‹ Affections chirurgicales du tronc [electronic resource]Chapitre 38 sur 65 · Grossesses · texte numérisé non relu

Grossesses

46 cas. — 41 traités -, 5 opérés; 0 mort. La grossesse a une place dans cette Statistique, et par

les affections ou traumatismes qui la compliquent, et par les erreurs dont elle est la cause.

5 femmes enceintes furent apportées dans le service avec des traumatismes graves : contusion violente de l'hypochondre (1 cas), contusions multiples par chute d'un 1er étage (1 cas), fracture des deux os de la jambe (1 cas), fracture du péroné (1 cas), plaie par balle de revolver dans le thorax pour laquelle on fit une laparotomie exploratrice immédiate (obs. 103). Aucune de ces blessées n'avorta (1).

3 femmes ayant subi des opérations, pour une arthrite du genou, pour une ostéomyélite du fémur, pour une ulcération ducol,nefirentpas de fausse couche. Cependantces faits sont un peu exceptionnels. Les traumatismes accidentels ou opératoires prédisposent à l'expulsion prématurée du fœtus, et j'ai suivi le précepte, généralement admis, de ne faire sur les femmes enceintes que les opérations urgentes.

L'incertitude du diagnostic a fait admettre dans mon service 38 femmes enceintes. Sur ces 38 grossesses méconnues:

19 furent d'un diagnostic relativement facile, qui se vérifia, chez 8 femmes, par des fausses couches dont les suites furert très simples;

3 malades arrivèrent avec un avortement commencé en ville, lequel se termina heureusement ;

3 malades n'étaient point enceintes, mais avaient le ventre grossi par un tympanisme (1 cas), par une rétention d'urine (2 cas). Il s'agissait de femmes hystériques.

Mais chez 13 malades, le diagnostic fut très difficile : 5 fois la grossesse fut prise pour un fibrome utérin ; 3 fois, pour un kysle de l'ovaire; 1 fois, pour une salpingite et

4 fois, pour une métrite. J'ai pu débrouiller la véritable cause de* la tuméfaction utérine dans 8 cas, mais dans

5 cas mon erreur fut complète,

Une femme de trente-sept ans avait une tumeur, dont le

(1) Je passe sous silence une 6mo malade, grosse de six mois, qui, voulant se suicider, se précipita d'un quatrième étage et mourut dès son arrivée à L'hôpital. Elle avait des fractures à la jambe, au lias-in, à la colonne vertébrale. Le fœtus ne fut pas expulsé avant la mort de la mère.

fond gagnait l'ombilic et qui avait produit des métrorrhagics abondantes. Aucun signe probable ou certain ne mettait sur la voie d'une gestation. Je crus à un kyste de l'ovaire et, pour compléter le diagnostic, j'introduisis \'\\\ stéromètre qui pénétra à vingt centimètres. Une s'ôcouîa pasde liquide amniotique. Je renonçai à 1 idée d'un kyste. La grossesse continua et ne fut reconnue que plus tard. Quarante-trois jours après l'hystérométrie, la malade eut des douleurs et passa dans le service des accouchements. Elle était près de son terme.

Avec un utérus volumineux comme à quatre mois et demi, une femme avait ses règles et des métrorrliagies. Pas de signes probables de grossesse. L'auscultation ne faisait pas entendre les bruits cardiaques du fœtus. J'ai pris cette tumeur pour un fibrome. L'hystéromètre pénélr.i àdouze centimètres, et une tige de chlorure de zinc fut introduite pour arrêter les hémorrhagies. Quatre jours après, la malade faisait une fausse couche.

L'erreur la plus commune est celle qui se commet entre une grossesse d'un mois et demi à deux mois et l'endométrite. Dans ces cas, les règles n'ont pas cessé ou ne sont que retardées, l'utérus est souvent douloureux, et les signes accessoires manquent. 3 fois je m'y suis trompé, et je cite une observation où la méprise était particulièrement difficile à éviter (obs. 104).

Le diagnostic de la grossesse au début, lorsque ses signes certains n'existent pas encore, est quelquefois véritablement impossible. On ne peut s'appuyer que sur des signes probables, qui souvent sont masqués ou manquent, et sur le dire des femmes, qui se trompent surce qu'elles éprouvent, ou ont intérêt à tromper en dissimulant leur état, en affirmant qu'elles continuent à être réglées et qu'elles ne peuvent cire enceintes. Aussi les erreurs dues à la grossesse sont communes, et je n'en ai pas été exempté. Toute tuméfaction de l'utérus doit faire soupçonner une grossesse chez les femmes qui sont en âge de concevoir, et, dans le doute, l'expérience commande de ne faire ni exploration intra-utérine ni opération,

OBS. 103. — Grossesse non interrompue par le double traumatisme d'un coup de revolver dans la poitrine et d'une laparotomie exploratrice. — B... (Emilie), âgée de 20 ans, abandonnée par son séducteur, se tire an coup de revolver dans le côté gauche de la poitrine. Elle est transportée à l'Hôtel-Dieu dans l'après-midi du 18 avril 1808. L'état de la malade est alarmant. La balle a pénétré au niveau des cartilages des fausses côtes gauches et n'est pas ressortie. Un chirurgien du Bureau central, appelé d'urgence, pense que la balle a pénétré dans la cavité abdominale et a pu léser l'estomac ou l'intestin. Il fait séance tenante une laparotomie, qui ne donne pas de résultat. La guérison est rapide et, le 15 mai, la malade quitte la salle. A cette date, elle était enceinte d'environ deux mois, sans qu'elle le sut et sans que nous ayons été conduit à le rechercher nous-mêmes.

Du 6 au 16 juin, B... (Emilie) revient dans le service pour se soumettre à la radiographie qui montre la balle appliquée sur la partie postérieure de la neuvième côte. Gomme elle ne cause ni gêne ni douleur, il n'est pas indiqué de chercher à l'extraire. A cette époque la jeune femme ne soupçonnait pas encore sa grossesse.

Le 15 septembre elle amve en travail d'accouchement. Quelques heures après avoir été couchée dans la salle, elle met au monde un enfant d'environ six mois, très faible, qui succombe le lendemain de sa naissance.

Le 3 octobre. Exeat. La balle, dont la radiographie a bien déterminé la situation, ne cause aucune douleur, aucun trouble. La cicatrice de la laparotomie est solide, sans tendance à l'écartement.

Obs. 104. — Grossesse de deux mois, dans un utérus dont le cul avait été amputé, prise pour une endomètrite; cautérisation intra-utérine; avorlement; guérison. — E... (Eugénie), âgée de 28 ans, couturière, entre à l'Hôtel-Dieu le 24 juin 1806. J'avais fait chez cette malade une périnéorrhaphie en 1801 et, trois mois après, M. Schwartz lui avait pratiqué une amputation du col de l'utérus.

Actuellement elle souffre des reins et du bas-ventre. Ses

UTÉRUS

dernières époques sont venues régulièrement. Au toucher, le vagin se termine on un cul-de-sac, au centre duquel je sens un petit bourrelet, que surmonte le corps de l'utérus, notablement plus volumineux et plus sensible à la pression qu'à l'état normal. Au spéculum, je vois que la muqueuse utérine l'ait hernie à travers l'orifice du col amputé, et a l'aspect d'un petit champignon. L'idée d'une grossesse possible chez cette malade ne m'est même pas venue à l'esprit. Je diagnostique une endométrite, d'autant plus que le col avait été amputé pour une inflammation chronique de cet organe. L'hystéromètre pénètre facilement, et j'introduis une tige de chlorure de zinc.

Le 1er juillet. Hémorrhagie brusque, bientôt suivie de 1' •expulsion d'un embryon de deux mois environ. Curettage intra utérin immédiat.

Le 15. Exeat.

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