‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource]Chapitre 4 sur 65 · III. — Abcès chauds · texte numérisé non relu

III. — Abcès chauds

147 cas S Ut f6mmeS : 4S traitôeS; 12o indséeS io mort. ( 3 hommes : 0 — 3 — \

L'inflammation du tissu cellulaire caractérise le phlegmon

MAMELLES

mammaire, tandis que la mammite est l'inflammation du tissu glandulaire. Mais, dans la pratique, la distinction entre ces deux phlegmasies n'est pas toujours facile, d'autant plus qu'elles empiètent souvent l'une sur l'autre. Le début de l'inflammation par les lymphatiques ou par le tissu cellulaire, et, dans tous les cas, la prédominance de l'inflammation cellulaire sur l'inflammation glandulaire, m'ont servi de guide pour établir ma statistique.

A en juger par ce qu'on voit dans les hôpitaux, la suppuration des phlegmons mammaires est la règle. En effet, à l'exception d'un seul cas, je ne les ai observés qu'à l'état d'abcès. Cette particularité tient à ce que les malades viennent réclamer des soins à la dernière extrémité, lorsque le phlegmon est suppuré. En réalité, beaucoup de phlegmons mammaires se guérissent par résolution.

La principale cause des abcès de la mamelle est l'allaitement (102 cas sur 147 abcès). La peau très fine du mamelon s'excorie et se crevasse par les succions de l'enfant. Ces petites plaies, soumises à intervalles rapprochées à de nouvelles succions, se cicatrisent difficilement. Elles finissent par s'infecter. Une lymphangite en est la conséquence. L'inflammation peut se résoudre et se résout souvent. Mais si le sein subit l'impression du froid, si l'infection septique se renouvelle, un abcès se forme, soit superficiellement sous l'aréole ou dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit plus profondément dans le tissu interlobaire ou sous la mamelle.

Par rapport à l'âge des malades, la fréquence des abcès, suites de lactation, a été de :

18 abcès de 18 à 20 ans.

1 — au-dessus de 41 ans.

La saison chaude m'a semblé favoriser la production de ces abcès, puisque j'en ai compté 59 d'avril à octobre exclusivement contre 43 d'octobre à avril. La mamelle droite n'y est pas sensiblement plus prédisposée que la mamelle

gauche : 46 abcès à droite, 41 à gauche, 6 à droite et à gauche en même temps.

La congestion mammaire dans le cours de la grossesse (4 fois) et la congestion mammaire après l'accouchement, sans qu'il y ait eu tentative d'allaitement (7 fois), ont été cause de 11 abcès. 1 fois Fabcès se produisit après un avortement de quatre mois.

Chez 1 femme de vingt-deux ans, un eczéma du mamelon détermina un abcès en dehors de tout état puerpéral; et chez 1 autre femme de soixante-sept ans, l'abcès fut consécutif à un érysipèle. J'ai encore observé un abcès chez 1 vieillard qui, ayant été mordu par un chat au niveau de la région mammaire, recouvrit sa plaie avec la peau de cet animal fraîchement écorché, pour se préserver de la rage.

Enfin, les contusions de la mamelle (9 cas), les pressions réitérées sur cet organe par le manche d'un outil, tel que burin, fer à repasser (3 cas), les succions sadiques du mamelon (1 cas) sont assez rarement causes d'abcès.

Chez 17 malades, parmi lesquels figuraient 2 hommes, la cause de l'abcès est restée inconnue.

D'après le siège de la suppuration, j'ai compté 13 abcès sous-aréolaires, 59 abcès sous-cutanés, 59 abcès interlobaires et 16 abcès profonds sous-mammaires.

Les abcès aréolaires ont toujours été petits et peu importants. Mais les abcès des autres variétés ont quelquefois acquis un volume considérable. J'ai observé notamment 15 malades dont la poche purulente contenait un demilitre à un litre de pus.

Indépendamment des 6 cas où la suppuration avait envahi les deux seins, 12 malades présentaient plusieurs foyers purulents dans le même sein.

Chez beaucoup de malades, la pression faisait sourdre par le mamelon quelques gouttes de lait mélangé de pus, et quelquefois du pus presque pur.

L'intensité de l'inflammation amena un sphacèle plus ou moins étendu de la peau chez 7 malades; et, chez 4 autres malades, le tissu cellulaire mortifié s'élimina sous forme

MAMELLES

d'eschares molles, infiltrées de pus, comme dans certains phlegmons diffus.

Je n'ai eu à enregistrer, comme complication, que 2 cas d'érysipèle.Dans l'un de ces cas, l'érysipèle, qui avait causé la suppuration de lamamelltï gauche, s'étendit à la mamelle droite, qui suppura à son tour, et dont la peau se gangréna; puis l'érysipèle gagna le dos et tout le tronc. La malade ne fut guérie qu'au bout de deux mois. Dans l'autre cas, l'érysipèle fut beaucoup moins grave.

Abandonnés à eux-mêmes, les abcès mammaires distendent et amincissent la peau qui finit par se rompre. 26 malades arrivèrent dans le service avec une ouverture spontanée de leur abcès. Dans les abcès sous-cutanés et aréolaires, l'ouverture spontanée s'était produite rapidement, et la cicatrisation de la plaie ne s'est pas fait attendre. Mais dans les abcès profonds, cette ouverture avait été tardive, précédée par de vives douleurs, et la plaie était restée longtemps fistuleuse, donnant quelquefois du pus fétide et souvent du pus mélangé de lait. 4 fois la mamelle présentait plusieurs trajets fîstuleux, isolés ou communiquant entre eux. Tant que les malades continuaient à nourrir, la congestion fonctionnelle de la sécrétiou lactée empêchait les abcès et les fistules de se guérir.

Les abcès sous-aréolaires et les abcès sous-cutanés s'annoncent par un gonflement rouge, douloureux, de l'aréole ou d'un point quelconque de la mamelle. Bientôt la fluctuation se manifeste, la peau s'amincit et forme une saillie de couleur rouge violacée.

Le diagnostic est moins facile, lorsqu'il s'agit d'un abcès interlobaire. Le gonflement est profond; la peau n'a pas changé de couleur; la fluctuation est obscure. Au début, on peut croire à une mammite, mais, en peu de jours, la suppuration devenant plus abondante, la fluctuation se caractérise ; le pus vient apparaître sous la peau. Si quelques lobes glandulaires participent à l'inflammation, cette mammite n'est que secondaire.

Dans les abcès sous-mammaires, la glande est comme soulevée. La peau est lisse, tendue, œdématiée, sans rou-

geur. La fluctuation échappe ordinairement. En recherchant ce symptôme, on éprouve seulement une sensation d'élasticité, comme si la mamelle reposait sur une poche liquide. Dans le cas d'une mammite, on aurait la sensation d'induration, et non la sensation d'élasticité, ou de fluctuation, et la mamelle ne serait pas propulsée en avant.

Il n'y a que des inconvénients et que des dangers à attendre l'ouverture spontanée des abcès mammaires : prolongation de la fièvre et de la douleur, prolongation de la suppuration (l'ouverture spontanée étant ordinairement insuffisante), cicatrice apparente ou difforme. Cheztous mes malades je me suis hâté d'inciser l'abcès avec le bistouri. C'est ainsi que j'ai pratiqué 108 incisions simples, 7 incisions pour agrandir des orifices fistuleux, et 13 incisions multiples pour donner issue à plusieurs foyers purulents.

Après l'incision, la cavité de l'abcès était soigneusement lavée avec une solution phéniquée, de manière à chasser tout le pus. Si l'abcès était volumineux et anfractueux (état constaté chez 61 de mes malades), j'établissais un drainage. Le sein était ensuite recouvert par des compresses imbibées d'eau phéniquée ou d'une solution de sublimé au millième, et souvent par un pansement sec à la gaze iodoformée. Par-dessus le pansement une épaisse couche de coton était appliquée autour de la poitrine, et, point important, une bande, méthodiquement roulée, exerçait sur les mamelles une douce pression. Mais surtout il faut faire cesser la congestion fonctionnelle, en supprimant l'allaitement.

Par ce traitement la suppuration a été réduite au minimum, et souvent la cavité de l'abcès s'est oblitérée par réunion immédiate. On peut en juger par les indications de la durée du séjour à l'hôpital :

11 opérées ont été guéries après un séjour de 2 jours.

plus de 21 —

MAMELLES

Les accidents consécutifs à l'incision ont été très rares. Je n'ai à mentionner qu'l cas d'érysipèle et 3 abcès secondaires.

2 malades entrèrent dans le service pour des hémorrhagies artérielles à la suite d'incisions pratiquées au dehors. Quant à mes opérées, elles n'eurent jamais d'hémorrhagies.

Page 1