‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource]Chapitre 3 sur 65 · Mammite · texte numérisé non relu

Mammite

t 30 femmes : 18 traitées; 11 incisions; 1 ablation. 6b cas ) 6 hommes : 5 — 1 — 0

La mammite ou mastite n'est pas une maladie particulière à la femme. Elle se montre aussi, par exception, chez l'homme, dont la mamelle est rudimentaire.

Dans les deux tiers des cas à peu près, la montée du lait, la lactation et surtout la lactation interrompue ont été les causes déterminantes de l'inflammation mammaire. En dehors de l'état puerpéral, la cause est restée inconnue ou vague. Chez 2 malades seulement, j'ai pu accuser une

pression et une contusion du sein. L'impression du froid paraîtjouer un grand rôle.

La congestion des mamelles pendant l'évolution de la puberté, pendantlamenstruation, pendantlagrossesse,a créé une prédisposition signalée dans quelques observations.

L'âge moyen des femmes atteintes de mammite a été de vingt-sept ans. Celui des hommes de trente-huit ans.

La mamelle gauche a été plus souvent affectée que la mamelle droite, dans la proportion de 19 à 12. Chez 2 malades, l'inflammation avait envahi les deux mamelles.

Il n'est pas inutile de rappeler que la mammite est l'inflammation particulière d'un ou de plusieurs lobes de la glande mammaire, et qu'elle se distingue par là des phlegmons sous-cutanés ou interlobaires, qui aboutissent ordinairement à la formation d'abcès.

Dans sa forme subaiguë, la plus bénigne, que j'ai constatée chez 10 malades, la mammite se caractérise par le gonflement douloureux d'une partie ou de la totalité du sein. La peau a conservé sa coloration et sa souplesse normales. A la palpation, on sent des bosselures assez dures, qui ne sont autre chose que les lobules et les lobes congestionnés ou engorgés. Souvent le mamelon laisse suinter un peu de lait ou un peu de sérosité lactescente. Chez l'homme l'induration ressemble à une sorte de disque situé sous l'aréole. Au bout d'une ou deux semaines, tous les symptômes s'amendent et l'inflammation se termine par résolution.

Dans la forme aiguë, constatée 14 fois, le gonflement s'accompagne de rougeur et d'œdème de la peau. On ne sent plus les bosselures des lobes glandulaires, mais une induration générale, très douloureuse à la pression, comprenant tantôt une partie de la mamelle, tantôt la mamelle tout entière. Ces signes indiquent que l'inflammation s'est propagée au tissu cellulaire intra et péri-glandulaire. La température s'est élevée. Des élancements se font sentir. La suppuration ne tarde pas à se former. On observe alors une ou plusieurs saillies, de consistance molle, ou fluctuantes, contenant du pus, quelquefois du pus mélangé au

lait, plus rarement des lambeaux de la glande sphacélée. En pressant sur le mamelon on voit souvent sourdre du lait et du pus. La suppurationde la mammiteaiguë est fréquente, puisque sur mes 14 cas, 11 fois des abcès se sont formés.

Chez 4 malades, la mammite, aiguë ou subaiguë, a été consécutive à la formation d'un abcès sous-cutané ou interlobaire. De même que l'inflammation glandulaire se propage au tissu cellulaire, de même dans quelques cas, moins observés si ce n'est moins fréquents, la suppuration du tissu cellulaire engendre la mammite. On voit alors l'incision de l'abcès s'élargir sous la poussée de la tuméfaction des lobes et former une plaie granuleuse. La mamelle s'indure, puis peu à peu, assez lentement, la résolution arrive.

Si la résolutionne se produit pas, la mammite passe à l'état chronique. C'est la forme la plus intéressante, parce qu'on la confond ordinairement avec une tumeur maligne. J'en ai rencontré 8 exemples, qui présentaient tantôt l'aspect d'un squirrhe profond (obs. 1, nos 1 et 2), tantôt celui d'un carcinôme avec rétraction du mamelon, dégénérescence de la peau, qui était violacée, indurée, transformée en peau d'orange (obs. 2, nos 1 et 2).

Le diagnostic ne peut s'établir parles signes objectifs. On a seulement des raisons de croire à la mammite chronique plutôt qu'au cancer, s'il n'y a pas de ganglions axillaires semblant dégénérés, s'il n'y a pas d'état cachectique, surtout s'il n'y a pas de douleurs lancinantes, enfin si la malade a eu des abcès au sein à la suite d'une lactation. Mais ces signes, si vagues, peuvent manquer. Chez 1 malade, qui avait été chloroformisée, je me disposais à faire l'ablation du sein croyant à un cancer, lorsque, pour éclairer mes doutes, j'eus l'idée de faire une ponction dans la tumeur. L'issue du pus me démontra qu'il s'agissait d'une mammite chronique et le sein fut conservé (obs. 2, n° 1). 4 fois la ponction amenant du pus me permit d'établir le diagnostic. Je conseille donc d'avoir toujours recours à cette exploration en cas de doute.

Si la mammite existe chez une femme qui allaite, le premier soin est de supprimer radicalement la lactation.

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Ensuite, le traitement consiste à donner des bains, à appliquer des compresses résolutives et narcotiques, à faire prendre de l'iodure de potassium, à inciser les abcès. Dansl cas, où la suppuration se faisait par un conduit galactophore, je me suis bien trouvé de dilater ce conduit en y introduisant une line tige de laminaire, et de cautériser le trajet dilaté avec une flèche de chlorure de zinc.

Exceptionnellement on est conduit à amputer le sein affecté de mammite chronique. J'ai pratiqué cette opération chez 1 femme de vingt-huit ans, dont l'inflammation mammaire avait résisté à tous les moyens résolutifs. La mamelle était tuméfiée, dure, très douloureuse, avec des bosselures de consistance moins dure, offrant l'aspect d'un encéphaloïde en voie de ramollissement. La coupe de la tumeur, qui n'avait rien de cancéreux, montra qu'elle contenait cinq foyers de suppuration. La guérison se fit en onze jours.

La durée du séjour à l'hôpital n'a été, en moyenne, que de neuf jours, parce que la plupart des malades voulaient sortir dès que la mammite était améliorée et qu'elles pouvaient continuer à se soigner chez elles.

Observation 1. — Deux faits de mammite chronique ayant Y apparence d'un squirrhe. — 1° J... (Léonide), âgée de 44 ans, cuisinière, a allaité quatre enfants, il y a onze ans, sans avoir jamais eu d'abcès. Depuis deux mois, elle s'est aperçue qu'elle portait dans le sein gauche une tumeur, pour laquelle elle entre à l'Hôtel-Dieu le 4 avril 1898.

Cette tumeur est survenue sans contusion, sans cause. Elle est située dans la profondeur de la mamelle, au-dessus et en dedans du mamelon. Elle est dure, bosselée, assez bien limitée. Elle a le volume d'une noix verte. La peau n'est pas adhérente et a conservé son aspect et sa consistance normale. Il n'y a pas de ganglions dans l'aisselle. Les règles sont demeurées irrégulières depuis une année. La malade s'inquiète de cette tumeur, mais elle n'en souffre pas, n'en éprouve aucune gêne et sa santé n'est pas altérée.

La consistance et la forme de cette tumeur, chez une femme près de la ménopause, font de suite penser à une tumeur ma-

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ligne de la nature des squirrhes. Mais il n'y a ni dégénérescence ni adhérence de la peau ; il n'y a pas de ganglions dans l'aisselle. La malade ne ressent pas de douleurs lancinantes. Elle n'est pas cachectique. Toutes raisons pour temporiser et ne pas admettre d'emblée le diagnostic de cancer.

En effet, après quelques applications résolutives, la tumeur diminua. Une ponction avec une canule de Pravaz amena de la sérosité purulente. Il ne s'agissait que d'une inflammation chronique d'un lobe circonscrit.

Le 8 avril, J... (Léonide), retourna chez elle.

2° Un homme, M... (Louis), âgé de 57 ans, doreur sur bois, avait eu une première poussée de douleurs et de gonflement dans la région mammaire droite, il y a huit ans. Le 9 novembre 1894, il vient à l'Hôtel-Dieu pour des accidents semblables. Au-dessous du mamelon, je sens une plaque dure, en forme de disque, douloureuse à la pression. Pas de ganglions dans l'aisselle, pas de dégénérescence de la peau. Il ne s'agissait pas d'une tumeur maligne, mais d'une mammite chronique. Le gonflement commençait à diminuer, lorsque le malade sortit, le 13 novembre.

Obs. 2. — Deux faits de mammite chronique avec dégénérescence de la peau pris pour un carcinome. — 1° C... (Anna), âgée de 21 ans, femme de ménage, est admise le 27 mai 1891.

L'origine de sa maladie remonte à un coup de poing sur le sein droit pendant la période menstruelle, traumatisme qui avait produit un phlegmon suppuré. L'abcès fut incisé, mais la mamelle resta dure et douloureuse.

Cet état durait depuis quatre mois environ, lorsque la malade entra à l'hôpital. La mamelle était dure dans toute son étendue, presque sans bosselures. La peau était épaissie, tendue, adhérente, et présentait l'aspect de la peau d'orange. Le mamelon était rétracté. Aucune sensation d'élasticité ou de fluctuation pouvant indiquer un abcès. Quelques ganglions engorgés dans l'aisselle droite. Des douleurs, qui n'avaient pas le caractère lancinant, mais qui pouvaient se rapporter à une tumeur malique.

Après avoir observé la malade pendant douze jours, sans que les applications émollientes, les bains, l'iodure de potassium à l'intérieur aient amené aucune amélioration, je me rattachai à l'idée d'un carcinome qu'il fallait enlever sans délai.

Le 9 juin. La malade fut endormie avec le chloroforme. Par un reste de doute, avant de faire les incisions autour du sein, je plongeai le bistouri dans la profondeur de la mamelle. Une petite quantité de pus s'échappa par l'ouverture. Dès lors il me parut probable que j'avais affaire aune mammite chronique et non pas à un cancer. L'incision fut agrandie, et un pansement phéniqué ayant été appliqué, la patiente fut reportée à son lit.

Le 15 juin. La mammite étant en voie de résolution, et bien que la plaie de l'incision ne fût pas encore cicatrisée, la malade voulut retourner chez elle.

2° Le 20 juin 1888, je reçus dans mon service une femme de33ans, 0... (Alphonsine), blanchisseuse, qui portait dans le sein gauche une tumeur, dont l'aspect était tout à fait celui d'un cancer: induration profonde, dégénérescence de la peau, peau d'orange, rétraction du mamelon. Mais il n'y avait pas de ganglions dégénérés, pas de douleurs lancinantes, pas d'état cachectique. La menstruation était devenue irrégulière, bien qu'il n'y eût aucune altération de l'utérus, ni des ovaires.

Pour établir le diagnostic, je soumis la malade à l'iodure de potassium (1 gramme par jour), aux bains, aux applications émollientes, et j'eus la satisfaction devoir la tumeur marcher vers la résolution.

Le 27 janvier, jour de l'exeat, la tumeur était moins dure La peau tendait à reprendre son état normal. J'ai revu plusieurs fois cette malade, qui a complètement guéri.

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