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complète (obs. 163, nu 2). Toutes les opérées perdirent leurs règles.
Obs. 102. — Gigantisme utérin; mèlrorrhayies incoercibles : anémie grave; ablation des ovaires et des trompes; guérison. (Observation d'après les détails recueillis par M. Janet, interne du service, in Union Médicale 1887, n° 144, p. 74:» .
C... (Louise), âgée de 40 ans, entre, le 8 juillet 1887, dans le service de M. Polaillon, à la Pitié, salle Gerdy, ne23.
Rien à noter dans les antécédents de la malade. Réglée à quinze ans, ses menstrues étaient peu abondanfes bien que régulières.
Sa mère est morte en couches. Son père et sa sœur sont bien portants.
En 1870, à l'âge de vingt-trois ans, Louise C..., eut une fille après un accouchement laborieux. C'est la seule couche qu'elle ait eue.
A lage de vingt-huit ans, elle s'aperçut que ses régies devenaient beaucoup plus abondantes qu'auparavant. Un médecin fut consulté. Il diagnostiqua une congestion du col de la matrice, et appliqua plusieurs sangsues. Il en résulta une hémorrhagie, qui lut très difficile à arrêter.
De mois en mois les règles devinrent de plus en plus abondantes, jusqu'à déterminer de véritables pertes. On fit des cautérisations sur le col, on administra du seigle ergoté, on condamna la malade au repos; mais on n'obtint que des améliorations passagères.
Douze années se passèrent ainsi. Mais les hémorrhagies augmentant à chaque époque, et l'affaiblissement des forces devenant de plus en plus considérable, la malade se décida à entrer à la Pitié (le 8 juillet 1887).
Elle est, en effet, clans un état d'anémie profonde. Les muqueuses sont décolorées; sa peau a une teinte pâle, comparable à celle de la cire. Elle peut à peine se tenir debout. Elle éprouve des battements de cœur et des vertiges, lorsqu'elle essaie de faire des mouvements et de marcher. Enfin, elle se plaint d'une perte de la mémoire et d'un affaiblissement des facultés intellectuelles qui l'empêche de penser.
En palpant l'abdomen, je trouve dans le bas-ventre une s| tumeur arrondie, lisse, assez dure, indolente, plus grosse que Ile poing et dépassant le bord supérieur du pubis d'environ . trois travers de doigt. En pratiquant le toucher vaginal, il est | facile de reconnaître que cette tumeur n'est autre chose que I l'utérus. Le col est lui-même plus gros qu'à l'état normal et I assez dur.
Avec le spéculum je constate que le col est violacé, sans I ulcération, avec un orifice transversal, de dimensions nor- ; maies.
LThystéromètre ne peut pénétrer dans la cavité du corps I de l'utérus. Je n'iusiste pas sur l'exploration avec cet instru- I ment, afin de ne pas provoquer une perte de sang. Je me sers I alors d'une sonde en gomme d'environ trois millimétrés de dia- I métré. Celle-ci pénètre très facilement. En la poussant douce- I ment, elle disparaît complètement dans la cavité utérine. 11 est
évident qu'elle se replie dans cette cavité, qui est très
agrandie.
Je remarque que, par l'orifice de la sonde introduite dans l'utérus, s'écoule goutte à goutte un liquide séro-muqueux, d'une coloration ambrée. Je recueille ainsi une vingtaine de grammes de ce liquide, dans lequel le microscope a reconnu des leucocytes et des cellules épithéliales détachées de la muqueuse utérine. Comme je manifestai ma surprise d'un pareil écoulement, la patiente m'apprit que, dans l'intervalle de ses règles, elle perdait constamment un liquide semblable, qui tachait son linge et l'obligeait à se garnir.
En résumé, je me trouvais en présence d'une tumeur avec agrandissement de la cavité utérine, hémorrhagies périodiques coïncidant avec les règles, et écoulement séro-muqueux dans l'intervalle des règles.
A quelle maladie avais-je affaire?
Je ne crus pas devoir m'arrêter à l'idée d'un gros polype intra-utérin, puisque le col n'était pas efiacé et puisqu'il n'y avait jamais eu de douleurs expulsives.
Etait-ce un fibro-myôme intra-pariétal ou sous-péritonéal ? Mais le fibro-myùme ne donne que rarement une tumeur aussi régulière. 11 occasionne des raétrorrhagies, qui ne sont pas
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aussi exactement limitées aux époques menstruelles. Il ne produit pas d'écoulement séro-muqueux. Enfin, quand il distend la cavité utérine, de manière à lui donner de grandes dimensions, il acquiert un volume énorme, beaucoup plus considérable que celui de la tumeur que j'observais. Le diagnostic de myôm'e ou de fibro-myôme ne pouvait donc me satisfaire.
En rapprochant ce fait de quelques autres, dont j'avais gardé le souvenir, j'arrivai à conclure qu'il s'agissait d'une hypertrophie simple des parois de l'utérus avec agrandissement proportionnel de sa cavité. En un mot, j'avais affaire à un utérus géant, dont les fonctions n'étaient plus compatibles avec l'existence de la malade.
Le 18 juillet, les règles apparurent et durèrent dix jours avec une extrême abondance, malgré l'administration de l'ergotine et malgré le repos absolu au lit. Les accidents de l'anémie augmentèrent d'une manière inquiétan te.
Je remarquai que, pendant la période menstruelle, le globe utérin s'était très notablement tuméfié.
Le danger me parut trop grand pour m'attarder plus longtemps à l'emploi de l'ergotine et pour essayer l'effet des courants continus. Il ne restait plus d'autre chance de salut que l'ablation des ovaires, moyen héroïque qui devait couper court à tous les accidents, en supprimant les règles et en amenant une atrophie consécutive de l'utérus. Cette opération fut proposée à la malade, qui l'accepta avec empressement.
Le 6 août. Après avoir pris les précautions d'usage pour évacuer l'intestin et rendre le vagin aseptique, la malade est transportée dans le pavillon spécial destiné aux ovariotomies.
Anesthésie par le chloroforme.
Incision de dix centimètres sur la ligne médiane, remontant à deux travers de doigt au-dessous de l'ombilic. Le péritoine étant ouvert, on aperçoit le corps de l'utérus, dont la coloration est rouge et dont la surface est sillonnée de vaisseaux.
Je vais à la recherche de l'ovaire gauche, que j'amène assez facilement au dehors, ainsi que la trompe. Une forte pince à pression continue est placée sur le ligament large, au-dessous de l'ovaire; puis le pédicule est lié en deux faisceaux avec un
fil de soie antiseptique. L'ovaire et la trompe sont alors enlevés par une section à un centimètre au-delà de la ligature.
L'ovaire droit est un peu plus difficile à trouver et à pédiculiser. Je procède, comme je viens de le dire, pour en faire l'ablation.
Les deux pédicules sont alors abandonnés dans la cavité abdominale, qui est refermée par trois points de suture profonde et six points de suture superficielle, les uns et les autres en fil d'argent.
Pansement de Lister. Epaisse couche d'ouate et compression légère autour de l'abdomen avec une ceinture de flanelle.
La durée de l'opération a été d'une demi-heure.
Les suites furent très simples. La douleur du ventre fut très modérée, et ne se manifestait que pendant les mouvements. Point de vomissements. Émission spontanée des urines.
Dans la soirée du jour qui suivit l'opération, la température monta à 38° et le pouls à 96.
Le 8. La température fut de 37°8 le matin et de 38° le soir. La malade se mit à perdre par le vagin une quantité assez considérable de sang, comme si elle avait ses règles. Elle ne devait avoir son époque que vers le 14 août. Le traumatisme opératoire a donc eu pour effet, ce qui arrive souvent, de faire avancer les règles. Mais il est remarquable que l'époque soit arrivée, malgré l'ablation des ovaires.
Le 9. La température baissa de quelques dixièmes de degré. Les règles continuèrent abondamment, mais il ne sembla pas urgent d'intervenir pour les arrêter.
Le 10. T., 37°2. P., 88. Les régies cessent brusquement.
Les jours suivants, l'alimentation est progressivement augmentée.
On fit quatre pansements pour retirer les fils de la suture. La réunion immédiate était parfaite.
Les 23 et 24. Un peu d'écoulement sanguin par la vulve.
Le 28. L'opérée commence à se lever.
Le 2 septembre. Elle quitte le pavillon d'ovariotomie de la Pitié pour rentrer chez elle.
Louise C... est revenue nous voir au milieu d'octobre. Sa santé est très bonne. Elle n'a pas eu la moindre trace de règles
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ni d'écoulement séro-muqueux. Les accidents causés par son anémie profonde ont en partie disparu. La mémoire revient. Elle n'a plus cette faiblesse de l'intelligence et cette impres-sionnabilité, qui lui étaient si pénibles. Ses forces augmentent de jour en jour. Sa peau a pris la coloration de la santé, j Enfin, l'utérus a diminué de volume d'une manière considérable; ses dimensions sont environ trois fois moindres qu'au it moment de l'opération. Il est évident qu'il va se rétracter j encore et qu'il subira l'atrophie qui accompagne l'âge critique. .
Le 20 mars 1889, Louise C... continue à se porter très bien. Elle n'a plus ses règles. Elle a pris un embonpoint considérable, , et cet embonpoint la rend lourde el paresseuse à marcher.
En un mot, l'ablation des ovaires a amené la guérison com- -I plète de la malade.
Obs. 163. ■ — Deux faits de gigantisme de l'utérus; castration i; double; guérison. — 1° A... (Amélie), âgée de 35 ans, dômes- -| tique, entrée le 20 décembre 1888, nous apprend que tous ses ;j parents du côté des femmes meurent d'ulcère de la matrice (?) \ et du côté des hommes, d'ulcère de l'estomac (?) Elle même se 1 porte bien. Mariée depuis huit ans, elle n'a eu ni grossesse ;1 ni fausse couche. Elle a toujours été bien réglée. Depuis s dix ans, elle accuse des douleurs vagues dans le ventre. Il y a il un an, ses règles devinrent plus abondantes. Elles duraient dix jours. Peu à peu elles se prolongèrent plus encore, et main- • tenant les pertes sont continuelles. Dans les courts intervalles ■ où le sang cessait de couler, la malade était mouillée par un il liquide séro-sanguinolent, qu'elle confondait avec des pertes ■ blanches. Sans souffrir notablement, elle ne pouvait plus il gagner sa vie, avait maigri et était très affaiblie.
A lapalpation, tumeur régulière, indolente, à la région hypogastrique. Le toucher bimanuel montre que cette tumeur est l'utérus lui-même. L'hystéromèire pénétre difficilement, mais une petite sonde en gomme entre tout entière en se repliant dans la cavité utérine agrandie.
Le 3 janvier 1889. Ghloroformisation. Laparotomie. Ablation delà trompe et de l'ovaire droits, d'abord; puis de la trompe et de l'ovaire gauches. Le corps de l'utérus était volumineux,
rosé comme dans la grossesse. Son fond s'élevait à quatre travers de doigt au-dessus du pubis. Il portait un petit fibrome pédiculé, gros comme une noisette, qui fut facilement excisé. Le 20 février. Exeat.
Le 5 mars. Les règles n'étaient pas revenues. L'utérus était considérablement réduit. La santé générale était très bonne avec tendance à l'engraissement. A... se plaignait seulement d'insomnie et de faiblesse dans les jambes.
2° T... (Victorine), âgée de 37 ans, marchande de poissons, entrée le 20 mai 1 891 , a eu une couche et deux fausses couches . Il y a dix ans, ménorrhagie abondante. Depuis lors, les règles se prolongent et augmentent de plus en plus. Elle se soumet à un traitement par l'électricité pendant neuf mois, sans résultat. Elle consulte M. Pozzi, qui l'engage à se faire opérer. Un médecin fait alors une ponction, qui ne donne rien. Dans mon service, je constate que la cavité utérine mesure treize centimètres et qu'elle est agrandie latéralement. Eliminant l'existence d'un fibrome, j'arrive à diagnostiquer un gigantisme utérin. Des douleurs lombaires assez vives empêchent la marche. Indépendamment des pertes de sang, qui sont d'une abondance excessive, il y a beaucoup d'écoulement séro-muqueux.
Le 2 juin. Laparotomie. Castration double très facile.
Le 5. Écoulement sanguin parle vagin comme pour un commencement de règles.
Le 8. L'écoulement n'est plus que séreux. Un peu de diarrhée.
Le 22. Les pertes continuent, tantôt sanguines, tantôt aqueuses. Je cautérise la cavité utérine avec une tige de pâte au chlorure de zinc laissée à demeure.
Le 25. Élimination de l'eschare.
Le 8 juillet. L'opérée va à l'asile de convalescence du Vésinet.
Le 22 octobre. Elle n'a plus eu de règles. Aux époques menstruelles elle a des sueurs, des congestions à la tête. Le êol <le l'utérus est très petit. Le corps n'est plus gros que comme une petite orange.
Le7 mars 1802. Elle a pris beaucoup beaucoup d'embonpoint.
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Absence définitive des régies. Quelques douleurs fugitives dans les reins. La cicatrice de la laparotomie est invisible et très solide.
Obs. 164. — Gigantisme utérin ; hémorrhagie résistant à deux cautérisations successives avec des flèches de paie au chlorure de zinc • castration double ; guérison. — La nommée B... (Estelle), âgée de 34 ans, entrée le 2 juillet 1896, a eu six enfants et a fait cinq fausses couches. A la suite de la dernière fausse couche, il y a deux ans, pertes de sang en caillots, qui se perpétuent et deviennent continuelles.
Le 4. Dans le but de dilater l'utérus, je place une tige de laminaire, qui détermine unehémorrhagie si considérable que l'interne dut faire un tamponnement du vagin.
Le 8. Cautérisation avec une grosse tige de pâte au chlorure de zinc. Le sang s'arrête.
Le 13. Nouvelle hémorrhagie très inquiétante.
Le 22. Seconde cautérisation intra-utérine.
Le 3 août. L'hémorrhagie n'a pas reparu. La malade quitte le service encore très anémiée.
Le 7 septembre. Elle est obligée de revenir pour une récidive des hémorrhagies. Un nouvel examen me démontre que je n'ai affaire qu'à un gigantisme utérin, et qu'il faut enlever les ovaires pour sauver la malade de ces pertes de sang incoercibles.
Le 16 décembre. Laparotomie. Castration double.
Suites très simples.
Le 9 janvier 1897. Guérison.