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IV. — Gommes tuberculeuses et abcès froids

{ 29 hommes : 7 traités \ 22 opérés ) ^ ^. 39 cas { tr\ c o o \ ^ mort.

( 10 femmes : 2 — ; 8 — ^

Je ne range, dans ce chapitre, que les affections tuberculeuses qui ont pris naissance dans le tissu cellulaire souscutané ou intermuscuiaire du tronc. Quant aux abcès froids symptomatiques d'une altération osseuse des vertèbres, des côtes ou du bassin, c'est à propos du rachis, du thorax et de la région pelvienne, qu'ils seront mentionnés.

Les atfections tuberculeuses en question ont revêtu deux formes : la gomme et l'abcès froid idiopathique.

AFFECTIONS GÉNÉRALES

La gomme tuberculeuse a été assez rare (8 cas). Je ne l'ai observée qu'à l'état de ramollissement el de suppuration. Dans 2 cas la peau s'était ulcérée. f)ans 1 autre cas, la peau présentait plusieurs pcrtuis conduisant dans la masse centrale ramollie.

L'abcès froid idiopathiquc a été la forme la plus commune de la tuberculose du tissu cellulaire (31 cas). Ses dimensions, très variables, ont quelquefois atteint le volume (lu poing ou des deux poings.

La poitrine a été le siège de prédilection des gommes et des abcès froids (23 cas) ; puis venaient l'abdomen ^7 cas), le dos (6 cas) et les fesses (3 cas).

La plupart des malades étaient jeunes ou d'âge mûr. Aucun n'avait dépassé soixante ans. Leur âge moyen était de trente-sept ans.

La contagion et l'inoculation directe paraissent avoir été la cause de l'abcès chez 2 malades (obs. 22 et 23).

Chez 4 malades l'abcès froid s'est produit après une pleurésie de nature probablement tuberculeuse.

Chez 11 malades, Tabcès froid coïncidait avec d'autres affections tuberculeuses, tuberculose pulmonaire (4 cas), ganglions tuberculeux de l'aisselle (1 cas), cicatrices de gomme ou d'adénite tuberculeuse (4 cas), ulcération scrofuleuse à la jambe (1 cas), ostéite tuberculeuse (1 cas).

Chez 4 malades, plusieurs abcès froids existaient en même temps sur le tronc.

Le diagnostic des abcès froids a été très difficile dans certains cas (obs. 24.)

9 malades furent traités par des pansements et des moyens internes.

30 malades furent opérés :

3 par la cautérisation avec la pâte de Vienne et le chlorure

de zinc. 3 guérisons.

1 par la ponction et l'injection d'éther iodoformé, recommencées trois fois. 1 amélioration.

2 par la ponction, l'évacuation du pus et le lavage de la cavité avec la solution phéniquée forte. 1 des malades fut guéri après quatre ponctions suivies de lavage. Chez

ORGANIQUES

l'autre malade, la ponction et le lavage échouèrent, et il fallut inciser l'abcès.

7 par l'incision simple, le lavage de la poche et les pansements phéniqués ou iodoformés. 7 guerisons.

17 par la dissection et l'abrasion de la gomme ou par le grattage exact de la paroi avec une curette tranchante. Pour ces opérations l'anesthésie chloroformique a toujours été nécessaire. Les lèvres de la plaie étaient ensuite suturées. Tous les malades ont guéri : 7 par réunion immédiate, 10 après suppuration.

La durée moyenne du traitement chez les malades opérés a été de trente-cinq jours.

Obs. 22. — Abcès froids du thorax contractés par la cohabitation avec un mari mort tuberculeux.

La nommée V... (femme Hortense G...), âgée de 23 ans, marchande aux Halles, est d'une santé générale excellente. Elle est issue de parents robustes, qui n'ont présenté, non seulement chez les ascendants mais aussi chez les collatéraux, aucune affection pulmonaire, aucun abcès froid, aucune trace de gourme. Elle se présente à la Pitié, en juin 1886, avec un abcès froid volumineux au niveau des troisième et quatrième espaces intercostaux droits.

Comme j'ai affaire à une femme de très belle apparence, sanguine, bien membrée, douée de l'embonpoint d'une bonne santé, je l'interroge sur les circonstances qui ont entouré l'apparition de l'abcès. J'apprends qu'elle est veuve depuis un an et demi, et qu'elle a vécu pendant cinq ans avec un mari tuberculeux. Celui-ci était déjà affecté de la poitrine quand il s'est marié. Il était très maigre, toussait, crachait du sang et avait des sueurs nocturnes. Il a succombé à la phtisie pulmonaire.

La malade a eu trois enfants, qui sont tous morts. Ses enfants étaient venus au monde forts et avec toutes les apparences de la santé. Deux étaient morts avec des convulsions vers sept mois. Le troisième avait vécu jusqu'à dix-huit mois, et était mort de méningite.

40 AFFECTIONS GÉNÉRALES

L'abcès thoracique fut incisé, curetté et guéri en un mois et demi.

Le 3 janvier 1887, V... rentra dans le service avec deux abcès dans le dos, à droite de la gouttière vertébrale, ne communiquant pas l'un avec l'autre, abcès dont le point de départ était une ostéite costo-vertébrale. Elle n'avait pas de pleurésie, pas d'accidents pulmonaires.

Incision des abcès et cautérisation de leur cavité avec le thermocautère. Pansements iodoformés.

Le 27 janvier. Sortie en voie de guérison. Les abcès continuaient à suppurer par une fistule et la malade restait exposée à de nouveaux accidents tuberculeux.

Le 7 décembre. V... revient dans mon service. Les abcès froids du dos se sont reformés. Elle n'a plus sa belle apparence de santé. Elle a maigri et pâli. La tuberculose fait son œuvre destructive.

Le 11. Incision des deux abcès. Curettage des foyers. Cautérisation et lavage de leur cavité. Pansement à la gaze iodoformée.

Le 28. Elle est obligée de quitter le service. Elle n'est pas encore guérie, et n'a pas été revue. 11 est bien à craindre que la tuberculose ne se soit généralisée aux organes internes.

Cette observation me paraît être un exemple de la transmission de la tuberculose du mari tuberculeux à sa femme bien portante.

Obs. 23. — Abcès froid de V abdomen à la suite d'une injection sous-cutanée antirabique. Ablation de la poche purulente. Guérison.

A... (Joseph), âgé de 36 ans, graisseur, est entré à l'Hôtel- Dieu, le 5 février 1895.

Aucun antécédent morbide dans sa famille. Ses père et mère sont vivants et bien portants ; l'un a soixante-douze ans, l'autre soixante-dix-neuf ans. Il n'a ni frère ni sœur. Personnellement il n'a jamais eu de maladie, si ce n'est la dj^sentérie et des fièvres paludéennes en Afrique.

Il porte une tumeur, grosse comme un œuf de poule, sur l'abdomen, entre le rebord inférieur des fausses côtes et la crête iliaque.

ORGANIQUES

Il y a neuf mois environ, Joseph A... a été mordu à la ïambe par un chien errant, qui n'a pas été ^e^^:;^^,^' P^^^.^.^;; que ce chien était enragé, notre homme se rendit a 1 Institut Pasteur où on lui fit des inoculations antirabiques, sous a peau de l'abdomen, à la place où siège aujourd'hui la

tumeur. », j

Cinq mois après les inoculations, ou vit apparaître, dans le lieu des piqûres, une petite induration, indolore. Celle-ci resta stationnaire pendant trois mois. Puis la tumeur augmenta subitement et, en deux mois, elle acquit le volume actuel.

La tumeur est lisse, sans bosselures, réniteute, élastique, fluctuante, entourée d'une zone dure comme les abcès froids. Elle adhère à la face . profonde de la peau, mais elle est mobile sur les parties profondes.

Comme le diagnostic est incertain, je fais une ponction exploratrice qui donne issue à du pus.

Le 7. Anesthésie locale par une injection sous-cutanée de cocaïne. Une incision elliptique cerne la tumeur, qui est disséquée et enlevée en totalité sans l'ouvrir. Suture de [la peau avec des crins. Pansement iodoformé.

A la coupe, on voit que la tumeur contenait une cuillerée à café de pus jaunâtre.Ses parois étaient épaisses,anfractueuses, parsemées de granulations paraissant être de nature tuberculeuse.

L'examen microscopique, fait par M. Sourdille, interne du service, démontra la présence d'éléments tuberculeux en très grand nombre dans les tissus qui formaient l'enveloppe de l'abcès. En outre, ces produits tuberculeux, injectés à un cobaye, rendirent le cobaye tuberculeux et occasionnèrent sa mort.

La clinique, l'examen histologique, l'inoculation, tout concorde à prouver que j'ai eu affaire à une gomme tuberculeuse suppurée. Comme la tumeur est née dans le point même où les inoculations antirabiques avaient été faites, chez un homme très sain, nullement prédisposé à la tuberculose, je suis fondé à conclure que la canule à injection a porté dans les tissus des bacilles tuberculeux, qui ont évolué plus tard.

Les suites de l'opération ont été très bonnes.

Le 15. L'opéré sort guéri.

AFFECTIONS GÉNÉRALES

Obs. 24. — Abcès froid de la fesse. Liagnosiic difficile.

Lé nommé J... (Charles-Victor), âgé de 56 ans, imprimeur, entre le 3 février 1883, pour une tumeur siégeant à la fesse droite, au-dessous de la tubérosité ischiatique.

Le début de celte tumeur remonte à cinq semaines ; c'était une petite boule, de la grosseur d'une bille, qui roulait sous le doigt. Pas de douleurs; ce n'est qu'en s'asseyant que le malade s'est aperçu de sa présence. Graduellement elle a augmenté de volume et est devenue un peu douloureuse.

Lors de l'entrée du malade à l'hôpital elle siégeait au niveau du pli fessier droit. Toujours peu douloureuse à la pression, elle avait le volume d'une pomme. Elle faisait saillie surtout dans les mouvements de flexion de la cuisse sur le bassin. Elle était dure, un peu bosselée. Cependant on sentait une fluctuation, si obscure qu'elle pouvait facilement passer inaperçue. La peau était adhérente à ce niveau ; on ne pouvait la froncer. En saisissant la tumeur à pleine main il semblait qu'il existait un pédicule, remontant vers les insertions des tendons demi-teodineux et biceps. Ce pédicule paraissait fixe pendant les mouvements de la cuisse, et indiquait une adhérence de la tumeur à. l'os. Pas de ganglions dans l'aine.

Pas d'antécédents scrofuleux dans son enfance, ni dans sa famille.

Le diagnostic reste en suspens. Est-ce un kyste hydatique, est-ce un sarcome? Est-ce un abcès froid? Quoiqu'il en soit, M. Polaillon se décide à intervenir.

Le 17 février. A peine a-t-il incisé la peau qui recouvre la tumeur, qu'il s'écoule une quantité de pus mal lié et un peu sanguinolent. On avait donc affaire à un abcès froid, développé probablement sous l'influence d'un traumatisme, dans une bourse séreuse siégeant en arriére des tendons demitendineux et biceps.

Après l'incision, la poche fut grattée avec une curette, lavée à l'eau phéniquée au 20MJn drain fut placé dans le foyer et l'on réunit les deux lèvres de la plaie avec trois fils de suture. Pansement de Lister.

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Le 24. La plaie suppure et forme un clapier assez profond, dans lequel on fait des lavages pheniqués.

Le -^8 Les bords de la plaie sont rouges et indurés par places. La suppuration est peu abondante. Les derniers fils sont enlevés.

Le 8 mars. L'induration persiste; mais la cavité commence à se remplir de bourgeons charnus.

Le 25. La plaie est presque comblée. Cautérisation au nitrate d'argent.

Le 26. Le malade sort de l'hôpital.

Vn. — Affections sijphilitiqiies .

( 5 hommes : 5 guéris.

10 cas I ^ femmes : 5 —

Je n'ai admis dans mes salles que des affections syphilitiques difficiles à reconnaître et présentant un caractère chirurgical. C'est ce qui explique leur rareté.

2 ulcérations du mamelon, chez des femmes qui n'étaient pas nourrices, furent reconnues pour des chancres infectants. L'apparition d'une roséole chez l'une des malades, l'existence d'une éruption papulo-squameuse chez l'autre, leva tous les doutes. C'est encore l'éruption cutanée et l'adénite inguinale qui mirent sur la voie du diagnostic d'un chancre chez un garçon, qui avait été admis pour un petit ulcère rond, induré, siégeant sur la ligne médiane entre, l'ombilic et le pubis.

Les accidents syphilitiques tertiaires sont ceux qui simulent le plus souvent une affection chirurgicale. 5 gommes sous-cutanées, ramollies, suppurées, isolées ou multiples, chcz des sujets qui niaient tout antécédent syphilitique, ont donné le change pour des abcès froids, des kystes, des lipomes. Mais quelques indices tirés de l'âge des malades (trente-neuf ans en moyenne), de leur constitution qui n'était pas celle des scrofuleux, de leur profession et de leurs habitudes antérieures, me conduisirent à essayer le traitement spécifique. Or, ce traitement confirma mes soupçons de sypliilis, en taisant disparaître les tumeurs gommeuses.

AFFECTIONS GÉNÉRALES

Un garçon de trente-sept ans portait à la pointe de l'omoplate gauche une tumeur fluctuante, grosse comme une mandarine, sans caractère déterminé. Comme il n'était pas scrofuleux, j'eus l'idée d'essayer le traitement par les frictions mercurielles et l'iodure de potassium à l'intérieur. Au bout de quelques jours, on vit fondre la tumeur comme par enchantement.

2 ulcères tertiaires donnèrent encore lieu à de grandes difficultés de diagnostic. L'un existait sur le sein droit chez une femme de vingt-trois ans. Toute la mamelle était affectée à\me inflammation chronique avec induration des tissus. Il n'y avait aucun antécédent syphilitique avoué ni appréciable. L'autre siégeait au-dessus du pli interfessier II occupait une surface grande comme la paume de la main. Depuis sept mois, aucun traitement n'avait pu le modifier. On en concluait qu'il s'agissait d'un ulcère cancroïdal. Dans ces 2 cas, le traitement spécifique amena la guérison.

La durée moyenne du traitement a été de vingt-cinq jours.

Tumeurs.

A. Tumeurs bénignes.

VIII, — Lipomes.

22 cas j ,f opérés; 1 non opéré l

( 13 femmes : 11 — ; 2 — ]

De toutes les tumeurs du tronc, le lipome est la plus commune, surtout chez les femmes, en exceptant toutefois les tumeurs mammaires, qui seront étudiées aux chapitres consacrés à la gynécologie.

Les lipomes appartiennent à l'âge mûr. Ils naissent quelquefois pendant la jeunesse, restent stationnaires nombre d'années, puis s'accroissent vers la quarantaine. Les femmes les supportent moins longtemps que les hommes. J'ai calculé qu'en moyenne elles viennent réclamer l'opération vers

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quarante-quatre ans, tandis que les hommes patientent jusqu'à quarante-neuf ans.

Dans 1 cas le lipome était congénital (obs. 25). Je n'ai observé que 1 cas où le lipome avait été produit par des pressions réitérées (obs. 26). Dans tous les autres cas, la tumeur s'était développée sans cause appréciable. Cliez 1 malade, plusieurs lipomes existaient sur le tronc, et l'on pouvait invoquer la diathèse lipômateuse (obs. 27).

Le dos et les flancs (13 cas) sont le siège habituel des hpômes ; puis vient la face antérieure de la poitrine (4 cas), où ils forment quelquefois comme une seconde mamelle (obs. 28). Aux fesses (3 cas) et à la face antérieure de l'abdomen (2 cas), ils sont plus rares.

En général, le lipome est une tumeur sous-cutanée, indolente, arrondie, recouverte par la peau saine. Sa consistance est élastique, et donne souvent la sensation de fluctuation, signe qui peut le faire prendre pour un abcès par congestion. Mais si on le comprime entre les doigts, on fait sailhr sous la peau les lobules graisseux qui composent sa masse. Le lipome est quelquefois sous-aponévrotique et adhérent aux muscles. Son tissu peut être doué de transparence. D'autres fois, il est assez dur, parce que l'élément fibreux s'est associé à l'élément graisseux. Exceptionnellement, j'ai rencontré un lipome qui était douloureux, et un autre lipome sur lequel la peau était hypertrophiée et verruqueuse yohs. 24).

Le volume de ces tumeurs est extrêmement variable. Depuis le volume d'une mandarine jusqu'au volume des deux poings, et môme d'une tête d'enfant, j'ai observé tous les intermédiaires.

Les lipomes sont des productions essentiellement bénignes. Mais on est conduit à les enlever, s'ils occasionnent de la difformité ou de la gêne, s'ils deviennent douloureux, s'ils s'accroissent rapidement, de manière à tendre vers des proportions colossales et quelquefois de manière à dégénérer en tumeur maligne.

Surmes 22 cas de lipôme,j'ai pratiqué 19 fois l'ablation. Chez 3 malades, l'opération ne m'a pas paru indiquée,

AFFECTIONS GÉNÉRALES

parce que la tumeur était petite ou parce qu'elle n'occasionnait aucune gêne.

Une incision rectiligne ou légèrement courbe, quelquefois deux mcisions courbes comprenant un segment cutané, permettent de disséquer la masse adipeuse et de l'enlever! Dans 2 cas, j'avais endormi la sensibilité par des injections sous- cutanées de cocaïne. Dans tous les autres cas, les patients avaient été anestbésiés par le chloroforme.' J'ai toujours réuni les lèvres de l'incision par une suture avec des fils d'argent ou avec des crins,ordinairement sans drain. Dans 15 cas, la réunion fut immédiate. 4 fois la plaie opératoire suppura, et dans l'un de ces cas, la plaie fut le point de départ d'un érysipèle.

La durée moyenne de la guérison a été de douze jours dans les cas de réunion immédiate, et de trente-sept jours dans les cas de cicatrisation par suppuration.

Obs. 25. — Lipôme congénital Ablation. Guérison.

Une domestique de 24 ans, P... (Léonce), entre, le 8 octobre 1884, pour une tumeur à la fesse droite. Cette tumeur existait déjà au moment de la naissance. Son accroissement a suivi proportionnellement celui du corps. Comme elle n'occasionnait aucune douleur, elle a été supportée jusqu'à ce jour, mais, actuellement, Léonce P.. . désire en être débarrassée, parce qu'elle est gênante et disgracieuse.

La tumeur s'étend depuis la partie moyenne de la crête iliaque jusqu'à un travers de doigt de la ligue médiane du sacrum. Sa hauteur verticale est d'environ cinq centimètres. Sa surface est mamelonnée, irréguliére, séparée en plusieurs lobes par des sillons. Sa consistance est mollasse. La peau, qui la recouvre, est épaissie et comme verruqueuse. L'ensemble de la tumeur présente l'aspect d'un molluscum (flg. 4.)

Le 18 octobre. La malade étant chloroformisée, j'enlève cette tumeur à l'aide de deux incisions qui circonscrivent sa base. La perte de substance est assez considérable. Suture métallique des incisions. Draius. I^ansement de Lister.

Réunion immédiate dans la moitié interne de la plaie. Sup-

ORGANIQUES. ^'

puration clans sa moitié externe et cicatrisation par bourgeonnement. •+ 1

Le 10 décembre. Guérison et sortie de l'hôpital.

L'examen de la tumeur a montré qu'il s'agissait d'un lipome avec épaississement hypertrophique de la peau.

FiG. '1. — Lipôme congénital avec épaississement hypertrophique de ia peau. (Dessin par M. Janet.)

Obs. 26. — Lipome de la région mammaire d'origine Iraumalique chez un homme. Ablation. Guérison.

Le nommé I). . (Victor), âgé de 49 ans, charpentier de la marine, na aucun antécédent morbide personnel ou héréditaire. Il fait habituellement des excès de boissons alcooliques. Pendant son travail de charpentier, Victor D... appuie contijiuellement le manche des outils et l'avant-bras contre le côte gauche de sa poitrine.

11 y a trois mois, il sentit une douleur assez vive, lorsque son avaut-bras venait frotter son sein gauche. Il remarqua alors qu'il avait le sein gauche plus gros que le droit. A

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partir de cette époque, il a continué à ressentir une petite douleur en travaillant, et la tumeur a augmenté de volume. Enfin, la douleur le gênant beaucoup et la tumeur grossissant, il vint consulter à l'hôpital, où il entra le 31 janvier 1883,

A l'examen du thorax, on trouve, à la hauteur du mamelon gauche, une tumeur mollasse, lobulée, sans adhérence aux parties profondes et à peu près delà largeur de la main. Cette tumeur se prolonge en bas jusque sur la septième côte. M. Polaillon diagnostique un lipome professionnel dû à la pression des outils sur cette partie du thorax pendant le travail du malade. Il se décide à en faire l'ablation à cause des douleurs dont elle est le siège.

Le 3 février. On fait une première incision de sept centimètres au-dessus du mamelon gauche, et on trouve une tumeur lipômateuse dans le tissu cellulaire sous-cutané. On enlève avec le bistouri et les ciseaux les masses graisseuses qui sont étalées dans le tissu cellulaire. La tumeur présentant un prolongement en bas, on fait une nouvelle incision horizontale, de cinq centimètres, à la hauteur de la septième côte. On tombe sur une nouvelle tumeur graisseuse de ia grosseur d'une petite orange. Celle-ci se continue par un isthme rétréci avec la tumeur supérieure. Les deux incisions sont parallèles et séparées par un pont de peau, qui contient le mamelon, au-dessous duquel le lipôme a été enlevé. On lave la plaie avec de l'eau phéniquée au 20'"% après avoir fait quelques ligatures avec le catgut, et l'on suture les deux plaies avec des fils d'argent ; six points de suture pour l'incision supérieure et trois pour l'incision inférieure. On place un drain dans chaque plaie. Pansement de Lister.

Le 4 février. Pas de fièvre. Température 37°5. Le malade ne soufïre pas.

Le 5. Premier pansement. La plaie ya. bien. Il y a réunion immédiate dans presque toute sou étendue. On voit seulement un point, qui paraît se sphacéler auprès du drain de l'incision supérieure. On enlève ce drain et un point de suture. Pas de fièvre. Appétit modéré.

Le 7 . Second pansement ; on enlève l'autre drain.

ORGANIQUES. 49

Le 12. Petit abcès au niveau du mamelon, Une incision laisse écouler un peu de pus. Pansement de Lister.

Le 17. Le malade sort de l'hôpital sans que l'incision supérieure soit complètement cicatrisée.

Obs. 27. — Lipômes multiples. Diathèse Upômaleuse.

Le nommé A... (François), mégissier, âgé de 68 ans, entre à la Pitié, salle Broca, le 3 février 1886, pour une arthrite sèche de l'épaule gauche. On constate, en outre, chez lui, une véritable diathèse lipômateuse. Neuf lipômes, de volume différent, siègent dans le tissu graisseux sous-cutané des membres et de la poitrine.

Il n'a pas connu son père. Sa mère, perdue de rhumatisme, a succombé à un rhumatisme articulaire.

Lui-même est rhumatisant depuis son enfance. Il est affecté de varices aux membres inférieurs.

Sur la face antérieure de la poitrine, il n'y a qu'un lipome, gros comme une mandarine.

Les lipômes des membres sont congénitaux. Le malade les a toujours connus. D'abord petits et peu volumineux, ils se sont accrus progressivement pour atteindre le volume qu'ils présentent aujourd'hui. Depuis quinze ans, ils sont restés stationnai res.

Sur le bord cubital et vers la partie moyenne de l'avantbras droit existe une tumeur de la grosseur d'une orange environ, légèrement aplatie, empiétaut à peu près autant sur la face antérieure que sur la face postérieure de l'avant-bras. A la palpation cette tumeur est lobulée, de consistance lipômateuse par endroits, fibreuse dans d'autres. Un peu plus bas, sur la face antérieure de l'avant-bras, près du bord radial, à cinq centimètres environ au-dessus de l'articulation du poignet, petite tumeur, de consislance plus molle que la précédente, aplatie, grosse comme une noix.

Sur le bord cubital de l'avant-bras gauche, dans un point à peu près symétrique à celui où siège la tumeur la plus volumineuse de l'avant-bras droit,existe un lipôme, mobile,lobulé, (le la grosseur d'un œuf de poule.

A la face interne de la cuisse gauche on trouve un lipôme

BO AFFECTIONS GÉNÉRALES

très aplati, à peine lobulé, de cinq à six centimètres de longueur sur trois ou quatre de largeur. A la face antérieure de la même cuisse, à peu près au niveau de la pointe du triangle de Scarpa, petite tumeur, très aplatie, non lobulée,de la grosseur d'une petite noix.

Tout à fait à la racine de la cuisse droite, entre l'épine iliaque antéro-inférieure et le grand trochanter, se trouve un lipome allongé dans le sens de l'arcade crurale. Ses dimensions sont de six à sept centimètres de long sur quatre de large. Sur la partie externe et supérieure de la même cuisse, immédiatement au-dessous du grand trochanter, on voit une petite tumeur aplatie, du volume d'une noix. A la partie postérieure et supérieure de la cuisse, immédiatement au-dessous du bord inférieur du grand fessier, on rencontre deux petits lipomes superposés et presque contigus. Le volume de ces deux tumeurs est le même à peu de chose près, et peut être comparé à celui du pouce.

Tous ces lipomes sont absolument indolores. Ils n'ont jamais fait souffrir le malade et ne l'ont gêné en quoi que ce soit. Il n'y a pas lieu de les opérer.

Obs. 28. — Lipôme simulant une mamelle surnuméraire ; ablation; réunion par première intention. (Communiquée à la Soc. de méd. de Paris, 22 juillet 18S2, in Bulletin, p. 177.)

La nommée M... (Louise), âgée de 31 ans, repasseuse, entre le 13 mars 1882, à la Pitié. Elle présente, immédiatement en dehors et au-dessous du sein gauche,une tumeur dont le volume équivaut à celui de la mamelle (fig. 5). La tumeur est séparée de cette dernière par un sillon dans le fond duquel la peau est immédiatement appliquée sur la paroi thoracique. Sur la tumeur elle-même la peau est saine, mobile, et a conservé son aspect normal. La production morbide n'est pas adhérente aux parties profondes.Elle est indolente spontanément et à la pression. A la palpation, je reconnais une consistance assez ferme et une agglomération de lobules peu distincts les uns des autres. La température locale n'est pas augmentée.

Il n'y a pas de doute qu'il s'agit d'un gros lipôme.

Le début de la tumeur remonte seulement à une année et.

ORGANIQUES. 51

depuis six mois, iraccroissement est très rapide. La malade ne peut en rattaclier l'origine à aucune cause. Elle a toujours été bien portante.

FiG. 5. — Lipôme à marche rapide. Ablation. Guérison. (Dessin par M. Ménager, exterae du service).

La rapidité de la marche de ce lipôme est une indication pour l'enlever, bien qu'il ne produise aucune douleur et qu'il n'occasionne qu'une gêne mécanique.

52 AFFECTIONS GÉNÉRALES

Le 21 mars. Chloroformisation. Ablation de la tumeur avec le bistouri, en circonscrivant sur sa partie saillante, par deux incisions courbes qui se regardent par leur concavité, un segment de peau de forme losangique. Les lobules graisseux s'énucléent facilement. Deux ligatures d'artère avec fil de catgut. Suture avec cinq points de fil d'argent. Pansement de Lister. Pas de drain.

Le 22. Point de fièvre. Point de malaise.

Le 23. Premier pansement. J'enlève trois sutures. La plaie se réunit par première intention.

Le 25. Ablation des deux dernières sutures.

Le 28. La réunion est complète. Une cicatrice linéaire est la seule trace d'opération.

L'examen histologique a fait voir qu'il s'agissait d'un lipome type, limité par une enveloppe celluleuse assez dense.

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