‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource] (volume 2)Chapitre 76 sur 92 · XIII. — Gangrènes · texte numérisé non relu

XIII. — Gangrènes

5 cas. — 3 traités ; 2 opérés. 0 mort.

Si j'élimine toutes les gangrènes dues aux infiltrations d'urine (chap. XII), il ne reste plus qu'un très petit nombre de faits oii la gangrène s'est manifestée sous l'inlluence d'autres causes.

Chez 1 malade de trente-neuf ans, une gangrène de la bourse droite avait été le résultat d'une injection de teinture d'iode, faite en ville pour guérir une bydrocèle vaginale. L'injection avait certainement été poussée dans le tissu cellulaire du scrotum. Les escliares s'éliminèrent et. au bout de vingt-cinq jours, le malade sortait en voie de guérison.

2 fois, à la suite d'écorchures du prépuce, une lymphangite gangréneuse produisit des eschares sur cet organe. Comme le gonflement inflammatoire avait amené un phimosis chez l'un des malades, il fallut débrider le prépuce avec le thermocautère.

Enfin, chez 2 malades, la gangrène m'a paru spontanée. Il s'agissait de deux hommes déjà avancés en âge : l'un avait soixante-trois ans et une insuffisance mitrale. L fourreau de la verge et le gland se mortifièrent sans cause appréciable. A la chute des eschares, il y eut une hémorrhagie abondante venant du corps caverneux. Néanmoins le malade guérit et passa dans un service de médecine pour sonaff"ection cardiaque. L'autre, âgé de cinquante-cinq ans, paraissait exempt de toute tare pathologique (obs. 298).

Les tissus des enveloppes du scrotum et du pénis sont tellement extensibles que les pertes de substance, souvent très étendues, à la suite de la chute des eschares, se réparent facilement sans laisser des traces diflormes.

Obs. 298. — Gangrène spontanée du scrotum ; plaques gangreneuses sur le gland et à la verge; gu&ison. — G... (Adrien), qui est le sujet de cette observation, est habituellement bien portant. Il a 55 ans actuellement. A 35 ans, il a contracté une

chaudepisse qui a duré quatre ou cinq jours seulement. Depuis il n'a jamais été gêné pour uriner. Il ne se souvient pas avoir fait une chute, ni reçu des coups sur le périnée. En un mot, on ne peut trouver aucun antécédent du côte des organes urinaireset des parties voisines. Cordonnier de son état, il travaille assis chez lui, toute la journée.

Un mois environ avant son entrée à l'hôpital, G.. . a été pris de malaise, de céphalalgie. Néanmoins il put continuer son travail. Mais, il y a huit jours, il fut obligé de se mettre au lit, sans qu'il se lut aperçu d'aucun trouble du côté des organes génito-urinaires. Trois jours après, sa verge s'œdématia et il ne put plus découvrir le gland. Cependant il urinait facilement et ne sentait aucune douleur dans le canal. Bientôt apparurent, sur les bourses et sur la verge, des plaques grisâtres qui s'étendirent assez rapidement. L'état général s'aggravant, il entra à l'hôpital le 4 juin 1881.

Les bourses sont tuméfiées, rouges. A leur partie antérieure on voit des plaques grisâtres, molles, larges de cinq à six centimètres carrés, qui se confondent sur leurs limites avec

j les tissus environnants. La verge est tuméfiée et présente au-dessous du gland, qui est découvert, deux cercles grisâ-

, très, sphacélés, intéressant le fourreau de la verge et formant un sillon assez régulier. Sur le gland on voit aussi des

I points gris, sphacélés, do la grosseur d'une tête d'épingle. On ne peut songer à une gangrène par infiltration d'urine. En

, effet, le cathétérisme ne fait reconnaître aucun rétrécissement. La miction est normale et a toujours été normale. Il s'agit d'une gangrène spontanée du scrotum et de la verge chez un

I malade, qui n'est ni diabétique, ni glycosurique.

I Je cautérise avec le thermo-cautère les plaques de gangrène, en suivant leurs contours, afin de hâter leur élimination. Je

I cautérise aussi les plaques grisâtres du gland. Cette cautérisation est complètement insensible.

Compresses phéniquées sur les parties malades, changées plusieurs fois par jour. Potion de Todd. Extrait de quinquina deux grammes.

Le6 juin. Les plaques de sphacèle sont à peu près limitées.

I A leur centre le tissu cellulaire s'élimine par filaments. Lors-

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qu'on lave les tissus au moyen d'une injection phéniquée, on voit les filaments du tissu cellulaire se gonfler et présenter un aspect analogue à celui du coton mouillé. Après le nettoyage de la plaie, on distingue nettement les deux testicules recouverts d'une membrane rosée.

Le 7. Le malade a peu d'appétit. Il a de temps en temps des exacerbations douloureuses. Il urine sans gêne, pas plus fréquemment que d'habitude.

Les bourses sont à peu près complètement sphacélées. Il ne reste, à la racine du scrotum, qu'une zone de peau saine, d'environ deux centimètres, irrégulièrement découpée, plus étroite en avant qu'en arriére. La partie supérieure des testicules est à peine cachée par cette bande de tissu sain. Par places, on voit des plaques de sphacèle, grises ou noirâtres. A la verge, les points sphacélés sont à peu prés détachés et n'ont pas de tendance à s'étendre.

Les pansements consistent à laver les plaies avec de l'eau phéniquée deux fois par jour et à les recouvrir de compresses phéniquées.

Le 9. Les plaques de sphacèle ont presque toutes disparu. La cloison des bourses est disséquée, et présente des traînées de tissu conjonctif qui la réunissent aux testicules. On peut constater que la vaginale est intacte, mais qu'elle est le siège d'un épanchement.

Le 10. La tunique vaginale gauche se déchire spontanément et laisse apercevoir le testicule qui est sain. A droite la tunique vaginale est toujours intacte.

Le 13. L'état général s'est amélioré. Les tissus sphacélés ont complètement disparu. Les testicules recouverts de la tunique vaginale, intacte à droite, perforée en deux endroits à gauche, sont rosés. Des bourgeons charnus végètent sur la cloison entre les testicules et au niveau de ce qui reste du scrotum.

Le 23. La cicatrisation du scrotum avance beaucoup, et tend à recouvrir les testicules.

Le 1" juillet. Le malade va de mieux en mieux. L'état général est très bon. La cicatrisatior» marche assez rapidement.

Le 20. Les bourses sont presque complètement reformées. La peau, attirée par la rétraction cicatricielle, recouvre les

testicules. Il ne reste plus qu'une petite surface bourgeonnante à la partie antérieure et inférieure des bourses.

Le 26. Tout est cicatrisé. Les testicules sont remontés vers le pubis par un scrotum raccourci, mais bien formé. Le malade guéri parten convalescence à l'asile deVincennes.il urine normalement. Il n'est ni albuminurique, ni glycosurique.

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