M AME LU', S
Par suite d'une erreur de diagnostic, un médecin de la ville avait pensé qu'il s'agissait d'un phlegmon mammaire et avait plongé son bistouri dans la tumeur. Il n'était sorti que du sang. La plaie s'était infectée et toute la région s'était énormément tuméfiée.
Arrivée à l'hôpital, on trouve que la mamelle droite est rouge, tendue, élastique, gonflée comme un ballon, sonore à la percussion. Des gaz infiltrent toute la glande, ainsi que le tissu cellulaire périglandulaire. La pression fait sortir ces gaz par l'incision faite en ville, et en même temps un liquide exhalant l'odeur de la gangrène. Par exception les ganglions axillaires ne sont pas engorgés.
J'enfonçai immédiatement dans le foyer gangréneux plusieurs flèches de chlorure de zinc pour désinfecter les tissus et limiter le sphacèle.
Le 27 novembre. Chloroformisation et ablation totale du sien avec le bistouri. Suture partielle. Pansement à la gaze iodoformée.
La cicatrisation s'accomplit en quarante-six jours, en partie par réunion immédiate, en partie par bourgeonnement. Le 12 janvier 1886. Exeat.
L'examen histologique de la tumeur montra qu'il s'agissait d'un encéphaloïde en voie de gangrène. Il me paraît certain que c'est l'incision intempestive et l'absence de soins antiseptiques, qui ont provoqué l'inflammation gangréneuse de la tumeur.
Cette malade eut une récidive foudroyante.
Le 10 février, moins d'un mois après sa sortie avec les apparences d'une guérison, elle rentrait dans le service. La cicatrice était détruite et livrait passage à des champignons de tissu encéphaloïde, dont la pullulation était très active. Le moindre contact les faisait saigner abondamment. Les ganglions sus et sous-claviculaires étaient dégénérés.
Il n'y avait plus aucune intervention à tenter.
Le 31 mars. B... (Ernestine) succomba à l'épuisement causé par les hémorrhagies et par la cachexie.
Obs. 23. — Deux faits d'ablation d'un cancer du sein chez des
malades cachectiques; inflammation fleure- pulmonaire consécutive ; morts. — 1° D... (Victorine), ménagère, âgée de 58 ans, est admise le 22 février 1886.
Pas d'antécédents héréditaires. Pas de maladies antérieures. La malade est mère de quatre enfants, tous bien portants.
Il y a deux ans, elle fut victime d'un accident de voiture pendant lequel le sein droit fut contusionné. Aucune suite immédiate. Le sein n'est devenu douloureux que depuis huit mois. Il y a six mois seulement qu'elle s'aperçut d'un gonflement au-dessus de ce sein, près de la base de l'aisselle. Depuis cette époque, la tumeur a grossi et est devenue dure.
Actuellement, on trouve, au-dessus et en dehors du sein droit, vers la base de l'aisselle, une tumeur dure, du volume d'une orange, qui paraît parfaitement isolable. Dans le reste de la glande, on sent quelques petits noyaux durs, isolés. Les ganglions de l'aisselle sont envahis. Rien au sein gauche.
11 n'y a ni sucre ni albumine dans les urines, mais la santé est altérée. Perte des forces et de l'appétit. Teinte cachectique des téguments.
Le 27 février. Anesthésie par le chloroforme. Ablation complète du sein droit et des ganglions axillaires. Mais, en poursuivant le curage de l'aisselle, M. Polaillon arrive sur les gros vaisseaux et sur les nerfs axillaires, qui sont englobés dans une masse cancéreuse. Il est impossible d'aller plus loin. Lavage phéniqué de la plaie, qui est réunie par de nombreux points de suture. Gros drain. Pansement de Lisler.
Le 28. T. s., 38°,2,
Le 1er mars. Pansement. La plaie paraît en bon état, mais la malade présente tous les signes d'une bronchopneumonie prise sans doute dans la salle d'opération, où il faisait accidentellement assez froid. T. : m., 38° ; s., 39°,2.
Le 2. Nuit agitée. Pas d'amélioration. La malade n'expectore pas. T. : m., :-s9°; s., 37°.
Le 3. On renouvelle le pansement. La plaie n'a pas mauvais aspect ; mais la bronchopneumonie est très menaçante. T. : m., 39"; s., 38°.
Le 5. Mort.
MAMELLKS
Le 6. Autopsie. La plaie était en voie de suppuration. La traînée de tissu caucéreux s'étendait jusque sous la clavicule, en entourant les vaisseaux axillaires et les nerfs du plexus brachial. Son ablation complète aurait été impossible. La troisième côte droite présentait un point où l'altération cancéreuse était manifeste.
Splénisation des deux poumons.
A droite, épanchement pleurétique, d'environ un litre de liquide sanguinolent, en rapport avec la lésion costale. La pleurésie existait déjà à l'état latent au moment de l'opération, mais le refroidissement probable de la patiente a été la cause occasionnelle de la congestion des deux poumons.
Pas de cancer hépatique. Rien à l'estomac, à l'intestin, ni au péritoine. Rien dans les organes du petit bassin. Les reins étaient sains.
La rate, fortement tuméfiée, présentait, à son extrémité supérieure, un kyste de la grosseur d'un œuf, rempli d'un liquide jaune citrin. La paroi du kyste avait une couleur blanchâtre et une épaisseur d'environ un millimètre.
2° B... (Marie), âgée de 62 ans, ménagère, entre le 20 mai 1887 à la Pitié, salle Gerdy. C'est une femme plus vieille que son âge et déjà cachectique. Elle ne peut donner aucun renseignement précis sur la cause de la mort de ses parents, mais il ne semble pas qu'il y ait eu de cancers dans sa famille.
Il y a à peu près deux ans qu'elle s'aperçut, pour la première fois, que son sein gauche contenait une petite tumeur dure. p]lle ne s'en inquiéta pas. La tumeur grossit rapidement. Depuis six mois, la peau s'était ulcérée. En même temps la malade maigrissait rapidement, perdait ses forces et son appétit.
Le sein présente une tumeur, qui fait une saillie, grosse comme le poing, dans la région du mamelon. Cette saillie présente, à son centre, une ulcération un peu plus grande qu'une pièce de cent sous, avec un fond rougeàtre eh sanieux. Les liquides qui s'en écoulent ont une très mauvaise odeur. Autour de la tumeur principale, on trouve plusieurs noyaux secondaires disséminés dans la glande et sous la peau. Il
AI-'FiïCTIONS ORGANIQUES
existe, dans l'aisselle gauche, une masse ganglionnaire assez considérable et un petit ganglion isolé dans le creux sus-claviculaire.
L'état général de la malade est mauvais. Elle a un commencement de cachexie et se nourrit mal. Son sein est depuis longtemps le siège de douleurs très vives qui, à elles seules, nécessitent l'intervention chirurgicale.
Le 29 mai. Pendant la chloroformisation, large ablation par une incision elliptique, dépassant les limites du mal et se prolongeant dans l'aisselle gauche. Une notable portion du muscle grand pectoral, qui est envahi par le cancer, est réséquée. Le curage de l'aisselle est fait avec soin, et permet d'enlever la masse ganglionnaire qu'elle contient.
Quelques vaisseaux sont liés avec le catgut, et la plaie cutanée est suturée avec des fils d'argent. Seule, une petite surface triangulaire, large comme une pièce d'un franc, ne peut être couverte par la peau. Un gros drain est placé dans le creux de l'aisselle et un autre, plus petit, à la partie interne de l'incision. Lavage à l'eau phéniquée et pansement de Lister.
Dans la journée la malade a quelques vomissements chloroformiques. Elle est très affaiblie.
Le 3 juin. On défait le pansement ; la réunion est en bonne voie. On retire quelques fils de la suture. Lavage à l'eau phéniquée. Nouveau pansement de Lister. La malade se plaint continuellement d'une douleur dans la poitrine. Elle ne mange pas et dort mal.
Le 7. Deuxième pansement. On retire les derniers fils de la suture. La réunion est complète. La malade a de la difficulté à respirer. Ses lèvres et ses ongles sont cyanosés. L'auscultation démontre que les deux poumons sont congestionnés.
Le 8. La congestion pulmonaire s'accentue. La malade est anhélante; les lèvres se cyanosent déplus en plus. Grande faiblesse.
A sept heures du soir, mort.
Le 10. Autopsie. A l'ouverture du thorax, on. constate que le plan costal sur lequel repose la cicatrice, est envahi, en plusieurs points, par le néoplasme. En enlevant le plastron sternal, on trouve un épanchement pleurétique séreux assez abondant
MAMRLLES
dans la plèvre droite, du côté opposé au sein opéré. La plèvre gauche est parsemée d'un très grand nombre de noyaux careinômateux arrondis, lobulés, en forme de végétation.
Les parties externe et postérieure du poumondroit adhèrent à la plèvre. Ce poumon est également recouvert de végétations cancéreuses. A la coupe, son parenchyme présente de la congestion et un grand nombre de noyaux cancéreux disséminés. Il est remarquable de voir que les lésions sont beaucoup plus avancées du côté droit que du côté gauche, où siégeait le cancer du sein.
Le poumon gauche est également congestionné sans infiltration de néoplasme.
L'examen des autres organes montre six gros noyaux cancéreux dans le foie et un noyau dans la rate.
Les reins, surtout le rein droit, sont infiltrés de nombreux nodules cancéreux, gros comme de petites noisettes.
L'intestin et la paroi de l'estomac en présentent un grand nombre, sous la forme de petites plaques de la grandeur d'une pièce de cinquante centimes.
Rien au cerveau, ni à l'utérus.
Obs. 24. — Gros carcinome ulcéré du sein ; ablation; érysipèle ambulant; mort. — L... (Laure), âgée de 59 ans, lingère, se présente dans mon service le 14 avril 1886, après avoir séjourné passagèrement dans plusieurs hôpitaux, où on avait refusé de l'opérer. Son état est lamentable, et je me fais un devoir de lui donner un lit.
Un carcinome occupe tout le sein gauche, formant une tumeur du volume de quatre poings au moins. Un ulcère en cratère occupe le tiers de sa surface. Des eschares recouvrent le fond de cet ulcère. Une odeur infecte s'exhale de toute cette plaie, qui sécrète de la sanie purulente mélangée à du sang corrompu. Les tissus environnants sont infiltrés par les éléments du cancer.
La situation est si pénible, que je me décide à enlever le sein, opération qui ne sera pas radicale, mais qui sera utile, car elle supprimera un foyer d'infection pour la malade et pour ses semblables.
AITECTIONS ORGANIQUES
Je consacre une semaine à nettoyer et à désinfecter l'ulcère le mieux possible.
Le 22 avril. Pendant la chloroformisation, j'enlève une masse cancéreuse pesant plus d'un kilo et demi. Je suture ensuite les lèvres de la plaie, en tiraillant assez fortement la peau. Pansement de Lister.
Le 25. Apparition d'une plaque d'érysipèle sur la peau du dos, qui devient le siège d'une douleur brûlante très vive. T. 38°, 8. La plaie est sans tuméfaction, sans rougeur et semble se réunir par première intention.
Le 27. T. 38°, 8. L'érysipèle a envahi tout le dos, et des plaques se montrent sur les membres.
Le 30. La température tombe à 37° ; mais la malade est très affaiblie. Langue sèche. Diarrhée. La suture s'est désunie en partie .
Le 3 mai. Mort à la suite de l'érysipèle généralisé et ambulant.
Obs. 25. — Ablation d'un cancer mammaire chez une femme affectée de tuberculose pulmonaire ; mort par exacerbation de l'affection tuberculeuse. — Y... (Euphrasie), âgée de trente-trois ans, blanchisseuse, est entrée à la Pitié le 28 mars 1881.
Elle a eu un enfant, il va dix ans. Les suites de couches ont été normales. Elle a eu autrefois des névralgies faciales,mais aucune maladie jusqu'à cet hiver, où elle eut plusieurs bronchites coup sur coup. Elle est bien réglée.
Il y a six mois, elle s'aperçut de la présence, dans le sein droit, d'une petite tumeur, grosse comme une bille, très mobile, ne suscitant pas de douleurs, mais des démangeaisons assez vives. Elle ne sait à quelle cause attribuer cette tumeur.
Sa santé resta bonne pendant les quatre premiers mois ; mais, il y a deux mois, elle fut prise de douleurs généralisées dans les membres inférieurs, surtout dans le membre droit ; ces douleurs, très sourdes en général, s'exaspéraient par moments sous forme d'élancements. Sa santé commença alors à s'altérer; l'appétit diminua graduellement ; le sommeil dispa-
MAMELLES
rut; la malade maigrit rapidement; la fièvre apparut à d'assez courts intervalles avec exaspération vespérale. Sueurs nocturnes.
Avec l'apparition de ces phénomènes coïncida un accroissement plus rapide de la tumeur. Celle-ci était restée à peu près indolore, sauf quand le bras était fatigué; mais, devenue adhérente à la peau, elle occasionna quelques tiraillements.
Depuis deux mois, la peau a commencé à s'ulcérer, et la perte de substance a augmenté très rapidement.
A l'examen, on trouve, sur le sein droit, notablement plus gros que le gaucho, une surface ulcérée de la largeur de la paume de la main. Cette perte de substance est très peu profonde. Son fond est irrégulier, laissant sourdre des gouttelettes de pus. Ses bords sont déchiquetés, violacés. Tout autour de la plaie, la peau est épaissie, indurée et infiltrée, surtout à droite, ce qui rend la délimitation de la tumeur très difficile. Cependant, celle-ci parait avoir le volume du poing. Elle est formée par la réunion de plusieurs noyaux, qui lui donnent une forme bosselée. Elle est très peu mobile sur les parties profondes. Elle adhère à la peau autour de la partie ulcérée et se continue insensiblement avec l'infiltration sous-cutanée. Elle pousse un prolongement dans l'aisselle, mais on n'y sent pas de masse ganglionnaire distincte.
Le 2 avril. Opération. La malade étant eudormie, M. Polaillon marque les limites de la tumeur et incise la peau suivant deux lignes courbes, s'étendant de la partie interne du creux axillaire à un centimètre du bord droit du sternum. Il laisse, à la partie externe, un lambeau triangulaire de peau, pour faciliter la réunion. La mamelle est disséquée jusque sur la gaîne du grand pectoral, qui est abrasé. Plusieurs artères sont liées, entre autres la mammaire externe. 11 y a peu de perte de sang. M. Polaillon enlève le prolongement axillaire et s'assure qu'il ne reste plus de tissu suspect.
Suture du côté du sternum, dans l'étendue Je trois à quatre centimètres. Du côté de l'aisselle, chaque bord du lambeau triangulaire est suturé au bord correspondant de la
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grande incision. Mais le tiers moyen de la perte de substance ne peut être réuni, et les derniers fils appliqués menacent déjà de couper la peau. Pansement de Lister.
Le 3. T. : mat., 38° ; s., 39°, 2. La malade a été très fatiguée par l'opération. La respiration est très gênée par une bronchite; gros rhonchus s'entendant à grande distance. L'expectoration est impossible, bien que la plaie ne provoque pas de douleur.
Extrait thébaïque; julep au kermès.
Le 4. T. : mat., 37°, 5; s., 38°, 4. Premier pansement. La plaie a l'aspect grisâtre habituel des plaies qui n'ont pas encore suppuré; la réunion semble en bonne voie dans les points suturés. L'état général est à peu près le même ; pas de fièvre ; mais la toux et l'oppression tourmentent beaucoup la malade et empêchent le sommeil.
Le 5. T. : mat., 37°,8; s., 38°, 9. La malade est un peu mieux. Les rhonchus sont plus gros, plus bruyants, mais l'expectoration est moins difficile. Moins de dyspnée.
Le 7. T. mat., 37°, 8. Pansement. La suppuration n'est pas encore bien établie. On retire deux fils. Les angles de la plaie se réunissent. La malade a toujours de gros râles. Sa face est rouge et cyanosée. Sueurs abondantes. T. -3., 38°, 8.
Le 8. Frisson dans la matinée ; fièvre très vive. La respiration est meilleure. T. : mat., 39°, 4 ; s., 38°, 4.
Le 9. T. : mat., 38°, 6 ; s., 38°,6. La malade a eu delà diarrhée. Huit selles dans la journée. On prescrit un lavement avec huit gouttes de laudanum.
Le 10. La nuit a été mauvaise ; pas de sommeil ; sueurs abondantes ; fièvre. Toute la poitrine est douloureuse, surtout au niveau de la plaie. La diarrhée continue. On prescrit encore un lavement laudanisé.
Le 12. Agitation, délire pendant la nuit. La plaie a un aspect ulcéreux, et la petite portion, qui était réunie, s'est décollée.
Le 17. L'état général est plus grave. Respiration anxieuse. Faiblesse extrême. Délire toute la nuit. La plaie a un aspect ulcéreux presque sans suppuration.
Le 2.'. La malade est plus mal. Respiration angoissante.
MAMELLES
Gros rhonch us. Agitation extrême, sueurs, un peu de délire. La malade tombe dans le coma et succombe vers trois heures.
Le 24. Nécropsie. Le travail de réparation de la plaie opératoire est à peine commencé. La réunion a manqué partout. La veine axillaire ne présente aucun caillot ni aucune inflammation (la malade avait présenté pendant la vie de l'engourdissement et de l'œdème du bras). Mais, à son pourtour, nombreux noyaux indurés, que l'incision montre être de nature cancéreuse.
A l'ouverture des plèvres pas de liquide. Adhérences pleurales anciennes, très tenaces, aux deux sommets et à la base du poumon droit.
Le sommet du poumon gauche est transformé en une vaste caverne anfractueuse, dont les parois présentent une infiltration miliaire abondante. Dans le reste du poumon pas de tubercules.
Sur la plèvre viscérale, très nombreux petits noyaux blanchâtres, un peu saillants, gros comme une lentille, de consistance cartilagineuse.
Au sommet du poumon droit petite caverne. Tout autour, infiltration de noyaux tuberculeux, fibreux et caséeux. Pneumonie chronique autour des noyaux. Pas de tubercules dans le reste du poumon. Les plaques fibreuses de la plèvre sont plus nombreuses que sur la plèvre gauche ; elles ont une forme irréguliére.
Les ganglions du hile pulmonaire sont très gros; plusieurs sont infiltrés de matière noire.
Le cœur est gras, très volumineux. Pas de lésions des orifices. Caillots récents.
Le foie est un peu gras.
La rate est petite, peu friable.
Les reins ont une substance corticale blanchâtre.
Rien d'anormal au tube digestif ni aux organes génitaux.
Obs. 26. — Deux cas de carcinome du stin compliqués (Tarnbolie cérébrale ; morts. — 1° J... (Ilortense), âgée de 76 ans, sage-femme, entre dans le service, le 18 janvier 1882, pour un encéphaloïde ulcéré du sein droit avec dégénérescence des
ganglions axillaires. Un de ces ganglions, qui a le volume d'une grosse noix, est recouvert d'une peau amincie, de couleur violacée et présente de la fausse fluctuation. L'ulcération est le siège d'élancements douloureux peu intenses et d'un écoulement séreux, fétide, assez abondant.
L'état général est assez bon. L'appétit est conservé. La peau a une teinte pâle, qui n'est pas celle de la cachexie.
Le 26. Vives douleurs dans la jambe droite. La malade les attribue à un coup. L'examen de la jambe et du pied ne fait découvrir aucune altération des os, ni des parties molles.
Le 28. Les douleurs de la jambe sont intenses, intermittentes, comparables à des crampes très douloureuses. Le pied présente un léger gonflement œdémateux, et les orteils sont cyanosés. L'auscultation fait entendre un souffle d'insuffisance mitrale.
On recouvre le pied et la jambe avec des compresses imbibées d'un Uniment chloroformé.
Le 1er février. Le membre inférieur droit, qui est toujours le siège de vives douleurs, présente une teinte ecchymotique depuis les orteils jusqu'à deux travers de doigt au-dessus des malléoles. Le pied est refroidi et cedématié. L'œdème tend à envahir la jambe. Ni sucre, ni albumine dans les urines. L'appétit diminue. La peau devient jaunâtre.
Le 8. Etat général très mauvais. Selles involontaires. Les douleurs de la jambe et du pied sont intenses et privent la malade de sommeil. La teinte violacée, diminuée d'étendue, s'arrête actuellement à l'articulation tibio-tarsienne. Quant au pied, il est gonflé, froid, insensible. La peau de la face plantaire des orteils est noire, recroquevillée au niveau de la phalangette. Des phlyetènes, contenant de la sérosité roussâtre, existent depuis plusieurs jours sur la face dorsale du pied.
L'ulcération du sein s'est agrandie et la masse ganglionnaire de l'aisselle a grossi.
Le 25. La malade est plongée, dans le coma. Sa tête est inclinée à droite et maintenue dans cette situation par une contracture des muscles du cou. Légère paralysie faciale à gauche, et en même temps contracture assez prononcée P.
du membre supérieur gauche, par suite de laquelle l'avantbras est maintenu en flexion. Le membre inférieur gauche retombe plus lourdement sur le lit que celui du côté droit. Les réflexes sont considérablement diminués. L'orbiculaire des paupières n'est pas atteint.
Le 27. Selles involontaires. Diminution de la contracture du membre supérieur. La sensibilité à la piqûre, quoique diminuée, existe ; mais il semble qu'il y ait du retard dans la perception, pour le côté gauche du moins.
On obtient, en insistant, un ou deux mots de la malade. Il n'y a pas de déviation de la langue ni du voile du palais.
Le 3 mars. Mort dans le coma.
Autopsie. Au niveau du sein ulcéré, les côtes sont altérées et friables. Après l'ouverture du thorax, on trouve de la pleurésie sèche avec adhérence de la plèvre au poumon.
Les deux bases des poumons sont congestionnées.
Au cœur, rétrécissement avec insuffisance mitrale. Les valvules sont indurées, épaissies, recouvertes de végétations assez considérables, surtout la valvule antérieure.
Le foie est congestionné comme chez les cardiaques.
Les reins sont volumineux et gras.
Rien aux organes génitaux.
Dans les méninges, suffusion séreuse considérable. La coupe du cerveau ne fait constater aucune altération de son tissu. L'examen des artères de l'hexagone de Willis et de leurs branches, fait après macération dans l'eau alcoolisée, permet de constater la présence d'une petite masse arrondie, blanche, du volume d'un grain de millet, dans la cérébrale moyenne droite, immédiatement après la naissance des artérioles passant par l'espace perforé antérieur. Ge petit corps étranger n'est pas adhérent à la tunique artérielle. A sa suite des caillots cruoriquesse prolongent dans les branches de lasylvienne, et sont bien différents, par leur couleur violacée et leur peu de consistance, de la petite masse signalée plus haut, dont l'aspect à la coupe est homogène.
Au membre inférieur, un caillot fibrineux, blanc, résistant, adhérent, est situé à la bifurcation de la poplitée. Il a environ quatre centimètres de longueur, et se prolonge dans la
tibiale antérieure et le tronc tibio-péronier. La tibiale antérieure ayant été coupée près de son origine, on ne peut apprécier l'étendue du caillot dans cette artère. Quant au caillot du tronc tibio-péronier, il cesse au niveau de sa bifurcation ; toutefois il se prolonge en pointe dans la tibiale postérieure.
La veine poplitée est noueuse, dure, saillante et contient un caillot résistant et adhérent, situé en un point correspondant à celui trouve dans l'artère. Son extrémité la plus éloignée du cœur se moule sur une valvule. Un peu plus bas, la veine tibiale postérieure, qui est unique, présente un autre caillot analogue.
2° L... (Madeleine), âgée de 59 ans, domestique, est admise le 15 août 1887 pour une tumeur du sein droit.
Il s'agit d'un squirrhe peu volumineux, mobile sous la peau qui commence à s'altérer. Mais l'état de la malade contre-indique toute opération. En effet, ses facultés intellectuelles sont très altérées. Elle a de la céphalalgie, de la fièvre et un affaiblissement considérable de la contraction musculaire. Les battements du cœur présentent des intermittences, sans bruits de souffle caractérisés.
Le 23 août. Elle est prise d'aphasie. Les jours suivants l'intelligence se perd de plus en plus.
Le 3 septembre. Mort.
Obs. 27. — Deux cas de mort par cachexie à la suite de carcinomes mammaires non opérés . — 1° L'un de ces faits a été publié dans la Statistique des affections chirurgicales des membres (p. 078, obs. 340, n° 2). 11 s'agissait d'une femme, de 53 ans, affectée d'un carcinome du sein gauche avec noyaux disséminés et dégénérescence ganglionnaire, qui se fractura l'humérus gauche en soulevant son vase de nuit. Trois semaines après son entrée à l'hôpital, elle succomba à la cachexie cancéreuse, le 3 avril 1891. Elle avait, depuis plusieurs jours, une grande dyspnée, que j'avais attribuée à la compression des bronches et de la trachée par des ganglions dégénérés.
2° G... (Marie), âgée de 61 ans, présentait tous les signes d'une cachexie avancée lors de son entrée le 19 juillet 1880.
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Elle portait un encéphaloïde volumineux du sein droit. Eu outre, elle vomissait des matières noires, couleur marc de café, comme dans le cancer de l'estomac. Au bout d'une semaine elle mourait d'inanition dans le plus profond marasme cachectique.
Malformation congénitale.