec un commencement de cachexie.

La malade fut observée pendant douze jours. Notamment j'avais constaté qu'il n'y avait aucune affection du cœur. L'ablation radicale de l'épithéliôma ne me parut pas devoir éli'c tentée, en raison de l'étendue du mal et de l'allération des forces. Mais je m'étais décidé à pratiquer une recto tomie postérieure et à établir un anus dans la région sacrée pour assurer l'issue des fèces.

Le 30 janvier, la malade est transportée sur le lit d'opération. On la place dans le décubltas latéral droit et on commence à lui faire respirer du chloroforme par le procédé de la compresse. Après quelques inspirations le pouls cesse brusquement. Les mains se contractent, les doigts étant fermés sur le pouce. Aussitôt je pratique la respiration artificielle avec Taide des internes. Celle-ci restant sans résultat, je fais la trachéotomie. Injections d'éther, pointes de feu sur la poitrine, électrisation des muscles inspirateurs, insufflations d'oxygène dans le poumon, rien ne put ranimer la malade, qui paraît avoir succombé à une syncope cardiaque.

Le chloroforme employé était le chloroforme raéthylique préparé par le professeur Regnauld, chlorofoi-me que j'avais choisi comme plus sûr et pour mettre mes opérés à l'abri des accidents de vomissements et de délire, que produisait souvent le chloroforme ordinaire fourni par l'hôpital.

XVn. — Rétrécisscmeîîts du rectum.

10 cas. — 10 femmes : 9 traitées. 1 opérée. 1 mort.

Il en est pour le reeLum comme pour tous les autres conduits muqueux, l'inflammalion produit à la longue une transformation scléreuse de ses tuniques et une coarctation de son calibre. On trouve donc la redite au début de tous les rétrécissements acquis du rectum, en exceptant,

Malformations.

bien entendu les rétrécissements causés par le cancer.

(Voy. chapitre XVI.) . • .

Il y a pea d'années, tous ces rétrécissements étaient considérés comme de nature syphilitique. On a dû renoncer cà cette hypothèse, parce que le traitement spécifique ne donne ordinairement aucun résultat favorable. La syphilis n a^it que comme cause d'irritation par le chancre ou par tout autre syphilide, qui entretient une ulcération et une inflammation chronique du rectum. La syphilis ma semblé n'être qu'une cause prédisposante du rétrécissement, au même titre que la blennorrhagie rectale, par exemple. Mais elle paraît être la cause prédisposante la plus fréquente. Sur mes 10 cas de rétrécissements, je trouve que 4 fois la syphilis était certaine et 3 fois douteuse.

Depuis que M. Gilbert Sourdille a démontré, chez un malade de mon service, que les ulcérations tuberculeuses engendraient le rétrécissement (obs. 253), je crois pouvoir admettre que, dans 1 cas où le malade était affecté de tuberculose pulmonaire, le rétrécissement était de nature tuberculeuse. Dans 1 autre cas, en l'absence de toute autre cause, l'irritation tuberculeuse pouvait être incriminée. Il est probable, d'ailleurs, que les rétrécissements tuberculeux du rectum se multiplieront à mesure que l'on saura mieux les reconnaître par leurs signes cliniques et par l'inoculation aux animaux.

Enfin, chez 1 malade, le rétrécissement était fibreux, très limité, comme si le rectum avait été serré par une hgature (obs. 266).

On sait que le sexe féminin est tout particulièrement prédisposé aux rétrécissements du rectum. Dans ma statistique on ne voit figurer aucun homme.

Le degré du rétrécissement a été très variable. Les uns laissaient passer l'index et n'apportaient pas encore un très grand trouble à la défécation ; les autres n'avaient plus que le calibre d'une plume d'oie, et empêchaient rémission des matières solides. Chez i malade le rétrécissement était si serré qu'il y avait occlusion intestinale presque complète (obs. 266).

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Les rétrécissements non cancéreux du rectum mettent en général beaucoup de temps à se former : j'ai soigné une femme dont le rétrécissement avait commencé vingt-cinq ans auparavant. Cette lenteur d'évolution est un bon signe des coarctations rectales non cancéreuses.

Des syphilides végétantes de l'anus coïncidaient, chez 2 malades, avec le rétrécissement. Chez 1 malade, le rétrécissement était compliqué d'une fistule s'ouvrant à la fourchette, et chez 1 autre malade, d'un prolapsus de la muqueuse, qui se manifestait pendant les efforts défécatoires et qui occasionnait de vives douleurs.

Mes malades souffraient peu, mais ils étaient continuellement inquiets de l'obsession d'aller à la garde-robe et de ne pouvoir se débarrasser complètement.

Lorsque le rétrécissement est récent, et lorsqu'on soupçonne la syphilis, je suis d'avis d'instituer le traitement syphilitique par l'iodure de potassium et les frictions mercurielles. Ce traitement peut guérir la syphilide ou la gomme du rectum et, par suite, amener la guérison du rétrécissement.

Mais lorsque la rectite a fait son œuvre, lorsque le rétrécissement est depuis longtemps établi, le traitement spécifique est sans efficacité.

La dilatation progressive avec des canules légèrement coniques, en gomme ou en caoutchouc, nra paru être le meilleur traitement. Sans doute on n'arrive pas par ce moyen à guérir radicalement, mais on assure l'issue des matières fécales et on prolonge indéfiniment l'existence des malades.

Il m'est arrivé, dans i cas (obs. 265), de favoriser la dilatation par un débridement multiple très superficiel avec le bistouri. Mais je repousse la rectotomie interne ou externe comme ne donnant pas un meilleur résultat que la dilatation. 2 de mes malades avaient été opérées par la rectotomie dans un autre hôpital, elles avaient de l'inconlinence fécale et trouvaient que cette infirmité était bien pire que la difficulté à aller à la garde-robe, qu'elles avaient autrefois.

Lorsque le rétrécissement va jusqu'à rocclusiori complète, lorsqu'on no peut trouver avec le doigt ou avec une sonde le pertuis qu'il faudrait dilater, on doit alors fendre le rectum ou établir un anus artificiel pour assurer le cours des fèces (obs. 266).

Si on ne peut se promettre de guérir les rétrécissemei'.ls du rectum, ou peut par la dilatation progressive rendre la vie des malades plus supportable. Sur mes 10 malades, 4 furent améliorées après un traitement par la dilatation dont la durée moyenne fut de quarante-trois jours ; 5 sortirent du service sans amélioration, probablement parce qu'elles ne voulurent pas se soumettre assez longtemps à la dilatation (seulement seize jours en moyenne).

Le bénéfice obtenu se perd rapidement, si les malades n'entretiennent pas constamment le calibre du rectum, en s'introduisant chaque jour une canule, grosse au moins comme le pouce, et en la conservant à demeure pendant une heure ou deux.

1 malade est mort d'inanition vingt-six jours après l'établissement d'un anus artificiel iliaque. C'est la malade qui avait un rétrécissement fibreux en virole (obs. 266).

Obs. 265. — Rétrécissement du rectain chez une syphilitique ; dilatation progressios et incisions multiples] grande amélioration. — D... (Augustine), domestique, âgée de 36 ans, est admise le 29 juin 1879. Elle a eu la syphilis.

Actuellement l'anus est entouré de condylômes syphiliti* ques assez douloureux. A trois centimètres au-dessus de l'anus, l'index rencontre un obstacle qu'il ne peut franchir. Avec un spéculum on voit, au fond du cul-de-sac formé par le rétrécissement du rectum, un orifice circulaire pouvant admettre avec peine une sonde de la grosseur d'une plume d'oie. Audessus du rétrécissement s'était formé une ampoule, qui sécrétait du pus, et dans laquelle séjournaient les matières fécales. Comme conséquence, constipation opiniâtre, qui durait quelquefois pendant deux mois.

.Je commençai par dilater la coarctation avec des tiges de laminaria. J'arrivai assez rapidement à passer une sonde de

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gomme, qui avait le volume du pouce. Cette sonde, laissée en place plusieurs heures chaque jour, rétablit le cours des matières. Le rectum était souvent nettoyé par des lavements d'eau chaude. La malade avait des garde-robes quotidiennes.

Mais la dilatation ne faisant plus de progrès, je me décidai à inciser les points qui résistaient.

Le 20 septembre, pendant la chloroformisation, je conduis, sur l'index introduit dans le rectum, un bistouri boutonné, et je pratique en trois points de la zone rétrécie, une incision, profonde de trois à quatre millimètres, qui n'intéresse pas toute la paroi du rectum.

Les jours suivants, la malade peut passer elle-même une grosse sonde en gomme, de deux centimètres de diamètre, qu'elle garde au moins une heure.

Le 2 octobre, j'excise les condylômes de la marge de l'anus.

Le 9, exeat. L'état est satisfaisant. Le rectum est assez dilaté pour que la défécation soit facile et indolore. Je recommande à la m&lade d'introduire sa sonde tous les jours, sous peine de voir revenir le rétrécissement et toutes ses fâcheuses conséquences.

Obs. 266. — Rétrécissement fibreux en virole de la 'partie supérieure du rectum; occlusion iyilestinale; anus artificiel; mort d'inanition. — B... (Marie), domestique, âgée de 44 ans, admise d'abord dans un service de médecine, passe en chirurgie le 27 juin 1888.

Elle ne peut fournir aucun détail sur ses antécédents héréditaires. Réglée à l'âge de quatorze ans, elle dit s'être bien portée jusqu'en 1886. Il y a deux ans, elle éprouva une constipation opiniâtre, suivie de temps en temps de débâcle diarrhéique. Peu à peu la constipation s'accentua et les selles devinrent de plus en plus rares. En même temps l'appétit se perdit, dégoût complet pour les aliments solides. La malade ne se nourrissait qu'avec du lait, du bouillon et un peu d'eau rougie.

Son aspect général exprime la souffrance et l'anxiété. Sa maigreur est très considérable. Son faciès est tiré et pâle. La

digestion des alimenls liquides se fait difficilement : ballonnement stomacal, renvois continuels, pyrosis, vomissements fréquents.

D'après le dire de la malade, elle n'a pas été à la selle depuis un mois ; elle a seulement rendu quelques gaz.

Le ventre est un peu ballonné. Le toucher rectal ne donne aucun renseignement ; le doigt enfoncé aussi haut que possible n'atteint pas le rétrécissement. On sent seulement une induration légère sur la paroi antérieure du rectum. Le toucher vaginal est également négatif. Il permet de constater riutégrité de l'utérus, du vagin et de la vessie.

Le 28. M. Polaillon se décide à pratiquer un anus contre nature pour assurer Je cours des matières intestinales. Chloroformisation. L'opération est faite sur le côté gauche de l'abdomen à six centimètres environ au-dessus du pli inguinal. M. Polaillon cherche quelques instants l'S iliaque ou le côlon qui ne se présentent pas. A leur défiiut il fixe à la paroi une anse de l'intestin grêle, qui est incisée. Pansement à la gaze iodoformée.

Le 29. L'aspect de l'anus artificiel est satisfaisant; la muqueuse intestinale forme un bourrelet dont la saillie est d'environ un centimètre et demi.

Le pansement est renouvelé tous les jours, matin et soir, parce qu'il est continuellement souillé par les matières qui s'échappent du bout supérieur de l'intestin. On combat l'érythéme cutané par des onctions de vaseline et de la poudre de bismuth.

Le 13 juillet. Les forces de l'opérée diminuent, et son amaigrissement est très rapide. Pour éviter les évacuations stercorales qui salissent le pansement, elle restreint de plus en plus son alimentation. D'une autre part, les matières qui sortent par l'anus artificiel, sont muco-bilieuses, sans odeur fécale, mal digérées, parce qu'elles ne paraissent pas avoir subi assez longtemps le contact des sécrétions intestinales.

Le 18. L'état général s'aggrave tous les jours. La malade ne prend que quelques gorgées de lait glacé qui détermine des vomissements. Le ventre se ballonne.

Le 24. Mort.

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Le 25. Autopsie. A l'ouverture de l'abdomen, pas de liquide ascitique, pas de péritonite. Le gros intestin, très dilaté, occupe, à droite et à gauche, toute la périphérie de la cavilo abdominale et circonscrit l'intestin grêle, dont quelques anses seulement sont distendues par les gaz.

L'anus artificiel est solidement constitué. Il siège à peu prés à égale distance du cEecum et de l'estomac. La partie de l'in-

Figure35. — Rélrécissement fibreux du rectum. (Dessin de M. Grilhault des Fontaines.)

testin située au-dessus de l'ouverture artificielle est vide et aplatie. Sa partie inférieure, au contraire, est dilatée par des gaz.

Le rectum enlevé présente, au niveau de sa partie supérieure, à son union avec l'S iliaque, un rétrécissement trèslimité, analogue à celui qu'aurait pu produire une ligature

fortement serrée (fig. 35). Eii incisant le rectum, on voit que ce rétrécissement est formé par une virole de tissu fibreux, au-dessus de laquelle l'intestin est très dilaté. La portion dilatée de l'intestin communique avec la portion inférieure par un orifice de deux à trois millimètres, qui laisse passer une sonde cannelée.

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